L'interview : Bruno Le Maire - 23/02
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 65 %Attaque 15 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 0:29OuverteRéponse directe
Est-ce que les sanctions contre la Russie vont avoir des conséquences sur notre portefeuille ?
- 0:40OuverteRéponse directe
Ces sanctions vont-elles avoir un impact sur la Russie et sur nous ?
- 1:24OuverteRéponse directe
Y compris en ciblant Vladimir Poutine lui-même et sa famille ?
- 1:45OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on va subir des contre-coûts de ces sanctions contre la Russie cette année ?
- 2:39OuverteRéponse directe
L'impact sera-t-il limité pour l'économie française ?
- 2:54OuverteRéponse directe
Quelles entreprises françaises sont les plus exposées ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:43Bruno Le MaireFait
« C'est des sanctions qui sont coordonnées entre les États du G7. »
- 0:53Bruno Le MaireFait
« Ce sont des sanctions qui sont ciblées sur les personnalités politiques, les personnalités économiques, sur le système financier qui vont empêcher la Russie de se financer sur le marché européen. »
- 1:55Bruno Le MaireFait
« Nous sommes peu exposés au marché russe. »
- 2:01Bruno Le MaireChiffre
« C'est 1 à 2% des exportations et des importations françaises. »
- 2:04Bruno Le MaireFait
« Le marché russe n'est pas un marché stratégique pour la France. »
- 2:39Bruno Le MaireFait
« L'impact sera limité. »
- 3:45Bruno Le MaireFait
« Il faut stocker le gaz et il faut diversifier notre approvisionnement. »
- 3:51Bruno Le MaireFait
« Il faut que nous ayons des contrats de long terme pour avoir un prix qui soit un prix stable. »
- 4:04Bruno Le MaireFait
« Il faut que nous soyons plus indépendants. »
- 4:28Bruno Le MaireChiffre
« La France est exposée à 20% au gaz russe. »
- 4:35Bruno Le MaireChiffre
« L'Europe, 40%. »
- 4:37Bruno Le MaireChiffre
« L'Allemagne, 60%. »
- 4:54Bruno Le MairePromesse
« Nous avons pris un engagement avec le Premier ministre de gel du prix du gaz. »
- 10:36Bruno Le MaireFait
« C'est un mot que je n'ai jamais entendu dans la bouche du président de la République. »
- 17:33Bruno Le MairePromesse
« Ces trois candidats auront leur parrainage. »
- 18:11Bruno Le MaireFait
« Nos institutions sont dépassées et elles doivent être totalement refondées. »
- 19:12Bruno Le MaireFait
« Le problème, c'est le choix qu'ont fait les Républicains en 2017. »
Temps de parole
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Vous écoutez RMC, l'interview Philippe Corbet. Bonjour Bruno Le Maire. Bonjour Philippe Corbet. Merci d'être notre invité ce matin sur BFM TV, RMC, ministre de l'économie, des finances. Les Européens et les Américains ont pris ces dernières heures d'un premier train de sanctions contre la Russie après la décision de Vladimir Poutine de reconnaître deux républiques séparatistes à l'est de l'Ukraine. Est-ce que ça va avoir des conséquences aussi sur nous, sur notre portefeuille ? Est-ce qu'il faut s'attendre à ce que le prix du gaz, le prix de l'essence, le prix du pain augmente dans les prochaines semaines ou les prochains mois ?
C'est d'abord des sanctions qui vont avoir un impact sur la Russie. C'est des sanctions qui sont coordonnées entre les États du G7. Ce sont des sanctions qui sont ciblées sur les personnalités politiques, les personnalités économiques, sur le système financier qui vont empêcher la Russie de se financer sur le marché européen. Donc ce sont des sanctions qui sont pénalisantes pour la Russie et qui auront un impact sur la Russie. Mais aussi pour nous. Et je veux dire aussi très clairement sur ce sujet que nous nous réservons d'infliger à la Russie des sanctions beaucoup plus pénalisantes si jamais Vladimir Poutine persistait dans sa politique de violation du droit international.
