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interviewBFMTV· 5 juin 2024 21 min

Européennes, Ukraine, Palestine... L'interview en intégralité de Raphaël Glucksmann

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Raphaël Glucksmann. Bonjour. Merci d'être dans ce studio à trois jours de la fin de la campagne. Vous êtes la tête de liste du Parti Socialiste, place publique aux élections européennes. Vous êtes d'ailleurs déjà député européen. Depuis 2019, vous avez promis que vous vouliez incarner une gauche qui ne serait ni Jupiter ni Robespierre. Et ce matin, je dois le dire, de nombreux auditeurs nous ont écrit pour vous interroger. Vous suscitez donc la curiosité particulièrement de ceux qui peut-être hésitent à voter. Et en particulier de ceux qui hésitent entre la Macronie et vous, ou entre LFI et vous. Vous êtes pris un peu en tenaille.

On va essayer d'y voir plus clair ce matin. D'abord, je commence avec les trois questions qui permettent de poser le décor et de comprendre quelle Europe avec vous, Raphaël Glucksmann. La première, c'est cette fameuse question de la vente des voitures thermiques. Elles seront interdites, les voitures thermiques neuves, en vente à partir de 2035 en Europe. C'est la proposition la plus impopulaire de l'Union européenne. Est-ce qu'avec vous, on assume ou est-ce qu'on annule ?

1:05
Raphaël Glucksmann

On assume. Et on écoute les industriels qui nous disent une chose très simple. Ne changez pas de cap. Vous savez, pour un politique, c'est facile de changer de cap. Il suffit de regarder des sondages et ensuite vous changez de position. Mais quand vous êtes un industriel, vous faites des investissements en fonction du cap qui est fixé par le politique sur 10, 20 ou 30 ans. Et donc, vous ne pouvez pas changer. Et les dirigeants des industries automobiles nous disent, mais ne changez pas. Une fois que vous avez fixé cette ligne, vous vous y tenez. Mais ce n'est pas seulement les industriels qui nous disent ça. Moi, j'ai été dans le Limousin.

Et Laure Clavo et Alexandre Soubachi, deux éleveurs du Limousin, m'ont dit, « Mais si vous fixez un cap sur la transformation écologique, nous, ce qu'on a besoin de savoir, c'est que vous vous y tiendrez. Que ça ne changera pas au bout d'un an, deux ans ou trois ans. Parce qu'en fait, pour nous, c'est des endettements. C'est des modifications de nos modes de production. C'est des modifications de nos vies. Et donc, ce dont on a besoin, c'est de politiques qui fixent un cap et qui s'y tiennent. Et cette transition écologique, ce sera plus d'usines et pas moins d'usines. Ce sera une transformation.

2:02
Présentateur

Pour l'instant, c'est des voitures chinoises.

2:03
Raphaël Glucksmann

Pour l'instant, c'est des voitures chinoises. Mais nos producteurs ont besoin d'un cap pour justement qu'on puisse produire des voitures électriques en France.

2:10
Présentateur

Mais est-ce qu'il n'y a pas un décalage entre la théorie, qui est très belle sur le papier, et la réalité ? Pour l'instant, quand on voit qu'en effet, les voitures électriques qui sont abordables pour les Français, elles viennent de Chine. Et qu'est-ce que font les Américains ? Ils taxent à 100% les voitures chinoises.

2:25
Raphaël Glucksmann

Exactement. Eh bien, voilà. Les Américains, ils taxent à 100% les voitures chinoises pour pouvoir développer leur industrie. Oui, mais alors vous n'aurez que des voitures chères. Donc vous direz aux Français, vous ne pouvez plus acheter des voitures thermiques, mais par contre, vous allez acheter des voitures chères. Nous, ce dont on a besoin, c'est de développer les voitures bas de gamme électriques produites en Europe. Mais vous savez...

2:41
Présentateur

Bas de gamme ou entrée de gamme ?

2:43
Raphaël Glucksmann

Entrée de gamme.

2:44
Présentateur

Vous pourriez peut-être être un peu découragé, ceux qui veulent acheter des voitures électriques. Vous leur dites, vous aurez une voiture bas de gamme.

