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interviewBFM TV (sur YouTube)· 9 octobre 2025

Crise politique, Robert Badinter, Nicolas Sarkozy...L'interview d'Éric Dupond-Moretti en intégralité

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Eric Dupond-Moretti, bonjour. Vous êtes l'ancien garde des Sceaux, vous étiez donc le ministre de la Justice. Vous êtes l'auteur de ce livre « Juré, craché » où vous promettez de dire toute la vérité, rien que la vérité.

Vous n'avez pas levé la main droite, mais ça y est, vous le faites. Évidemment, on va parler de la pantalonisation de Robert Badinter et de cette figure inouïe. On va même entendre les mots de Robert Badinter.

Mais ce gouvernement auquel vous avez appartenu, le macronisme auquel vous avez cru, quel regard vous portez aujourd'hui sur ce fiasco, ce désastre ? D'abord, j'y ai cru et j'y crois toujours. Moi, vous ne me mettez pas et vous ne conjuguez pas mon opinion politique au passé, si vous le voulez bien.

Écoutez, je constate que quelques rats quittent le navire. Des noms ? Ah oui, je vous les donnez.

Mais avant ça, c'est le lot de tous les présidents qui ne peuvent pas se représenter, et qui sont, on va le dire comme ça, en fin de règne. Les rats qui quittent le navire ? Dans un pays, je dis règne parce que nous sommes dans un pays régicide, ça n'échappe à personne.

Et c'est donc ce qui arrive ? C'est que finalement, à un moment, on a aimé le roi et on finit par lui couper la tête ? On a adoré le roi, surtout quand il vous a fait.

Gabriel Attal, c'est la création d'Emmanuel Macron. Non, et sans lui, il n'est rien. Édouard Philippe, pardon, moi je suis sidéré, sidéré de ce que quelqu'un qui envisage d'être président de la République grève par anticipation la fonction à laquelle il aspire.

Parce qu'aujourd'hui, c'est une élection et c'est un quinquennat. Édouard Philippe dit non, mais ce sera un quinquennat à géométrie variable au gré de l'opinion publique. Ça, ça ne va pas bien, c'est incompréhensible, c'est contraire à toutes nos institutions.

Et puis surtout, et j'ai donné cela en exemple, Édouard Philippe, un jour je le reçois à la chancellerie, et je lui dis, mais pourquoi vous envisagez de remettre sur le débat, dans le débat, les peines planchées par le truchement d'une proposition qui sera portée par Naïma Mouchou, qui appartient au groupe Horizon. Je lui dis, pourquoi vous faites ça alors que tout le monde sait que vous êtes contre les peines planchées, que vous avez dit à de nombreuses reprises que vous étiez contre les peines planchées. Vous savez ce qu'il me répond, madame ?

Il me dit, pour faire chier la majorité. Pour faire chier la majorité, dans le texte. Vous dites, il cite, avec les guillemets, pour faire chier la majorité.

J'en parle au président de la République, parce que je suis sidéré. Moi, les oreilles m'en tombent. Je dis au président de la République, voilà ce que m'a dit Édouard Philippe.

Il est totalement incrédule. Il me dit, non mais c'est pas possible. Mais je dis, si c'est possible, bien sûr, je ne vais pas l'inventer.

Bon. Ensuite, vous avez...

Éric Dupont-Moretti, vous dites ça, mais en même temps, Emmanuel Macron, qu'est-ce qu'il a fait d'autre par rapport à François Hollande que ce qu'ont fait Gabriel Attal ou Édouard Philippe ? Attendez, François Hollande, il ne veut pas se représenter tellement il est impopulaire. Il veut accélérer la décision de François Hollande, quand même.

Moi, je voudrais quand même comprendre une chose, Éric Dupont-Moretti. Je n'ai pas tout à fait fini, mais...

Voilà, allez-y. Allez-y. Si vous le dites aujourd'hui, c'est pourquoi ça veut dire qu'en fait, vous avez décelé très tôt chez Édouard Philippe la volonté, de toute façon, d'être dans cette trahison.

Pardonnez-moi, vous appartenez à une majorité, vous portez un texte alors que vous êtes contre, vous-même personnellement contre le texte. Et quand on vous demande pourquoi, vous dites que c'est pour faire chier la majorité à laquelle j'appartiens. Bon, pardon, il y a quand même matière à s'arrêter deux minutes.