Nous y travaillons et nous aurons vendredi et samedi une réunion des ministres des Finances européens qui continueront à travailler sur ce sujet. Y compris en ciblant Vladimir Poutine lui-même et sa famille ? Ce qui n'est pas le cas pour l'instant. En utilisant, on ne va pas dévoiler les batteries de sanctions, mais je veux être très clair sur ce sujet. Nous avons en réserve une batterie de sanctions infiniment plus pénalisantes contre les intérêts russes pour répondre à l'attitude inacceptable de Vladimir Poutine qui viole le droit et qui viole ses engagements. Mais on se souvient en 2014 qu'il y a eu des sanctions après la Crimée.
Il y a eu des effets très nets sur l'économie française, par exemple sur l'agriculture. Est-ce qu'on va subir des contre-coûts de ces sanctions contre la Russie cette année ? Nous sommes peu exposés au marché russe. Vous avez rappelé les chiffres ce matin. C'est 1 à 2% des exportations et des importations françaises. Je le dis très simplement, le marché russe n'est pas un marché stratégique pour la France. C'est un un économique, la Russie, c'est le PIB de l'Espagne. Enfin, sans être méchanté d'Espagne, mais ce n'est pas un acteur économique majeur. La Russie a la force des états faibles, c'est-à-dire des états qui vous menacent et qui ont un pouvoir de nuisance.
Les véritables pouvoirs de la Russie, de Vladimir Poutine, sont des pouvoirs de nuisance. Nuisance militaire et nuisance énergétique. Voilà les deux armes que Vladimir Poutine a entre les mains. Mais pour le reste, ce n'est pas un état économique majeur pour la France. Donc l'impact sera limité. C'est quand même le premier exportateur de gaz, de blé et le deuxième exportateur de pétrole. C'est une des raisons pour lesquelles les prix sont élevés ces derniers mois. Donc si la situation s'aggrave, ça risque d'augmenter. C'est ce que nous disons les Français. C'est exactement ce que je vous dis. C'est que sur l'énergie, effectivement, ça peut avoir un impact.
Je reviens juste sur les conséquences directes sur le marché français. Elles seront limitées. Ce n'est pas pour autant qu'on ne va rien faire. Moi, je suis prêt à recevoir Christiane Lambert de la FNSEA et regarder les risques d'impact sur l'agriculture. Il y a quelques entreprises, notamment dans les domaines énergétiques, qui peuvent avoir des difficultés. Il peut y avoir des PME, des sous-traitants. C'est plutôt que Total, c'est surtout les PME et les sous-traitants qui m'inquiètent. Nous les recevrons également pour voir comment les accompagner. Mais je le redis, l'impact sur l'économie française, des conséquences économiques seront limitées. Des conséquences de ces sanctions.
Après, il y a un impact beaucoup plus stratégique, mais qui est lié dans le fond aux tensions entre l'Ukraine et la Russie sur les prix de l'énergie. Oui, les prix du gaz sont élevés. Mais ils sont élevés depuis des mois parce qu'il y a des tensions entre l'Ukraine et la Russie. Ça valide totalement la stratégie que nous défendons depuis maintenant plusieurs mois avec le président de la République sur le gaz. Un, il faut stocker le gaz et il faut diversifier notre approvisionnement. Nous le disons depuis des mois.
Deux, il faut que nous ayons des contrats de long terme pour avoir un prix qui soit un prix stable plutôt que d'avoir des contrats à spot, comme on dit, où on achète sur le marché en fonction de l'évolution du prix, ce qui nous expose à des fortes augmentations du prix. Et trois, il faut que nous soyons plus indépendants. C'est ce sur quoi nous travaillons en ayant des sources d'énergie qui soient différentes de celles du gaz. Ça veut dire qu'on va devoir acheter moins de gaz russe et peut-être plus de gaz américain, du gaz liquéfié ? Il faut diversifier notre approvisionnement. Ça peut être les Etats-Unis, ça peut être le Qatar, ça peut être d'autres sources possibles.
