"Notre puissance européenne sera une puissance sociale": le discours intégral de Raphaël Glucksmann
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Quel plaisir ! Quel plaisir avec vous à Tournefeuille ! Je suis aujourd'hui à Olivier. Je t'écoutais parler, j'étais caché dans la foule. Je t'écoutais parler et je t'écoutais évoquer ce pari que nous avons fait ensemble, justement. Ce pari il y a cinq ans. Eh bien, ce pari auquel peu croyaient s'est avéré fructueux. Et aujourd'hui, si nous sommes toutes et tous là, c'est parce que nous avions fait ensemble ce pari. Et donc maintenant, il est temps, ensemble, de faire grandir ce que nous avions semé à l'époque. Ensemble, ensemble avec toi, chère Carole, je t'écoutais aussi mettre le feu dans la foule.
Je t'écoutais parler avec force d'industrie, d'agriculture, de justice, d'Europe et de clarté. Eh bien oui, nous allons porter la clarté européenne. Nous allons porter pendant toute cette campagne nos principes sans la moindre compromission, sans la moindre faiblesse, sans la moindre tergiversation. Ensemble, avec toi, cher Sébastien, et avec tous les élus, tous les élus ici présents. Ensemble, avec vous, mes colissières et mes colissiers. Ensemble, avec toi, Nora, avec toi, Pierre, avec toi, Aurore, avec toi, Christophe, allez, je ne vais pas citer tout le monde.
Avec toi, Claire, avec toi, Emma, avec toi, Dienaba, avec toi, Chloé, avec toi, Thomas, avec toi, Victor, avec toi, Sybille, avec tout le monde. Et je veux vous dire que je suis fier de mener cette liste à vos côtés, avec vous, dans cette bataille décisive. Alors, mes amis, nous sommes heureux, nous sommes heureux de nous rassembler, nous sommes heureux de partir en campagne. Mais nous savons, nous savons que l'heure est grave. Nous savons que les tempêtes arrivent et nous savons qu'elles sont déjà là. Nous savons que le tragique de l'histoire a à nouveau frappé à notre porte. Et nous savons que cette élection européenne du 9 juin est décisive.
Qu'il se joue rien moins que la survie de nos démocraties et du projet européen. Car oui, jamais, jamais depuis que je suis né, jamais depuis que nous sommes nés, Les menaces qui pèsent sur nos démocraties n'ont été aussi puissantes. La guerre en Europe, la catastrophe climatique, la crise sociale, la violence terroriste, la perte de foi dans nos institutions et en nous-mêmes, ce sentiment de déclin et d'impuissance qui se diffuse partout, Cette colère qui gronde et cette haine, cette vieille haine qui refait surface. Notre monde, notre monde ressemble au chaos que les Grecs plaçaient à l'origine ou à la fin des temps.
Alors, je viens vers vous, habité par une question qui me tenaille, qui m'angoisse, Une question simple et vertigineuse. Sommes-nous en train de vivre un début ou une fin ? Est-ce que ce à quoi nous assistons est un crépuscule ou une aurore ? Sommes-nous en train d'assister au délitement des démocraties européennes ou, au contraire, à leur réveil ? Eh bien, la réponse à cette question, elle dépend largement de nous, de chacun et de chacune d'entre nous. Elle dépend de notre capacité à combattre. Elle dépend de notre capacité à lutter. Elle dépend de notre décision, de notre volonté, de notre courage. Nous pouvons, nous pouvons faire émerger une autre Europe de ce chaos.
Nous pouvons faire émerger une Europe plus juste, plus forte, plus digne. Et c'est cela que nous allons porter partout, partout en France pendant cette campagne. Mes amis, des millions et des millions de Françaises et de Français refusent de se résigner. Ils refusent le match à deux qu'on cherchait à leur imposer. Ils refusent ce sempiternel face-à-face entre Emmanuel Macron, ses affiliés et l'extrême droite. Ils veulent, ils veulent à nouveau hisser haut le drapeau de l'humanisme français, de l'humanisme européen. Ils sont prêts, ils sont prêts, ils sont prêts à nous suivre s'ils nous indiquons un chemin partout.
