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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 6 octobre 2025 26 min

Olivier Faure : "Je ne vois pas comment nous pourrions éviter" la censure du gouvernement Lecornu

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

8h21, France Inter, Nicolas Demorand, Benjamin Duhamel, la grande matinale. Et avec Benjamin Duhamel, nous recevons Olivier Faure dans le grand entretien. Question réaction 01 45 24 7000 et application Radio France. Soyez le bienvenu, bonjour. Bonjour à vous. C'est fait donc, le gouvernement de Sébastien Lecornu est désormais connu. Plus peu de renouvellement, quelques entrants dont l'ancien ministre de l'économie, Bruno Le Maire, nommé aux armées. Ce qui suscite déjà beaucoup de réactions. Demain, sur le papier, déclaration de politique générale du Premier ministre, dont le sort dépend en grande partie de ce que vous, les socialistes, déciderez, censure ou pas.

On va en parler dans un instant. Le gouvernement, donc, pour commencer, les bras nous en tombent, a réagi Marine Le Pen. Un cortège de revenants, pour citer les mots de Jean-Luc Mélenchon. Olivier Faure, comment avez-vous réagi en apprenant la composition de cette nouvelle équipe ?

1:08
Olivier Faure

Le sentiment qui domine ce matin, c'est la consternation. Vous venez de dire à l'instant que le sort du gouvernement Lecornu était dans nos propres mains. La réalité, c'est que nous assistons à une crise politique sans précédent, avec un socle commun qui a complètement implosé hier soir. C'est à la fois les revendications de Bruno Rotaillot, sur la forme comme sur le fond. C'est ensuite le départ de l'UDI, qui fait perdre au gouvernement sa majorité au Sénat. Et c'est enfin Gabriel Attal qui fait la démonstration de sa prise de distance avec le chef de l'État.

Et donc, il n'y a là, ce matin, qu'un gouvernement qui est dans une faiblesse incroyable et qui n'a plus de légitimité pour, en réalité, gouverner et prétendre au pouvoir. Et donc, nous sommes dans une situation assez incroyable, en réalité.

2:04
Intervenant

Vous vous réjouissez de la décision à venir des Républicains de quitter le gouvernement ? Xavier Bertrand, encore, il y a quelques minutes, qui dit que les Républicains ne peuvent plus rester au gouvernement. Vous êtes d'accord avec eux ? Ils vous rendent service, d'une certaine manière, Olivier Faure ?

2:19
Olivier Faure

Non, je crois surtout qu'ils ne rendent service à personne. La France est un pays qui est aujourd'hui scruté, où chacun a le sentiment que nous sommes l'homme malade de l'Europe. Et voir le comportement des uns et des autres, qui, en réalité, joue une primaire discrète entre les uns et les autres, parce que leur obsession, c'est 2027. Et donc, on a là une forme de spectacle qui relève plus du cirque que d'autres choses. Et donc, on est dans une situation incroyable.

2:51
Présentateur

Qu'est-ce qui vous pose le plus problème ? C'est l'entrée de Bruno Le Maire, par exemple ? C'est le manque de renouvellement de l'équipe gouvernementale ? C'est quoi ?

2:59
Olivier Faure

Mais moi, je ne suis pas très intéressé, en réalité, par le casting. Ce qui m'intéresse, c'est ce que va produire ce gouvernement et ce qu'il pourra faire dans les prochaines semaines, les prochains mois, parce que les Françaises et les Français s'intéressent, bien sûr, à qui les dirigent, mais aussi pour quoi faire. Et pour l'instant, la copie qui a été présentée par le gouvernement est une copie qui est très régressive et qui ressemble diablement à celle que François Bayrou avait proposée au mois de juillet. Et c'est donc la raison pour laquelle nous nous sommes toujours, nous, prononcés sur le fond. Nous avons cherché dans les discussions que le Premier ministre a revenir sur le fond.

Moi, je sais que c'est un gouvernement de droite. Je n'ai pas... Au fond, le casting m'intéresse peu. Ce que je veux savoir, c'est...