Mais en tout état de cause, cela valide les choix stratégiques que nous avons faits avec le président de la République. Est-ce qu'il faut se faire un peu chiffre ? Pour que nos auditeurs aient bien ça en tête, la France est exposée à 20% au gaz russe. L'Europe, 40%. 20% de notre gaz. L'Allemagne, 60%. 20% de notre gaz. Exactement. Donc vous voyez que ça reste très limité et que la France n'est pas en première ligne sur ces questions d'approvisionnement de gaz. Mais sur le prix en revanche, effectivement il peut y avoir une augmentation. Mais je veux être très clair avec l'ensemble des Français qui nous écoutent. Nous avons pris un engagement avec le Premier ministre de gel du prix du gaz.
Cet engagement sera respecté pour les parties. Est-ce que ça veut dire que ce bouclier tarifaire, pour simplifier, pourrait être prolongé ? Il faut se préparer à ce qu'on ne soit pas dans une période courte de gel du prix, mais que ça aille jusqu'à l'hiver prochain par exemple. Pour ce qui me concerne, je considère qu'il est indispensable de continuer à protéger les Français contre les risques d'augmentation des prix du gaz. Parce que le gel du prix du gaz décidé par le Premier ministre de la République était une excellente décision. Il court jusqu'à l'été 2022. Si jamais il faut le prolonger parce que nous voyons une explosion des prix du gaz, ça me paraît indispensable de le faire.
Nous avons la responsabilité de protéger les Français face à l'augmentation des prix d'énergie. Aucun autre État européen n'a fait autant que nous sur les prix de l'électricité, sur le gaz, que ce que nous faisons. Et c'était des bonnes décisions. Justement, sur l'énergie, puisqu'on voit que le baril arrive à 100 dollars, il y a un certain nombre de professionnels, je pense notamment aux transporteurs routiers, aux ambulanciers, qui s'inquiètent et qui demandent de l'aide. Est-ce que vous allez aider spécifiquement les professionnels qui sont touchés par l'augmentation des prix des carburants ?
Je regarde tous les jours le prix à la pompe du litre de carburant, que ce soit le diesel ou le super sans-plomb. Quand ça approche, c'est 1,70€, 1,80€, parfois plus quand on va sur les autoroutes ou quand on est en métropole. Bien entendu qu'il faut être extraordinairement attentif. Vous pourrez les aider spécifiquement ? Je regarde ça avec beaucoup d'attention. Nous regarderons quelle sera l'évolution des prix en fonction d'évolution de la situation géopolitique entre la Russie et l'Ukraine. Je suis ça, je le redis, avec beaucoup de vision, beaucoup d'attention.
Je ne vais pas vous dire que j'écarte quelque option que ce soit, parce que nous ne savons pas ce que sera la décision de Vladimir Poutine dans les semaines qui viennent. Nous ne savons pas jusqu'où le prix du baril pourra augmenter. Donc il faut continuer à suivre ça avec attention. On parlait du gaz et vous évoquiez le chiffre de l'Allemagne. Il y a aussi cet enjeu qui peut sembler lointain mais qui nous concerne indirectement, de Nord Stream, qui est un gros gazonuc, un gros tuyau entre la Russie et l'Allemagne, qui est fini, enfin qui est prêt, qui doit être mis en activité. L'Allemagne a suspendu l'autorisation de Nord Stream.
Est-ce que ça veut dire que ce gazonuc pourrait ne jamais être ouvert entre la Russie et l'Allemagne et que c'est l'un des enjeux de la situation actuellement en Ukraine ? D'abord j'estime que c'est une bonne décision et une sage décision qui a été prise par l'Ordemagne.
Oui c'est une décision courageuse mais l'Allemagne réalise que l'indépendance énergétique n'a pas de prix et que ce qui est au cœur, je l'ai expliqué à plusieurs reprises à mes homologues allemands depuis des années, ce qui est au cœur de la politique française qui est l'indépendance énergétique, on est en train de voir aujourd'hui avec le nucléaire, avec le renouvelable, on est en train de voir aujourd'hui que c'est une nécessité absolue et que ça doit être une priorité absolue de l'Union Européenne, être indépendant en matière énergétique. Nord Stream c'est une sage décision et c'est une décision courageuse.