Partout, partout je les croise et partout ils me disent la même chose, que le moment est venu et qu'ils sont prêts. A Clermont-Ferrand, à Paris, à Saint-Brieuc, à Bordeaux ou à Lyon, nous avons à chaque fois rencontré la même attente, le même enthousiasme, la même ferveur, la même détermination. Alors je vais vous dire ce que je sens. Je sens que quelque chose commence. Quelque chose qui a le goût de l'espérance. Quelque chose qui a l'odeur, la saveur des débuts. Quelque chose qui ressemble à un printemps. Alors, alors c'est une fleur encore fragile. Une rose. Et il ne tient qu'à nous, ensemble, de la faire grandir, de la renforcer, de la laisser s'épanouir.
Et c'est ce que nous sommes venus faire ici, à Tournefeuille. Chez vous, monsieur le maire, nous sommes venus faire grandir cette fleur, en puisant l'énergie de cette terre. Et je sais, je sais que nous sommes sur la bonne terre pour cela. Car nous sommes sur la terre qui vit se déployer le chêne le plus puissant du socialisme français. En arrivant hier à Toulouse, je repensais à Jaurès. Et je repensais spécifiquement à ce moment de son histoire, où Jaurès est devenu pour toujours socialiste. Nous sommes en 1891, à 100 km d'ici, à Carmeaux. Calvignac, un ouvrier de la mine, a été élu maire. Mais la famille qui règne sur la ville, les deux soulages, n'entend pas laisser faire cela.
Ils ne supportent pas cette victoire d'un ouvrier, socialiste qui plus est. Alors, ils font licencier l'ouvrier Calvignac. Ses camarades entrent en grève pour soutenir leur ami, leur mère, mais aussi pour soutenir l'idée même de la démocratie. Et pendant trois mois, oui, pendant trois mois, 3000 mineurs vont tenir tête à l'état-major de la compagnie minière. Très vite, Jaurès, par ses discours, par ses articles, par chacun de ses mots, par chacune des intonations de sa voix, Jaurès donne à cette grève une dimension universelle. La France, alors, se scinde en deux. Et le président du Conseil, Loubet, est appelé à jouer les arbitres. Et que fait le président Loubet, le libéral Loubet ?
Eh bien, il refuse de choisir, comme toujours. Il refuse de choisir. Il invente le « et » en même temps. Il refuse de s'opposer aux possédants et aux dominants. Et c'est cela, c'est cela qui fait définitivement basculer Jaurès dans le socialisme. C'est cette incapacité des républicains libéraux à tenir tête aux dominants. Alors, Jaurès comprend à Carmo qu'il faut assumer pour qui et contre qui, pourquoi et contre quoi on lutte. Et nous, et nous dans tout cela, eh bien nous, nous savons pour qui et contre qui, pourquoi et contre quoi nous luttons. Et cela, cela ne l'oublierons jamais. Nous ne sommes pas faits du même bois, noueux, friables, que le président actuel et ses affiliés.
Nous, nous ne changeons pas de discours en fonction des auditoires. Nous ne faisons pas comme Mme Ayé, qui, lorsqu'elle va sur France Inter, chante mes louanges et m'appelle à la rejoindre. Et quand elle va sur C-News, explique que je suis un affreux bolchevique qui veut taxer les riches et les faire fuir à Dubaï. Oui, nous les taxerons et ils n'iront pas à Dubaï. Ils paieront leur juste dû et financeront la transition écologique et la justice sociale, comme il se doit.
Nous, nous ne sommes pas comme ces dirigeants sans colonne vertébrale, qui concèdent victoires idéologiques après victoires idéologiques au Rassemblement national, et qui ensuite, lorsque vient l'élection, appellent les républicaines et les républicains de ce pays à faire barrage. Non, nous, nous l'extrême droite, nous ne la flattons pas, nous ne la courtisons pas.
Nous la combattons, nous la combattons, elle et tout son écosystème. Nous la combattons de A à Z.