3:41
Intervenant

Parce que les réactions d'un certain nombre de socialistes, Olivier Faure, hier soir, étaient de dire la composition du gouvernement, c'est une circonstance aggravante, en quelque sorte. Vous vous dites, au fond, que ce soit Pierre-Paul ou Jacques, ça ne nous intéresse pas.

3:52
Olivier Faure

Écoutez, ça nous intéresse, mais enfin, ça n'est pas là l'essentiel. Et c'est vrai que le voir le retour de Bruno Le Maire, c'est une provocation. Avoir l'homme qui est à l'origine, enfin, en tout cas, pas seul, parce qu'en réalité, il porte pour l'ensemble du gouvernement, des gouvernements qui ont précédé celui de Sébastien Lecornu, il porte sur ses épaules le fait que ce gouvernement, ces gouvernements, ont conduit à avoir mille milliards d'euros de dettes supplémentaires.

Et donc, voir qu'à un moment où on parle de faire des efforts, de demander des efforts aux Français pour revenir, justement, solder cette question de la dette, et bien, de le voir revenir, ça a quelque chose d'assez cocasse, pour ne pas dire de consternant.

4:29
Intervenant

Alors, Olivier Faure, rentrons dans le fond de la discussion, puisque vous dites, nous, ce qui nous importe, c'est la copie. Et ceux qui nous écoutent ce matin espèrent sans doute savoir si ou non il y aura un gouvernement qui tiendra encore dans les jours qui viennent. Et tout cela dépend de la décision que prendront les socialistes, les députés socialistes, s'il y a un vote sur une motion de censure. Est-ce que, ce matin, vous pouvez nous dire si, oui ou non, le Parti Socialiste décidera de censurer le gouvernement de Sébastien Lecornu ?

4:59
Olivier Faure

Je vais dire les choses un peu différemment. Au moment où nous nous parlons, je ne vois pas ce qui nous conduirait à ne pas voter la censure. Mais je sais aussi que, dans les discussions, tout peut progresser, y compris dans les dernières heures. Et moi, ce que je souhaite, ce n'est pas, encore une fois, changer le casting. Ce que je veux, c'est une politique qui change de cap. Et pour l'instant, je n'ai pas vu ce cap changer. Donc la censure, en l'état pour bien comprendre, la censure, elle est inévitable ? Je crois qu'au moment où je vous parle, je ne vois pas comment nous pourrions l'éviter.

Maintenant, c'est parce que vous faites en sorte de faire peser sur nos épaules la responsabilité d'une censure. Alors, ce n'est pas à nous qu'il faut poser la question, c'est est-ce que ce gouvernement, est-ce que ce président sont prêts ou pas à faire les gestes nécessaires pour apaiser ce pays et faire en sorte que nous puissions avoir un vrai renversement qui permette là de se dire, nous avons changé de séquence. Ce n'est pas moi qui ai parlé de rupture, pardon. Enfin, c'est le Premier ministre, c'est lui qui a dit qu'il voulait renverser la table. Pour l'instant, on ne voit pas très bien ce qui a été renversé.

La seule chose qui a été, pour l'instant, rendue visible aux yeux des Françaises et des Français, c'est une grande continuité. Et cette continuité-là, je vous le dis, je n'en veux pas. Et donc, la question, elle est maintenant posée au gouvernement et au président de la République. Sont-ils prêts ou pas à changer les choses et effectivement à des ruptures et à renverser la table ? S'ils y sont prêts, j'y suis prêt. S'ils n'y sont pas prêts, ils sont censurés.

6:25
Présentateur

Alors, qu'est-ce qui concrètement pourrait vous convaincre de ne pas voter la censure dès cette semaine ? Est-ce qu'il y a encore un scénario sur la table ? Vous venez d'écrire un état d'esprit, mais est-ce qu'il y a un scénario où les socialistes ne censurent pas Sébastien Lecornu ?