Donc le verre était déjà dans le fruit, quoi. Le verre était sans doute dans le fruit, j'exprime à minima, de la circonspection. Et alors après, vous avez le numéro 2 d'Horizon, Estrosi, qui est le pire, le pire, comment dirais-je...

Je n'ose pas vous faire de proposition de mots, parce que je ne veux pas prendre sur moi la responsabilité de ce que vous allez en dire. Allez-y. Mais vous savez, celui qui est toujours complaisant à l'égard du pouvoir, qui le caresse toujours dans le sens du poil, ça s'appelle comment ?

Aidez-moi. Non, je n'irai pas. C'est le pire courtisan que j'ai jamais rencontré.

Il a courtisé tout le monde, dans l'ordre. Jacques Médecin, puis Perra, puis Le Pen, ce qu'il a oublié aujourd'hui. Le Pen aujourd'hui, bon.

Et puis Sarkozy, il veut d'ailleurs donner à une place à Nice le nom de Nicolas Sarkozy, deux jours après sa condamnation. Formidable, hein ? Alors là, génial.

Et puis Macron...

Le parvis d'un commissariat. Voilà, voilà. Formidable.

Et puis Macron. Alors là, Macron, c'était...

Et puis d'un coup, d'un seul, il s'aligne sur Édouard Philippe et il dit « le président doit démissionner ». Enfin, c'est extraordinaire. Pour vous, il le faillera.

Et vous, vous êtes extrêmement indulgent à l'égard d'Emmanuel Macron. Pardon. Enfin, je veux dire...

Madame, moi, j'essaie d'être loyal. Sinon complaisant. Madame, non, mais complaisant, ça, vous avez le droit de le dire.

Non, mais Julien, il est quand même le responsable, le principal responsable de la situation de blocage dans lequel on aille. Non, mais Madame, je ne suis pas d'accord avec ça. Il peut aussi le reconnaître.

Ok, non, mais je ne vais pas le reconnaître parce que je ne suis pas d'accord avec ça. Alors, complaisant, non, je ne suis pas d'accord. Mais vous avez le droit de l'exprimer.

Vous êtes une journaliste...

C'est en vous entendant. Vous...

Oui, oui, j'entends bien. Mais alors, on va...

Vous étriez tout le monde sauf lui, donc...

Non, non, ce n'est pas vrai, Madame. On va remettre un peu les pendules à l'heure. Allez-y, prenez votre temps, Éric Dupond-Moretti.

D'abord, il y a la dissolution que l'on critique aujourd'hui. Moi, je suis de ceux qui pensent, je l'ai toujours dit, que nous aurions...

Le gouvernement auquel j'ai eu l'honneur d'appartenir aurait été censuré. Bon, pour moi, c'est une évidence. Le président, à l'issue des résultats des élections européennes, dit « Je veux clarifier les choses.

Est-ce que les Français ont voté, en pensant à l'Europe, finalement très éloignés de nos préoccupations ? Ou est-ce que c'est vraiment leur choix ? » Et qu'est-ce qui fait de grave, le président de la République ?

D'aussi grave. Il donne la parole au peuple. Ben, pardon.

Et ensuite, ben, c'est nous...

Sauf peut-être M. Stéphane Bureau, qui n'est pas français. C'est nous qui composons l'Assemblée nationale.

Personne d'autre. Lui, il a une voix dans l'Unde. Ce que vous voulez dire, c'est qu'on ne doit s'en prendre qu'à nous-mêmes ?

Ben, bien sûr. Et aujourd'hui, 66% des Français veulent une dissolution, estiment qu'il y a un problème démocratique. Est-ce que ça serait donc une occasion de les écouter et de dire « ça y est, j'y vais ? » Oui, sauf que les parlementaires, vous l'avez vu, ça c'est...

Ah, soudainement, il y en a plusieurs qui ont la trouille. Ah ben, soudainement, je vous laisse le choix de l'adverbe. En tous les cas...

Vous n'êtes pas surpris ? Ben non, évidemment que je ne suis pas surpris. Mais la situation actuelle, c'est la résultante du vote des Français.

Pas Emmanuel. Moi, je veux bien qu'il ait une part de responsabilité. Faut-il tester la gauche ?

