Entretien exclusif avec Anne HIDALGO, la maire de Paris
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Merci de suivre la télévision rwandaise. Nous avons l'honneur d'accueillir la maire de Paris, Madame Anne Hidalgo, qui est aussi présidente de l'Association internationale des mails francophones.
Merci beaucoup, merci pour votre invitation.
Dans cette interview réalisée par moi, Jean Damascène Manichimwe, je suis avec ma consoeur Amandine Nikumasawo. Pour commencer, Madame la maire, l'AMF s'engage pour la santé, et sachant qu'aujourd'hui nous sommes dans le contexte de la pandémie de Covid-19, qu'est l'organisation pour pouvoir aider les membres, les villes-membres à se relever.
D'abord, peut-être permettez-moi de dire que je suis ravie d'être à Kigali, et que je remercie le maire de Kigali et les autorités du pays pour l'accueil, puisque accueillir notre assemblée, nous sommes 300 maires aujourd'hui ici, dans un contexte de pandémie. C'était un défi important, et vraiment merci de l'avoir relevé. L'Association des maires francophones, depuis le début de la pandémie, nous avons organisé d'abord beaucoup de rencontres, bien sûr à distance, avec tous les maires de la francophonie, pour échanger sur nos situations, pour échanger aussi sur les moyens, les informations que nous avions.
Je me souviens, en mars 2020, les informations étaient peu nombreuses, et nous avons pu échanger sur les situations de chacune de nos villes, aider aussi avec des dotations de masques, de gel, un certain nombre de grandes villes ou de moins grandes villes membres du réseau de la francophonie. Et puis nous nous sommes mobilisés pour accompagner, y compris financièrement. Actuellement, vous le savez, la pandémie est terrible à Tunis, et donc nous venons en aide financièrement à la maire de Tunis.
Nous avons aussi pris une décision, qui est une demande de tous les maires de la francophonie, sur la levée des brevets concernant les vaccins, et sur la possibilité pour chaque pays de pouvoir fabriquer les vaccins à domicile, pour pouvoir vacciner la population. Nous avons beaucoup de centres de santé, nous avons accompagné beaucoup de villes dans la création de centres de santé, notamment à l'époque sur la question du SIDA. Et en fait, ces centres de santé, aujourd'hui, sont extrêmement utiles aussi pour venir faire face à cette pandémie terrible.
Les organismes internationaux indiquent que quand le monde sera libéré de la pandémie de Covid-19, ses conséquences pèseront pendant longtemps sur le monde entier. Y aurait-il des actions que prévoit l'AMF dans le cadre de la relance économique ?
D'abord, c'est vrai que ça va peser durablement, parce qu'on a vu la pandémie, cette situation exceptionnelle, extraordinaire, mais très négative, de blocage de tous les échanges à arrêter l'économie mondiale, ce qui a quand même fragilisé et va entraîner un certain nombre de pertes d'entreprises et d'emplois. Mais cela a aussi mis l'accent sur des secteurs qui sont plus essentiels. Cela a mis l'accent sur nos vulnérabilités. D'ailleurs, quels que soient les continents nord, sud, les vulnérabilités, la dépendance que nous avons dans toutes nos économies, sur la question des vaccins, des médicaments.
Et donc, une des conséquences, ça va être quand même d'aider, d'accompagner les pays dans leur réindustrialisation, mais bien sûr en tenant compte du risque climatique, donc vers une économie décarbonée. Et nous, du côté de l'AIMF, c'est accompagner les villes dans leur planification, dans leur perspective d'évolution. Nous savons qu'il faut à la fois, bien sûr, être visionnaire, attentif à tous ces grands événements mondiaux qui frappent nos villes, mais nous savons aussi que pour être efficace, il faut agir dans l'hyper-proximité.
Donc l'accompagnement que l'on va faire aussi de toutes les villes membres de l'AIMF, c'est de les aider à mettre en place ces structures de proximité, que ce soit dans l'éducation, dans la santé, dans l'économie, dans l'économie sociale et solidaire, dans la place des femmes, parce qu'elles ont un rôle crucial, c'est de continuer, même d'amplifier, puisqu'en fait la pandémie n'a fait qu'accentuer un certain nombre de fragilités et de difficultés que l'on avait identifiées auparavant.
L'AIMF que vous représentez, madame, a dans ses objectifs la consolidation de la paix. Quelles seraient les réalisations dont vous êtes particulièrement fière aujourd'hui ?
