Bayrou : "L'annonce de la réforme des retraites a été faite de manière très brutale"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
François Bayrou, quand on regarde, vous parliez de ce qui s'est passé notamment dans le Nord, quand il a, comme vous dites, été au contact de la population. Une des premières choses qui lui a été dite, c'est sur la retraite à 65 ans. Il lui a été immédiatement reproché par tous ceux qui étaient là, qui lui ont dit « mais vous ne savez pas ce que c'est que de travailler jusqu'à 65 ans » et qui lui ont exprimé une forme de douleur, d'incompréhension quasi physique de cette demande de travailler plus longtemps. Depuis d'ailleurs, il a fait évoluer, sans qu'on en comprenne complètement les contours, il a dit « on peut faire évoluer même si le cap de 65 ans est maintenu ».
Est-ce que là-dessus, il n'y a pas eu une erreur dans la compréhension de la douleur des gens ?
L'annonce de la retraite à 65 ans, qui a été faite de manière un peu brutale ou très brutale, ne correspond pas à la réalité. Parce que la première chose qu'il aurait fallu commencer par dire, c'est un, on va tenir compte des carrières longues des gens qui ont commencé à travailler tôt, et deux, on va tenir compte de la pénibilité du métier. Si vous avez ces deux entrées, ces deux portes d'entrée, à ce moment-là, l'idée de la retraite...
Oui, mais quand on parle de l'âge, si vous avez commencé à travailler à 20 ans, vous allez devoir cotiser jusqu'à 65 ans pour pouvoir partir malgré tout ?
Non, mais je ne crois pas ça. Si vous avez commencé à travailler tôt, si vous avez les annuités nécessaires, singulièrement ou particulièrement si vous avez un travail pénible, alors à ce moment-là, vous pouvez partir plus tôt. Vous m'avez beaucoup entendu plaider sur ce sujet. Je pense toujours aux femmes, ce sont souvent des femmes qui travaillent dans nos CCAS, celles qui vont lever des personnes âgées...
C'est dans l'action sociale.
...toute la journée, et qui se trouvent avec mal au dos, des troubles, comme on dit, musculo-squelettiques. Ce n'est pas la même chose que de travailler dans un bureau.
Ça a été mal présenté. Ça a été trop brutal.
Oui, et en plus, ça ne correspondait pas à l'idée qui était celle de l'entrée dans ce sujet, puisque vous savez qu'on avait commencé par, d'une certaine manière, la retraite choisie, avec le fait que...
Ça n'y comprend plus grand-chose. Ça a été un peu mal emmanché, comme vous le reconnaissez vous-même. Je voudrais savoir aujourd'hui, qu'est-ce que vous dites à ceux qui ont commencé à travailler, peut-être pas si tôt, mais peut-être à 21, 22 ans, est-ce que vous leur dites, bon, vous devez travailler jusqu'à 65 ans ? Vous avez bien parlé de ceux qui ont spécifiquement une dénomination de pénibilité dans leur travail, mais il y a aussi ceux qui ont juste travaillé tôt, qui sont serveurs, qui ont des travaux qui ne sont pas considérés comme pénibles, mais qui sont quand même fatigants.
Ah, qui sont fatigants. Je me réfère à ce que le président de la République a dit. Il a dit, on va aller progressivement... À ce qu'il a dit avant le premier tour ou après le premier tour ? Après le premier tour. On va aller progressivement jusqu'à 64 ans. Et on va aller jusqu'à 64 ans à un terme qui est autour de...
Vous rôtez finalement 64.
Mais on va aller... Il n'y a pas de différence, je veux dire. C'est un mouvement progressif. Et il y a eu une erreur de communication si on a laissé penser que ce mouvement progressif allait être un mouvement brutal. Ça n'est pas vrai. Il y a une deuxième chose à dire qu'on ne dit jamais. Mais le quinquennat ne s'achève pas le soir du 24 avril. Après, le quinquennat commence. Et le quinquennat, la nouvelle majorité, s'il est réélu, s'il y a une majorité, tout ça n'est pas simple, alors commence la réflexion du gouvernement. Et dans la réflexion du gouvernement, les parlementaires qui vont être élus et l'opinion publique et vous allez jouer un rôle. C'est un débat.
François Bayrou