2:48
Raphaël Glucksmann

C'est... Non, des voitures pas chères. C'est ça que vous voulez savoir. Donc ce que je veux vous dire, c'est qu'en fait, nous, on a un problème en Europe. C'est qu'on est les dindons de la farce de la mondialisation. Que les Américains, quand ils font face à une concurrence chinoise déloyale, ils taxent à 100%. Que les Canadiens, quand ils font face à une concurrence chinoise déloyale, ils taxent à 235%. Et ils ont raison. Et ils ont raison. Et en Europe, nous, on taxe à 15 ou 16%. Ce qui n'est absolument pas dissuasif. Moi, ce que je veux, c'est qu'une Europe nouvelle naisse de ces élections. Et que ce soit une Europe qui soit capable de défendre les intérêts des productions européennes.

Et c'est pour ça qu'on propose, par exemple, une loi achetée européenne qui réserve en priorité la commande publique européenne aux productions européennes. Moi, je n'en peux plus, en fait, qu'on se fasse marcher dessus, qu'on soit incapable de réagir, qu'on soit incapable de se comporter en puissance, qu'on pense que les règles de l'OMC ont été données par Dieu à Moïse sur le Mont-Sinai. Moi, ce que je veux, c'est une Europe qui dépend d'abord les Européens.

3:43
Présentateur

Raphaël Glucksmann, deuxième question, l'élargissement. Est-ce que, oui ou non, vous êtes favorable à élargir l'Union européenne à l'Ukraine et à la Georgie ?

3:50
Raphaël Glucksmann

Oui, oui, je suis pour l'unification du continent européen. Mais ça ne se fera pas, si vous voulez, sans réforme. Sans réforme extrêmement profonde en Ukraine, d'abord. En Ukraine, moi, j'y ai été pendant la guerre. Et sous les bombes, eh bien, au Parlement ukrainien, ils sont en train de passer les lois pour lutter contre la corruption, pour changer les normes de production en Ukraine. Donc, en pleine guerre, eux s'adaptent, eux se réforment pour pouvoir être candidats crédibles à l'intégration européenne. Mais ça se fera aussi avec des réformes. En Europe, on n'élargira pas à politique agricole commune constante.

Si on ne change pas à la PAC, eh bien, l'élargissement à l'Ukraine sera un désastre pour nos agriculteurs. Mais nous, nous portons une réforme de la politique agricole commune. Pour qu'on subventionne non plus l'hectare, ce qui favorise les grands exploitants de la Beauce, mais ce qui favorisera surtout les grands exploitants ukrainiens.

4:34
Présentateur

Oui, mais avec aussi une question qui est la question tout simplement de la concurrence des travailleurs. Et là, pour le coup, sur votre gauche, on est défavorable à l'entrée de l'Ukraine et de la Géorgie. Pas uniquement sur des questions d'élargissement ou de situation aujourd'hui géopolitique, mais aussi tout simplement sur des questions de hausse de salaire. C'est-à-dire que le salaire en Géorgie ou en Ukraine, c'est 350 euros par mois. Si demain, ils sont membres de l'Union européenne, est-ce qu'on est capable de gérer avec nos travailleurs à nous ?

5:00
Raphaël Glucksmann

C'est ça qu'on propose dans la directive sur le salaire minimum, une harmonisation, une convergence par le haut.

5:05
Présentateur

Ça fait un bout de temps que vous le proposez, ça ne s'est jamais fait.

5:07
Raphaël Glucksmann

Oui, mais ça vient d'être voté. Donc ça, ça a été quand même un grand résultat de notre groupe social-démocrate dans le mandat écoulé. On n'avait pas de salaire minimum, on n'avait pas de plan de convergence. Là, on a une harmonisation sociale par le haut qui se met en place. Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est que le Portugal, quand ils sont devenus candidats à l'Union européenne, ils avaient un SMIC dix fois inférieur au SMIC français. C'est-à-dire que la différence était plus forte qu'avec l'Ukraine.

Et aujourd'hui, personne ne remet en cause le fait qu'il y ait une convergence par le haut et que le Portugal est membre à part entière de l'Union européenne et ne concurrence plus les productions françaises.

5:38
Présentateur

Sur la question suivante, je crois comprendre votre position, puisqu'elle en découle plus ou moins d'Europe ? Pour vous, plus ?

5:45
Raphaël Glucksmann

Plus d'Europe, mais pas par idéal européisme.

5:48
Présentateur

Mais est-ce que ça veut dire aussi plus d'Europe dans les décisions ? Est-ce que ça veut dire que vous faites partie de ceux qui estiment qu'il faut supprimer le droit de veto ?

