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AutreFrance Inter — Le grand face-à-face (sur Site radio)· 28 mai 2022 54 minContradictoireMixte

La nature au cœur de la ville avec Pascal Picq

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0:08
Présentateur

Bonjour, merci d'écouter le grand face-à-face de France Inter avec Natacha Polony et Gilles Finkelstein. Dans un instant, nous reviendrons avec eux sur quelques-uns des temps forts de la semaine avec le duel. Et puis le débat ce samedi, comment renouer avec la vie sauvage ? Comment développer, comment laisser vivre la nature au cœur de nos villes ? Et d'ailleurs, comment lui faire place pour qu'elle soit véritablement nature et non pas uniquement agrémentation, uniquement décor pour les urbains que nous sommes ? Qu'est-ce qui pourrait faire de chacun de nous un vrai homo ecologicus ?

Au moment où le nouveau gouvernement d'Elisabeth Borne s'installe et où beaucoup se demandent s'il sera au rendez-vous des enjeux écologiques, au moment aussi où les polémiques se multiplient dans la capitale autour de projets d'aménagement qui mettraient en péril des arbres bicentenaires au pied de la tour Eiffel, nous voulions parler de ces sujets avec notre invité. Il a beaucoup réfléchi à ces questions. Il appelle à un véritable revirement de civilisation. Il est paléontologue, ancien chercheur au Collège de France. Un grand nom de cette discipline fascinante qu'est la paléo-anthropologie. Pascal Pic nous rejoindra dans une vingtaine de minutes.

1:15
Locuteur non identifié

France Inter. Le grand face-à-face. Ali Badou.

1:21
Présentateur

Et on commence avec le duel entre la directrice de Marianne, Natacha Polony, le directeur de la fondation Jean Jaurès, Gilles Finkelstein. Salut les amis. Bonjour. Et pour commencer cette semaine, une question, une question redoutable, Gilles.

1:34
Invité

Nous allons et nous lançons aujourd'hui, nous initions aujourd'hui un mouvement de refondation de la République en marche. Et pour pouvoir lui donner une nouvelle forme dans un parti politique, il portera le nom de Renaissance.

1:47
Présentateur

Renaissance, c'était Stanislas Guérini, donc ancien délégué général de l'AREM. Aujourd'hui, il est ministre de la Transformation et de la Fonction Publique. L'AREM qui est devenu donc un nouveau mouvement, qui a la forme d'un parti politique, qui porte un nouveau nom, Renaissance. Et un parti politique qui est lui-même allié à d'autres partis politiques, le Modem, Agir, horizon d'Edouard Philippe, dans une coalition gouvernementale pour la majorité présidentielle, qui s'appelle Ensemble, point d'exclamation. A gauche, on voit le NUP, la nouvelle Union Populaire, Écologique et Sociale.

C'est une alliance de partis, ce n'est pas un parti, une union dont on ne sait pas si elle sera durable ou pas. L'histoire le dira. Ah, Gilles, est-ce qu'on peut poser la question aussi brutalement que ça ? Est-ce que les partis politiques existent encore ?

2:34
Intervenant

Je le crois. Au-delà de la dissociation entre le niveau local et le niveau national, dont on a déjà parlé plusieurs fois ici, le fait que, fait inédit, les forces politiques nationales sont impuissantes localement et que les forces locales sont impuissantes nationalement, au-delà de cette singularité-là. Ce qui me frappe, c'est la très grande faiblesse de l'ancrage des partis politiques. Nous avons publié la Fondation Jean Jaurès avec Le Monde et le Civipof, la onzième vague de notre panel électoral au début de cette semaine.

Et quand vous interrogez les Français sur le parti politique dont ils se sentent le plus proche ou le moins éloignés, donc la question n'est pas très exigeante, vous voyez que de loin, le premier parti, 25%, c'est ceux qui disent aucun parti. Et que ceux qui arrivent après la République en marche, pour l'instant, le Rassemblement national, un peu en dessous la France insoumise, c'est entre 10 et 14%. Donc d'abord, faiblesse du niveau d'ancrage. Et la deuxième chose qui est, je crois, plus nouvelle et plus singulière, c'est la faible intensité de l'appartenance de la préférence partisane. Ça veut dire quoi ?

Ça veut dire qu'auparavant, lorsque vous disiez que le parti dont vous êtes le plus proche est tel parti, vous votiez pour le candidat de ce parti-là. Ça veut dire qu'il y a d'autres qui venaient s'ajouter, mais qu'il y avait plus d'électeurs qu'il n'y a de sympathisants au sens de la préférence partisane. Or, on a vu, pour la première fois, trois partis qui ont plus de sympathisants que d'électeurs. Les Républicains, 8% des Français disent le parti dont je suis le plus proche, ce sont les Républicains. Valérie Fécresse fait moins de 5%. Parti socialiste, 8% des Français encore disent le parti dont je suis le plus proche, c'est le parti socialiste. Anne Hidalgo fait 1,8%.

Et c'est peu ou prou la même chose pour les Verts. Et donc cette dissociation-là du comportement des électeurs, là aussi, ça fait partie de cette nouvelle donne et de cette fragilisation des partis politiques. Natacha ? Je crois que pour compléter ce que vient de dire Gilles, il faut aussi souligner qu'il y a une distinction entre la dimension juridique, la dimension politique et la dimension idéologique. On pourrait même ajouter une dimension sociologique. Quand je parle de dimension juridique, je veux dire par là que la une de Marianne cette semaine, c'est la France, 258 fromages, 589 partis politiques. Ce qui est vrai, le chiffre est vrai, 589 partis politiques répertoriés, enregistrés.

Pourquoi ? Parce que ça a un sens juridique. C'est-à-dire que depuis les modifications des règles de financement de la vie politique, en fait, vous avez besoin de créer des partis et des micro-partis. On a beaucoup parlé ces derniers temps des règles liées aux législatives. Ça, ça date de 1988 et c'est une règle. Donc, il faut présenter au moins 50 candidats, faire au moins 1% sur ces circonscriptions. Du coup, on touche 1,64 € par voix. Chaque député rapporte 37 400 €, d'accord ? Mais il y a aussi ce qui s'applique à ce qu'on appelle les micro-partis, qui permet notamment une réduction de 66 % du don ou de la cotisation qu'on a versée, enfin, réduction sur les impôts.

Et ça, ça met en jeu 40 millions d'argent public par an. C'est absolument énorme. Et vous avez comme ça des micro-partis qui se sont alliés en 2017, qui ont présenté des candidats aux législatives. Je pense par exemple à Ramayad. Ramayad a quitté la vie politique, mais elle a fondé un micro-parti qui a présenté des candidats avec d'autres en 2017, avant de se retirer de la vie politique. C'est la France qui ose. Et donc, ça permet de toucher 100 000 € d'argent public. Vous voyez ? Ça, c'est la dimension juridique. Sauf que l'évolution de notre vie politique fait qu'il y a une déconnexion totale entre cette dimension juridique, financement des partis, exercice...

