Brigitte Macron : le geste fou qu'elle a fait par amour - C à Vous 13/6/2018
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Mais qui est vraiment notre première dame ? Un documentaire s'attaque à la question. Brigitte Macron à Romand français. Ce sera à voir ce soir sur France 3. Petit aperçu en avant-première.
Leur couple a intrigué la France avant de fasciner le monde. Comment une professeure de 40 ans, mariée, avec trois enfants, peut-elle tout quitter pour l'amour d'un élève de 16 ans ? Moi, si je devais donner une vision de l'amour, c'est Emmanuel et ma maman, c'est une évidence. Ils ont coutume l'un et l'autre de dire que s'ils ont traversé les épreuves qu'ils ont traversées, une campagne présidentielle à côté, c'est rien. Brigitte Macron est à l'évidence un personnage de roman dont aucun écrivain n'aurait osé imaginer l'invraisemblable trajectoire. Du lycée d'Amiens au palais de l'Elysée.
Et on reçoit tout de suite la réalisatrice du documentaire Virginie Linard, téléjournaliste Alix Bouillaguet. – Bienvenue, merci d'être avec nous, Virginie. Vous signez ce film qu'on pourra voir ce soir sur France 3 à 20h55. Alix, vous êtes journaliste, vous témoignez dans le doc et vous aviez rencontré Brigitte Macron pour un livre, Le couloir de Madame. Un mot peut-être pour camper le décor. C'est une femme qu'on voit à la télé, dans les magazines, mais qu'on ne connaît pas si bien que ça. Elle ne parle pas dans les médias. Vous l'avez rencontrée pour votre documentaire ?
– Oui, je l'ai rencontrée parce qu'on ne peut pas faire un documentaire comme ça sans avertir l'Elysée. Et donc je suis allée à l'Elysée, je l'ai croisée, je lui ai raconté mon projet et elle a eu cette phrase formidable. Elle m'a dit, on m'a dit que vous faisiez des très beaux portraits sans interviewer les protagonistes principaux, ça me va très bien. Je trouvais ça génial, la messe était dite.
– Mais elle vous a expliqué son silence ?
– Non, je crois que ce silence, j'espère que le film l'explique. En gros, elle est extrêmement populaire et elle n'a aucun intérêt à parler.
– Aucun intérêt à parler, Alix ?
– Oui, c'est vrai que pour l'instant, elle est sur des rails, elle est protégée. Puis je crois qu'elle a beaucoup vu quand même les Premières Dames d'avant. Elle en a tiré quelques leçons, notamment Valérie Trévelleur, comment une Première Dame peut aussi devenir finalement un handicap, un boulet pour son mari de président. Et elle, elle est soucieuse de ça avant tout, c'est-à-dire préserver l'ascension, la carrière, la présidence d'Emmanuel Macron sans faire de faux pas.
– Et sa vie à elle aussi. Un mot avant de rentrer dans le film. C'était compliqué d'enquêter sur elle ? Vous avez vraiment dû montrer patte blanche ?
– C'est forcément compliqué d'enquêter sur la Première Dame. Moi, j'ai choisi, si vous voulez, la stratégie d'encerclement.
– Oui, l'entourage, vous avez réuni les témoignages d'anciens élèves, d'amis, quelqu'un de plus rare, sa fille, Tiffré-Nosière, qui parle de manière assez émouvante d'ailleurs, et de sa femme et de son beau-père. Tous ceux qui la racontent sans qu'elle se dévoile.
– Oui, parce qu'à partir du moment où elle ne veut pas témoigner, ce qui, à mon avis, est plutôt mieux, parce que la parole d'aujourd'hui n'est forcément pas une parole libre. Elle n'aurait pas pu me raconter ces années que je retrace de manière libre.
– Justement, parce que pour la comprendre, il faut commencer là où tout a commencé pour elle, à Amiens, parce que c'est l'histoire d'une femme qui a été capable d'une rupture assez folle par rapport à son histoire, à ce qu'on attendait d'elle, au code bourgeois. Elle a grandi dans un monde qui ne l'a destiné absolument pas à ce geste fou qu'elle a fait par amour.