Faut-il tester la gauche ? Oui. Oui.

Alors...

Pour vous, c'est une évidence, il faut tenter un Premier ministre de Gauche. Alors, attendez. Ce qu'il se refuse à faire.

On va préciser les choses. Moi, je ne suis mandaté par personne, quand je vous dis cela. Je suis un homme libre, citoyen libre.

C'est d'autant plus intéressant de vous recevoir. Bon, moi, je pense qu'il faut aller vers la gauche. D'abord, ça permettra de voir que le président, contrairement à ce que vous suggérez, madame, n'est pas responsable de tout.

Vous avez vu la pantalonnade chez les LR. Enfin, quand même. Bruno Retailleau, il est ministre à 21h.

Et à 21h03, il ne l'est plus. Pourquoi ? Parce qu'il exige que ses petits copains viennent au gouvernement et parce qu'il ne supporte pas Bruno Le Maire, qui a appartenu pendant des années à la même famille politique que lui.

On rêve. Wauquiez, il voulait être ministre, sauf de la justice. C'est compliqué, ministre de la justice.

Tout le monde n'en veut pas. Il n'est pas nommé ministre. Et là-dessus, il tape sur Retailleau, qui lui a accepté d'y aller.

Et voilà les hommes d'État que sont Retailleau évoqués. Alors, à droite, on a essayé. Barnier, on a essayé au centre.

Sébastien Lecornu n'est pas un homme de gauche. Il faut aller, de mon point de vue, et moi je suis mandaté par personne pour vous dire ça, de mon point de vue modeste, il faut aller à gauche. Ce serait le respect de la démocratie.

C'est en ça qu'Emmanuel Macron est responsable. C'est pas le...

J'ai dit le principal, je ne dis pas le seul. Vous vouliez Mme Casté ? Il s'y est...

Sûrement pas. Mme Casté a un point commun avec Jordan Bardella, elle n'a jamais rien fait. Sûrement pas.

Eh bien si, je suis loin, elle était dans un bureau. Il y a d'autres possibles candidats à gauche. Oui, mais enfin, ce que nous avait proposé la gauche à l'époque, c'était Mme Casté.

Elle était devenue en quelques jours, en quelques heures, une icône. On ne sait pas d'où elle vient. Elle a d'ailleurs, je crois, fait dire qu'elle était toujours disponible.

Vous espériez du café. Je suis désolée. En fait, il n'y en a plus.

Je n'ai pas très bien reçu. Il n'y en a plus. J'en ai encore un petit peu.

Si vraiment vous en voulez, j'en ai l'un. On y va, parce que je sens que là, il faut un grand moment. J'ai lu votre livre « J'aurais craché ».

C'est du café de la maison, il est filtre, il est très bon. Je pense que c'est en page 199. Vous dites, il n'y a aucun espace dans notre paysage politico-médiatisé pour de la nuance.

On est condamné aux extrêmes. Je vous prends au mot là-dessus. Si on est condamné au mot, au mot là-dessus, aux extrêmes, c'est aussi une autre forme de mot peut-être.

C'est une autre forme de mot. Est-ce qu'il y a une solution possible dans les circonstances ? Parce que je vois que tout le monde n'en a que pour son cas.

Sinon, M. Lecornu, qui, hier, nous dit qu'il y a une majorité qui ne veut pas de solution. Pour autant, ce n'est pas une majorité qui va assumer ses responsabilités.

C'est possible que chacun, d'ailleurs, un Lecornu reconduit ? Attendez, à un moment, là, on est au bord d'un précipice. Alors, soit on fait tous collectivement un grand pas en avant.

Soit on s'arrête deux minutes et puis chacun met un peu du chien. Donc, lecornu reconduit, non ? Les syndicats...

Vous dites que ce n'est pas possible ? Non, mais je ne sais pas. Ce n'est même plus une question de personne, peut-être.

Mais je pense que Sébastien, qui a fait, à mon avis, un énorme boulot, puis de la politique au sens noble. Parce que s'il ne veut pas revenir, c'est ce que j'ai cru comprendre. Mais moi, je ne suis pas...