C'est-à-dire qu'on utilise tout ça et est fait pour de bonnes raisons. C'est qu'il faut financer la vie politique, qu'il faut faire vivre la démocratie. En fait, ça ne marche pas. En fait, ça ne marche pas. Ça ne fait pas vivre la démocratie. Ça permet d'entretenir un personnel politique. Mais la démocratie ne vit pas de cela. Pourquoi ? Parce qu'elle se joue ailleurs, parce qu'elle se recompose, parce que les gens ne se reconnaissent plus dans ces appareils, et aussi parce que ces appareils, en fait, eux-mêmes ont cessé depuis longtemps de structurer et d'organiser la vie politique, c'est-à-dire la pensée, la réflexion, l'animation des idées.

D'autant qu'ils ne sont pas aidés par le système médiatique qui, de toute façon, se contrefiche globalement de la vie des idées, et qui a décidé de plutôt pencher du côté du spectacle, du côté de l'immédiateté. Donc, les partis n'arrivent plus à faire entendre cette vie des idées, à faire entendre leur divergence, leur pensée, leur réflexion. Donc, ils ont arrêté de penser, parce que c'était plus simple.

7:49
Présentateur

C'est pour ça que je vous demandais, Gilles, si les partis existaient encore, c'est en ce sens-là. Mais est-ce qu'on peut aller plus loin et se demander aujourd'hui s'ils vont survivre, ou est-ce qu'ils doivent s'adapter radicalement ? Est-ce que ça doit passer par une modification de leur fonctionnement pour davantage convaincre, séduire, être des lieux où l'on débat d'idées ?

8:08
Intervenant

Je pense qu'ils doivent très profondément se réinventer. Parce qu'au-delà de leur nombre, de ces 589 partis qu'évoquait Natacha, au-delà du coût pour la collectivité, qui n'est pas un coût important, 40 millions, en réalité, ce n'est pas beaucoup d'argent. Je donne juste ce chiffre pour que les auditeurs aient ça en comparaison. Je ne parle pas d'un parti politique, je parle d'une fondation, de notre homologue, de l'homologue de la fondation Jean Jaurès en Allemagne, qui s'appelle la fondation Friedrich Hebert. C'est 140 millions d'euros de fonds publics pour la seule fondation Friedrich Hebert. Donc, la démocratie a un coût. Je pense que le sujet n'est pas là.

Le sujet, c'est de repenser les fonctions d'un parti politique. À quoi ça sert un parti politique ? À quoi ça servait ? Ça servait à l'information et la formation des militants. Ça servait à la sélection des candidats. Ça servait à l'élaboration des programmes. Et ça servait à l'animation du débat public. Ces quatre fonctions, les partis traditionnels ne les remplissent plus et les nouveaux partis ne les remplissent pas.

Et la question, au fond, peut-être la plus difficile, c'est est-ce que dans ce que sont les nouveaux types d'engagement, plus ponctuels, sur des causes, plus virtuelles, comment les partis politiques peuvent réinventer leurs fonctions pour s'adapter à ce qu'est la société d'aujourd'hui ? Je crois que c'est ça le défi qui est devant eux. Je crois que c'est ça le défi.

C'est-à-dire que les partis politiques appartenaient à toutes ces institutions qui se sont petit à petit vidées de leur substance, que ce soit les syndicats, que ce soit les églises ou les congrégations religieuses, que ce soit l'armée, que ce soit l'école, tout ce qui permettait de structurer une société et en effet de former les futurs citoyens, de les introduire dans la vie démocratique sous diverses formes. Et c'est ça qui s'est vidé de sa substance, parce que les partis politiques ne sont pas les seuls touchés. Donc il va falloir se réinventer et le faire autrement qu'en allant sur TikTok ou Twitch, en croyant que c'est comme ça qu'on va toucher les jeunes.

Il va falloir reconstruire entièrement une vie collective qui permette l'existence d'une communauté nationale, parce que c'est ça qui est en train de disparaître.

10:14
Présentateur

Encore un mot, Gilles, puisque les partis politiques, c'est aussi normalement la formation d'un personnel politique qui est supposé pouvoir un jour gouverner ou assumer des charges de responsabilité, que ce soit comme législateur ou comme ministre. Est-ce que ça a un sens, par exemple, pour le Modem, de compter le nombre de ministres qu'il a dans un gouvernement ? Il en avait cinq sous le premier quinquennat. Il en a deux aujourd'hui sous le premier gouvernement d'Elisabeth Borne. On se compte, pour le coup, pas de dimension financière, mais qu'est-ce que ça révèle ?

10:41
Intervenant

Ça révèle que c'est que les partis politiques font de la politique et que dans l'influence d'un parti politique, le nombre d'élus, le nombre d'élus locaux, le nombre de collectivités qu'il dirige, le nombre de parlementaires dont il dispose, le nombre de ministres qui sont issus de ces rangs, eh bien, évidemment, c'est un élément important, c'est un élément important d'attractivité et de puissance pour chacun des partis.

11:02
Locuteur non identifié

Je suis français. C'est aussi une reconnaissance à mon club le Paris Saint-Germain, mais également à mon pays parce que je représente l'équipe nationale aussi et à l'ensemble des supporters, l'ensemble des fans, l'ensemble des Français. Je l'ai crié sur tous les toits que je voulais faire les JO et les faire en tant que joueur majeur du plus grand club français. Je pense que le football aussi, c'est des sentiments, c'est l'histoire, c'est ça. C'est un ensemble de facteurs qui fait que je me suis dit que c'était peut-être pas le moment de partir et rester encore un peu, c'est bien.

11:29
Présentateur

Kylian Mbappé, c'était évidemment la légende qui s'écrivait lundi au JT de TF1 quand Kylian Mbappé confirmait donc qu'il restait au PSG. Il répondait aux questions de Gilles Boulot la fin d'un long suspense d'un feuilleton qui durait des mois et qui agitait bien au-delà de la sphère des amateurs de football. Kylian Mbappé qui a choisi Paris plutôt que Madrid. Une nouvelle qui dépasse et de loin le simple cadre sportif, Natacha.

11:57
Intervenant

Bien sûr, la meilleure preuve en est que TF1 lors de ce JT a fait 6,8 millions de téléspectateurs, deuxième meilleure part d'audience de l'année, 29%. Ça prouve bien qu'énormément de gens suivaient ce feuilleton.

12:12
Présentateur

Et la comparaison est cruelle avec Elisabeth Borne quelques jours plus tôt.

12:15
Intervenant

Exactement. Et on peut ajouter une chose, c'est un fait politique. Deux présidents se sont impliqués. C'est quand même ça qui est majeur. Le président en exercice, Emmanuel Macron, dont on se souvient quand même que pour la campagne présidentielle, il n'avait pas le temps parce qu'il était requis sur un autre front qui était l'Ukraine et qu'il avait énormément de choses à faire et donc il ne pouvait pas débattre avec les autres candidats. Mais on a appris qu'il avait quand même appelé plusieurs fois Kylian Mbappé pour traiter de cette question du maintien de Kylian Mbappé au PSG et Nicolas Sarkozy également. C'est là qu'on voit la puissance du football dans la vie politique.