– Absolument, mais c'est ce qui m'intéressait, c'est la raison pour laquelle j'ai accepté de faire ce film, c'est-à-dire que moi j'aime bien les gens qui dévient sur leur route, et Brigitte Macron est vraiment par excellence un personnage de roman parce qu'elle dévie de sa route.
– Marie est très jeune, à 21 ans, un très bon parti, pendant des années, elle fait partie d'un modèle qu'on va dire traditionnel, un époux qui travaille beaucoup, elle s'occupe de l'éducation de ses trois enfants. On apprend pas mal de choses, notamment qu'elle s'est présentée au municipal en Alsace en 1989.
– Oui, elle avait peut-être déjà envie de faire autre chose, à Trucheterchheim où elle vivait, dans ce petit village qui est à une quinzaine de kilomètres de Strasbourg, elle était quand même femme au foyer, son mari était extrêmement occupé, les hivers sont longs en Alsace, et donc je pense qu'elle avait déjà envie quand même de rencontrer un peu l'autre.
– Mais vous savez si elle est de droite ou de gauche, Brigitte Macron ?
– Moi je pense que c'est l'hémisphère droit d'Emmanuel Macron, si jamais il en avait un de gauche, mais oui, clairement c'est plutôt… – Donc plutôt de droite ? – Oui, plutôt de droite, de par son milieu. – Sa famille, sa famille est de droite. – Et par exemple, je ne sais pas, je pense sur le voile à l'université, sur des terrains comme ça, elle n'est pas forcément toujours en phase avec Emmanuel Macron.
– Il y a un moment qui est fondateur, c'est quand elle décide d'enseigner pierre, c'est une pierre angulaire. – C'est une vocation, non ? Vous êtes d'accord ?
– Ah, c'est complètement, c'est une vocation, c'est une vocation tardive, et c'est aussi ça qui est amusant, c'est-à-dire que c'est vrai que c'est quelqu'un, je disais tout à l'heure, qui dévie de son destin, elle a trois enfants, elle a 36 ans, elle décide de passer sur le Capès, qui n'est pas de la tarte quand on a trois enfants, j'en sais quelque chose, et elle décide d'enseigner, mais elle enseignera toujours dans le privé, dans le haut de gamme, dans l'enseignement catholique, ça, voilà, et c'est l'enseignement dans lequel elle a grandi aussi.
– Et quand on voit votre document, on se dit qu'on aurait rêvé d'avoir une prof comme elle, quand on écoute les témoignages des collègues et des anciens élèves.
– Alors ça, les élèves sont tous unanimes, c'est vraiment, c'est absolument incroyable.
– On va en écouter quelques-uns.
– Tout le monde, je crois vraiment que c'est, mais je voudrais juste dire, je pense que c'est ça, c'est son truc à elle, c'est-à-dire que c'est quelqu'un qui pousse les autres, donc elle a poussé ses élèves, elle a poussé ses enfants, qui ont tous fait une très belle carrière, et Emmanuel Macron.
– Écoutez-les, ses élèves. – Quand il y avait les cours de Madame Osière, on savait qu'il y avait autre chose, ça dépassait le cadre du simple cours de français. On passait un bon moment avec elle, quoi. C'était, voilà, il y avait le cadre et la souplesse dans le cadre.
– Elle arrivait à créer au sein de la classe une espèce de symbiose, tout se passait vraiment très, très bien. – Je pense qu'elle m'a apporté beaucoup cette année-là, oui. Oui, oui, tout à fait. Plus de confiance en moi et moins de timidité.
– Le premier jour quand elle est arrivée, sur des talons, je ne sais pas, de 3 centimètres, de 4, 5 centimètres, avec un slim en cuir, elle dénotait quand même par rapport aux autres professeurs.
– C'est-à-dire qu'on arrivait en cours, on savait qu'on n'allait pas lâcher du début à la fin. C'était un spectacle, on ne s'arrêtait jamais.
– C'est un John Keating féminin pour lycée de jésuites, c'est le cercle des poètes disparus.
– Absolument, absolument.
– Et à propos de cinéma, on va parler de théâtre, parce que tout va basculer dans sa vie et dans ce destin romanesque, dans l'année scolaire 93-94, elle rencontre Emmanuel Macron surnommé le fou, celui qui savait tout sur tout, et il est justement dans la classe de Tiffaine, qui témoigne dans votre…
– Non, il est dans la classe de Laurence, la fille aînée.