6:43
Olivier Faure

Je viens de vous le dire, la capacité a changé de séquence et j'ai noté avec plutôt plaisir le fait que le Premier ministre avait annoncé qu'il renonçait au 49-3. C'est une évolution... Mais ça ne vous suffit pas ? C'est une évolution que je considère comme positive. Parce qu'elle permet de dire que le Parlement aura le dernier mot. Mais si je l'avais proposé initialement, c'est parce que nous étions à un moment où nous pensions que nous devions réclamer pour nous-mêmes le passage à Matignon. Et donc, ça veut dire que nous aurions eu à ce moment-là le pouvoir d'initiative. Nous aurions pu mettre sur la table tous les sujets.

Et pour que ceux qui nous écoutent comprennent à peu près ce que je dis, c'est que la différence qu'il y a entre un Premier ministre de droite qui n'utilise pas le 49-3 et un Premier ministre de gauche, c'est que le Premier ministre de gauche, lui, il met sur la table tous les sujets, y compris la réforme des retraites. Alors que quand c'est un Premier ministre de droite, nous ne pouvons pas, nous, du fait de la Constitution, nous ne pouvons pas nous-mêmes remettre sur le métier une réforme qui est aujourd'hui non seulement une question sociale, mais aussi une question de réparation démocratique. Ce texte a été adopté par le biais d'un 49-3.

Le Premier ministre considère que c'est une anomalie démocratique et donc, il doit remettre ce sujet sur la table.

7:57
Intervenant

Donc, et je prolonge la question qui vous était posée par Nicolas, parce que parfois les propos sont un peu évanescents et pour essayer de bien comprendre, il faut d'ici à demain que le gouvernement suspende la réforme des retraites et c'est à cette condition que vous pourrez décider de ne pas le censurer. Pour là encore, essayez d'être très précis et très concret sur ce qui peut advenir dans les 24-48 heures.

8:20
Olivier Faure

Pour être très précis, aujourd'hui, nous ne pouvons pas nous-mêmes déposer un amendement au PLFSS qui permettrait l'abrogation de la réforme des retraites. Parce que nous sommes bloqués par d'autres articles que le 49-3. Et donc, si le gouvernement est prêt à ce que cette discussion puisse avoir lieu et que nous puissions d'ici à la fin décembre avoir la possibilité d'abroger la réforme des retraites, alors, moi je suis prêt à dire que je suis prêt à jouer le jeu jusqu'au bout, y compris sur les questions fiscales, y compris sur les questions...

8:50
Intervenant

Et s'il n'y a pas cette annonce, s'il n'y a pas d'annonce sur la réforme des retraites, sur la possibilité de discuter d'une éventuelle suspension, c'est la condition sine qua non, sinon c'est censure. Absolument. Voilà, de ce point de vue-là, les choses sont claires. Une question, Olivier Faure, sur l'état d'esprit général. On a le sentiment, à vous écouter, que vous demandiez l'abandon du 49-3, il a été abandonné, là vous avez, entre guillemets, sorti de votre chapeau une nouvelle condition. En fait, vous cherchez chaque jour un motif supplémentaire pour censurer le gouvernement de Sébastien Lecornu.

Il y a eu presque une forme d'ingratitude chez les socialistes, puisque Sébastien Lecornu vous a concédé quelque chose que vous demandiez.

9:30
Olivier Faure

Écoutez, il nous a concédé un élément qui est un élément de procédure, mais qui est insuffisant pour que nous puissions remettre sur la table tous les sujets sur lesquels nous voulons discuter. Moi, je suis prêt à comprendre ce que dit le Premier ministre quand il dit, au fond, il y a un Parlement que les Français ont choisi il y a un an, et donc nous n'allons pas changer le Parlement, mais nous allons nous soumettre à ces députés, ces 577 députés qui ont été élus il y a un an. Mais encore faut-il que nous puissions choisir nous-mêmes le terrain de jeu et ne pas être soumis au seul terrain de jeu que se choisit le gouvernement.