Nous, nous ne flattons pas, nous ne courtisons pas à valeurs actuelles pour ensuite appeler au barrage. Nous, nous menons la lutte tout le temps, toujours, contre les idées de l'extrême droite et ceux qui les défendent. Et nous, nous n'oublierons jamais la loi immigration. Nous, nous n'oublierons pas le sourire de Marine Le Pen un soir à l'Assemblée nationale. Ce sourire, ce sourire, c'était le sourire de l'idéologue qui terrasse le communiquant imbu de son propre vide. C'était le sourire, c'était le sourire d'une extrême droite sûre d'elle parce qu'elle sait qu'en face, ceux qui lui résistent dans les mots sont en fait du beurre dans lequel elle peut s'enfoncer sans peine.
Alors moi, je vais vous dire, je n'en peux plus. Je n'en peux plus de ce tournis permanent. Je n'en peux plus de ces changements de cap incessants. Je n'en peux plus. Je n'en peux plus que cette équipe de stratèges qui se réunissent et imaginent leurs coups de com' et bien donnent tellement le tournis à notre pays qu'aujourd'hui, il semble prêt à se livrer aux forces les pires du spectre politique. Je n'en peux plus. Je n'en peux plus de cette indolence. Oui, de cette indolence. Se concentrer de paresse et de légèreté, d'égocentrisme et d'indifférence. Voilà. Voilà au fond ce avec quoi nous devons rompre si nous voulons éviter de sombrer.
Voilà ce avec quoi nous devons rompre pour que l'Europe ne rime plus avec impuissance et la démocratie avec saiblesse. Nous devons rompre avec l'indolence des élites françaises et européennes. C'est leur indolence, oui, face à Poutine qui nous a amenés dans cette situation calamiteuse. Indolence face au massacre des Tchétchènes. Indolence face à l'invasion de la Géorgie. Indolence face à la destruction de Homs et de Alep. Indolence face à l'annexion de la Crimée et l'occupation du Donbass. Indolence aussi face aux ingérences russes dans nos propres pays. Face à la corruption de nos propres dirigeants. Face aux manipulations de l'information sur nos propres réseaux.
Face aux cyberattaques contre nos propres infrastructures. Face à l'attacinat d'opposants sur notre propre sol. Face au piétinement donc de notre propre souveraineté. Alors quand ces indolences expliquent que je suis moi un utopiste ou un idéaliste. Je leur réponds que le réalisme est de mon côté. Que depuis 20 ans j'alerte sur les dangers qu'ils n'ont pas voulu voir. Pourquoi ? Parce que ces dangers dérangeaient trop souvent leur confort. Il n'est pas réaliste de se livrer pieds et poings liés à Poutine pour du gaz. Et il n'est pas réaliste de délocaliser nos productions dans tous les secteurs stratégiques en Chine. Non, ça ce n'est pas le réalisme. Le réalisme c'est tout autre chose.
Et c'est cette indolence avec laquelle nous devons rompre. Cette indolence qui postule qu'au fond rien n'est grave. Qui postule que tout peut se conclure par un deal. Qui postule que chacun poursuit ses intérêts. Qui nie la force des idéologies. Et qui refuse de voir que le statu quo n'est pas tenable. Cette indolence, il est temps d'y mettre fin. Car chaque faiblesse, chaque hésitation, chaque tergiversation, encourage les tyrans et rapproche la guerre de nous. Alors quand vous entendez certains dire que parce que je prône la fermeté, je suis un bain-tanguère, il faut leur répondre que la seule voie vers la paix, c'est précisément la fermeté.
Et que chaque capitulation, chaque recul, loin d'acheter la paix, rapproche la guerre de chez nous.
Et nous sommes, nous sommes ici sur une terre
qui nous dit quelque chose que certains ont oublié. Dans la tradition de la gauche, si je ne me trompe pas, il y a quelque chose qu'on appelle l'antifascisme et la résistance. Et aujourd'hui, la résistance, c'est celle du peuple ukrainien. C'est celle du peuple ukrainien contre le fascisme de Poutine.