Il a dit « Ma mission est terminée » et il l'a dit à deux reprises. Moi, je ne suis pas son porte-parole. Mais alors, s'il ne veut pas revenir, il a vraiment fait de la politique au sens noble du terme.

Il a beaucoup bossé, etc. Maintenant, il faut que les uns et les autres se mettent d'accord. Qu'est-ce qu'on veut ?

La zizanie, le chaos, le bordel. Alors, je vais vous dire. À l'extrême droite, la seule boussole, c'est le calendrier judiciaire.

C'est la seule boussole. Et à l'extrême gauche, c'est la chienlit de Mélenchon. Donc, dans l'arc des gens raisonnables, j'espère que l'on trouvera...

Vous pensez que Marine Le Pen veut absolument une dissolution à cause de ses ennuis judiciaires ? Pour savoir si elle pourrait se présenter à une future...

Elle pourrait, le cas échéant, et vous pouvez préciser peut-être, Laurent, poser une question préalable de constitutionnalité. Elle a posé une question préalable de constitutionnalité, qui a d'ailleurs été jugée irrecevable par le rapporteur public hier. Ça ne veut pas dire qu'elle ne sera pas examinée.

Mais l'intérêt pour elle d'avoir des élections législatives anticipées, c'est de pouvoir purger cette question-là. Oui, la réponse est dans la question. Pour vous, c'est ce calendrier-là, uniquement qu'elle a...

Non, mais vous, vous pensez qu'elle ne demande la dissolution que pour ça. Donc, personne ne s'intéresse aux Français, en fait, dans cette histoire. Mais, enfin, écoutez, le Rassemblement national, vous avez vu quand même ce qu'ils nous ont fait, là.

D'abord, ils ont désingué l'institution judiciaire, dans sa globalité, hein. Bon. On s'en est pris nommément à la présidente du tribunal correctionnel, au motif...

Vous voyez, on est chez les dingos. Au motif que sa vocation venait d'un reportage qu'elle avait vu sur Mme Eva Jolie. Voilà.

Attendez. Là-dessus, tout le monde a crié, notamment en face de vous, le matin. Tout le monde a poussé des cris d'orfraie, en disant, c'est un déni démocratique.

Je me dis, mais si cette femme est élue présidente de la République, qu'est-ce qu'elle va faire avec l'institution judiciaire ? Ce qu'a fait Orban en Hongrie, moi, je l'ai reçu. J'ai reçu des magistrats hongrois.

Ils sont à la botte du pouvoir exécutif. C'est-à-dire qu'on n'est plus dans une démocratie, on a basculé. Est-ce qu'à l'inverse...

Alors, voilà leurs préoccupations. Et ils vous racontent que c'est le système qui est contre eux. C'est le système qui m'a fait mettre en examen.

C'est le système qui a fait poursuivre Édouard Philippe dans l'affaire de la Covid. Pas du tout. Donc il faut arrêter de raconter ces conneries.

D'ailleurs, les Français ne sont pas dupes quand on regarde les sondages. Et de l'autre côté, du côté de Mélenchon, c'est la chienlit absolue. Voilà.

Donc il y a quand même dans ce pays une grande majorité de gens raisonnables. Je profite, puisque vous évoquez ces questions de justice, pour vous interroger également sur...

Vous m'interrogez un peu là-dessus, quand même. Sur ce qui a...

Je vous en ai parlé de Robert Badassert. Non, mais sur ce qui a également fait un grand débat les deux dernières semaines, qui était la question du jugement à l'encontre de Nicolas Sarkozy, et de la participation évoquée, documentée, de la présidente à cette manifestation anti-Sarkozy en 2011. Pour vous, vous levez les yeux au ciel, c'est même pas un sujet.

Madame, les magistrats ne sont pas des sous-citoyens. Ils ont le droit d'avoir des opinions politiques. Et c'est même bien qu'ils en aient.

Vous voyez, comme vous, comme moi, etc. Il serait illusoire de penser qu'elle aurait dû se déporter, quand même. Non, attendez, on y vient.

Il ferait beau voir que dans une démocratie, on n'ait pas des opinions différentes. Ça ne nous empêche pas d'échanger, de parler, là, vous voyez. Alors, il y a je ne sais combien d'années, il y a eu une manifestation de magistrats... 2011.