Nord Stream pourra ouvrir le jour où le pouvoir russe respectera ses engagements internationaux et respectera l'intégralité d'un territoire comme l'Ukraine. Nous en sommes très loin aujourd'hui. Je reviens sur un des aspects, une des conséquences possibles qu'on évoquait sur le prix du blé puisque la Russie est le premier exportateur de blé. Le prix du blé est relativement élevé en ce moment et pas seulement en raison de la situation en Russie mais à cause de mauvaises récoltes dans d'autres pays pour des raisons climatiques.
Est-ce que ça veut dire que le prix du pain, des pâtes et d'utilisation du blé dans l'économie et notamment dans l'agriculture, tout ça, ça peut avoir des conséquences sur les prix pour les consommateurs ? Il y a déjà une augmentation des prix du blé. On ne va pas rentrer à la technique et différentes formes de blé, ceux qui servent pour le pain, ceux qui ne servent pas, ceux qui sont dans la région du Donbass et qui ne pourront plus être exportés, ces blés-là ne pourront plus exporter, sont exportés vers l'Afrique du Nord et pas vers l'Europe donc ça n'aura pas d'impact sur le prix. Mais nous sommes prêts à regarder cela.
Les cours ont augmenté et toute personne qui nous écoute ce matin sait déjà qu'un certain nombre de produits alimentaires en raison de ces difficultés sur le blé dur ont augmenté. Prenez le prix des pâtes et en particulier les pâtes premier prix, celles dans lesquelles la marque ne compte pas et c'est uniquement la matière première qui compte. Vous regardez le prix de pâtes premier prix, il a augmenté de 35% à 40%. Donc croyez-moi, je regarde tous ces prix avec la plus grande attention.
Je sais que c'est dur pour des millions de Français qui voient qu'à la pompe, les prix ont fortement augmenté, que sur les prix alimentaires, notamment les pâtes à cause des problèmes d'approvisionnement en blé dur, il y a eu aussi des augmentations. Nous, nous répondons par la protection la plus forte possible. Je redis à quel point les décisions qui ont été prises sur l'électricité, gel à 4%, sur le gaz, gel des prix du gaz. Enfin, vous voyez aujourd'hui de manière éclatante que cette décision qui a été prise il y a maintenant plusieurs mois était une anticipation des difficultés, est une décision particulièrement responsable et protectrice pour les Français.
Quel que soit, alors pour l'instant, on a provisionné 1,2 milliard pour compenser les entreprises qui vont perdre de l'argent sur les prix du gaz, puisque c'est nous qui payons le plafonnement et le gel des prix du gaz pour les particuliers Français. Il va de soi que si nous prolongions ce gel du prix du gaz jusqu'à la fin de l'année 2022, il faudrait plus compenser les entreprises qui perdent de l'argent. Ça aurait un impact sur les finances publiques. Je pense qu'il est beaucoup moins fort que l'impact qu'il pourrait avoir sur les ménages français, sur leur pouvoir d'achat et sur la situation sociale de la France.
Bruno Le Maire, vous étiez avec le président de la République lundi soir dans un conseil de défense exceptionnel après que Vladimir Poutine l'a appelé pour lui annoncer sa décision, au moment où Vladimir Poutine parlait à la télévision russe. Et dans la foulée, l'Elysée a eu une déclaration qui nous a surpris, en tout cas dans le ton. L'Elysée a parlé d'une dérive idéologique de Vladimir Poutine et a même utilisé le mot paranoïaque. En quoi Vladimir Poutine est-il aujourd'hui paranoïaque ? D'abord, c'est un mot que je n'ai jamais entendu dans la bouche du président de la République. Non, pas du président. C'est l'Elysée des conseillers d'Elysée qui ont utilisé ce mot.
Les conseillers sont les conseillers, les responsables politiques sont les responsables politiques. Et les seuls qui s'adressent aux Français, ce n'est pas les conseillers dont on lit parfois les commentaires et les off à longueur de journal. Ce ne sont pas des off, mais en réalité ce sont des mots qui ont été publiés dans un communiqué d'Elysée. Les seuls responsables sont les responsables politiques élus par le peuple français. Seule la parole de ces responsables politiques compte. Donc vous ne reprenez pas ce mot paranoïaque ? Non, je ne reprends pas ce mot. Je n'ai jamais entendu le président de la République l'utiliser à l'égard de Vladimir Poutine.