Et soutenir cette résistance, c'est être pour la paix, pour la sécurité et pour la stabilité de l'ensemble du continent européen et des citoyennes et des citoyens françaises.
Et si nous ne rompons pas avec cette faiblesse et cette indolence, qu'est-ce qui va nous arriver ? Il va nous arriver d'autres matins terribles comme celui du 24 février 2022 où l'Europe a été tirée de son long coma à coups de bombes avec le bruit des bottes. Des matins où la guerre de Poutine arrivera en Lettonie et où les questions que nous nous poserons alors seront infiniment plus difficiles, infiniment plus douloureuses que celles que nous nous posons aujourd'hui. Ce ne sera plus quel type d'équipement nous devrons envoyer. Ce sera bien plus douloureux. Et donc, c'est maintenant qu'il faut rompre avec l'indolence, précisément pour éviter ces questions.
C'est maintenant qu'il faut rompre avec la faiblesse et avec la mollesse. D'autres matins arriveront si rien ne change. Des matins où, par exemple, la Chine décidera de ne plus livrer à l'Europe les biens dont nos nations ont besoin pour vivre. Pourquoi ? Simplement parce que les somnambules qui nous dirigent n'auront pas défendu les productions européennes, auront laissé les grands groupes délocaliser leurs productions. Et donc, nous aurons livré pieds et poings liés
à un régime hostile à nos principes et à nos intérêts.
Lénine, qui n'était pas un grand démocrate et dont je n'ai pas le poster dans ma chambre, Lénine avait dit cette phrase « Les capitalistes, nous vendrons la corde pour les pendre ». Eh bien, c'est ce que font aujourd'hui tous ces grands groupes qui délocalisent en Chine, qui deviennent en réalité des groupes chinois. Moi, je les ai vus, ces groupes, faire le lobbying de Pékin dans les travées du Parlement européen. On ne rencontrait pas, non, de lobbyistes engagés par le gouvernement chinois pour nous expliquer qu'il était une riche idée de déporter tout un peuple dans des camps de concentration, le peuple ouïgour.
Non, ce qu'on rencontrait, c'était les lobbyistes de Volkswagen, c'était les lobbyistes des grands groupes européens qui avaient tellement lié leur destin à la Chine qu'ils voulaient éviter toute forme de sanctions venant de l'Europe. Et ces lobbyistes, eh bien, ils seront responsables, avec les somnambules qui nous dirigent, de ce matin terrible où nous découvrons que l'hiver est arrivé et que nous sommes nus, comme pendant la pandémie, quand nous avons découvert, avec honte, avec un sentiment d'humiliation, que nous n'étions plus capables de produire des masques, que nous n'étions plus capables de produire du doliprane, que nous n'étions plus capables de produire du curare.
La faute à qui ? La faute à ceux qui ont mené des politiques dictées
par la religion du libre-échange. La faute à la stupidité des actionnaires des grands groupes. La faute à des dirigeants qui ont tout batté aux puissances d'argent jusqu'à nous mettre, nous,
dans une situation de faiblesse inadmissible. D'autres matins, les amis, d'autres matins terribles, où des pétromonarchies dans le Golfe décideront de faire exploser les prix du gaz et du pétrole et nous prendrons à la gorge parce que, simplement parce que, ces somnambules qui nous dirigent n'ont pas osé affronter Total et mener à bien la transformation écologique, la transition énergétique, qui, loin d'être une contrainte pour nos sociétés, pour les citoyennes et les citoyens, sera, au contraire, un accroissement de liberté, la capacité à redevenir souverain, la capacité à, à nouveau, maîtriser notre destin. Le réalisme, il est là,
il est dans la transformation écologique. Le réalisme, ce n'est pas d'être dédrogué au gaz et au pétrole
pendant toute notre existence, c'est de comprendre que nos sociétés se vivent en déclin, se vivent en déclin depuis le premier choc pétrolier, quand nous avons compris qu'en réalité, nous n'étions plus maîtres de nos vies, y compris dans notre quotidien, et que tout dépendait de décisions prises par des régimes lointains. des matins, donc, où nous nous rendrons compte du fiasco des politiques qui ont été menées jusqu'ici, et où, à nouveau, ces somnambules viendront à la télévision nous expliquer que tout cela est fort injuste, que tout cela est fort incompréhensible, et que tout cela n'était pas prévisible. Eh bien, si, c'était prévisible, c'est prévisible.
