Lisnard, Bertrand... avantage à la droite - Reportage #cdanslair du 04.09.2024
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bon, alors, on en est où pour Matignon ? Parmi les derniers noms évoqués, balayés, réévoqués, Bertrand, Cazeneuve, Lysnard, il y en a un, notamment, qui revient. Xavier Bertrand, oui ou non ? C'est la question que le président pose par téléphone désormais au chef de groupe parlementaire. À droite, c'est oui, mais...
Écoutez, on a eu une conversation téléphonique avec le président de la République hier matin et les choses ont été très claires. Alors, nous ne nous opposerons pas, bien entendu, à la nomination de Xavier Bertrand. Nous voulons, nous, un Premier ministre de cohabitation. La droite, elle a tellement déçu son électorat. Il n'y aurait rien de pire que l'un des nôtres soit Premier ministre pour appliquer d'autres solutions que les nôtres.
À l'Élysée, on compte les points, les accords, les désaccords, les compromis. Mais pour le RN, c'est surtout pas Xavier Bertrand et pas non plus les autres.
Nous déposerons ou voterions une motion de censure immédiate face à un Premier ministre issu du nouveau front populaire. face à un Premier ministre qui serait Bernard Cazeneuve ou Xavier Bertrand.
Pas de cadeau non plus de la part de son ancien ami qui ne lui veut pas vraiment du bien.
Monsieur Bertrand, je le connais bien. Il n'a pas de conviction. C'est un homme qui n'est pas sincère. C'est un homme qui a toujours trahi notre famille politique, la droite. Et naturellement, je ne lui accorderai pas ma confiance.
L'adversaire du RN, qu'il appelle toujours FN, Xavier Bertrand, en a fait sa marque de fabrique élu, réélu président des Hauts-de-France depuis 2016.
L'histoire retiendra que par deux fois, ici, sur la terre des Hauts-de-France, fidèle à une certaine idée de la France, le Front National a été arrêté.
Ancien ministre de la Santé en 2005, Xavier Bertrand est nommé ministre du Travail en 2007 sous présidence Sarkozy, puis encore en 2010. Entre-temps, il prend la tête de l'UMP en 2008, claque la porte des Républicains en 2017 et reprend sa carte. Cinq ans plus tard, la droite, il la défend à sa manière. Et en 2022, il s'y voyait déjà.
Si on ne veut pas revivre le même quinquennat avec un M. Macron qui décide de tout, tout seul, si on ne veut pas, Mélenchon, le meilleur candidat au second tour, c'est le candidat de droite et du centre.
Les consultations, ont-elles trop duré depuis hier ? Certaines commencent à s'agacer. Le président de la République me fait appeler avec Manuel Bompard pour un échange dans 15 minutes. Nous dénonçons ces improvisations et nous refusons les tentatives désespérées de diviser notre coalition. A gauche, Xavier Bertrand ou un autre, c'est ni vraiment oui, ni vraiment non.
Je vais vous répondre ce que j'ai dit au président de la République hier, qui m'a effectivement dit, alors, Bernard Cazeneuve, Xavier Bertrand, ont un profil de technicien. Nous ne disons pas, quel que soit le nom, c'est la censure au préalable et immédiate. Nous disons, ce n'est pas le nom qui compte, c'est le fond.
Et si c'était quelqu'un d'autre, à droite, que le RN ne censurerait pas, à peine nommé, le nom du maire de Cannes, David Lysnard circule, mais ce n'est peut-être qu'une énième rumeur.
Alors, pour revenir sur le profil politique des candidats qui semblent tenir la corde à l'heure où nous parlons, plutôt des candidats de droite, nous allons en reparler dans un instant, mais je voudrais qu'on revienne rapidement sur ce que vous nous disiez tout à l'heure à la fin de votre intervention sur la gauche. Est-ce qu'à l'heure où on se parle, la candidate Cazeneuve est totalement écartée ? Et qu'est-ce qui s'est passé au Parti Socialiste pour qu'on acte le fait qu'il ne puisse pas y avoir un Premier ministre issu des rangs de la gauche ?
Alors, du côté de Bernard Cazeneuve et du côté d'une certaine partie du Parti Socialiste, c'est-à-dire à peu près 50%, je ne parle pas du groupe des députés, je parle des gens de base du Parti Socialiste qui sont en gros à 50%, 50% ceux qui sont avec LFI, ceux qui sont d'accord et les autres. Il y avait eu un espoir qu'à Blois, c'est-à-dire le week-end dernier, à l'occasion de l'université d'été, il y ait eu une espèce de discussion en se disant, finalement, pourquoi ne pas soutenir Bernard Cazeneuve et se dire, alors, sous surveillance, mais pourquoi ne pas trouver l'occasion d'avoir quand même quelqu'un qui a été socialiste et d'éviter la droite ? Bon, ça n'a pas marché.