12:54
Présentateur

Et pas François Hollande alors même qu'il est fan de foot lui aussi.

12:58
Intervenant

Oui, c'est là aussi où on voit l'influence des uns et des autres. Mais certains trouveront ça absolument insupportable, scandaleux, tout ce qu'on veut. Il y a évidemment une dimension d'attractivité du pays. Il y a aussi toutes les dérives du football. Je pense qu'on sait combien désormais il y a là une puissance de feu énorme et qui date d'une décision politique. C'est ça qui est intéressant. En 1995, l'arrêt Bosman qui est rendu par la Cour de justice de l'Union européenne et qui impose la libre circulation des joueurs.

C'est de là que datent évidemment les transferts faramineux, l'augmentation des salaires des joueurs, le foot business qu'on dénonce aujourd'hui et dont le raout autour de Kylian Mbappé est une des illustrations avec ce mélange entre la question patriotique reste-t-il là parce que c'est la France et parce que, le dit-il, c'est le plus grand club français ou pour d'autres raisons ? Disons que tout se mêle.

14:06
Présentateur

Non mais disons qu'il y a aussi Kylian Mbappé qui n'est pas concerné par l'arrêt Bosman. Il est français, né à Paris en 1998, il joue dans un club qui est celui...

14:16
Intervenant

Oui, mais c'est... Ali, vous ne comprenez pas. L'arrêt Bosman a fait augmenter le marché des joueurs et quand le Real Madrid prend un joueur comme Kylian Mbappé, c'est bien l'arrêt Bosman qui joue.

14:29
Présentateur

Mais pas quand le PSG par exemple prend un Brésilien, Neymar ou un Argentin comme Lionel Messi.

14:34
Intervenant

Tout est imbriqué et c'est à partir de cet arrêt-là que s'est créé ce marché absolument énorme qui fait que c'est devenu un enjeu de donner des salaires faramineux pour retenir tel ou tel grand joueur. Il y a dans ce choix évidemment d'abord quand même une dimension enfin d'abord aussi une dimension sportive pour le Paris Saint-Germain l'espoir de gagner enfin la Ligue des Champions. Pour la France, le renforcement aujourd'hui encore de l'attractivité de la Ligue 1 et demain de bien figurer dans la compétition de football des Jeux Olympiques parce que une des conditions que posait Kylian Mbappé pour prolonger était le fait d'être libéré pour pouvoir jouer pendant les JO.

Donc il y a cette dimension sportive. Il y a une dimension politique qu'a évoquée Natacha à la fois dans la manière dont Kylian Mbappé a fait son choix et l'implication de Nicolas Sarkozy et d'Emmanuel Macron ce n'est quand même pas rien. Le discours qu'a tenu Kylian Mbappé qui est un discours extrêmement politique ce garçon est pour ses 23 ans d'une maturité et d'une maîtrise qui sont absolument fascinantes. On a parlé de verbes gaulliens. Pourquoi reste-t-il ? C'est pour la France et pour la capitale.

Il y a un vrai discours politique derrière ça et puis je termine par là il y a une dimension sociétale dans ce choix qui tient moins je crois contrairement à ce qu'on a beaucoup dit à l'argent.

Je crois évidemment il y a des sommes considérables qui sont en jeu mais je pense que ni pour le Qatar ni pour Kylian Mbappé c'est le sujet principal on pourra y revenir donc moins l'argent que pour Kylian Mbappé l'histoire c'est très frappant de voir à quel point il veut marquer l'histoire et à quel point ça structure la totalité de ses choix en l'espèce être le meilleur buteur de l'histoire du Paris Saint-Germain et être celui grâce à qui le Paris Saint-Germain remportera la Ligue des Champions donc l'histoire et enfin

16:39
Présentateur

s'il avait dû penser à l'histoire en regardant les statistiques il aurait dû rejoindre le Real Madrid qui a beaucoup plus de chances sur le papier de gagner une Ligue des Champions que le PSG c'est l'argument

16:47
Intervenant

de Nicolas Sarkozy le Real Madrid a gagné 13 fois il vaut mieux être le premier à faire gagner le PSG bien entendu et puis au-delà de l'argent au-delà de l'histoire l'image qui est un élément tout à fait nouveau la volonté des grands joueurs qui sont leur propre marque de maîtriser complètement cette marque et de considérer et c'est vrai peut-être pas dans les clubs qui sont des grandes institutions mais peut-être dans un club comme le Paris Saint-Germain que leur marque est au-dessus ou en tout cas décalée de celle du club dans lequel ils jouent maîtriser leur image ça veut dire avoir leur mot à dire sur les causes dans lesquelles ils sont associés et c'est très intéressant de voir je crois qu'il y a un effet de génération lié aussi à la puissance de ce que représente Kylian Mbappé cette volonté de maîtriser sa propre image on le voit avec le PSG on le voit aussi et il a ouvert le débat avec l'équipe de France

17:48
Présentateur

Natacha ?

17:48
Intervenant

Bien sûr et avec la question fameuse des sponsors la question de savoir si on accepte par exemple une grande marque de soda comme sponsor la question qui s'est posée non pas pour Mbappé mais à propos du choix de porter ou non un maillot qui implique une cause en l'occurrence la cause LGBT il y a des problèmes qui vont se poser maintenant j'ai là tout à fait raison qui nous montrent à quel point l'ensemble des problématiques de la société est en train d'entrer dans la vie du sport par le biais de ces joueurs qui beaucoup plus qu'avant décident les causes qu'ils embrassent et pourquoi ils les embrassent

18:25
Présentateur

en tout cas c'est l'une des rares raisons pour lesquelles tous les français aiment Paris en tout cas Kylian Mbappé ici c'est Paris quand vous parlez d'un sujet politique c'est fascinant comme la question de la couleur revient très rapidement puisque interrogé au lendemain de ce JT de TF1 il y a Jordan Bardella le président du rassemblement national qui félicitait le numéro 7 parisien et qui disait je cite que c'était un modèle d'assimilation notamment pour la jeunesse issue de l'immigration et pour la jeunesse de banlieue modèle d'assimilation pour un gamin qui est né à Paris je le rappelle et qui y a grandi et qui joue à Paris c'est assez curieux comme ces mots reviennent systématiquement dès qu'on évoque quelqu'un qui a bon c'est quoi le critère déterminant Natacha ?