Et donc, si tous les sujets sont sur la table, eh bien nous verrons bien. Nous mettrons, nous, nous défendrons nos positions, ils défendront leur position et le Parlement tranchera. Mais je souhaite que le Parlement puisse trancher sur tous les sujets.

10:13
Présentateur

Sur la fiscalité, Olivier Faure, Sébastien Lecornu a déjà donné un certain nombre de pistes, égrené un certain nombre de mesures, baisse d'impôts pour les contribuables juste au-dessus du SMIC, fiscalité sur les holdings, prolongation de la surtaxe sur les grandes entreprises, sur les hauts revenus. Est-ce que vous pouvez dire, enfin vous pouvez dire que ça ne va pas assez loin, mais est-ce que ça va quand même dans le sens de davantage de justice fiscale ?

10:44
Olivier Faure

Ça, est-ce que vous le reconnaissez ? Non, et dans le débat parlementaire, je ferai tout pour que la copie soit corrigée. Si le débat parlementaire, il y a.

10:54
Intervenant

Ça, c'est bien des augmentations d'impôts pour les plus aisés ? Non ?

10:57
Olivier Faure

Non, si vous regardez l'équilibre...

10:59
Intervenant

Taxer les holdings, faire contribuer davantage les hauts revenus ?

11:03
Olivier Faure

Enfin, de quoi parle-t-on ? On parle d'un milliard. Pour des gens qui vont se distribuer cette année pour le CAC 40 simplement, autour de 100 milliards entre les dividendes et les rachats d'actions. Pour des fortunes qui se sont gobergées pendant 8 ans et qui ont doublé, passant de 600 milliards à 1200 milliards. Et là, on dit, on va leur prendre un milliard. Et il faudrait s'en satisfaire et dire, bravo, extraordinaire. Je vous donne quelques chiffres pour qu'on se comprenne bien, très vite. Il y avait, dans le budget qui a été adopté précédemment, celui de François Bayrou, il y avait 8 milliards de surtaxes à l'IS, à l'impôt sur les sociétés, sur les 400 plus grandes sociétés de France.

Et cette surtaxe, elle passe de 8 milliards à 4 milliards. Et vous considérez-vous que c'est une progression ? À un moment où nous avons besoin d'engager la transition écologique, à un moment où nous avons besoin de sauver nos services publics, à un moment où nous avons besoin de rendre du pouvoir d'achat aux Français ?

11:57
Intervenant

Je considère juste que quand on dit vouloir être dans le compromis, quand on est sur une position qui consiste à dire que c'est nos mesures, à peu de choses près ou rien, on envoie un signal assez singulier.

12:07
Olivier Faure

Mais ce n'est pas nos mesures ou rien. Je suis en train de vous faire la démonstration qu'aujourd'hui, ils ont divisé de moitié la surtaxe à l'IS. Et ils ont rajouté à cela une taxe sur les holdings qui rapporte 1 milliard. Vous avez d'un côté 8 milliards qui passent à 4 milliards. Et ensuite, vous avez un petit milliard qui est rajouté sur les holdings. Alors même qu'on sait très bien que l'argent que devrait rapporter la taxe Zuckman, c'est entre 15 et 20 milliards. Vous comprenez bien qu'on est très loin d'un compromis. On est là sur quelque chose qui relève en réalité de l'écran de fumée.

Et donc, dans le débat parlementaire, s'il a lieu aux conditions que je viens d'évoquer, c'est-à-dire de pouvoir parler de tout, et bien je défendrai la taxe Zuckman qui me semble être aujourd'hui la meilleure façon d'avancer.

12:48
Présentateur

Alors, il y a beaucoup d'auditeurs d'Inter qui souhaitent intervenir dans le débat. Au standard déjà, saluons Dominique. Bonjour, bienvenue.

12:58
Auditeur

Bonjour France Inter, bonjour les auditeurs. Et une question pour M. Olivier Faure. Êtes-vous conscients que le Rassemblement National sortira vainqueur des querelles des différents partis de gauche et de droite ?