5:54
Raphaël Glucksmann

Il faut supprimer le droit de veto. Pas par idéal européisme, mais parce que si nous devons devenir puissants, nous avons besoin de ne plus être les otages de pays qui bloquent les avancées de la construction européenne et qui bloquent notre retour justement à la souveraineté européenne. Par exemple, prenez la question fiscale. On a des paradis fiscaux qui ont aujourd'hui un droit de veto et qui empêchent la cohérence fiscale. Et ça pénalise nos entreprises. Par exemple, vous allez au coin de votre rue, vous avez un Starbucks et vous avez un PMU. Eh bien, pourquoi le Starbucks paye trois fois moins d'impôts que le PMU ?

Simplement parce que le Starbucks ne paye pas ses impôts en France et qu'il y a des paradis fiscaux en Europe qui permettent aux multinationales de jouer sur la concurrence fiscale.

6:32
Présentateur

Précisément sur ce point, Raphaël Luxman, on peut se demander si c'est ces pays-là qui se plieraient à nos règles et pas plutôt l'inverse. Et ce n'est pas moi qui vous la pose. D'ailleurs, c'est Benoît qui est en ligne avec nous. Bonjour, Benoît. Bonjour, Benoît. Ça va très bien et vous ? Alors Benoît, vous nous appelez depuis votre camion, si j'en crois même l'image, je le vois. Vous êtes au volant à l'arrêt, j'imagine. Vous êtes chauffeur poids lourd dans la Manche et vous avez une question sur l'harmonisation fiscale. Raphaël Luxman vous écoute.

7:01
Auditeur

Oui, je voulais savoir si M. Luxman pensait vraiment qu'un pays en excédent budgétaire comme l'Allemagne voulait aller vouloir s'aligner sur un pays en déficit comme la France, voire en faillite même la France.

7:14
Présentateur

Raphaël Luxman.

7:15
Raphaël Glucksmann

Alors sur la question de la cohérence fiscale, typiquement, le droit de veto, ça pénalise les pays, la majorité des pays, c'est-à-dire l'Allemagne et la France qui là-dessus ont la même position et qui veulent l'harmonisation fiscale parce qu'ils seront pénalisés par des pays comme l'Irlande.

7:31
Présentateur

Ils veulent l'harmonisation fiscale, mais si je comprends bien aussi votre question, Benoît, c'est que l'harmonisation fiscale, à quel niveau ? C'est-à-dire pourquoi est-ce que l'Allemagne se mettrait sur notre niveau ?

7:38
Raphaël Glucksmann

Et l'Allemagne, en fait, l'Allemagne n'a pas une politique fiscale qui soit ultra compétitive par rapport à la France. Elle a beaucoup moins de déficit budgétaire. Par contre, ce qui est certain, c'est qu'il faut arriver à convaincre les Allemands qui bénéficient,

7:50
Locuteur

mais vraiment, l'Allemagne est le principal bénéficiaire du marché unique,

7:53
Raphaël Glucksmann

et bien qu'ils doivent, comme pendant la pandémie, faire un effort de solidarité avec le reste de l'Europe parce que c'est leur intérêt. Et vous savez, au sein du patronat allemand, il y a aujourd'hui des discussions là-dessus. Par exemple, une question simple. On a un déficit total d'investissement dans l'armement, dans la défense. Nous, on a un plan de 100 milliards pour réarmer l'Europe. Ce plan suppose un emprunt commun. Et aujourd'hui, en Allemagne, alors qu'il y avait des réticences, j'y suis complètement favorable, et aujourd'hui, en Allemagne, il y a des discussions extrêmement profondes.

Et les Allemands sont prêts, aujourd'hui, à faire ce pas et à se montrer solidaires des contribuables des autres pays parce qu'ils sentent bien que leur intérêt et la puissance de leur économie reposent sur le marché unique. Et donc, ils ne peuvent pas être simplement bénéficiaires. Ils doivent aussi redistribuer les gains qu'ils ont eus de l'euro et du marché unique. Et donc, il va falloir convaincre les Allemands. C'est sûr que c'est un débat, mais ça va fonctionner sous la pression des événements. Si Trump redevient président des États-Unis, il y aura un emprunt commun avec les Allemands. Et les contribuables Allemands participeront au réarmement de l'Europe.