Au fond, au fond, ils n'ont toujours pas compris. Et quand bien même, quand bien même ils comprendraient un peu, eh bien, ils sont structurellement incapables de mener les changements qui sont nécessaires, car ces changements heurtent trop d'intérêts établis et brisent trop d'habitudes ancrées. En somme, ces changements menacent trop leur confort. Eh bien, nous, nous, nous assumerons ces changements. Nous, nous les porterons. Nous, nous tiendrons tête aux lobbies puissants qui chercheront à les empêcher. Nous, nous tiendrons tête à Total pour faire la transition écologique. Nous, nous tiendrons tête aux grandes banques pour imposer la régulation bancaire.
Nous, nous tiendrons tête aux multimillionnaires et aux milliardaires
pour qu'enfin, ils payent le juste impôt. Nous, nous tiendrons tête à Airbnb
pour encadrer les prix des loyers et pour mettre fin à l'augmentation sans fin de ces prix. Nous, nous tiendrons tête aux GAFAM pour défendre nos démocraties. Alors, quand on vous demande, mes amis, quand on vous demande quelle est la différence entre notre vision de l'Europe et celle d'Emmanuel Macron, vous n'avez qu'une seule chose à faire. Raconter. Raconter. Raconter notre mandat. Raconter comment nous, nous avons, avec notre famille sociale démocrate, tenu tête aux multinationales. Tenu tête aux multinationales pour porter à bout de bras la directive sur le devoir de vigilance des entreprises.
Tenu tête aux multinationales pour faire en sorte qu'advienne cette révolution juridique majeure qui met fin à l'impunité des multinationales. Et raconter alors, raconter face à cela, quelle fut l'obsession, quelle fut la priorité du gouvernement français. Exempter le secteur financier de cette loi. C'est pour cela qu'ils se sont battus à la demande des grandes banques françaises. Et c'est cela qu'ils ont obtenu.
Raconter aussi, ça a déjà été mentionné, comment notre famille politique, a tenu tête à Uber, a tenu tête aux grandes plateformes pour porter cette directive sur les travailleurs des plateformes qui donnent des droits au forçat du 21e siècle, à des millions et des millions de travailleurs, de travailleurs qui sont aujourd'hui privés de toutes formes de droits. Comment c'était un commissaire social-démocrate qui s'est affronté directement à Paris ? Qui s'est affronté au gouvernement français pour porter cette loi ? Et ce commissaire social-démocrate, Nicolas Schmitt, c'est aujourd'hui notre tête de liste continentale.
Et c'est l'homme, l'homme que nous voulons porter à la tête de la Commission européenne pour enfin, enfin avoir des mesures sociales en Europe.
C'est cet homme qui doit gagner les élections continentales. Et je vous jure, je vous jure qu'avoir à la tête
de la Commission européenne un Delors ou un Barroso, ce n'est pas la même chose. Et je vous jure, je vous jure que l'esprit de la CFDT,
ce n'est pas la même chose que l'esprit de Goldman Sachs.
Donc nous devons gagner ces élections et nous devons prendre la tête de la présidence de la Commission européenne. Et quand vous raconterez ce combat pour la directive sur les travailleurs des plateformes, n'oubliez pas de raconter une chose. N'oubliez pas de raconter que la France d'Emmanuel Macron fut la seule, la seule nation européenne à voter contre cette loi de progrès social. J'ai eu honte. Je vous le dis, j'ai franchement eu honte. Et je pense que nous toutes et tous qui aimons notre pays plus que tout et qui aimons la justice plus que tout, eh bien, on a eu honte.