13:14
Présentateur

Merci Dominique pour cette question. Olivier Faure vous répond.

13:18
Olivier Faure

Merci Dominique. Oui, j'en suis conscient. Et c'est la raison pour laquelle je viens de dire ce matin que la question est dans les mains du Président de la République et du Premier Ministre. Qui peut croire que si nous ne résolvons pas, y compris la question des retraites, qui est un abcès de fixation pour tout le monde, et qui depuis trois ans est l'objet de tous les débats, et bien je pense qu'effectivement nous sommes en train de paver le chemin qui conduit l'extrême droite au pouvoir.

13:43
Présentateur

Et vous non, vous n'avez pas de responsabilité au Parlement, non ?

13:47
Olivier Faure

Nous avons eu des responsabilités, mais ce que je vous dis ce matin, c'est tout de même que je suis prêt moi à accepter l'idée d'un débat parlementaire, qui soit un débat parlementaire ouvert, qui soit un débat parlementaire 149.3, et qui permette à un moment de laisser le Parlement décider de tout. Décider de tout, ça veut dire décider y compris des sujets, qui sont des sujets pour l'instant interdits par le gouvernement, et je veux que tout soit sur la table.

14:09
Intervenant

Olivier Faure, pardon, et pour prolonger la question de notre auditrice il y a quelques instants, vous nous disiez il y a quelques minutes que, sauf recul sur la suspension de la réforme des retraites, il y aurait censure. Ça veut donc dire qu'on se dirige vraisemblablement dans les jours qui viennent vers une censure de l'Assemblée nationale qui pourrait aboutir à une dissolution. Ça veut donc dire que vous assumez une situation où, quand on regarde tous les sondages et qu'on voit que le Rassemblement national est en tête de ces sondages, vous assumez d'être responsable ou co-responsable de l'accession au pouvoir du Rassemblement national.

Est-ce que vous êtes prêt à payer ce prix, le prix de l'instabilité politique, qui pourrait conduire à l'accession au pouvoir de Jordan Bardella et Marine Le Pen ?

14:46
Olivier Faure

Je ne suis pas prêt à assumer cette co-responsabilité. Que voulez-vous que je vous dise ? Il y a un an, les Français ont voté. Ils ont donné une priorité à la gauche. Certes, il n'y a aucune formation politique qui est obtenue de majorité absolue. Mais quand même, il y a eu une priorité donnée à la gauche. Depuis un an, à quoi a-t-on assisté ? On a assisté à chaque fois à des premiers ministres de droite, avec des gouvernements de droite, avec une politique de droite, qui ne change rien par rapport à la copie initiale. Et vous voudriez que ce soit moi qui porte cette responsabilité-là ? Non, je ne la porterai pas.

Il y a aujourd'hui une forme d'évidence au fait que la gauche aurait dû gouverner, elle ne gouverne pas. Nous sommes prêts, y compris, à accepter l'idée que ce soit un gouvernement de droite, alors même qu'aujourd'hui, il n'y a plus rien qui le distingue, puisqu'il y a une majorité très relative qui a éclaté. Et vous voulez en plus que ce soit nous qui portons cette responsabilité ?

15:34
Présentateur

Non, mais de censure en censure, on arrive peut-être à la dissolution, pour reprendre la question de Benjamin.

15:40
Olivier Faure

Et à ce moment-là, vous ne pouvez pas vous exonérer de votre responsabilité. Mais Nicolas Demorand, j'ai donné ce matin les conditions à partir desquelles, en fait, on pourrait ne pas censurer. Et à partir desquelles, en fait, on pourrait avoir la stabilité. Mais la stabilité, ça ne peut pas être non plus la continuité avec tout ce qui s'est passé depuis huit ans. Ça n'est pas possible, ce n'est pas ce que les Français ont demandé. Et si vous voulez que l'extrême droite arrive au pouvoir, alors continuez à développer les mêmes politiques que depuis huit ans, et nous savons très bien quelle sera la fin de l'histoire.