– Ah bon ?
– Pas dans la classe de Tiffaine. Tiffaine est la cadette.
– Ah, j'ai mal compris ça.
– Il est dans la classe de Laurence, la fille aînée, et c'est la fille aînée Laurence qui dit « Maman, il y a un fou dans ma classe, il sait tout sur tout ». Et ce fou, c'est Emmanuel Macron. Mais Brigitte Macron n'a jamais été sa professeure en classe. Elle l'a juste rencontrée en lui enseignant le théâtre.
– Et ils vont adapter avec elle et avec les autres élèves de la classe de théâtre, l'art de la comédie pour la troupe de théâtre du lycée, et maintenant est célèbre dans l'iconographie et l'imagerie de cette histoire présidentielle, la prestation d'Emmanuel Macron en épouvantail.
La professeure frappée par le charisme du nouveau venu note « J'avais monté une pièce de théâtre, je trouvais qu'il était incroyable sur scène. »
Quelle présence !
Brigitte dira plus tard que lorsqu'on enseigne le théâtre,
quand on ouvre la porte aux émotions et aux sentiments,
il peut arriver qu'un élève tombe amoureux de vous. Mais en revanche, que ce sentiment soit partagé relève de l'improbable.
Plus qu'improbable ! C'est absolument exceptionnel et ça se manifeste comme un coup de foudre, on peut appeler ça comme ça.
On peut appeler ça comme ça.
Oui, et à partir de ce moment-là, tout va vite, extrêmement vite. Et qu'est-ce qui se passe justement dans sa tête à elle pour franchir le pas, pour rompre avec sa vie ?
Tout va vite, en même temps, il y a, on va dire, 10 années où ils sont quand même séparés, 13 années avant, si je m'abuse, le mariage. Donc tout va vite, mais elle est très très prudente aussi, aussi bien du point de vue de sa famille, qu'elle préserve beaucoup. D'ailleurs, c'est étonnant de voir effectivement à quel point les enfants se sont intégrés, se sont sentis bien dans cette histoire qui n'était pas évidente, surtout en province.
Donc je crois qu'elle a la sagesse de prendre son temps, et puis je pense qu'elle devait avoir, enfin, le monsieur Osier, moi je ne l'ai jamais rencontré, mais ça doit être quelqu'un d'assez formidable aussi pour avoir, voilà, accompagné, puis faire preuve de beaucoup de discrétion aujourd'hui, parce que ce n'est pas évident, je trouve, d'être l'ex de Brigitte Macron.
C'est sûr, et le père donc de Tiffé, notamment.
Un des témoins de premier plan que vous avez dans ce documentaire, la fille cadette de Brigitte Macron, qui raconte le divorce de ses parents et la manière dont ils ont tout fait pour protéger leurs enfants. Je n'étais pas très vieille, donc je ne sais pas tout, et puis on est les enfants, on reste les enfants de ses parents. Je sais juste que ça a été, je pense, assez fulgurant et assez évident entre eux, et très certainement assez difficile, de facto, vu la situation de l'un et de l'autre. Les choses se sont faites progressivement, j'ai eu des parents qui ont fait les choses intelligemment.
Ils ont toujours pris soin à mon papa, comme ma maman, de nous protéger, de ne pas nous exposer et de gérer les choses comme il fallait pour que nous souffrions le moins possible. Ça reste une séparation, mais que nous souffrions le moins possible de la chose. Donc je n'ai pas de souvenirs marquants de cette séparation. Alors vous le disiez, les enfants ne leur ont pas voulu, ils ont même compris. Et ce qui est tout à fait touchant, c'est qu'on a l'impression que la fille cadette de Brigitte Macron protège aujourd'hui autant sa mère qu'elle n'a été protégée. Écoutez ce qu'elle dit de ce couple pas ordinaire.