8:55
Présentateur

Et puis, après, Benoît, c'est Romain qui a une question pour vous. Romain, il a 28 ans. Il est ingénieur, justement, chez Dassault Aviation.

9:03
Auditeur

Bonjour, Raphaël Glucksmann. Jusqu'à quand devons-nous envoyer des armes à l'Ukraine alors que ça nous coûte déjà des milliards d'euros ? Votre réponse ?

9:09
Raphaël Glucksmann

Jusqu'à la défaite de Vladimir Poutine. Parce que ce qui est en jeu, ce n'est pas simplement notre solidarité avec l'Ukraine. C'est la sécurité et la stabilité du continent européen. Vous savez, moi, j'ai présidé la commission spéciale sur les ingérences étrangères au Parlement européen. Et quand les hackers russes attaquent nos hôpitaux en pleine pandémie, comme pas loin d'ici, à Corbeil, et ce n'est pas en Ukraine que ça se passe, c'est en France. Quand ils prennent pour cible nos soldats en Afrique, ce ne sont pas des soldats ukrainiens qu'ils prennent pour cible, ce sont des soldats français.

Quand ils taguent des étoiles de David dans les rues de Paris, juste après le 7 octobre, pour créer une atmosphère de guerre civile dans nos pays, ça se passe en France et pas en Ukraine. Donc la cible de Vladimir Poutine dans sa grande croisade, qui n'a pas commencé le 24 février 2022, ce sont nos pays, nos nations, nos démocraties. Et donc nous devons considérer le front ukrainien comme notre première ligne de défense. Et c'est pour notre sécurité que nous envoyons des armes. Moi, j'ai une solution. Moi, j'ai une solution pour que ça ne coûte pas un euro aux contribuables européens. Il y a 206 milliards d'avoir publics russes qui sont actuellement gelés dans nos banques.

Eh bien, saisissons-les. Tous les juristes de la commission convergent. C'est légal. Saisissons-les et affectons-les à l'aide à l'Ukraine. La seule chose qui nous manque, c'est la volonté politique de le faire. Eh bien, nous pousserons pour cette solution.

10:20
Présentateur

Emmanuel Macron va s'exprimer demain soir. Il aura juste avant parlé avec Volodymyr Zelensky, qui restera d'ailleurs vendredi à Paris pour discuter, je cite, des besoins de l'Ukraine face à la Russie. Si jamais Emmanuel Macron annonce demain soir l'envoi de troupes au sol, plus précisément d'instructeurs français sur le sol ukrainien, est-ce que vous approuverez ?

10:44
Raphaël Glucksmann

Oui. J'ai toujours fixé une seule ligne rouge. La confrontation militaire directe sur le front entre des troupes occidentales et les troupes russes. Là, des instructeurs, oui. Mais ce dont les Ukrainiens ont le plus besoin...

10:57
Présentateur

Ça veut dire que s'ils sont à l'arrière, vous êtes OK. S'ils sont sur le front, c'est non.

11:00
Raphaël Glucksmann

Il n'y aura pas des troupes combattantes, c'est ça la ligne rouge. Et oui, donc oui à la proposition. Vous savez, moi je ne suis pas un opposant pavlovien, c'est-à-dire que quand Emmanuel Macron dit quelque chose qui est juste, je ne vais pas faire semblant que c'est injuste, simplement parce que je m'oppose à ces politiques, sur tout le reste, sur l'écologique, sur le social. Maintenant, ce que les Ukrainiens demandent réellement, ce sont des armes. Ce sont des armes. Or, après deux ans et demi de guerre, la France n'est pas capable de livrer plus de 5 000 obus par mois à l'Ukraine alors que la Russie en tire 20 000 par jour. Nous n'avons pas réorganisé nos chaînes de production.

Nous n'avons pas fixé de cap. Nous n'avons pas passé les contrats à long terme avec nos industriels qui sont nécessaires. Bref, nous n'avons pas fait notre travail.

11:40
Présentateur

Vous avez précisé ce qu'était votre ligne rouge. La ligne rouge russe, pour le coup, elle n'est pas exactement à ce niveau-là. Et la Russie a immédiatement réagi en disant hier que les instructeurs français en Ukraine, qu'ils soient français ou de toute autre nationalité, seraient officiellement, d'après eux, des cibles.