Voilà, qui protestait, parce qu'à l'époque, je crois, Nicolas Sarkozy souhaitait mettre en place une responsabilité personnelle, même sur les deniers propres du magistrat, quand, à ses yeux, il commettait une bêtise. Moi, j'étais avocat à l'époque, et j'étais contre ça. J'avais dit, mais enfin, quand même, on ne peut pas demander au magistrat d'avoir une boule de cristal.

Et ils peuvent se tromper. Voilà, je ferme la parenthèse. Est-ce que, pour autant, ça signifie que cette magistrate est dans la haine ?

Alors, d'abord, je veux rappeler que c'est une des...

Le mot « haine » qui a été effectivement proposé...

Il a été utilisé par Nicolas Sarkozy. Pas proposé, prononcé, pardon, par Nicolas Sarkozy à la sortie du juin. Je voulais, lui, je vais vous dire quelque chose.

Il est évidemment dans le ressentiment. Il a toujours dit qu'il était innocent. Il est présumé innocent.

Il est choqué. Je le comprends. Et qu'il s'exprime avec excès, je l'entends.

Mais tous les autres derrière qui viennent, et qui viennent relayer ça, et au fond, l'idée, auprès de nos compatriotes, que la justice serait pourrie, et que tout serait pourri au royaume du Danemark, pour reprendre une expression connue, c'est insupportable. Attendez. La décision, elle est collégiale, et personne ne peut dire...

D'abord, écoutez, c'est un grand principe de droit. La mauvaise foi ne se présume pas. Voilà.

C'est clair, ça. Je recommande votre livre, parce que le franc-parler que l'on entend à l'instant sur ce plateau, il traverse votre livre. Et je salue d'ailleurs Marc-Olivier Fogel, avec qui vous l'avez écrit, juré, craqué.

Qui m'a torturé. J'imagine, c'est aux éditions Michel Laffont. Je voudrais qu'on écoute les mots de Robert Badinter lui-même.

Ce discours qu'il a prononcé dans l'hémicycle. On est le 17 septembre 1981, et il est alors garde des Sceaux. J'ai l'honneur, au nom du gouvernement de la République, de demander à l'Assemblée nationale l'abolition de la peine de mort en France.

Il n'est point d'homme en cette terre dont la culpabilité soit totale et dont il faille pour toujours désespérer totalement. Et ce sera un moment suspendu aujourd'hui. On s'est dit, au milieu de ce chaos, de cette fin de règne, de ce moment extrêmement douloureux pour la France, il y aura comme un cap, ce moment tout à l'heure, la panthéonisation de Robert Badinter.

Où on a fédéré les bonnes volontés, les meilleures volontés à gauche et à droite, et on est arrivé à quelque chose qu'on imagine aujourd'hui mal dans la classe politique ou avec notre classe politique. Est-ce que ce n'est pas un beau rendez-vous dans les circonstances ? C'est un formidable rendez-vous.

D'abord, nous vivons une époque qui ne connaît plus la nuance, et aujourd'hui, le mot humanisme est devenu un gros mot. Et c'est merveilleux, cette cérémonie, mais ça ne peut pas naître qu'une cérémonie. Il faut que l'héritage de Robert Badinter prospère, parce qu'on évoque la peine de mort, bien sûr, mais il y a aussi l'abrogation du délit d'homosexualité, il y a l'abrogation de la Cour de sûreté de l'État, il y a l'indemnisation des victimes, il y a la possibilité pour les citoyens français de saisir la Cour européenne des droits de l'homme, il y a la filmographie des grands procès historiques, c'est un travail, d'ailleurs, que j'ai prolongé, puisque j'ai souhaité que, bien sûr, ça détene.

Il y a la fin des juridictions d'exception. Oui, je viens de le dire. Très important, l'accord de sûreté de l'État.

Oui, on suit un peu, monsieur le mal. L'accord de sûreté de l'État. Coucou.

Et il y a, pardon, une politique carcérale, suppression des QHS, quartiers de haute sécurité, amélioration des conditions de détention, et amélioration des conditions de travail du personnel pénitentiaire. Mais je veux vous dire quelque chose. Aujourd'hui...

Les parloirs intimes aussi. Bien sûr. Mais à l'époque, place Vendôme, vont se réunir des policiers et Jean-Marie Le Pen qui vont hurler « Badinter assassin ».