Dès que j'ai su qu'il y avait une histoire entre Emmanuel et ma maman, je n'ai eu aucun doute sur le caractère sérieux de la chose, tellement c'était une évidence. Ils ont vécu pendant au moins, je dirais, une dizaine d'années où ils ne se voyaient que le week-end. On avait aussi quelques vacances communes. Finalement, les choses se sont inscrites dans le temps et dans le respect de chacun. Moi, si je devais donner une vision de l'amour, c'est Emmanuel et ma maman. Quand ils sont ensemble, c'est presque comme si le monde n'existait pas. On a l'impression qu'elle est leur première fan, leur premier soutien. Est-ce que ça a été compliqué de la convaincre, elle, à parler ?
Elle a mis un petit peu de temps à se décider. Et puis, en fait, elle ressemble beaucoup à sa mère. Elle lui ressemble physiquement, comme vous pouvez voir. Et puis, je pense qu'elle lui ressemble vraiment de caractère. C'est-à-dire qu'on a eu des échanges, etc. Et puis, finalement, elle s'est décidée et elle m'a dit « Mais je répondrai qu'aux questions auxquelles je veux répondre. » Je trouvais ça rigolo. Je lui ai dit « Mais moi, je ne suis pas policière, je suis documentariste. » Évidemment, c'était un peu la réponse. Mais une fois qu'on s'est rencontrées, elle a absolument joué le jeu. On a fait une très longue interview. C'était la première fois qu'elle témoignait aussi longtemps.
Je crois qu'à la fin, quand j'ai dit « couper »,
elle a fait « Ouf ! »
Parce que voilà, c'est quand même compliqué.
On peut en parler, évidemment, face caméra. Ça doit être quelque chose d'assez intense. Alors, on va filer 13 ans plus tard. Emmanuel Macron a tenu sa promesse en épousant Brigitte. C'était en 2007.
– Brigitte, c'est très heureux. Consentez-vous à prendre vos réponses ?
Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron. Consentez-vous à prendre vos réponses ? Brigitte, c'est très heureux. Oui.
On est en tout cas tous, tous les deux, très heureux que vous soyez là pour nous accompagner dans ce moment. Parce que chacune et chacun d'entre vous a été le témoin au cours de ces 13 dernières années de ce que nous avons vécu. Et vous l'avez accepté et vous nous avez fait ce que nous sommes aujourd'hui. C'est-à-dire peut-être quelque chose de pas tout à fait commun, un couple pas tout à fait normal, même si je n'aime pas beaucoup cet adjectif, mais un couple qui existe. Et ça, c'est grâce à vous. Plus particulièrement, je voulais remercier les enfants de Brigitte. Parce que s'il y en a pour qui, ça n'aurait pu ne pas être très simple. C'était pour eux. Et ça a eu, grâce à eux,
la force d'une évidence.
– Ça, c'est un document qui est très intime. Ils vous ont donné l'autorisation de le diffuser ?
– Ça a été…
– Pardon, c'est à la fois très intime et très solennel aussi parce qu'il parle comme aujourd'hui. Il parle comme un président de la République. Il dit « chacune et chacun d'entre vous » qui, dans un langage courant, dit « chacune et chacun d'entre vous ».
C'est quand même extraordinaire. – Il n'est pas dit en même temps, encore. – Il n'est pas dit en même temps.
– Pratiquement, il y a une formule, il y a une clause de style là où il tourne ça.
– Mais il a dit oui, tout simplement, ce jour-là. Il est beaucoup question d'amour, évidemment, dans le documentaire. Brigitte Macron a suivi son mari. Elle a même fini par renoncer à l'enseignement pour lui.
– Elle a renoncé à l'enseignement. Bon, elle est arrivée en fin de carrière, il faut dire les choses comme elles sont. Mais je crois effectivement qu'elle renonce à l'enseignement à un moment crucial. Et pour moi, c'est le moment où, sans doute, Emmanuel Macron se dit « je vais peut-être me lancer dans la course à la présidentielle et j'ai besoin de toi ».
– Il en parle déjà à ce moment-là ?
– C'est une hypothèse. Mais moi, j'analyse ainsi. – Oui, j'imagine qu'il y a un début quand même de scénario qui se dessine peu à peu. Et qu'elle, finalement, continue de faire ce qu'elle a quand même beaucoup fait aussi, s'est accompagnée, coûtée, expliquée, protégée.
– Et elle parle aussi, elle fait des confidences à ses élèves sur son couple, ce qui est assez surprenant aussi dans la relation d'une professeure avec ceux à qui elle donne son enseignement.
