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interviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 18 mai 2026 3 min

Xi Jinping cite Thucydide

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Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Et c'est l'heure de votre humeur du jour, Guillaume. Et ce matin, Thucydide à Pékin ou l'irrationnel maquillé en raison ? On en a beaucoup parlé parce qu'au sommet de Pékin qui réunissait Xi Jinping et Donald Trump, sommet qui a eu lieu le 14 mai dernier, on a évoqué Xi Jinping a évoqué Thucydide. Le monde est arrivé à un nouveau carrefour, a dit Xi Jinping. La Chine et les Etats-Unis peuvent-ils surmonter le soi-disant piège de Thucydide et créer un nouveau paradigme des relations entre grandes puissances ? Thucydide, je vous le rappelle, c'est ce général athénien du 5e siècle avant notre ère qui a perdu une bataille et qui s'est consolé.

Il a écrit la guerre du Péloponnèse, un récit d'un long conflit, 27 ans, qui opposa Athènes à Sparte avec une intuition, ce qui rend la guerre inévitable. Selon lui, ce ne sont pas les querelles diplomatiques, mais la montée en puissance d'Athènes et la peur que tout ceci a inspiré à Sparte. Un politologue, Graham Allison, en a tiré la formule du piège de Thucydide. Il a étudié 16 cas historiques où, selon lui, une puissance montante a défié une puissance établie.

Bref, d'abord, il faut rendre hommage aux plumes de Xi Jinping, des rédacteurs de discours qui ont dû injecter dans chaque allocution présidentielle, non seulement de la sagesse conçue fucéenne, un peu de menaces voilées et des références à la Grèce antique. Citer Thucydide, un président américain qui ne l'a évidemment jamais lu, Trump d'ailleurs a cru entendre une attaque contre Biden, « Ça relève d'un raffinement qui confine à l'ironie. » Mais l'amusement s'arrête là, car ce que dit véritablement le piège de Thucydide, c'est que les relations internationales sont gouvernées par la peur, l'honneur et l'intérêt, autrement dit des passions, et non par la raison.

La guerre n'éclate pas parce qu'elle est rationnelle, mais parce que les acteurs sont incapables de surmonter leurs affects. Alors voilà, si la guerre relève de l'irrationnel, la diplomatie raisonnable est désarmée. On ne combat pas la déraison par la raison, Pascal le savait déjà, et l'histoire du XXe siècle a prouvé jusqu'à la nausée à Munich en 1938. Or, que voyons-nous aujourd'hui ? Eh bien, une guerre en Ukraine que ni les sanctions ni les médiations n'ont pu arrêter, même chose au Proche-Orient. Citer Thucydide, c'est donc malgré soi reconnaître que nous sommes entrés dans une époque où la raison diplomatique pourrait bien ne plus suffire.

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