Et racontez aussi, racontez comment, avec des centaines de milliers de jeunes Françaises et de jeunes Français, nous nous sommes mobilisés pendant tout ce mandat pour dénoncer la réduction du peuple ouïgour en esclavage sur les chaînes de production des multinationales. Racontez comment cette mobilisation s'est traduite par une loi, par un instrument de bannissement des produits de l'esclavage de marchés européens. Et racontez dans le même moment, dans le même mouvement, racontez comment, lors de la dernière nuit de négociation, alors que nous avions un accord bouclé.
Eh bien, le gouvernement français a tout fait, tout fait pour édulcorer cette loi et pour laisser passer certains produits de l'esclavage parce que ces produits étaient nécessaires à nos grands groupes. Et comment il l'a fait, le gouvernement, comment il l'a fait sur ordre, nous le savons, du MEDEF. Alors, racontez, racontez concrètement, pas besoin de grands discours idéologiques, racontez concrètement ce qui se passe en Europe, racontez comment nous, nous nous heurtons aux puissances de l'argent auquel notre président semble prêt à tout céder. Alors, mes amis, ce mandat, ce mandat de député européen, c'est un mandat, je vais vous le dire, extraordinaire.
Et je m'y suis investi comme tous les députés, toutes les députées de notre délégation corps et âme. c'est un mandat extraordinaire qui m'a littéralement transformé. Pour ceux qui me connaissaient, j'ai toujours eu des principes chevillés au corps. Et je suis entré dans cette institution pour défendre ces principes. Mais j'ai découvert que pour défendre des principes, eh bien, il valait mieux aller dans la commission commerce internationale que dans la commission droit humain. parce que dans la commission droit humain, eh bien, on mettait des gens comme moi pour faire des grands discours lyriques sur les droits humains.
Les gens applaudissent, c'est sympathique, mais la réalité des décisions, elle se prend dans la commission commerce. Et donc, j'ai été dans la commission commerce internationale. J'ai développé des instruments commerciaux, notamment celui du bénissement des produits de l'esclavage. Et je me suis rendu compte de quoi ? Que si on traduisait ces principes en politique commerciale et que donc, par exemple, on bloquait dans les ports français, dans les ports européens, les panneaux photovoltaïques chinois, parce qu'ils reposent dans leur production à 97% dans la production du polysilicium sur l'esclavage des Ouïghours.
Si on bloque les panneaux photovoltaïques chinois, eh bien, on se retrouve dans une situation parce que nous avons laissé ratiboiser nos producteurs, parce que nous les avons laissés seuls face à une concurrence déloyale qui reposait sur l'esclavage, les subventions à perte et une politique de vente à perte qui visait à les détruire de la part du gouvernement chinois, parce que nous avons laissé faire cela à cause de cette religion débile du libre-échange, eh bien, nous nous retrouverions incapables de faire la transition énergétique. Et que donc, si on veut développer, si on veut développer une politique commerciale forte, il faut ensuite développer une politique industrielle puissante.
Et donc, je suis passé de la défense des principes à la défense d'une politique commerciale, puis à la défense d'une politique industrielle. En amont, j'ai découvert ce qu'était la politique. La politique au sens noble, celle qui vise à transformer le monde, à ancrer des principes dans la réalité. Et aujourd'hui, aujourd'hui, je viens donc vers vous changer, ancrer, beaucoup plus sûr que nos principes peuvent déboucher sur des politiques réalistes et non pas utopiques, habiter par cette certitude que le réalisme est de notre côté et pas du côté des tenants du statu quo.
Et aujourd'hui, je viens devant vous comme le candidat d'une sociale démocratie européenne qui serait débarrassée de toute forme de mollesse et de toute forme de compromission, qui aurait compris que la transition écologique est l'horizon de la construction de la puissance européenne et que les ruptures nécessaires avec l'ordre établi sont immenses. Alors, mes amis, la situation est simple. Nous devons gagner ces élections en Europe. Nous devons gagner ces élections pour construire enfin cette puissance européenne qui nous permettra de reprendre en main notre destin. à quoi elle ressemblera cette puissance que nous voulons, que nous devons construire.