Par ailleurs, il n'y a pas d'autre sur l'état de santé, la santé mentale même du dirigeant russe. Mais on n'est pas là pour juger la santé mentale de qui que ce soit. Vous savez, j'ai rencontré Vladimir Poutine pour la première fois avec Jacques Chirac, il y a maintenant 20 ans. En 2002, un sommet de l'OTAN. J'ai eu des occasions innombrables de rencontrer le président Poutine avec d'autres présidents de la République. Il n'est pas constant de la politique de Vladimir Poutine, c'est l'affirmation de la nation russe. Quand c'est pour les intérêts russes, très bien.
Quand c'est au détriment des autres nations, et en particulier de la nation ukrainienne, ou de quelque autre nation que ce soit en Europe, nous devons faire savoir à Vladimir Poutine, de la manière la plus claire, comme nous le faisons aujourd'hui, que nous ne supporterons aucune atteinte à l'intégrité d'aucun territoire. Donc il n'a pas changé, il ne s'est pas enfermé dans cette obsession-là ?
Je ne peux pas vous le dire, et je ne suis pas là pour juger la psychologie de Vladimir Poutine, je suis un responsable politique qui doit prendre des décisions, et qui dit de manière très claire ce matin que le comportement politique de Vladimir Poutine porte atteinte à l'intégrité d'un territoire qui est le territoire ukrainien, que cela appelle des sanctions, que nous avons commencé à prendre des sanctions coordonnées, progressives et ciblées, et surtout, je veux que ce message soit bien entendu, que l'ensemble des ministres des Finances européens travaillent à un train de sanctions infiniment plus pénalisant pour les intérêts russes, pour les intérêts du peuple russe, et pour les intérêts de l'économie russe.
Nous ne laisserons pas l'intégrité d'un territoire être menacé par Vladimir Poutine, parce que derrière, dans le fond, c'est savoir si l'Europe est prête à défendre le principe de liberté ou non. La libre détermination d'un peuple, ça ne se conteste pas et ça ne s'attaque pas. Il y a quelque chose qui me frappe en vous écoutant quand vous décrivez ce qui se passe en utilisant le mot intégrité, vous n'utilisez pas le mot invasion. Joe Biden, hier soir, à la Maison Blanche, a parlé d'un début d'invasion. Ce n'est pas un mot que reprennent les Européens pour l'instant. Pourquoi est-ce que ce n'est pas, selon vous, selon la France, selon les Européens, un début d'invasion ?
Parce que les mots ont un sens, Philippe Corbet. Et que dans ces périodes de crise, qui sont des crises importantes, il faut savoir peser ces mots et faire preuve de sang-froid. Une invasion, c'est une invasion. Les Américains vont trop loin, quand Joe Biden va trop loin, quand tu parles d'un début d'invasion ? Ce n'est pas le mot approprié. Nous verrons ce que seront les décisions du président russe dans les prochaines semaines, ou dans les prochains jours, ou dans les prochaines heures. Mais au moment où je vous parle, c'est une atteinte à l'intégrité du territoire ukrainien et une remise en cause des accords internationaux auxquels Vladimir Poutine a souscrit.
Voilà exactement les décisions qui ont été prises. Elles appellent donc des sanctions qui sont pour l'instant ciblées et proportionnées. J'entends certains qui nous disent que ce n'est pas suffisant. Ce sera efficace. Et ce n'est qu'une première étape. Si effectivement, Vladimir Poutine devait aller plus loin, ce que nous avons en stock sera infiniment plus dur pour la Russie. Bruno Le Maire, François Hollande, l'ancien président, était à votre place hier matin au micro de BFM TV et de RMC. Il parlait, je cite, d'une certaine complaisance de certains candidats à la présidentielle en France vis-à-vis du pouvoir russe. Et il citait Jean-Luc Mélenchon, Éric Zemmour, Marine Le Pen.
Est-ce que vous aussi vous inquiétez du fait que des arguments développés par le Kremlin soient repris par des candidats à la présidentielle en France ? Je ne suis pas là pour juger les uns et les autres. Moi, je constate simplement les faits. Vous avez un certain nombre de personnalités politiques qui vous ont dit « Jamais Vladimir Poutine ne portera atteinte à l'intégrité du territoire ukrainien ». Désolé, les faits sont les faits. Ils sont têtus. Et les faits montrent que Vladimir Poutine veut porter atteinte et commencent à porter atteinte à l'intégrité du territoire ukrainien. Et je pense que sur les principes, il ne faut rien céder.