19:09
Intervenant

sans doute il y a dans les enfants d'immigrés même nés en France des jeunes gens qui justement pour des raisons tout à fait compréhensibles ont du mal à se sentir français à l'impression que la France ne les a pas reconnues c'est en cela qu'on parle d'intégration d'assimilation parce que de fait ça se pose quelles que soient les générations c'est pas une question de couleur de peau je pense c'est une question de complexité de la société française notamment dans des quartiers où il est assez difficile d'avoir l'impression que l'état est là que la république est là Gilles ?

je ne sais pas quel est le critère déterminant mais la leçon déterminante c'est que Jordan Bardella a perdu une excellente occasion de se taire et qu'il a dit une grosse bêtise et l'autre leçon vous l'avez évoqué d'un mot c'est que autant les français ont souvent un rapport complexe à leur capitale autant Paris Saint-Germain non pas dans le championnat de France mais Paris Saint-Germain en ligue des champions et le club de la France et a un soutien qui va très au-delà de ce qu'il a dans le championnat national et c'est ce en quoi la signature la prolongation de Kylian Mbappé a eu ce retentissement non seulement Natacha le disait l'audience du JT de TF1 les échos la place considérable dans la presse quotidienne régionale donc au-delà de Paris et au-delà dans le monde entier

20:44
Présentateur

il a quand même perdu 700 000 abonnés sur Instagram et ils devaient tous être madrilènes à mon avis le duel continue

20:51
Locuteur non identifié

le grand face à face le duel le cinéma il va bien c'est le public qui va pas bien parce qu'il vient pas il fait pas son boulot c'est sûr que c'est un peu compliqué c'est un peu inquiétant on a pas un cinéma on a pas une fréquentation qui bombe le torse en ce moment

21:12
Présentateur

c'était le réalisateur Michel Azanavisius qui s'exprimait depuis le festival de Cannes avant la cérémonie de clôture on voulait justement s'arrêter sur l'état du cinéma aujourd'hui est-ce que le cinéma se portait bien non en croire Michel Azanavisius ou en tout cas pas assez bien si l'on songe à la baisse de la fréquentation des spectateurs dans les salles obscures des chiffres inquiétants il y a une étude qui est parue cette semaine et qui montrait que 48% des français n'allaient plus au cinéma comme avant comme avant c'est-à-dire comme avant le Covid on va parler dans un instant d'une légende qui vous est chère Gilles mais en l'occurrence c'est assez fascinant de voir que l'attitude des français vis-à-vis du cinéma est préoccupante 48% des sondés vont moins au cinéma parce qu'il y a notamment et c'est la première raison une perte d'habitude Natacha c'est-à-dire que la pratique et la consommation du cinéma a profondément changé en si peu de temps

22:12
Intervenant

c'est en effet ça qui est extrêmement frappant parce qu'au sortir de la pandémie donc en octobre 2021 au moment où on commençait à sortir des différents confinements la baisse était de 30 à 35% de fréquentation et une majorité des acteurs pensaient que ça allait reprendre petit à petit et en fait 6 mois plus tard pas du tout c'est-à-dire qu'on a regardé 2019 59 millions d'entrées les projections pour 2022 c'est 36 millions et surtout le plus inquiétant c'est que les jeunes de 15-24 ans il y a 10 ans représentait 35% des billets maintenant c'est 25% ça ne cesse de baisser aux Etats-Unis ça a été divisé par 3 dans cette tranche d'âge donc évidemment il y a la question des plateformes bien entendu qui sont en train de remplacer la consommation et là aussi il y a une évolution pourquoi ?

parce que le cinéma s'est adapté on a fait des films pour les plateformes ça a créé d'ailleurs des polémiques mais Scorsese Jane Campion les frères Cohen c'est-à-dire des gens qui sont des grands réalisateurs et bien à part Scorsese qui était le premier parce que du coup il y avait un effet d'aubaine mais derrière ils ont fait des flops c'est-à-dire qu'en fait le cinéma ne se transpose pas sur les plateformes on consomme autre chose sur les plateformes

23:28
Présentateur

non mais il y a de très grands cinéastes qui ont fait des séries pour les plateformes et qui ont cartonné pensez à David Fincher par exemple

23:35
Intervenant

nous sommes d'accord mais le cinéma les films le format du film ne se transpose pas de façon aussi simple sur les plateformes c'est-à-dire que ça va impliquer une modification de la création d'ailleurs l'un des phénomènes aussi assez intéressants c'est que pour contrer ça vous avez remarqué la longueur des films rallonge pourquoi ? parce qu'il y a cette idée qu'il faudrait pour les gens qui se déplacent encore au cinéma leur en donner pour leur argent et en fait c'est pas sûr que ce soit la bonne réponse mais statistiquement la longueur des films a énormément rallongé Gilles comment va le cinéma ?

il va mieux qu'ailleurs et il va moins bien qu'avant la France est quand même le premier pays européen reste le premier pays européen en termes de fréquentation ça, ça veut dire il va mieux qu'ailleurs mais la baisse de fréquentation par rapport notamment à la période antérieure à la pandémie est spectaculaire et n'a pas été rattrapée ce qui est intéressant c'est de se demander quelles vont être les ruptures qui vont être provoquées par la crise sanitaire on les a vues sur la question du travail du rapport au travail des modalités d'exercice du travail avec le télétravail on en a parlé à de nombreuses reprises sur la manière dont on voulait vivre notre vie où on voulait habiter cette volonté de beaucoup de français de changer de vie de déménager et on le voit sur les pratiques culturelles et c'est très frappant l'étude du CNC que vous citiez Ali de voir la première raison qui était citée pour expliquer cette absence de retour dans les salles qui était la perte d'habitude et dans les autres raisons qui venaient après c'était l'importance des autres supports et donc on voit bien ça et tout ça aboutit à une injonction paradoxale des français qui d'un côté veulent des salles qui soient encore plus belles encore plus rénovées encore plus modernes pour trancher avec les conditions dans lesquelles ils regardent les films chez eux et dans le même temps des prix qui soient à la baisse et donc ça montre l'ampleur du défi de tout le monde du cinéma face à cette injonction paradoxale

25:45
Présentateur

et l'attente de très nombreux acteurs du cinéma de l'attente des très grands blockbusters qu'on pense à Avatar 2 à Top Gun Maverick mais pour relancer la fréquentation puisque ce sont de très très bonnes raisons d'aller au cinéma pour beaucoup

25:58
Intervenant

Oui enfin cela dit un film sur deux projeté en France est français les films américains ne font qu'un quart et c'est ça la spécificité que soulignait Gilles du cinéma français en revanche on peut aussi signaler que le deuxième réseau de salles en France CGR avec 74 sites 708 salles est à vendre c'est à dire que ça va mal vraiment

26:18
Présentateur

et Gilles vous vouliez malgré tout rendre hommage à une autre légende donc

26:22
Locuteur non identifié

dis-moi quel est le mot pour en français pour mentir enfin pas mentir raconter des histoires affabuler c'est ça affabuler affabuler deux F les choses de la vie