Ce sera d'abord une puissance militaire, oui, une puissance de défense capable d'assurer elle-même sa propre sécurité et qui ne dépendra pas des électeurs du Michigan pour savoir si Vilnius, Varsovie ou Berlin seront défendus. Alors, quand on vous explique que je serai atlantiste, répondez une chose simple, il est européen. Il est européen et il veut que l'Europe devienne un acteur autonome qui porte ses principes et défend ses intérêts sans avoir besoin de demander
l'autorisation au président des Etats-Unis pour cela, sans avoir besoin de faire des nuits blanches tous les 4 ans pour savoir qui sera à la Maison-Blanche. Moi, je veux une Europe adulte.
Cette puissance que nous allons construire ensemble, ce sera une puissance industrielle. Oui, industrielle. On a pendant 40 ans effacé ce mot des discours politiques. On a décrété que nous étions désormais un continent de consommateurs. On a tout organisé pour cela. Mais nous, nous, nous voulons redevenir un continent de producteurs, producteurs de sécurité, je l'ai dit, producteurs d'énergie et producteurs de biens dans tous les secteurs stratégiques. Depuis les médicaments jusqu'aux panneaux photovoltaïques, en passant par les batteries, nous allons relocaliser les productions.
Nous allons mettre en place aux frontières de l'Union européenne un protectionnisme écologique européen qui permettra de protéger nos producteurs tout en protégeant la planète. Ce sera donc une puissance écologique européenne, une puissance écologique qui accélérera la transition énergétique et présentera cette transition, comme je l'ai dit, non pas comme une contrainte, non pas comme quelque chose qui restreint vos libertés, mais au contraire comme une émancipation, comme une libération de la drogue, des fossiles, comme une redécouverte de ce que ça veut dire qu'être souverain.
Ce sera une puissance écologique qui lancera un grand plan de rénovation thermique des bâtiments parce que la sobriété énergétique, c'est pas un truc de amiche comme dirait l'autre. La sobriété énergétique, c'est la condition de possibilité de notre souveraineté quand on ne produit pas de gaz et de pétrole. La sobriété énergétique, c'est ce qui permet d'économiser pour chaque ménage à la fin du mois en dépenses énergétiques, mais c'est aussi ce qui nous rend plus puissant et plus libre. Ce sera une puissance écologique qui refondra la politique agricole commune.
Je t'ai écouté, Carole, tu as 100% raison et Eric Andrieux qui est là et que nous devons applaudir à lutter de toutes ses forces pendant tout son mandat
contre cette politique agricole commune qui finance les plus gros exploitants et laisse de côté les éleveurs qui bossent 70 heures par semaine pour toucher 700 euros par mois.
Et tu es avec Eric ? En t'écoutant, en discutant, que je suis rentré dans la question agricole et que j'ai vu à quel point elle concentrait tous les renoncements, tous les renoncements des élites européennes, le renoncement à la justice sociale puisque cette PAC est profondément injuste, mais le renoncement aussi à la transition écologique puisqu'elle finance en réalité un système destructeur et refuse, refuse de subventionner massivement l'agriculture de l'avenir, l'agriculture qui emploie, l'agriculture qui protège la nature.
Et donc, en plus d'une réforme de la politique agricole commune, cette puissance écologique européenne, elle lancera un grand pacte bleu pour sauver les océans et pour sauver la biodiversité marine car les océans sont les poumons de notre planète et c'est par la protection des océans que nous allons nous sauver. Ce sera une puissance, cette puissance européenne que nous allons construire, ce sera une puissance sociale qui mettra fin au dumping, qui s'opposera à la spéculation sur le logement et qui reviendra, oui, qui reviendra à cette vieille idée battue en brèche par des idéologues et qui pourtant n'a jamais été si moderne, l'idée de redistribution.