11:55
Raphaël Glucksmann

Mais vous savez, les Russes, ils ont fixé une ligne rouge, c'était des fusils et des balles au début du conflit. On a donné des fusils, ce n'était pas une ligne rouge. Ils ont ensuite fixé une ligne rouge sur les temps.

12:05
Présentateur

C'est des fausses lignes rouges pour vous ?

12:06
Raphaël Glucksmann

Mais oui, c'est du rapport de force. Et face à un tyran qui déclenche des guerres, il faut savoir être ferme. C'est comme ça qu'on construit la paix. Ce n'est pas par la lâcheté ou par la capitulation qui ne fait que rapprocher la guerre de nos nations. On a essayé cette lâcheté. On a essayé cette capitulation, cet esprit de défaite. En pensant que ça nous achetait la paix, ça a rapproché la guerre de nos nations. Et donc là, maintenant, il faut faire preuve de fermeté. Quand on a discuté des tanks, on a perdu six mois parce qu'on avait peur des lignes rouges russes. On a livré les tanks. Il ne s'est rien passé. La même chose sur les avions, la même chose sur les missiles.

Ce n'est pas à Vladimir Poutine de fixer les lignes rouges.

12:38
Présentateur

Forcément, je vous repose la question. C'est-à-dire que vos lignes à vous aussi, elles ont évolué. Aujourd'hui, vous dites, ma dernière ligne qui reste, c'est le fait qu'il y ait une confrontation directe sur le front. Est-ce que vous ne redoutez pas ? Ou est-ce que vous pouvez comprendre que certains qui vous écoutent se disent « Peut-être que même cette ligne-là, il va la faire sauter. »

12:54
Raphaël Glucksmann

Apolline de Malherbe, regardez-moi. Je n'ai jamais changé de ligne rouge depuis le 24 février 2022. C'est déjà ce que je disais.

13:02
Présentateur

Vous vouliez déjà aller jusque-là.

13:04
Raphaël Glucksmann

Je voulais déjà aller jusque-là. J'avais dit de manière très claire, la seule façon de résister à Poutine, c'est de tout faire, tout faire pour aider la résistance ukrainienne, y compris la fourniture de tanks, d'avions, de missiles. La seule chose que nous ne devons pas faire, c'est une confrontation militaire directe sur le front. Je n'ai absolument pas changé. Emmanuel Macron change. Emmanuel Macron tergiverse. Emmanuel Macron hésite. Emmanuel Macron change de position. Moi, j'ai la même position depuis le début de la guerre. Et je pense que c'est la position sur laquelle tout le monde va finir par arriver.

13:38
Présentateur

Au-delà de la position d'Emmanuel Macron, le simple fait qu'il soit demain soir, dans les 2 20h, à 24h de la fin de la campagne officielle, ça vous gêne, vous ou pas ?

13:47
Raphaël Glucksmann

Mais on assiste à quelque chose qui serait impossible dans tous les autres pays européens.

13:52
Présentateur

Qui l'est d'ailleurs, impossible dans les autres pays. Enfin, j'ai envie de dire qu'il est interdit aujourd'hui.

13:55
Raphaël Glucksmann

Qui est profondément impossible dans tous les pays européens. Tous nos voisins, quand on leur parle, les députés européens, des pays voisins, ils sont scandalisés par ce qui se passe en France. Parce qu'une chose très simple, si le président de la République vient et célèbre les jeunes de 20 ans qui ont traversé l'Atlantique pour mourir sur nos plages, pour libérer l'Europe, il est tout à fait dans son rôle. Mais ils ont déjà annoncé à l'Élysée qu'ils allaient parler de situation internationale

14:19
Locuteur

et d'élections européennes.

14:21
Raphaël Glucksmann

À trois jours du scrutin. Et en fait, ce à quoi on assiste, c'est à une tentative permanente de kidnapping de ces élections par l'exécutif.

14:29
Présentateur

Vous parlez aussi de ce qui s'est passé avant hier matin avec Gabriel Attal,

14:33
Raphaël Glucksmann

qui s'est invité sur France Info. Qui vient prendre le micro de Valéria. Mais je parle aussi du duel en prime time sur le service public entre Gabriel Attal, qui n'est pas candidat à ces élections, et Jordan Bardella. Mais vous savez, cela ne fonctionnera pas. Cela ne fonctionne plus. Ils n'arriveront pas à réinstaller en permanence ce match entre Emmanuel Macron et Alexandre Vat. Parce que nous avons montré qu'il existait une autre voie. Au début des élections, au début des élections, on avait dix points d'écart avec la liste de Mme Hayé et des macronistes. Aujourd'hui, nous avons un point d'écart avec la liste de Mme Hayé et des macronistes. Et donc, c'est votre responsabilité.