– On parlait très peu politique. Elle nous disait qu'elle parlait assez politique en dehors de l'école et que quand elle rentrait dans l'école, elle était tellement contente de retrouver sa classe, sa littérature. On sentait que c'était vraiment son petit échappatoire dans tout ce flot politique et médiatique qui était en train de la prendre, elle et son mari. Au moment de la loi Macron, je me souviens qu'elle nous avait dit qu'elle voyait très peu son mari et que le soir, elle allumait la télé sur la chaîne de l'Assemblée nationale. qu'elle s'endormait comme ça devant la télé.
– Ça c'est l'amour quand même. S'endormir devant son mari qui défend sa loi à l'Assemblée quand ils sont quatre pelés et deux tendus, c'est l'amour.
– On s'endort aussi facilement en regardant ces séances à l'Assemblée nationale, il faut le dire. Alors nous, on l'a découverte au moment où Emmanuel Macron était ministre à Bercy, ministre de l'économie, et où elle s'est réellement impliquée. On l'a d'ailleurs vue très émue au moment où elle a dû quitter le ministère.
– Emmanuel Macron réunit ses troupes pour leur annoncer qu'il quitte son poste de ministre de l'économie. Un moment emprunt de gravité et de solennité qui s'achève par la prise de parole de Brigitte, du jamais vu.
– Brigitte se joint à moi pour vous remercier parce qu'elle a fait partie de la vie du cabinet.
– Merci beaucoup de la place que vous m'avez donnée.
– Discrète, atypique, mais c'était important pour nous.
– Incroyable, disiez-vous ?
– Incongru en tout cas. – Mais c'est incongru, c'est la première fois que quand un ministre... – Cécilia Sarkozy, je pense. – Oui, si on doit trouver... – Pour le coup, elle avait quand même un rôle, même presque plus politique. – Une personne à qui la comparaît ? – Parce que Brigitte Macron, ce n'est pas une politique, elle peut avoir de l'influence, elle fait le lien entre le monde extérieur et l'Elysée, mais je pense que Cécilia Sarkozy pouvait peut-être même avoir un peu plus d'influence sur...
– Je t'ai même assisté à des réunions de cabinet du temps où Nicolas Sarkozy était ministre de l'Intérieur, vous le savez.
– Moi, je n'ai pas passé ma vie à Bercy, mais à chaque fois que j'y suis allée, elle était dans les bureaux et elle était dans la vie quotidienne de ce ministère.
– Alors justement, Brigitte Macron, aujourd'hui, Marion ?
– Eh bien aujourd'hui, elle est depuis un an à l'Elysée, un sans faute à en croire la presse, elle est l'indispensable de l'Elysée pour le Parisien, la deuxième première dame préférée de la Ve République, après Bernadette Chirac, et devant Daniel Mitterrand pour Paris Match, sondage à l'appui, on voit là toutes les couvertures qu'elle a faites, et Dieu sait s'il y en a. Alors, quel bilan tirer de cette première année ? Vous le dites, dans votre documentaire, elle est la part non négociable d'Emmanuel Macron, mais elle est aussi sa première reculade. Après avoir voulu lui créer un statut de première dame, il a finalement renoncé, à peine élu, au profit d'une charte de transparence.
Le début d'un paradoxe et d'une place difficile à trouver. Brigitte est extrêmement populaire, mais comme vous le soulevez, c'est au prix du silence, elle doit surveiller ce qu'elle dit. Maintenant, j'ai l'impression que chaque mot est un mot de trop, on se retient sans arrêt, confiée-t-elle lors d'un déplacement aux Etats-Unis. Du coup, pour l'instant, Brigitte Macron se cantonne à un rôle de première dame classique, dans la lignée d'une Claude Pompidou, principalement cantonnée au rôle de maîtresse de maison, qui refait la décoration de l'Elysée, orchestre, les réceptions.
Alors certes, elle s'engage pour différentes causes, ses bonnes œuvres, comme on disait autrefois, mais toujours d'une manière discrète, trop discrète. On l'a ainsi vu se rendre au Café Joyeux, qui emploie des personnes atteintes d'un handicap ou de troubles cognitifs. On voit les images avec notre journaliste en crête, Bonora. Ou encore, prendre la parole contre le harcèlement scolaire. C'était la semaine dernière sur France Inter. Je me suis rendue compte, parce que je rencontre souvent des premières dames, qu'elles sont toutes interpellées quasiment là-dessus. Donc c'est un phénomène d'une ampleur colossale. On ne peut pas rester bras croisés.