Moi, ce que je veux, c'est justement qu'il y ait un changement de cap qui permette, à un moment, de dire aux Français, oui, nous ne sommes plus en la même séquence, et il y a quelque chose de possible.

16:18
Intervenant

Une parenthèse, Olivier. Et puis on va au standard, Benjamin. Quand vous demandez la suspension de la réforme des retraites, que vous répond Sébastien Lecornu ? Parce que là, ça va se jouer dans les 24 heures. Si c'est l'élément qui vous permettrait de ne pas censurer, qu'est-ce qui vous répond, le Premier ministre ?

16:30
Olivier Faure

Mais pour l'instant, il a tout répondu non. Nous lui avons déjà posé la question à deux reprises, puisque nous l'avons vu à deux reprises à Matignon, et les deux fois, il nous a répondu que ça n'était pas possible. Donc il n'y a pas de raison qu'il change la vie ? Écoutez, parfois, la grâce atteint, y compris, c'est la Saint-Bruno aujourd'hui, peut-être qu'il y a des miracles.

16:46
Présentateur

Bruno Rataillot, Bruno Le Maire, voilà.

16:49
Olivier Faure

Voilà.

16:49
Présentateur

Oui, c'est des Brunos.

16:51
Olivier Faure

Beaucoup de Brunos.

16:51
Présentateur

Mais ce n'est pas la Saint-Sébastien. Sylvie est au standard d'Inter. Bonjour Sylvie. Bonjour. On vous écoute ! Oui, alors, donc, je suis, je vous l'avoue, je suis assez ulcérée de ce que je suis en train d'entendre, de la part de M. Olivier Faure. Et je précise que j'ai été une électrice pendant plusieurs années, enfin, une citoyenne qui votait socialiste, pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté. Alors, moi, je ne comprends pas, mais je ne suis pas la seule, je ne comprends pas, M. Faure, votre positionnement, depuis quelques jours. Donc, en fait, hier soir, on n'a pas entendu beaucoup d'hommes politiques sur les plateaux de télé. On a entendu quand même M.

Jouvet, qui me disait sans détour que le PS censurerait qu'il n'y avait pas de changement notable. De même, pour Marine Pondelier, qui est un peu la personne qui nous dit qu'elle va tout changer, que tout va être formidable. Alors, quelle conclusion ? Non, non, je pose la question, je pose ma question, ne vous en faites pas. Lorsqu'il y aura censure du gouvernement, puisque c'est ça dont il est question aujourd'hui, que va-t-il se passer, en fait ? Écouis du budget et de la configuration du Parlement qui ne dégage pas une majorité, quoi qu'on dise. Donc, moi, c'est ça qui m'inquiète.

On a du mal à ne pas croire qu'aujourd'hui, la position du Parti Socialiste ne s'explique pas uniquement par le fait que les élections municipales approchent et par le fait d'une probable alliance des socialistes avec ceux, le NSP, dans les mairies. Voilà. Merci. Je voulais dire à M. Fort que j'avais mal à ma gauche. Voilà. J'ai mal à ma gauche. Merci infiniment, Sylvie.

18:50
Olivier Faure

Olivier Faure vous répond. Merci, Sylvie, de cette question, qui va me permettre d'être peut-être plus clair. Mais je crois, j'essaye en tout cas de l'être. Ce que je dis, moi, je suis partisan, en fait, d'un retour à un clivage simple entre la droite et la gauche au Parlement. Le Premier ministre s'est soumis à l'idée qu'il fallait en finir avec le 49-3, ce qui autorise ce débat. Ce débat, il est possible à une condition c'est que sur tous les sujets que nous faisons évoqués, il puisse avoir lieu. À cette condition-là, je suis prêt à jouer le jeu, y compris au Parlement, à être parfois battu, parfois à l'emporter. Mais je souhaite que sur tous les sujets, nous puissions avoir ce débat.