Que les principes, les valeurs notamment de liberté sont au cœur du projet politique européen. Et si vous commencez à abandonner le principe de liberté, si vous commencez à faire preuve de lâcheté ou à relativiser les décisions du président Poutine, c'est toute l'Europe et tout le projet européen que vous fragilisez. Moi, je veux saluer l'action qui a été menée par le président de la République. Parce que jusqu'au bout, il a tenté la paix. Jusqu'au bout, il a essayé de ramener Vladimir Poutine à la raison.
Mais au moment où Vladimir Poutine prend la décision d'enfreindre ses propres engagements, eh bien la main du président de la République ne tremble pas, celle du gouvernement ne tremble pas, celle des Européens ne tremble pas. Nous prenons les sanctions nécessaires et nous en préparons de nouvelles. J'ouvre une parenthèse, on va continuer à parler de Poutine, mais j'ouvre une parenthèse, Bruno Le Maire, parce qu'il y a un sujet qui concerne beaucoup de nos auditeurs, notamment les restaurateurs. Vous avez assoupli pendant la crise Covid les règles concernant les tickets restaurants. Il y a un plafond qui est passé de 19 à 38 euros.
Cet assouplissement est valable jusqu'à la fin du mois de février, donc lundi soir. Est-ce que vous allez prolonger ce dispositif ? Oui, j'ai le prolongé. On peut penser qu'on est très loin à la crise ukrainienne. Je veux juste là aussi rassurer tous ceux qui nous écoutent. Ce n'est pas parce qu'il y a une crise entre l'Ukraine et la Russie que nous oublions de traiter les sujets quotidiens majeurs des Français. La vigilance sur le prix de l'essence, la vigilance sur les prix à la consommation, les prix alimentaires, tout ça fait partie de mon quotidien et c'est essentiel à mes yeux. Les tickets restaurants, c'est très important pour nos amis restaurateurs.
Ils ont encore été pénalisés les semaines dernières par des restrictions. Donc nous avons pris la décision de prolonger jusqu'à l'été 2022 le doublement du plafond des tickets restaurants. Il est passé de 19 à 38 euros. Il sera maintenu à 38 euros jusqu'à la fin juin. Et ils pourront être utilisés le week-end, samedi et dimanche. Ce qui va permettre à tous ceux qui ont des tickets restaurants 2022 de le dépenser jusqu'à 38 euros, ça fait une note plus intéressante pour les restaurateurs, de l'utiliser le week-end jusqu'à la fin du mois de juin. Je pense que nos amis restaurateurs le méritent bien.
On referme cette parenthèse, on revient à la politique puisqu'on est à quelques jours de la fin du dépôt des parrainages. Il y a trois candidats importants qui sont au-delà de 10% des sondages, potentiellement au second tour, qui n'ont pas leur parrainage. Il en manque 58 à Jean-Luc Mélenchon, 107 à Marine Le Pen qui suspend d'ailleurs sa campagne et 150 à Éric Zemmour. Qu'est-ce qui va se passer si dans 10 jours, l'un de ces trois candidats majeurs n'a pas ses parrainages ? Ces trois candidats auront leur parrainage. Comment vous savez ? Parce qu'ils ne peuvent pas en aller autrement. Pensez qu'ils exagèrent, ils dramatisent comme Marine Le Pen ?
Je ne sais pas s'ils exagèrent ou s'ils dramatisent, mais ils ne peuvent pas en aller autrement. Des candidats dont on peut penser ce qu'on veut de leur programme, mais dans lesquels des millions de Français se retrouvent, doivent pouvoir se présenter à cette élection. Comment vous pouvez être sassuré qu'ils ne les auront s'ils ne les ont pas ? Il y a des initiatives qui ont été prises. Regardez la très bonne initiative qui a été prise par François Bayrou. Il y a des appels qui sont lancés par certains maires. Je suis convaincu que la situation se débloquera. Je ne suis pas inquiet, mais j'en tire tout de même une conséquence que je tire depuis maintenant des années.