D'abord, je pense que dans ce qui se fait au niveau de l'AIMF, vous savez, c'est une organisation qui joue un rôle dans la diplomatie des villes, c'est-à-dire qui permet ces échanges entre villes, qui d'ailleurs ne s'opposent pas à la diplomatie des États, mais la diplomatie des villes est plus agile, plus souple, parce que nous n'avons pas les mêmes contraintes, évidemment, que les États. Et en revanche, les organisations internationales, un certain nombre d'États, savent qu'ils peuvent s'appuyer sur nous pour pousser, ouvrir des politiques nouvelles. Et ce que nous savons, c'est que c'est vraiment dans la proximité.
Et donc, ce dont je suis le plus fière avec l'AIMF, c'est quand, par exemple, une ville qui nous avait demandé de l'aider à ouvrir un dispensaire, un lieu, par exemple, je pense au Gabon, à côté de Libreville, un centre pour accueillir des femmes victimes du sida, enceintes, et qu'aujourd'hui, dans ce centre où on accueille ces femmes, où les enfants naissent, plus aucun de ces enfants ne naît atteint du VIH. Ça, c'est une grande fierté. Bien sûr, ce n'est pas uniquement lié à l'AIMF, mais l'AIMF a vraiment poussé cela.
C'est aussi une grande fierté quand je vois 17 communes du Cameroun, toutes dirigées d'ailleurs par des femmes, qui se mobilisent, qui s'organisent pour, notamment, la question de la gestion de l'eau et de l'éducation des filles. Et aujourd'hui, elles sont, dans ce collectif-là, membres aussi de l'AIMF. Nous les avons aidées, elles ont porté ces projets, et en fait, ces projets améliorent la vie quotidienne des gens. Donc, il y aurait une multitude de sujets de fierté, mais qui sont d'abord liés, bien sûr, à tous ces maires, et tous ces élus locaux, et à toutes ces femmes, souvent absolument remarquables.
Et l'AIMF a été là pour donner le coup de pouce, accompagner, et accompagner aussi techniquement, pour permettre quand même que les projets puissent se faire.
Madame la maire, ce thème de la paix nous amène concrètement à la situation du Rwanda. Le Rwanda qui tient bon, 27 ans après le génocide, pépétré contre les Tutsis, mais qui doit quand même lutter toujours contre le négationnisme du génocide. Alors, qu'est fait l'AIMF pour soutenir ce combat que mène le Rwanda ?
D'abord, vous savez, en venant ici, c'est la deuxième fois que je viens à Kigali, avec l'AIMF, d'ailleurs, l'AIMF. Une première fois, c'était il y a deux ans, où nous avions tenu un bureau. Nous étions beaucoup moins nombreux, mais nous avions eu un débat, justement, autour de la question du génocide, de la question aussi de comment on se relève, et avec cet exemple qu'a donné le peuple rwandais, d'une résilience absolument inouïe, peu de temps après ce génocide terrible. Et ça a été, au sein de l'AIMF, un travail et une réflexion que nous avions conduite il y a deux ans, qui nous a amenés à nous dire, il faut revenir ici.
La question de la mémoire, la question de l'histoire, de la vérité historique, la question de la justice, sont des sujets sur lesquels, bien sûr, l'AIMF n'a pas de pouvoir particulier, mais le fait de se retrouver ici et de porter avec tous les maires francophones une parole qui est une parole de reconnaissance de ce qui s'est passé au Rwanda et du génocide perpétré contre les Tutsis, des responsabilités, bien sûr, qu'il y a eu, et on l'a vu dans la communauté internationale, le fait de poser cette parole-là et cet élément de vérité et de pouvoir, évidemment, avancer. Je crois que c'est un des rôles de l'AIMF.
On travaille à la paix par des actions très concrètes qui font que la vie des gens est une vie plus agréable, moins dure que ce que l'on connaît encore beaucoup aujourd'hui. Et on travaille aussi à la paix, notamment dans cet espace francophone, en posant les mots et en posant aussi un regard lucide sur cette histoire qui est une histoire tragique mais qui est une histoire dans laquelle nous avons aussi notre part.
Plus particulièrement pour vous, madame, à Paris, vous avez entrepris depuis un certain temps un travail de mémoire. Comment se situe aujourd'hui ce combat que vous mènez ?