Et ça n'est pas anormal, je me répète peut-être, mais comment voulez-vous que nous ayons aujourd'hui des socialistes qui acceptent de valider un gouvernement dont la composition a été décriée jusque dans les rangs de la droite, avec un projet qui a été déposé devant le Haut Conseil aux Finances Publiques, qui, pardon de le dire, mais enfin, est un projet très régressif.

Quand vous dites que vous prenez un milliard sur les holdings, mais vous allez piquer neuf milliards sur la protection sociale, pardon, mais moi, ce qui me fait mal à ma gauche, madame Sylvie, et bien écoutez, c'est d'avoir un gouvernement qui aujourd'hui, au moment où nous allons fêter les 80 ans de la sécurité sociale, est en train de revenir sur cet immense acquis auquel tous les Français sont très attachés. Et donc, ce que je souhaite, c'est que nous puissions effectivement relever le défi d'un changement de cap et non pas rester sur la politique conduite parce qu'elle nous met dans le mur et qu'elle amène typiquement l'extrême droite au pouvoir.

20:27
Intervenant

Olivier Faure, le Rassemblement National demande une dissolution de l'Assemblée, du côté de la France Insoumise, on demande carrément la démission du Président de la République et une nouvelle élection présidentielle. Est-ce que votre parti est prêt à une dissolution de l'Assemblée Nationale ? Est-ce que vous êtes prêt à repartir en campagne ?

20:42
Olivier Faure

Mais on est toujours prêt à repartir en campagne. On ne peut pas avoir peur de ce que sera le jugement des électrices et des électeurs. Mais je ne vous ai pas dit ce matin au micro que j'appelais à la dissolution. Je vous ai dit que j'appelais le gouvernement à réfléchir un instant aux conditions de la stabilité. Les conditions, elles sont simples. permettent un débat éclairé sur tous les sujets et que le Parlement puisse trancher puisque le Premier ministre lui-même a dit qu'il était prêt à se mettre sous la tutelle du Parlement.

Eh bien, s'il est prêt à se mettre sous la tutelle du Parlement, s'il est prêt à renoncer au 49-3, eh bien, qu'il accepte aussi de remettre en jeu une réforme qui précisément n'a été adoptée que grâce au 49-3 et qui est l'objet dans toutes les enquêtes d'opinion depuis trois ans d'un rejet massif.

21:26
Présentateur

Deux questions sur l'application Radio France qui vont un peu dans le même sens. Marie, j'ai l'impression d'être dans une cour de récré et les parlementaires de tous bords ne sont pas à la hauteur des enjeux. Ils mettent en péril la démocratie. Michel, se rend-il compte de l'image lamentable que donnent les politiques de toutes parts ? La France a besoin de stabilité et non de chaos.

21:51
Olivier Faure

Mais je partage ce point de vue. Je partage le point de vue qu'il faut justement rendre à la démocratie tous ses droits. Et ce que je vous dis depuis tout à l'heure, c'est que justement, je suis un partisan absolu de la démocratie. Je ne vous ai pas dit que je demandais à ce que mes mesures soient appliquées, que ce soit tout mon programme, qu'il soit demain le programme de Sébastien Lecornu. J'ai dit, j'acceptais l'idée qu'au Parlement, il y ait un débat sur tous les sujets et que nous puissions les trancher avec un Parlement qui n'est pas le mien. Je n'ai pas de majorité absolue au Parlement et je suis prêt à prendre ce risque. Mais je souhaite que tous les débats soient sur la table.

Et à cette condition-là, il y a quelque chose qui peut se jouer. Et la démocratie pourra retrouver tous ses droits parce qu'effectivement, qu'est-ce que me disent les gens que je rencontre en permanence au-delà de ceux qui nous parlent ce matin ? C'est qu'ils nous disent on manifeste, ça ne sert à rien. On fait des gilets jaunes, ça ne sert à rien. On vote, ça ne sert à rien. Vous faites vous-même des votes, par croire que la démocratie, ça n'existe plus. Et moi, ce que je veux ce matin, c'est dire que nous pouvons rétablir véritablement la démocratie, mais ça suppose que tout le monde en prenne sa part et que tout soit sur la table. Olivier Fin,

22:58
Intervenant

un mot sur Raphaël Glucksmann qui a fait sa rentrée politique ce week-end à la Réole. Moi, j'ai été interpellé parce que vous avez dit de lui, ouvrez les guillemets, il n'est pas le candidat des socialistes, il est pour l'instant le candidat de place publique. Pourquoi avoir si peu d'enthousiasme à l'égard de celui qui est le mieux placé dans les sondages en vue de 2027 ?

