Jean-Louis Bourlanges : "La Grande-Bretagne est dans une situation éperdue et contradictoire"
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Chapitres
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Questions et réponses
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Pour qui est-ce que ça risque d'être le plus douloureux ? Pour les Britanniques ou pour les Européens ?
- 2:00OuverteRéponse directe
Bon pour vous c'est bien du hard Brexit, mais cela dit, Theresa May promet une sortie ferme, mais en même temps elle souhaite conserver certains accès au marché européen, par exemple le marché automobile ou la finance.
- 2:13FerméeRéponse directe
Vous dites qu'elle veut à la fois le beurre et l'argent du beurre ?
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Et les citoyens britanniques sont en train de s'apercevoir que les prix augmentent. Est-ce qu'on peut imaginer que si la facture est trop lourde à payer pour les Britanniques, ils reviennent en arrière ?
- 4:56OuverteRéponse directe
Donc, vous prenez au sérieux, Jean-Louis Bourlange, ces menaces de spectre de guerre commerciale avec l'Europe.
- 5:17OuverteRéponse directe
Que vaut la menace de Theresa May quand elle dit vouloir faire de la Grande-Bretagne un vaste paradis fiscal si les Européens ne sont pas assez coopératifs ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:33Invité politiqueFait
« Je crois que c'est un jeu à somme négative qui est absolument une très mauvaise nouvelle pour tout le monde, mais d'abord pour les Britanniques. »
- 0:52Invité politiqueFait
« le Royaume-Uni est lui-même dans une situation de très grande contradiction. »
- 1:04Invité politiqueFait
« Ce que Mme May essaie de faire, c'est d'arbitrer entre des tentations tout à fait contradictoires. »
- 2:15Invité politiqueFait
« Non mais bien sûr que, de toute façon, les britanniques, je vois qu'ils veulent imiter Singapour, en disant on va faire comme Singapour. »
- 3:54Invité politiqueFait
« Madame May a dit, lors de son discours de Birmingham, je veux m'occuper des ordinary people, des gens ordinaires. »
- 4:09Invité politiqueFait
« ce qu'elle préconise, c'est un effondrement de la baisse, un effondrement de la livre sterling, ce qui veut dire, dès maintenant, un renchérissement très important de la vie quotidienne pour les classes populaires britanniques »
- 5:25Invité politiqueFait
« C'est ce que je viens de vous dire sur le discours de Birmingham. »
- 5:59Invité politiqueFait
« nous sommes en face de tentatives visant à mettre un terme à ce qu'on pourrait appeler les pratiques coopératives entre les peuples qui ont été la caractéristique de la pré-guerre. »
- 6:41Invité politiqueFait
« Tadjani est une personnalité à laquelle je souhaite bonne chance. »
- 6:46Invité politiqueFait
« J'ai rompu beaucoup de lance quand j'étais au Parlement européen avec lui. »
- 6:54guest_politiqueFait
« C'est qu'Alain Lamassoure, qui était le meilleur candidat possible, n'ait pas été choisi par le PPE. »
Temps de parole
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France Inter, Catherine Boulet, Éric Delvaux, le 5-7. Votre invité ce matin, Éric Delvaux, c'est l'ancien député européen Jean-Louis Bourlange. Oui, puisque la première ministre britannique, Theresa May, a donc précisé les grandes orientations du Brexit, en finir donc avec le marché unique européen. Bonjour Jean-Louis Bourlange. Bonjour. Londres qui veut mettre un terme à l'union douanière, c'est-à-dire se priver d'un accès privilégié à un marché de plus de 500 millions d'habitants. Pour qui est-ce que ça risque d'être le plus douloureux ? Pour les Britanniques ou pour les Européens ?
Je crois que c'est un jeu à somme négative qui est absolument une très mauvaise nouvelle pour tout le monde, mais d'abord pour les Britanniques. Je pense qu'on ne comprend pas, j'entends Nicolas Béthoud parler de voix pragmatiques, et les uns et les autres parler de menace, je crois qu'on ne comprend pas la situation si on ne voit pas que le Royaume-Uni est lui-même dans une situation de très grande contradiction. Ce que Mme May essaie de faire, c'est d'arbitrer entre des tentations tout à fait contradictoires.
Celle de la City qui voulait rester dans le jeu, qui s'oppose à toute la classe ouvrière du nord du Royaume de l'Angleterre, celle de l'Angleterre qui s'oppose et qui met en difficulté l'Écosse et l'Irlande, celle de son administration qui avait quand même admirablement géré jusqu'à présent cette situation d'équilibrisme entre je suis en Europe pour ce qui m'arrange et je refuse de l'Europe ce qui ne m'arrange pas. Et les Anglais avaient magnifiquement mené ça, et bien les citoyens britanniques en votant le Brexit ont dit non, nous on ne veut pas de tout ça, on ne veut pas, on trouve que c'est mal fait.