Tous les gens qui nous écoutent, vous pouvez mettre fin, tourner la page de ce duel mortifère entre Macron et l'éclore. Et justement, sur la question des équilibres,

15:20
Présentateur

quelle place pour vous à gauche ? Il y a Jean-Pierre qui nous a écrit ce matin à l'adresse vosquestions.fr. Il dit, Madame Aubry, Manon Aubry, ne cesse d'affirmer que son programme européen est celui de la NUPES. Le PS fait-il toujours partie de cette coalition ? Oui ou non ? Merci de lever cette ambiguïté.

15:37
Raphaël Glucksmann

Les divergences sont immenses et elles sont actées. Moi, j'ai fixé un cap clair, un cap clair qui est à la fois sur le fond. Nous ne sommes pas d'accord sur l'Europe. Nous ne sommes pas d'accord sur la construction de la défense européenne. Nous ne sommes pas d'accord sur Vladimir Poutine. Nous ne sommes pas d'accord sur le fait qualifier ou non le Hamas d'organisation terroriste. Nous ne sommes pas d'accord sur le rapport à la démocratie et sur le rapport à la violence, à la brutalisation du débat public. Donc moi, je fixe un cap extrêmement clair.

16:04
Présentateur

Donc vous n'allez pas au lendemain des élections européennes reconstruire quelque chose avec Alephi ?

16:08
Raphaël Glucksmann

Je serai...

16:09
Présentateur

Il n'y a plus rien d'entre vous.

16:10
Raphaël Glucksmann

Je serai le gardien. Si des individualités rompent avec ces méthodes, avec ces pratiques, avec ce fond, eh bien très bien. Mais moi, je serai le gardien qu'il n'y a aucun changement de ce cap. Vous savez, moi, je m'inscris dans une tradition politique qui est celle de Blum, de son rejet de la violence en politique, de son rapport à la démocratie et à l'autoritarisme. Moi, je m'inscris dans la filiation aussi de Mendes France, de son rapport à la vérité, à l'intégrité. Et donc de cela, je ne dévierai jamais.

16:39
Présentateur

Quand vous avez vu les Insoumis hier qui s'étaient habillés en rouge, vert, noir et blanc aux couleurs du drapeau palestinien qui ont ensuite déroulé à nouveau un drapeau palestinien au sein de l'hémicycle, vous vous êtes dit que c'était trop ? Vous vous êtes dit quoi ?

16:52
Raphaël Glucksmann

Que c'est la tiktokisation de la vie politique. C'est le culte du buzz permanent, du happening. Moi, vous savez, normalement, là, ce que vous devriez faire, c'est m'interroger sur Rafa. C'est m'interroger sur le... C'est ce que je vais faire, d'ailleurs. Et c'est même pas moi qui vous interroge, c'est Camilla. C'est m'interroger sur l'État palestinien. Mais là, ce qui se passe partout, c'est qu'on va m'interroger sur les Insoumis.

17:11
Présentateur

Vous estimez que c'est de ma faute ou c'est à l'heure ?

17:12
Raphaël Glucksmann

Non, c'est eux qui génèrent ça. Ils ont décidé qu'ils seraient le principal sujet. Or, le principal sujet, c'est ce qui se passe à Rafa. C'est ce qui se passe sur le terrain. C'est ce qui se passe en Cisjordanie.

17:23
Présentateur

Camilla vous demande, elle vient de nous écrire pendant l'émission en direct. Elle nous demande, est-ce que vous reconnaissez, oui ou non, l'État palestinien ?

17:29
Raphaël Glucksmann

Oui, et je pense que c'est le moment. Et que les Palestiniens ne peuvent pas voir la perspective de leur État repousser sans cesse au calandre grecque. Nous avons, nous, une position très claire. Deux États. Tout le monde le répète, mais plus on le répète, plus ça s'éloigne. Donc, il faut montrer aux Palestiniens que leurs droits seront reconnus et leur droit à un État est inalignable. Donc, oui, il faut reconnaître l'État palestinien. Et même dans la perspective de la lutte contre le terrorisme, c'est essentiel.