26:39
Présentateur

parce que tu es vieille et laid les choses de la vie les choses de la vie les choses de la vie avec un grand sourire avec un grand sourire de Gilles de Gilles Finkelstein et de Natacha Apolloni 40 ans de la vie 40 ans de la disparition de cette légende Romy Schneider dans ce film extraordinaire réalisé par Claude Sauté et vous vouliez y revenir avec émotion Gilles

27:00
Intervenant

oui je voulais y revenir parce que en fait il y a maintenant une espèce de mythe Romy Schneider là on va célébrer demain le 40ème anniversaire de sa mort combien de rues dans les grandes capitales à Paris à Berlin à Vienne combien de livres combien de documentaires cette semaine encore combien combien d'hommages donc il y a un mythe Romy Schneider et c'est intéressant de voir qu'est-ce qui tient à l'actrice on vient d'entendre cet extrait formidable avec Michelle Piccoli elle a tourné avec les plus grands réalisateurs qu'est-ce qui tient de la femme elle-même de ses failles de sa vie de sa mort des drames qu'elle a vécu et pour le pays qu'est-ce que ça veut dire entre une espèce de nostalgie des années 70 d'un monde qui pour reprendre la formule était mieux avant et qu'incarnerait Romy Schneider au travers de ses films et qu'est-ce qui dans le jeu de Romy Schneider dans les films dans lesquels elle a joué est universel et renvoie à quelque chose de très contemporain et je trouve qu'il y a là une question qui est voilà qui reste une question ouverte sur les raisons de ce mythe vous avez une réponse Natacha ?

je n'ai pas de réponse j'ai les mêmes questions que Gilles il y a bien sûr la façon dont on avait l'impression que cette vie se lisait dans la profondeur de son regard même au cinéma dans ses rôles il y a c'est vrai pour beaucoup pour une génération le poids dans sa filmographie de Claude Sautet et de ce qu'incarne ce cinéma là mais il n'y a pas que ça et c'est ça il y a Sissi alors non c'est autre chose elle a quand même passé sa vie à essayer de se défaire de Sissi et même si ses films fonctionnent délicieusement sur les petites filles moi j'ai adoré Sissi ça marche très très bien et pas que visiblement pas que sur les petites filles mais malgré tout non il y a il y a aussi l'intelligence de ses choix en matière cinématographique et son amour de l'expérimentation de la recherche de l'invention au cinéma qui en fait une immense actrice bien au delà de ce que nous projetons sur elle un mot Gilles oui un mot d'abord il n'y a pas que Sautet et il y a beaucoup beaucoup d'autres réalisateurs français et étrangers et en fait ce qui est fascinant c'est que vous pensez à la piscine ?

je pense à la piscine à la piscine notamment à Clouseau à Visconti à Lozet à Granier de Fer à Costa Gavras à Claude Miller donc à beaucoup d'autres mais ce qui est fascinant c'est que Romy Schneider représente sans doute l'actrice française des années 70 elle qui est née en Allemagne qui avait cet accent d'une famille qui avait eu des accointances avec le régime nazi pour le moins et c'est devenu sans doute l'actrice française des années 70 et des années 80

30:02
Présentateur

merci à tous les deux en tout cas pour cet hommage au cinéma et à Romy Schneider à suivre dans le grand face à face le débat avec Pascal Pic

30:09
Locuteur non identifié

France Inter le grand face à face le débat

30:14
Présentateur

le débat cette semaine comment renouer avec la vie sauvage comment développer comment laisser vivre la nature jusqu'au coeur de nos villes qu'est-ce qui pourrait faire de chacun de nous un vrai homo ecologicus le nouveau gouvernement Borne vient de s'installer beaucoup se demandent si son architecture permettra de répondre aux grands défis écologiques il y a également le retour d'Anne Hidalgo dans sa bonne ville de Paris à la capitale comme le dirait Natacha Polony qui a salué son retour dans Marianne cette semaine avec des projets d'aménagement qui mettraient en péril des arbres bicentenaires au pied de la tour Eiffel et qui suscitent de très nombreuses polémiques renouer avec la vie sauvage le sauvage en nous nous voulions en parler avec notre invité il a beaucoup réfléchi à ces questions et il appelle à un véritable revirement de civilisation paléontologue ancien chercheur au Collège de France bonjour Pascal Pic bonjour Ali bonjour à tout le monde et merci infiniment d'être l'invité du Grand Face à Face vous êtes l'auteur de nombreux ouvrages de références le dernier en date et l'évolution créa la femme qui a été publié chez Odile Jacob d'abord d'un mot qu'est-ce que ça représente la question est un peu philosophique un peu ouverte mais j'aimerais qu'on parte de là qu'est-ce que ça représente Pascal Pic justement quelques arbres quelques arbres au sein d'une ville aussi dense que Paris une ville où le bitume et où la pierre et le béton

31:37
Invité

sont rois ce qui est très triste c'est que même ces arbres ne cachaient pas la forêt parce qu'il n'y a pas de forêt et en fait je ne sais pas quelles sont les raisons qui conduisent à vouloir abattre ces arbres comme vous le savez malheureusement depuis quelques décennies nos arbres même les plus beaux que ce soit dans les villes ou dans les campagnes subissent des pathologies ou des attaques d'insectes donc il y a vraiment de réels problèmes de ce côté-là qu'il faut gérer rapidement maintenant en effet ça va à l'encontre des grandes politiques que font d'ailleurs beaucoup de communautés urbaines maintenant qui consiste à reverdir en effet les villes mais en l'occurrence une question philosophique oui on touche à quelque chose de très profond dans notre culture notamment notre culture occidentale qui depuis la renaissance quand même s'est construite avec l'idée de l'homme qui est la mesure de toute chose donc l'homme au centre du cosmos on pense à l'homme de Vitruve par exemple de Léonard de Vinci vous avez cet homme avec les bras les jambes écartés et là comment sortir parce qu'il y a eu l'humanisme qui a mis l'homme au coeur du cosmos il y a eu ensuite le progrès au 19ème siècle ensuite la croissance au 20ème siècle et tout cela s'est construit non pas de manière comment dire constante contre la nature mais objectivement contre la nature et la ville a toujours été conçue comme se protéger du monde extérieur notamment de la nature et c'est une révolution totale et c'est celle-ci que je vais énoncer en définitive pendant 2 millions d'années je dis bien 2 millions d'années depuis que les premiers hommes donc les homo erectus ont construit des abris pour se protéger du monde extérieur et bien aujourd'hui ce changement de paradigme est celui-là il nous faut construire pour protéger le monde extérieur donc on bascule complètement par rapport à cela et cette grande révolution philosophique et éthique bien sûr commence à peine question de Natacha Polony