Et hier soir, les minoritaires ont demandé un vote au Bureau national, ça a duré 4 heures d'explication et un texte est sorti très clairement, on leur a proposé de voter sur la phrase « Nous ne participerons à aucun gouvernement qui ne serait pas un gouvernement NFP », c'est-à-dire, en gros, vous voulez qu'on laisse Cazeneuve éventuellement quelque chose, la réponse a été non. Donc, on soutient NFP et le pire, un amendement soutien à Bernard Cazeneuve et censure non automatique, et c'est encore le nom qu'il a emporté. Donc, hier soir, ils ont enterré définitivement Bernard Cazeneuve, sauf s'il y a quelque chose d'étrange, ce qui fait qu'il est quasiment sûr de ne pas passer la rampe.
Donc, ça ne sert à rien, comme l'a dit Nicolas Sarkozy et non pas François Hollande, de proposer à un Premier ministre qui risque d'être mis par terre dans les deux jours. On va y revenir, parce que ça peut être le cas aussi de Xavier Bertrand. C'est un moment d'histoire. La gauche refuse le pouvoir, alors qu'elle dit avoir gagné les élections, qu'on propose un Premier ministre qui dit qu'il compte mener une politique de gauche. Et on dit que c'est cassé.
Il annonçait, Bernard Cazeneuve annonçait, et ça a été aussi, à mon avis, une des difficultés du dialogue avec Emmanuel Macron, mais logiquement, le bureau national du Parti Socialiste aurait dû dire « Nous n'enverrons pas des ministres du Parti Socialiste dans le gouvernement, mais nous jugerons aux actes, et si Bernard Cazeneuve met effectivement en action ce qu'il avait annoncé là-dedans, nous soutiendrons cette dimanche. » C'est 33-38, hein. C'était 33 qui voulaient aider Cazeneuve et 38 qui s'y sont opposés.
En fait, ce qui est très difficile à comprendre pour les gens qui ne sont pas des spécialistes archi-spécialistes de la politique, c'est qu'il y a beaucoup de jeux malsains qui viennent se greffer sur ce remaniement. C'est-à-dire que, notamment à gauche, et pas seulement à gauche, il y a beaucoup d'arrière-pensée. Et le Parti Socialiste, hier soir, nous a rejoué son dernier congrès. L'enjeu, c'est même pas tellement la participation au gouvernement, le nom du Premier ministre, que de savoir qui va garder le pouvoir au PS, et puis est-ce qu'on continue à être alliés ou pas, Mélenchon, ou pas.
Donc, ce qui s'est passé hier soir, c'est que le PS a acté, qu'il restait dans les griffes de Jean-Luc Mélenchon, en refusant d'apporter sa caution à un gouvernement de Bernard Cazeneuve. Donc, vu de l'extérieur, c'est parfaitement illisible. Donc, le chef de l'État, il est obligé de composer avec toutes ces équations. À droite, même chose. Au début, Laurent Wauquiez a commencé par dire « on ne participera pas, même on ne discutera pas », parce qu'on ne peut pas être des supplétifs, avant de se rendre compte que c'était très compliqué à tenir, mais que du coup, il allait devoir participer quand même, mais pas trop, et comment ça allait percuter ses ambitions présidentielles ?
Bref, tout ça est un peu malsain, et ça n'aide absolument pas à la solution du problème. Et il y a eu un sujet. Il y a quand même aussi le changement politique, toujours très important, que je regarde en observateur, en simple observateur.
Si nous avons une entente entre les macronistes et les républicains, qui s'annonce avec une direction d'un Premier ministre des Républicains, nous avons un changement du rapport de force à l'Assemblée nationale, l'ensemble macronistes plus républicains, 213 députés, le nouveau Front populaire, 193 députés, c'est donc cette coalition nouvelle qui devient la première force politique en coalition à l'Assemblée nationale, et l'argument du nouveau Front populaire de dire « c'est nous qui comptons le plus grand nombre de députés » tombe.
Ça n'est pas rien en logique parlementaire, et par rapport aux Français, dans la présentation du gouvernement, si c'est bien un Premier ministre issu des Républicains. Il y a quelque chose que je ne comprends pas. Depuis le début de ces discussions, on explique que le Président ne peut pas nommer quelqu'un s'il sait qu'il va être censuré. Il fait ses calculs et il voit bien que le Rassemblement national plus le nouveau Front populaire, ça fait chuter Xavier Bertrand ? Vous avez entièrement raison sur ce point, et donc ça transforme, si vous voulez, Marine Le Pen en grand arbitre de la politique française.
C'est ça qui est également un autre des très grands changements politiques de la dernière période qui ne facilitera pas les efforts budgétaires et de rigueur dont Philippe de Sertine nous parle volontiers. Et ça, nous allons...
Xavier Bertrand