Nos institutions sont dépassées et elles doivent être totalement refondées. Dans le fond, cette histoire de parrainage, c'est l'arbre qui cache la forêt. Et la forêt, c'est des institutions françaises qui doivent être refondées de fond en comble pour répondre aux besoins démocratiques qu'ont les Français. De plus de proximité, de plus de participation à la vie démocratique, de plus de simplicité dans le vote, l'examen de nos lois, de meilleure représentation au Parlement. Toutes ces questions-là, aujourd'hui, elles doivent être tranchées. J'espère qu'elles pourront l'être dans les années qui viennent.
Parce qu'il y a une urgence désormais, si nous ne voulons pas aller vers une crise de régime, à refonder les institutions françaises, faire plus de simplicité, plus d'efficacité et une meilleure représentation du peuple. Bruno Le Maire, vous avez longtemps été à l'UMP, puis au Républicain avec Valérie Pécresse. Dernier sondage, et là, ce matin pour BFM TV, elle est à 11,5% dans les sondages et elle perd 2,5 points en une semaine. Où est le problème, selon vous ? Est-ce que c'est Valérie Pécresse ou c'est la droite qui n'a pas d'espace ? Le problème, c'est le choix qu'ont fait les Républicains en 2017, c'est tout.
Ça n'est que la poursuite de cette lente décomposition de l'espace politique des Républicains qui n'existe pas. Mais oui, la droite et la gauche sont mortes parce que les Français ne veulent plus la droite et la gauche. Ça ne les intéresse pas, la droite et la gauche. Mais Philippe Corbet, ça vous intéresse vraiment, vous, la droite et la gauche ? Moi, ça ne m'intéresse pas. Pourquoi ils s'intéressent, mes enfants, la droite et la gauche ? Je crois qu'il y a des millions de Français qui s'intéressent à la droite et la gauche. Mais ils n'en ont rien à faire de la droite et la gauche. Ils veulent savoir comment est-ce qu'ils vont payer leur fin de mois.
Ils veulent savoir comment est-ce que nous allons affronter le défi climatique. Ils veulent savoir comment on va résister à la montée en puissance des gens du numérique. Ce n'est pas une question de droite ou de gauche de savoir comment est-ce qu'on répond aux défis posés par les gens du numérique. Philippe Corbet, ce n'est pas une question de droite ou de gauche de savoir s'il faut choisir le nucléaire ou ne pas choisir le nucléaire. Valérie Pécresse elle-même, dans ce contexte-là que vous décrivez depuis 2017, Valérie Pécresse elle-même, qui perd 2,5 points en une semaine à 11,5%. Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi est-ce qu'elle décroche, selon vous ?
Ce n'est pas elle le problème, selon vous ? Vous savez, je connais Valérie Pécresse depuis des années. Je ne vais pas tout d'un coup me mettre à taper sur Valérie Pécresse. Est-ce qu'il y a une femme pour laquelle j'ai beaucoup de respect ? Ce que je décris, c'est qu'il n'y a plus d'espace politique pour les Républicains. Que les socialistes vont mourir parce qu'il n'y a plus d'espace pour les socialistes. Que les Républicains vont mourir parce qu'il n'y a plus d'espace pour les Républicains. Et que les Français ont toujours le dernier mot. C'est eux qui décident. C'est eux qui sont souverains. On est en démocratie, c'est le peuple qui décide.
Et le peuple a décidé que la droite et la gauche, ils n'en avaient plus rien à faire. Que les querelles politiciennes, ils n'en avaient plus rien à faire. Et que dans le fond, certains voulaient de la décroissance et plus de redistribution. C'est un espace politique. Certains veulent du nationalisme. C'est un autre espace politique. Certains veulent se tourner vers l'avenir. Croient dans l'économie de marché. Croient dans le projet européen. Il est incarné par Emmanuel Macron. C'est cet espace-là dans lequel Valérie Pécresse et beaucoup des amis de Valérie Pécresse devraient se retrouver aujourd'hui. Bruno Le Maire, invité ce matin de BFM TV et DRMC. Il est 8h54. Bonne journée.