23:16
Olivier Faure

Mais ce n'est pas une question d'enthousiasme. Je dis simplement la réalité, c'est qu'aujourd'hui, il est le candidat de lui-même et que s'il veut être le candidat des autres, il faut quand même à un moment accepter l'idée de se plier à un exercice qui est collectif. Moi, je n'ai rien contre Raphaël Glucksmann. Je l'ai même proposé à deux reprises pour être la tête de liste des socialistes à l'élection européenne. Mais simplement, c'était à l'époque avec une idée simple, c'est que nous avions une coproduction sur le projet et que nous étions dans une situation où nous partageons en réalité une vision.

Là, moi, je ne suis pas prêt à me soumettre à l'idée d'un homme ou d'une femme providentielle. Ça n'existe pas. Ça n'a jamais été le cas à gauche.

23:58
Intervenant

Si vous avez gagné, Olivier, au fond, on se demande quand on vous écoute s'il n'y a pas un peu peut-être de jalousie de votre part. C'est parce que vous espéreriez vous-même être candidat et qu'il vous fait de l'ombre, Raphaël Glucksmann ?

24:08
Olivier Faure

Il n'y a aucune jalousie de ma part. J'ai toujours dit la même chose. C'est que moi, je suis prêt à me soumettre au jugement peut-être d'une primaire qui permettrait de dire quel est le mieux placé et qui est celui qui porte un projet collectif pour l'élection présidentielle de 2027 parce que je ne veux pas prendre le risque de l'arrivée de l'extrême droite. Et donc, Raphaël Glucksmann peut être celui-là. J'ai dit que je souhaitais un rassemblement de Ruffin à Glucksmann. Je ne peux pas être plus clair.

Et donc, ce que je dis, c'est que simplement, ça suppose que Raphaël accepte l'idée qu'il ne sera pas simplement l'élu des sondages, qu'il doit être celui qui se pliera à un exercice collectif de Ruffin à deux places publiques. Il ne veut pas du premier, il l'a dit

24:49
Intervenant

comme Jean-Luc Mélenchon. Donc, vous pouvez lui demander mais il a l'air assez ragoûté sur ce point.

24:53
Olivier Faure

Pardon ? Il dit je ne veux pas participer à une primaire parce que Jean-Luc Mélenchon. Mais Jean-Luc Mélenchon n'est pas dans la primaire. Donc, quel est le problème ? En fait, moi, je veux savoir aussi avec qui on gouverne demain. Si on veut engager le changement, il faut non seulement avoir un président de la République mais il faut aussi une majorité. Et donc, quelle serait cette majorité ? Moi, je veux être clair, si demain, il y a un président de la République de gauche, il gouvernera avec une majorité de gauche qui lui sera peut-être donnée par les électrices et les électeurs.

25:20
Intervenant

Mais donc, cette information principale et importante que vous nous donnez, si pas de débat sur la suspension de la réforme des retraites, le Parti Socialiste censurera le gouvernement de Sébastien Lecornu

25:28
Olivier Faure

demain ou en tout cas dans la semaine. Moi, je souhaite que, effectivement, la réforme des retraites soit remise sur le tapis et que, donc, nous puissions avoir un vote pour ou contre la réforme borne. Et à partir de là, effectivement, les choses peuvent s'ouvrir.

25:41
Présentateur

Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti Socialiste, merci d'avoir été au micro de France Inter ce matin.

Olivier Faure : "Je ne vois pas comment nous pourrions éviter" la censure du gouvernement Lecornu — Olivier Faure · Pourquijevote