Et laisser nos enfants, nos ados, être détruits par ça.
Là, quand on entend Mme Trudeau à l'air sensibilisée, vous avez évoqué ce problème, ce fléau aussi avec Mme Trump.
Si on fut dit, on peut peut-être y arriver. Ça, c'est certain. Mais c'est la réflexion que je suis en train de mener en ce moment. On est plusieurs à essayer de s'insurger contre ça, à essayer de voir comment agir. Voilà, Brigitte Macron s'engage, mais toujours sur la pointe des pieds. Vous le disiez, Patrick, à l'instant.
Oui, il y avait eu un moment à évoquer la possibilité qu'elle intervienne plus directement lors d'une émission au moment de la présentation du plan autisme.
Et puis finalement, ça ne s'est pas fait. Ainsi, elle ne souhaite pas créer de fondation pour rester auprès d'Emmanuel Macron. Car avant d'être première dame, elle se sent surtout la femme d'Emmanuel. C'est en tout cas ce qu'elle déclarait sur RTL. Dans ma tête, je suis l'épouse d'Emmanuel Macron. Ce n'est pas l'épouse du président. Je ne me sens pas du tout première dame. Alors je suis première dame, comme hier, quand vous êtes sur un podium et que vous avez les hymnes, etc. Donc vous avez cette responsabilité qui vous tombe dessus de représenter les Françaises et les Français. Sinon, je vis une vie normale.
Je rencontre des gens, je ne me sens pas du tout, je n'ai pas changé, ni dans ma tête, ni dans ma manière de vivre. Voilà, donc on l'aura compris, pas si simple que ça de trouver sa place de première dame. D'autant que si Brigitte Macron veut bien se soumettre au protocole, elle refuse de jouer les potiches. Et il y a une anecdote tout à fait symbolique dans ce documentaire. Vous racontez qu'elle accompagne son mari à l'ONU, qu'on lui demande de poser sur la photo derrière lui et qu'elle refuse net. Ce sera soit à ses côtés, soit pas du tout. Et sa place sur la photo, ce n'est pas justement le problème. C'est évidemment ça. Elle ne veut pas être une potiche, mais comment être autrement ?
C'est-à-dire que, Alex Bouillaga le dit dans mon film, c'est une chape de plomb. On sait bien aujourd'hui que les communicants ont pris un énorme pouvoir sur la communication et sur le monde politique. Tout est surveillé au millimètre, etc. Et tout est commenté. Donc c'est très compliqué pour elle. Surtout qu'elle a la réputation d'être une femme très franche, très cash, qui ne mâche pas ses mots, qui aime faire des mots d'esprit. Et c'est très compliqué. Autant on dissèque tout.
– Les Français ont élu un couple ? C'était votre hypothèse dans ce livre.
– Oui, on est lié à un homme, mais il y a quand même, on se dit, tiens, c'est qui ? C'est qui sa femme ? Et c'est vrai qu'après avoir joué un jeu un peu compliqué pendant la campagne, un peu peut-être comme à une certaine période, Bernadette Chirac, où sa fille Claude disait, il ne faut plus la montrer, elle porte préjudice à l'image du président. Pendant la campagne, il y a eu un petit phénomène comme ça, où on s'est dit qu'elle avait un côté peut-être, en tout cas les entourages d'Emmanuel Macron, qu'elle avait peut-être un côté un peu trop populaire, au mauvais sens du terme, un peu trop bling-bling, et faisant éventuellement un peu trop de gaffes, parlant un peu trop.
Donc il y a eu une volonté à un moment, éventuellement, de la mettre un peu de côté. Emmanuel Macron tout de suite a rétabli le curseur en disant, non, non, par non négociable, elle est avec moi. Et finalement, c'est le capital sympathie, elle est plus sympathique et plus dans l'empathie qu'Emmanuel Macron.
Brigitte Macron, un roman français, c'est à voir donc ce soir sur France 3.
Emmanuel Macron