33:40
Intervenant

est-ce que l'un des basculements dans l'histoire de l'humanité de cette question de la nature la présence de la nature dans la ville n'est pas aussi la révolution industrielle et celle du moteur du moteur à explosion c'est-à-dire que ce qui a achevé d'évacuer ce qu'il pouvait y avoir de nature dans la ville c'est l'évacuation des animaux dans la mesure où à partir du moment où on n'a plus besoin de chevaux tout ce qui pouvait rester de traces et de nécessité d'un peu de nature même les odeurs même la présence tout cela a été évacué et en ce sens on est en train d'envisager de réintroduire du végétal dans les villes un petit peu d'animal avec des ruches ce genre de choses mais guère plus est-ce que le fait de n'avoir plus que du végétal et du végétal maintenant qui n'est même plus ancré dans le sol puisqu'on en est au mur végétalisé et au plafond ne comporte pas le risque de l'artificialité dans la mesure où ce sera jamais c'est difficilement lié aux saisons à tout ce qui fait que la nature est la nature

34:51
Invité

Pascal Pic alors vous avez tout à fait raison vous citiez les années 70 tout à l'heure avec Roby Schneider donc ça fait beaucoup de bien de se rappeler tout cela maintenant Natacha Polanyi met le doigt sur quelque chose d'essentiel le sol le sol ou les sols lorsqu'on est hors des villes les sols représentent la plus grande biodiversité alors évidemment on ne la voit pas parce qu'il s'agit de micro-organismes mais sans ces micro-organismes ça ne fonctionne pas et le grand problème qu'évoque Natacha c'est celui-là comment faire en sorte que les sols ne réverbèrent plus la lumière ou stockent la chaleur plutôt comment faire en sorte que si on met des arbres et bien qu'il y ait en dessous assez d'épaisseur de terre et d'humus pour qu'effectivement le sol puisse se mettre en place vous savez un sol ça prend des centaines de milliers d'années à se mettre en place donc c'est très compliqué et à partir de là évidemment c'était la révolution des années 70 c'était le tout bagnole le tout voiture c'est complètement aberrant je me permets une petite remarque personnelle sur ma vie personnelle il se trouve que mes parents étaient maraîchers dans la petite couronne dans les années 60 à Gennevilliers et la banlieue n'existait pas à cette époque là et mes parents et les mamans des fois j'y allais on allait au hall la nuit dans les circuits courts la question ne se posait pas il n'y avait que des circuits courts et donc c'est vrai qu'il y avait un basculement terrible qui s'amorce comme l'a très bien rappelé Natacha avec évidemment la révolution industrielle mais tout de même il y a un siècle il y avait sur la terre 100 millions d'habitants dans les villes enfin en tout cas dans les lieux urbanisés nous étions peut-être 2 milliards aujourd'hui on pense que ça va être les 2 tiers de la population humaine quasiment 5 milliards d'habitants dans les grandes villes et là ça pose une énorme difficulté c'est à dire ce n'est pas la question de réintroduire des espèces sauvages ou végétales dans la ville ce qu'il faut faire bien sûr il faut revégétaliser il y aura des insectes etc mais derrière cela c'est concevoir les grandes villes les mégalopoles comme de véritables écosystèmes de plus en plus de plus en plus aptes à avoir un fonctionnement comme dans les écosystèmes naturels mais ils ne seront jamais pareils ils seront clairs ce sera avec les humains ce sera voilà c'est des choses qui sont complètement inventées avec les principes que l'on connait en écologie évolutionniste et là je peux vous dire que c'est quand même un sacré travail conceptuel avec les politiques avec les citoyens avec les ONG et qui nécessite une révolution aussi pour les muséums d'histoire naturelle les muséums d'histoire naturelle vont être au coeur de ces grandes transformations de la ville ou du cas des méga urbanisations de demain Gilles Finkelstein

37:30
Intervenant

je voudrais prolonger la question de Natacha Pascal Pic vous disiez tout à l'heure qu'on avait une vision qui était culturellement ancrée de voir l'homme au centre de toute chose pour reprendre votre formule et que ça serait une révolution qu'on doit accomplir pour changer cette vision là passer de la ville minérale à la ville végétale est une autre révolution la ville de Romy Schneider dont on parlait tout à l'heure quand on revoit des photos ou des images ou des films de cette époque on voit à quel point on est dans une ville minérale c'est vrai notamment pour Paris c'est pas vrai de toutes les villes mais c'est vrai pour Paris qu'est-ce que ça veut dire de passer d'une ville minérale à une ville végétale vous parliez tout à l'heure il n'y a pas de forêt un des projets est de créer des forêts urbaines qu'est-ce que ça veut dire exactement est-ce que ça veut dire quelque chose Pascal Pic

38:29
Invité

oui ça veut dire que bien sûr on pense à des espaces verts mais ce n'est pas que cela comme vous le savez dans l'évolution il vaut mieux avoir une espèce avec de nombreuses populations qui se répartit sur un vaste territoire que d'avoir beaucoup d'espèces sur le même territoire mais qui sont isolées les unes des autres donc le vrai enjeu ça consiste à réhabiliter des friches industrielles des endroits qui sont délaissés pour l'instant de l'urbanisation ce qui n'est pas encore le cas et vous voyez le paradoxe parce que là Gilles vous posez une sacrée question on essaye de préserver les terres arabes pour éviter l'expansion de l'urbanisation sur les campagnes et les terres arabes qui est un véritable enjeu pour l'alimentation de demain et en même temps on parle évidemment c'est une conséquence de densifier les villes donc il faut densifier les villes pour l'habitat mais en même temps il faut végétaliser vous voyez un petit peu les défis auxquels on est confronté mais maintenant ça veut dire quoi se repenser la ville comme évidemment un écosystème et là il faut des espaces évidemment verts ou des espaces donc plus ou moins naturalisés et surtout surtout que ces espaces soient reliés à la fois par des canaux s'il y en a et surtout par des voies de plus en plus piétonnes ou même des artères qui sont végétalisées et à partir de là effectivement ça peut assurer une meilleure biodiversité et une meilleure résilience parce qu'un écosystème aussi bon soit-il quand il est isolé au bout d'un moment il commence à dépérir et donc là vous voyez c'est quelque chose d'assez complexe qui nécessite une véritable réflexion écologique au sens vraiment écologique du terme évidemment et écosystémique on parle de plus en plus évidemment de villes autonomes ce qui amène à l'idée d'économie circulaire comme vous le savez donc des villes qui importent de moins en moins de produits ou d'éléments ou de biens nécessaires et qui en rejettent de moins en moins et tout ceci évidemment rentre dans une véritable réflexion complètement civilisationnelle surtout de civilisation urbaine comment avoir une civilisation de plus en plus urbaine à la fois de plus en plus écologique voilà le défi auquel on est confronté

40:39
Présentateur

alors ça c'est passionnant mais est-ce qu'on n'est pas toujours dans cette démarche-là parce qu'elle pique dans l'idée qu'on sépare nature et culture et qu'on choisit au fond la nature qui serait bonne pour nous les hommes pour nous les descendants d'homo erectus regardez par exemple en Amérique du Nord la prolifération des ratons laveurs qui sont parfaitement adaptés à la vie moderne les rats tout court si on songe à Paris il y a les pigeons il y a un très grand nombre d'animaux qui vivent et se ménagent une vie comment dire ou en tout cas quelque chose où ils peuvent se reproduire comme dans un écosystème parfait pour eux au contact des hommes et c'est pourtant pas cette nature-là dont nous voulons dans les villes