Ce sera une puissance humaniste pour laquelle le droit international n'est pas à géométrie variable, une puissance qui dénonce les violations des droits humains du Karabakh à Gaza. Oui, une puissance humaniste qui, comme tu l'as dit, Olivier, trouvera les mots pour condamner les attentats terroristes du Hamas, trouvera les mots pour condamner les parrains du Hamas, mais trouvera aussi les mots et les actes pour condamner le calvaire sans fin des Palestiniens à Rafa. Il ne s'associera pas avec le gouvernement d'extrême droite de Netanyahou dans son crime. Voilà. Cette Europe, elle sera aussi féministe.
Elle inscrira dans la foulée de cette grande journée française qui nous a toutes et tous rendus fiers. Elle inscrira le droit à l'avortement dans la Charte des droits européens fondamentaux. Elle portera la clause de l'européenne la plus favorisée et elle mettra dans la directive sur les violences faites aux femmes la définition et la criminalisation du viol à l'échelle européenne.
Peu importe ce qu'en pense Emmanuel Macron, nous le ferons au fond.
Cette Europe que nous voulons construire, c'est l'Europe telle que la rêvait déjà en 1948 un certain Léon Blum lorsqu'il la définissait comme une troisième force dans le monde. Une force défendant, je le cite, à la fois la justice sociale et la démocratie, la liberté personnelle et l'économie collective. Oui, notre Europe défendra la démocratie et la justice, la liberté et le bien commun. Le moment est venu alors de la défendre cette Europe, notre vision de l'Europe partout en France, cette Europe juste et forte.
Le moment est venu de montrer que les héritiers et les héritières de Jacques Delors et de Robert Badinter sont là, sont là, sont là, ici et qu'ils sont prêts, qu'ils sont prêts à continuer l'immense tradition française de cette gauche universaliste
et pro-européenne et que nous sommes fiers de ce dont nous héritons et que nous sommes fiers de continuer, de continuer le combat à des anciens.
Le moment est venu de dire aux électeurs et aux électrices qui sont à la fois viscéralement attachés à la justice sociale et à la démocratie, à la transformation écologique et à la construction européenne qu'ils ne sont pas obligés de se scinder à chaque élection lorsqu'ils entrent dans un isoloir, qu'ils peuvent voter en accord avec toutes leurs convictions, qu'ils ne sont pas obligés de faire des calculs, qu'ils ne sont pas obligés de préférer une partie d'eux-mêmes contre une autre, qu'ils peuvent voter heureux parce que là, il y a une offre qui rassemble tous les principes dans lesquels ils croient et cette offre, c'est la nôtre,
c'est notre offre politique. Alors faites-le savoir, faites-le savoir partout,
faites-le savoir partout et souvenez-vous, souvenez-vous de ce que disait Jaurès, c'est nous qui sommes les vrais héritiers du foyer des aïeux, nous en avons pris la flamme, ils n'en ont gardé que la cendre. Alors cultivons, cultivons cette flamme, entretenons-la partout, partout,
nous ne marquerons aucune pause, il nous reste moins de 80 jours, moins de 80 jours pour convaincre et pour diffuser partout notre enthousiasme, notre ferveur, notre certitude, il nous reste moins de 80 jours et pas, pas une seconde à perdre.
Alors soyez fort, soyez déterminé, soyez enthousiaste, ne baissez jamais les yeux, vous êtes les héritiers d'une trop belle tradition, la justice est de votre côté, ne perdez pas une seconde et de proche en proche, de porte en porte, de marché en marché et de place en place, allez convaincre, allez diffuser cette nouvelle, il y a la possibilité de faire quelque chose d'immense le 9 juin 2024, alors faisons-le ensemble, faisons-le toutes et tous ensemble, mobilisons, allons voir ceux qui croient déjà, mais allons aussi voir ceux qui ne croient pas encore, soyons là, soyons partout, pour la justice, pour la solidarité, pour l'humanisme, pour l'écologie, pour la démocratie, pour la France et pour l'Europe, nous allons être, mes amis, nous allons être la grande et belle surprise du 9 juin 2024, nous allons bouleverser l'échiquier politique, tout dépend de nous, je compte sur vous, vous pouvez compter sur moi, alors allons-y et gagnons !
Raphaël Glucksmann