Parce qu'en fait, ce fait de maintenir en permanence les Palestiniens dans un no man's land juridique, dans une non-existence légale, eh bien, c'est ce qui nourrit les organisations terroristes comme le Hamas. Et la politique d'extension infinie de la colonisation aussi jordaine qui avait commencé avant le 7 octobre n'avait qu'un seul but, n'a qu'un seul but, miner la possibilité même de l'existence de l'État palestinien. Et donc, c'est important que les Européens marquent le coup. D'acter. D'acter.

18:22
Présentateur

Raphaël Glucksmann, qu'est-ce qui vous différencie de Valérie Ayet qui dit hier à propos de vous que vous vous planquez ? Jamais ils ne diront, vous ou François-Xavier Bellamy, qu'en vrai, nous sommes dans la même coalition.

18:35
Raphaël Glucksmann

Il n'y a pas de coalition. Il y a une coalition texte par texte au Parlement européen. Et oui, ça m'arrive de voter avec Valérie Ayet.

18:41
Présentateur

Elle dit qu'on vote à 99% pareil quand on est au Parlement européen.

18:43
Raphaël Glucksmann

Alors, elle est passée de 80 à 90 à 99. Ensuite, je suis l'arbre qui cache la forêt nupeste. Je suis un afro-bolchévique. Bref, il faudrait qu'ils se mettent d'accord sur leurs éléments de langage me concernant. Ça serait plus cohérent et ça serait moins insultant pour l'intelligence des auditrices et des auditeurs. Mais au-delà de ça, au-delà de ça, les différences, elles sont fondamentales. Sur la politique agricole commune, nous n'avons pas la même position. Sur la transformation écologique, nous n'avons pas la même ambition. Sur simplement une question simple, qui finance les investissements dont elle parle ? Eh bien, moi, j'ai une proposition.

Que ce soit les plus fortunés qui financent la transition écologique et les investissements sociaux...

19:17
Présentateur

C'est cette taxe que vous voulez créer, cette taxe européenne sur les multimillionnaires.

19:21
Raphaël Glucksmann

Sur les milliardaires, mais avec la Macronie, c'est toujours la même chose. Ils sont forts avec les faibles et faibles avec les forts. Quand ils sont confrontés à un mur de déficit, comme c'est le cas aujourd'hui, leur premier réflexe, c'est d'aller taper les chômeurs. Nous, notre premier réflexe, c'est d'aller trouver l'argent là où il est, dans les dividendes records versés aux actionnaires, dans les plus hauts patrimoines qui, je le rappelle, les multimillionnaires et les milliardaires, aujourd'hui en Europe, ils payent en proportion à leur fortune moins d'impôts que les classes moyennes et les classes moyennes supérieures.

Et donc, en fait, il y a là une question de rapport au monde et un gouffre.

19:54
Présentateur

Et vous savez quoi ? Je poserai exactement la même question demain matin à ce même micro, à Valérie Ayet, savoir justement si elle est sur les 80 ou les 99%.

20:01
Raphaël Glucksmann

Et demandez-lui ce qu'elle pense d'une taxe sur les plus hauts patrimoines à l'échelle européenne.

20:06
Présentateur

Je lui poserai la question. Raphaël Glucksmann, tête de liste du Parti socialiste Place publique aux élections européennes. Merci d'avoir répondu à mes questions et à celles des auditeurs.

20:14
Raphaël Glucksmann

Merci. Et surtout, surtout, un vote de cœur. Un vote utile mais un vote de cœur. Il faut que les gens votent avec enthousiasme.

20:20
Présentateur

Vous nous refaites toujours la même conclusion. On a bien compris. On a bien compris.

20:24
Raphaël Glucksmann

Vote avec enthousiasme. En accord avec le même. Il faut réenchanter la démocratie. Oui, c'est dimanche. C'est le 9 juin.

20:29
Présentateur

On dirait François Hollande. C'est drôle, réenchanter. Vous avez repris la même chose. Je ne savais pas

20:32
Raphaël Glucksmann

que ça venait de lui mais en tout cas, c'est fondamental. Réenchanter le rêve français.

20:35
Présentateur

8h53 sur RMC et BFM TV. C'est bon.