D'abord, je pense que les choses évoluent et qu'elles ont évolué sous l'effet, bien sûr, des associations comme IBUCA, IBUCA France. D'ailleurs, le président d'IBUCA France est avec nous ici pour ce congrès de l'AIMF. Il a eu un rôle très, très important. D'abord, pour poser la mémoire et la reconnaissance des faits aussi. Il y a eu un travail aussi très important. Je veux le souligner du mémorial de la Shoah qui a ouvert assez tôt avec Jacques Fredge et Éric de Rothschild la réflexion autour des génocides du XXe siècle.
Eux ont fait un travail exceptionnel de mémoire, de recueil, des noms, des victimes, d'accompagnement et aujourd'hui de pédagogie et d'éducation, de transmission sur la Shoah. Et ce travail-là, ils l'ont mis aussi au service de l'analyse du processus génocidaire qui a été celui du perpétré contre les Tutsis au Rwanda, mais aussi du processus génocidaire encore avant, notamment contre les Arméniens. Et ce travail-là a permis, et m'a permis en tant que maire de Paris, d'abord de poser les premiers actes de commémoration. Je pense que c'était très important et dans les commémorations, la parole des victimes a été quelque chose de fort.
Ensuite, il y a eu, et ça c'est de la responsabilité de l'autorité du président de la République française, Emmanuel Macron, ce travail confié à des chercheurs, des historiens, avec l'ouverture des archives et le rapport du clair, qui est un pas, je crois, décisif vers la reconnaissance de la vérité historique pour pouvoir se reconstruire. Et tout à l'heure, une jeune femme laotienne nous a donné un proverbe laotien. Elle a dit, il vaut mieux allumer une bougie, une lumière, que finalement de regarder et de parler des ténèbres.
Je crois que c'est ce que nous faisons aussi en remettant l'histoire, la mémoire, la vérité historique, les faits qui doivent être reconnus pour ce qu'ils ont été, dans leur dureté, dans leur violence, dans leur cruauté, et puis ouvrir les portes qui permettent évidemment de construire ou de travailler à cette fraternité qui doit nous unir. Et la francophonie a un rôle à jouer en ce domaine.
Parlons toujours de ce combat que vous menez, madame. Trouvez-vous un appui dans les nouvelles relations qui s'accélèrent entre le Rwanda et la France ?
Je pense qu'il y a depuis maintenant quelques années ces relations qui se sont nouées. J'ai longtemps, bien sûr, travaillé aussi avec l'ambassadeur du Rwanda à Paris et puis rencontré les autorités comme je le fais ici. Je crois qu'aujourd'hui, il y a vraiment une envie commune d'ouvrir un espace dans lequel il n'y ait pas de négation de ce qui s'est passé, bien évidemment. Je crois qu'il y a aussi une volonté de la société française d'avancer dans la reconnaissance d'une histoire et de se projeter, bien sûr.
Merci beaucoup, madame la maire.
Merci à vous.
Vous venez de mentionner qu'il y a deux ans vous étiez ici. s'il était question de décrire votre point de vue sur la physionomie de Kigali, quel est votre point de vue ?
D'abord, c'est une ville qui est très belle, qui est très, très verte, qui est très propre aussi. C'est une ville magnifique, alors par sa géographie, c'est vrai, mais aussi par l'harmonie de ses constructions. C'est une ville qui grandit beaucoup, qui va très vite dans son développement. Je sais qu'il y a cette prise en considération notamment d'une agglomération de Kigali qui est en train de naître avec des villes un peu satellites autour aussi qui font partie de cet ensemble. Je sais aussi que Kigali est une ville très engagée dans la transition écologique, que la question du réchauffement climatique est un sujet qui a été pris par le Rwanda et par la ville depuis très longtemps.
vous êtes vraiment précurseur sur ces sujets-là et j'ai pu visiter hier l'éco-parc qui, pour moi, préfigure un peu ce que seront certainement les grands parcs urbains de demain, pas simplement ici à Kigali et en Afrique, mais un peu partout, c'est-à-dire des espaces très vastes, très grands qui pourront accueillir les habitants de la ville et qui sont des espaces de biodiversité exceptionnels. Donc, je suis très intéressée, très admirative du développement de Kigali qui, je le redis, est une très, très belle ville.
Merci beaucoup Madame Anne Hidalgo, maire de Paris. Merci d'avoir répondu à notre invitation.
Merci à vous. Merci infiniment.
Merci également à vous tous qui nous avez suivis. Cette interview a été réalisée par Jean Damascène Manishimui avec ma consœur Amandine Nikumasaro. Merci à vous.
Amandine Nikumasaro. Merci à vous.
Anne Hidalgo