41:21
Invité

elle l'est en partie mais on constate que ce sont des espèces assez généralistes à Paris ce sont par exemple les faucons pèlerins ailleurs ce sont les renards comme à Londres des fois les sangliers qui viennent faire un petit tour dans nos villes ça par contre les gens qui s'occupent des espaces verts n'aiment pas trop oui et on s'aperçoit qu'il y a des espèces maintenant alors ça c'est complètement hallucinant comme on y pense il y a une telle dégradation des écosystèmes en dehors des villes que des espèces viennent s'installer en ville et elles changent leur comportement parce qu'il fait un peu plus chaud il y a plus d'alimentation elles changent un petit peu dans ce qu'on appelle pardon pour le terme des paramètres d'histoire de vie c'est à dire qu'elles se reproduisent plus vite elles ont des trajectoires en termes de développement et de croissance un petit peu différentes donc elles s'installent très très bien donc c'est pour cette raison que mettre la nature en ville soyons très clairs c'est mettre en place les moyens que puissent se développer en l'encadrant évidemment mais en laissant faire de nouvelles formes d'écologie ce qui veut dire tout à l'heure Natacha l'a évoqué avec les toits végétalisés ou les façades végétalisées ça veut dire qu'il y aura des insectes c'est à dire qu'il y aura plus d'oiseaux or est-ce que les citadins seront aptes à accepter ce qui sera quand même de l'ordre de quelques désagréments tout à l'heure vous évoquiez les abeilles avec les ruches ça c'est vachement bien c'est formidable mais vous savez que ça pose aussi un problème c'est à dire que on favorise ces espèces domestiquées et ces abeilles domestiquées c'est charmant c'est très bien ça fait du miel mais en l'occurrence comme elles sont relativement protégées et surtout nourries par les humains et bien ça va à l'encontre de la biodiversité et de autres espèces d'abeilles sauvages vous voyez c'est jamais très simple tout cela et ça nécessite une véritable éducation à l'écologie en ville

43:07
Intervenant

vous évoquiez tout à l'heure votre jeunesse jeune villier c'est vrai que les essences maraîchères du pourtour de Paris étaient les plus célèbres les asperges d'argenteuil etc il y avait une très grande qualité maraîchère pourquoi ?

parce qu'en fait ça faisait des siècles que les bouts de Paris étaient épandus dans la banlieue et donc permettaient de fertiliser le sol et c'est tout le problème c'est qu'aujourd'hui l'extension des métropoles détruit des terres arables on le disait donc la question c'est est-ce qu'on peut penser ce problème de la végétalisation des villes dont le but est aussi de rendre les villes tout simplement vivables Paris étant considéré historiquement il me semble-t-il comme une exception puisque c'est une ville à la fois extrêmement dense et jusqu'à présent à peu près vivable mais cette question des métropoles elle doit impliquer qu'on désengorge justement donc qu'on crée de l'emploi ailleurs que dans les métropoles pour que les gens puissent vivre ailleurs plutôt que d'étendre la ville donc comment on fait pour penser le rôle des maires dans la végétalisation en lien avec le rôle de l'État dans l'économie globale pour justement revoir entièrement l'aménagement du territoire puisqu'il me semble que c'est de ça qu'il s'agit

44:21
Invité

Pascal Pic bien sûr d'ailleurs on en a parlé avec la crise de la Covid et du travail à distance alors Ali a présenté mon dernier livre en fait j'en ai un autre plus récent qui s'appelle les chimpanzés et le télétravail qui aborde ces questions-là et en effet si on a une partie parce que soyons clairs les personnes qui sont éligibles au télétravail c'est en moyenne des gens CSP plus avec diplômés et qui peuvent bénéficier de bonnes connexions et de métiers avec une gestion assez simple des emplois du temps mais ça ne va pas être le cas et on a vu avec la crise de la Covid l'énorme problème que posent les personnes de profession qu'on a appelé de première et seconde ligne or ces personnes surtout pour Paris se retrouvent de plus en plus en banlieue avec des transports pendulaires tout ça ça pose énormément de difficultés qu'il faut en penser et quand vous parliez d'économie en effet les travaux ou les enquêtes internationales que j'ai pu consulter montrent qu'à une échéance de 3 ou 4 ans ce n'est pas énorme 3 ou 4 ans voire 5 ans l'économie dite verte l'économie qui est liée à la création d'emplois autour de ces questions donc évidemment d'écologie de végétalisation et bien c'est au niveau mondial quasiment 360 millions de métiers à créer et pour l'Europe c'est peut-être autour de 122 millions donc il y a effectivement à retrouver comme le dit ce cher ami qui s'appelle Edgar Morin rappeler que économie et écologie c'est la même racine étymologique et donc comment renouer entre les deux et en plus de ça ça ne va pas contre l'économie à condition que ce soit évidemment bien pensé et on a vu évidemment le coût social exorbitant du fait qu'à Paris il y a eu donc une gentrification comme vous le savez qui a amené les personnes des classes plus modestes à être éloignées ce qui contribue à la pollution à mal-être vivre et si jamais la tendance alors assez atténuée ça consisterait à ce que les personnes ayant les professions les mieux remunérées les mieux représentées puissent bénéficier de la campagne ce qui va avantager effectivement certaines choses c'est déjà que des moyens si bien pour les écoles etc.

mais derrière ce que je vois c'est peut-être un abandon de la ville et ça ça m'inquiète énormément par rapport à ça donc il y a des enjeux politiques et de rééquilibrage sociologique je veux dire penser écologie c'est bien mais sans la sociologie ça ne marchera bien sûr

46:42
Présentateur

et sans les travaux que vous menez par exemple puisque nous devrions devenir davantage chimpanzés et un peu moins macaques et ne pas céder comme les capucins à l'aversion pour le risque et à d'abord réfléchir à ces pertes aux pertes qu'on pourrait éventuellement connaître Gilles Finkelstein

47:01
Intervenant

on a évoqué votre enfance à Genevilliers on vient d'évoquer votre dernier livre je voudrais revenir sur un livre que vous avez publié il y a exactement 20 ans qui s'appelait Qu'est-ce que l'humain dans lequel vous disiez les chimpanzés dont on vient de parler Ali les chimpanzés ne sont pas devenus des hommes quant aux hommes il n'est pas certain qu'ils soient devenus des humains pour qu'ils le deviennent est-ce que ça dépend d'abord de leur rapport aux autres humains de leur rapport à la nature vous allez me répondre peut-être un peu des deux en fait