Il va d'ailleurs rédiger un livre qui s'appelle « Des épines et des roses » qu'il m'a offert, en me disant « Vous connaissez les épines, mais vous connaîtrez peut-être les roses ». J'en ai pas vu beaucoup, à vrai dire. Et Robert Badinter, ce qui est extraordinaire dans son parcours, il y a deux choses, moi, qui me fascinent.

D'abord, il n'a pas une goutte de sang français dans les veines. Et il devient l'incarnation de la France. Jusqu'à rentrer au Panthéon.

Jusqu'à rentrer au Panthéon. La patrie reconnaissante. La France universaliste, la France des Lumières, la France humaniste.

Il n'a pas une goutte de sang français dans les veines. Et l'autre chose qui me fascine, c'est qu'il est à contre-courant de l'opinion publique. Or, aujourd'hui, beaucoup de politiques suivent l'opinion publique.

Oui, c'est important que vous disiez ça, parce que sur la peine de mort, tout le monde a oublié, mais pendant des décennies, l'opinion publique a continué à être majoritairement favorable à la peine de mort. Et la décision de l'abolir n'a pas empêché, vous en parliez, des manifestations, des moments de haine. Mais il n'y a pas de réformes qui ont été faites contre l'opinion publique.

Et heureusement. Toutes les réformes de la retraite qui ont été faites n'avaient pas l'assentiment de l'homme. Pardon, mais c'est vrai que je trouve qu'il y a une solennité dans ce que vous dites, Éric Dupond-Moretti, et je voudrais qu'on prenne le temps de l'entendre, cette solennité.

Quand vous dites effectivement, et chaque panthéonisation se tient dans des moments d'histoire, je trouve que dans le contexte actuel, avoir cette pause cet après-midi, moi je suis toujours émue, assez bouleversée, en réalité pour être tout à fait honnête, par le fait que dans cette France chaotique où plus personne ne s'entend, où tout le monde s'engueule, on est capable à un moment, d'avoir des moments d'une dignité folle, où on va avoir cette cérémonie, où on rend hommage à un homme, vous le disiez, qui n'a pas de sang français, dont le père a été massacré dans les camps d'extermination, se dire que cet homme-là a tant fait pour la France et que la France est capable d'en être reconnaissante, je me dis, dans ces moments-là, au fond, la France est très grande. Mais se dire aussi que la France est capable, là, aujourd'hui, par les temps qui courent, de s'éloigner de cet héritage. Vous avez peur que la France, aujourd'hui, s'éloigne de cet héritage ?

Évidemment. Vous êtes inquiet ? Bien sûr.

C'est la montée des extrêmes, en particulier de l'extrême droite. J'ai entendu dans vos mots, vous avez dit...

Moi, et le contraire de...

Vous avez dit quand même, Éric Dupond-Moretti, vous avez dit, il m'a dit, tu connaîtras les roses. J'en ai pas connu beaucoup. C'est assez triste, ce que vous dites.

Oui, c'est vrai. C'est vrai. Moi, j'ai essayé, au suite, de suivre un chemin, bien plus modeste, évidemment, mais où, pour être un grand ministre de la Justice, aujourd'hui, je pense qu'il faut dire, je double les peines, je supprime la prescription, je tape comme un sourd.

Voilà. C'est pas grand. C'est dur.

Vous recevez, oui, bien sûr, vous recevez, bien sûr, l'approbation de l'époque. Voilà, je dis de l'époque. D'ailleurs, pardon, il faut qu'on s'arrête.

Il faut qu'on s'arrête. Il faut qu'on s'arrête. Il faut qu'on s'arrête, parce que dans un instant, je voudrais qu'on puisse passer la main à Julien Arnaud.

Avant cela, je voudrais quand même citer votre spectacle, parce que non seulement vous avez écrit ce livre, Jurer et cracher, aux éditions Michel Laffont, mais vous êtes aussi en représentation avec votre spectacle, J'ai dit oui. Et ça se passe, tiens, à Montréal, Stéphane. Montréal.

Montréal, le 15 octobre, à Pornic, au Palais des Congrès, à Poitiers, à Saint-Nariss-sur-Mer, à Aix-en-Provence ou à Sochaux. Voilà, ce sera dit. C'est parti.