Allocution de Delphine Batho, Ministre de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie
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Cette évolution et même cette dégradation de la situation économique de l'Europe comme de la France doit nous amener à activer encore davantage le levier de la transition énergétique. Et j'ai la conviction, je pense que ce sera le débat de votre première table ronde, que la meilleure des politiques énergétiques dans le moment actuel n'est certainement pas le statu quo ou le tout continu comme avant. Et je veux vraiment vous convaincre de cela qu'on ne peut pas continuer comme cela.
D'abord, il y a une hausse structurelle des coûts de l'énergie qui est devenue un problème majeur pour les citoyens et pour les consommateurs en France. Et moi, ce que je veux vous dire ce matin, c'est que je souhaite un New Deal écologiste. C'est qu'il faut, au travers du débat national sur la transition énergétique, nouer un compromis social autour de la relance économique par la transition énergétique.
Ce compromis, je le propose aux grands acteurs industriels, je le propose aux organisations syndicales, je le propose aussi dans la répartition et la discussion qu'il va y avoir entre ménages d'un côté, acteurs industriels de l'autre. Et je souhaite, moi, que les grands acteurs de l'industrie française prennent toute leur part dans la construction de son compromis. Et je souhaite que les enjeux écologiques, que ce soit ceux de la réduction de la consommation d'énergie, de la diminution des émissions de gaz à effet de serre, ne soient pas vécus comme une contrainte, mais comme un levier de compétitivité.
Je sais qu'il y a aujourd'hui une inquiétude légitime et justifiée des acteurs industriels électro-intensifs sur le coût de l'énergie. Et dans le compromis que j'appelle de mes voeux, je pense, j'ai déjà eu l'occasion de vous le dire, qu'il faudra trouver un compromis nouveau concernant le coût de l'énergie entre acteurs industriels et les ménages. Vous avez soulevé, je vais prendre cet exemple récemment auprès de moi, le problème de l'avenir des co-générations industrielles qui était effectivement compromis par l'arrivée à terme des contrats de co-génération.
Et il n'est pas question d'attendre l'hiver 2016-2017, c'est-à-dire la mise en place du mécanisme de capacité pour se poser cette question des co-générations industrielles qui, si rien n'est fait, auront largement déménagé dans d'autres pays. Nous devons bâtir la transition énergétique sur trois objectifs de long terme. D'abord, la question du CO2.
Nous militons désormais, au-delà de la question du backloading, pour une réforme structurelle du marché ETS à l'échelle européenne qui repose sur quatre piliers. Premier pilier, l'objectif 2030 de réduction de 40% des émissions de gaz à effet de serre. Deuxième élément, la question de la gouvernance du système ETS.
Troisième pilier, la question d'un mécanisme soit de retrait de creta, soit de prix plancher. J'imagine que ça fera débat. Et quatrième élément de cette réforme, la question du mécanisme d'inclusion carbone.
Nous n'avons pas vocation à exporter notre pollution. Et donc, on doit pouvoir mettre en place ce type de mécanisme. Et j'espère qu'un certain nombre de grands acteurs européens qui, jusqu'ici, n'ont pas été très sensibles à cette idée portée par la France vont désormais réviser leur jugement.
Deuxième objectif majeur, la question des économies d'énergie. Alors, je sais que quand on dit qu'on a la capacité de diviser par deux notre consommation d'énergie à l'horizon 2050, ça soulève une certaine perplexité. Mais oui, parce qu'il y a des révolutions technologiques possibles.
Nous avons en France un certain nombre de grands industriels qui sont des acteurs majeurs de l'efficacité énergétique. Et nous pouvons aussi, dans le secteur de la production industrielle en France aujourd'hui, et je pense en particulier aux PME ou aux établissements intermédiaires, on peut parvenir à un choc de compétitivité par l'efficacité énergétique. Troisième objectif de long terme, la question des énergies renouvelables et de l'évolution du mix énergétique dans le cadre qui a été fixé par le président de la République.
Ça doit être un moteur d'innovation. Et nous devons aboutir à un pack industriel dans un certain nombre de filières. C'est-à-dire que le développement des énergies renouvelables en France doit désormais être appréhendé dans une vision de développement de filières industrielles et de création d'emplois.
C'est vrai qu'il y a des leçons à retenir des évolutions chez nos voisins. Mais en même temps, nous devons faire avancer l'Europe. C'est la raison pour laquelle j'ai considéré que même s'il y a évidemment des différences fortes dans les modèles énergétiques français et allemands, si nous voulons aller vers la construction d'une communauté européenne de l'énergie plus intégrée, si nous voulons aller vers des investissements importants dans les infrastructures de réseau, si nous voulons mettre en commun un mécanisme européen de capacité qui assure la sécurité d'approvisionnement de l'Europe, si nous voulons aller vers une politique extérieure des achats, notamment sur la question du gaz.
Il faut renouer la relation franco-allemande sur l'énergie. C'est le travail que j'ai essayé de faire pour dépasser un certain nombre de différences parce que c'est la condition pour pouvoir faire avancer le débat au niveau européen sur la communauté européenne de l'énergie. Voilà le message que je voulais vous délivrer ce matin.
Delphine Batho