47:31
Invité

la difficulté de la ville telle qu'elle a été conçue depuis plusieurs siècles d'ailleurs c'est intéressant la renaissance j'en ai parlé mais c'est aussi la naissance de l'utopie avec Thomas More et nous avons tous en tête l'iconographie donc l'édithographie ou même les tableaux du 16ème 17ème siècle avec cette idée d'une architecture rationnelle fonctionnelle jusqu'à l'eau corbusier où là l'idée c'était qu'effectivement à travers la conception de la ville et des bâtiments nous allions en tout cas certains pensaient nous allions apporter le bonheur aux humains on a vu ce qu'il en est c'est une catastrophe par rapport à ça c'est ça qui doit complètement changer et c'est vrai que trop longtemps la nature et l'écologie étaient erreurs de la ville mais aussi et là je parle en tant qu'anthropologue également l'anthropologie c'est à dire que Germaine Tillon cette très grande dame qui j'espère sera au panthéon mais je crois qu'elle est d'ailleurs Germaine Tillon rappelle dans ses écrits il y a une vingtaine d'années donc voilà ça nous ramène vingt ans en arrière il fallait repenser l'anthropologie qui a été mise hors de la cité et moi j'ai vraiment un credo c'est à dire que vous citiez Paris est-ce qu'un enfant peut courir sur les trottoirs à Paris aujourd'hui c'est quand même hallucinant et mon credo est celui-ci je crois que nous arriverons à la ville vraiment humanisée humaine avec du bien-être avec toutes les questions qu'on a évoquées donc c'est la végétalisation etc mais aussi une ville dans laquelle les enfants pourront à nouveau courir en sécurité et je ne dis pas ça pour faire plaisir à Natasha Polanyi c'est de dire également où les femmes pourront marcher déambuler à toute heure du jour de la nuit sans avoir à être harcelé ou se sentir en insécurité vous imaginez la profondeur de la révolution que ça implique par rapport à ça donc c'est vrai que la cité a été bâtie à côté de la ville la ville a été construite pardon à côté de la nature et aussi avec l'anthropologie qui avait été laissée aux portes de la cité donc les deux sont complètement liés et c'est ça merci pour votre question qui serait vraiment de l'ordre de l'humain vous savez en ce moment il y a une tendance que je suis un petit peu fâché des fois avec quelques collègues en termes de controverses bien sûr qui disent l'homme homo sapiens c'est une espèce parmi d'autres il est vrai qu'en termes de biodiversité il n'y a qu'une seule espèce certes nous sommes une espèce parmi d'autres ça je suis entièrement d'accord mais nous sommes une espèce quand même hyper responsable de ce qui se passe sur la planète et moi j'ai un credo je me répète pardonnez-moi mais c'est un autre credo qui est quand je pose cette question quand je demande aux personnes qu'est-ce qui nous oblige à nous adapter ou les espèces à s'adapter alors on pense bien sûr aux catastrophes naturelles merci Spielberg avec le météorite et Jurassic Park ça on est au courant la deuxième chose c'est qu'on est en train de comprendre que nous n'évoluons pas seuls nous sommes toujours dans des écosystèmes dans des tissus d'interdépendance ça ça nous amène quasiment à l'ensemble des échanges que nous avons eus mais la troisième raison la plus importante qui nous oblige à évidemment nous adapter je vais vous surprendre c'est le succès et plus on a de succès plus on a modifié l'environnement dans lequel on a des succès depuis que je suis né parce qu'on évoquait un petit peu ma jeunesse d'ailleurs la population mondiale a été puniée par trois on a gagné 25 ans d'espérance de vie enfin c'est une évolution assez formidable selon les critères du progrès ou même darwinien restreint en termes de démographie mais ce succès en 50 ans et bien c'est complètement retourné contre l'état de l'environnement et nos cités et donc plus on a de succès et plus il faut que nous ayons l'aptitude de se dire les raisons du succès ont fait que nous avons modifié les conditions de ce succès et aujourd'hui il faut construire ça pour les générations futures et ça c'est un véritable enjeu pour l'avenir de Sapiens il nous reste très peu de temps Natacha Polony

51:11
Intervenant

rapidement pour prolonger cette question vous êtes paléo-anthropologue et la question de savoir comment se construit l'être humain me semble passionnante dans son rapport à la nature c'est à dire en gros ma question c'est est-ce qu'un être humain peut aller bien se sentir une partie du cosmos de l'univers ordonné qui l'entoure quand il ne voit plus les différences de saison autrement qu'un bout de ciel en regardant la météo quand il ne voit plus les étoiles parce qu'il y a trop de lumière donc les conséquences de la ville est-ce que c'est pas ça aussi ?

51:47
Invité

Pascal Pic ?

c'est bien vous avez tout à fait raison puisque effectivement les études le montrent très bien si vous avez des enfants dans une école où il y a des arbres ou de la végétation ou des enfants qui dans les quartiers les moins favorisés sont dans des écoles complètement bétonnées les capacités cognitives et d'apprentissage sont radicalement différentes nos rapports à l'autre sont complètement différents donc en effet nous avons évolué avec tous ces rythmes et ces végétations et là homo ecologicus si c'est possible c'est une nécessité absolue non pas de retrouver dans la naïveté des rythmes de la nature mais d'être capable effectivement de l'observer et de la regarder et là vous savez je suis un petit peu inquiet néanmoins il y a des choses qui se passent bien mais quand on pense au film de Spielberg que j'ai déjà cité qui est Ready Player One vous avez d'un côté des gens qui disent bah oui on trouvera les solutions technologiques c'est les transhumanistes ou alors on va se réfugier dans les métavers qui n'ont rien de vert d'ailleurs au passage donc vous voyez on est à cette articulation entre les deux et aujourd'hui nous avons une sociologie dans chaque pays du monde d'ailleurs où on a de plus en plus de personnes qui sortent assez bien dans le monde qui vient qui ont assez conscience de ce qui se passe qui veulent s'engager sur ces questions là et presque la moitié de la population dans chaque pays du monde qui se sent pas du tout concernée par l'avenir qui est très inquiète sur les conditions de vie de leurs enfants et pour cette personne là les questions qui nous intéressent là ne sont pas de la première urgence parce qu'il s'agit pour elle de vision à court thème de survie etc.

Donc vous voyez le problème est quand même extrêmement vaste et ce qui est quand même assez dramatique c'est d'imaginer que les questions que vous posez Natacha celles des rythmes de la nature de retrouver des contacts avec la nature avec l'écologie si ça devient quelque chose qui correspond à des enjeux des classes les plus privilégiées en oubliant les autres là ça risque d'être dramatique

53:32
Présentateur

On va malgré tout garder la touche d'optimisme Pascal Pic que vous évoquiez tout à l'heure en parlant de l'homo écologicus merci infiniment d'avoir été l'invité du Grand Face à Face on vous souhaite une excellente journée merci à Mathilde Clatte qui a préparé cette émission à la réalisation Marie Merier à la technique Titouan Oex à suivre le journal de 13h Merci d'avoir regardé cette vidéo !