Et elle essaie de se débattre de cette contradiction, et là elle a estimé qu'elle ne pouvait s'en tirer politiquement pour des raisons de politique intérieure qu'en affichant une offre dure. Mais en réalité, les britanniques ne savent pas très bien où ils vont.
Bon pour vous c'est bien du hard Brexit, mais cela dit, Theresa May promet une sortie ferme, mais en même temps elle souhaite conserver certains accès au marché européen, par exemple le marché automobile ou la finance. Vous dites qu'elle veut à la fois le beurre et l'argent du beurre ?
Non mais bien sûr que, de toute façon, les britanniques, je vois qu'ils veulent imiter Singapour, en disant on va faire comme Singapour. Je rappelle que Singapour est membre de la Céane, qui est l'équivalent asiatique du marché commun, si je puis dire, de la communauté européenne, et qui n'est pas question pour eux d'en sortir. C'est une situation éperdue, car il faut absolument qu'elle reste proche de l'Europe.
Alors en réalité, on peut s'arranger, après tout, le Canada, de bon rapport avec l'Union européenne, elle restera un partenaire économique, commercial, de l'Union européenne, mais ce qu'elle perdra, c'est l'influence politique qu'elle avait sur le continent, c'est l'influence politique sur des normes qui continueront de s'imposer aux produits britanniques, dès lors qu'ils voudront pénétrer l'Union européenne, c'est ce qu'on appelle le passeport euro, car il n'y a aucune raison, aucune possibilité, que ce soit à Londres, c'est-à-dire à l'extérieur de l'Union européenne, qu'on règle le fonctionnement de la monnaie unique.
Donc elle perd un certain nombre de choses, et elle gardera, c'est vrai, un accès au marché européen.
Et les citoyens britanniques sont en train de s'apercevoir que les prix augmentent. Est-ce qu'on peut imaginer que si la facture est trop lourde à payer pour les Britanniques, ils reviennent en arrière ?
Ça dépend de... Ce que vous dites est tout à fait juste, ça s'explique de deux manières. Madame May a dit, lors de son discours de Birmingham, je veux m'occuper des ordinary people, des gens ordinaires. Je veux... Le parti conservateur ne doit pas se consacrer aux riches. Or, en même temps, ce qu'elle préconise, c'est un effondrement de la baisse, un effondrement de la livre sterling, ce qui veut dire, dès maintenant, un renchérissement très important de la vie quotidienne pour les classes populaires britanniques, et d'autre part, un dumping fiscal, ce qui veut dire, forcément, une très grande difficulté à financer les services publics qu'elle veut relancer.
Donc, elle est en pleine contradiction. Alors, combien de temps les Britanniques vont-ils supporter cette contradiction ? Ça dépend. Et moi, le scénario qui me paraît très logique, c'est... Je ne sais pas du tout logique intellectuellement, pas politiquement. C'est qu'au bout de quelques années, on s'aperçoit que le nouvel accord possible avec l'Europe continentale, avec l'Union européenne, est un accord qui est infiniment moins intéressant que l'accord dont il sort.
Donc, vous prenez au sérieux, Jean-Louis Bourlange, ces menaces de spectre de guerre commerciale avec l'Europe. Un autre aspect du discours...
Il pourrait mener la guerre commerciale, sans, je vous coupe un instant, il pourrait mener la guerre commerciale, tout en restant dans l'Union européenne. C'est en plus, si je puis dire. C'est parce qu'ils ne savent pas quoi faire qu'ils sortent cette histoire de guerre commerciale.
Eh bien, elle donne des coups de menton. Que vaut la menace de Theresa May quand elle dit vouloir faire de la Grande-Bretagne un vaste paradis fiscal si les Européens ne sont pas assez coopératifs ?
C'est ce que je viens de vous dire sur le discours de Birmingham. Ça contredit directement le discours dans lequel elle dit que la grande erreur des conservateurs depuis Margaret Thatcher, c'est d'avoir laissé tomber les services publics, c'est d'avoir renoncé à financer tous ces biens collectifs. Pour financer des biens collectifs, il faut à un moment de l'argent public. Ou alors, on fait des déficits. Si on fait des déficits, on fait baisser la monnaie. Et si on fait baisser la monnaie, on rechérit le sort des gens. D'une façon générale, nous sommes avec Mme May comme avec M. Trump, nous sommes en face de tentatives comme avec M. Poutine, d'ailleurs.
Nous sommes en face de tentatives visant à mettre un terme à ce qu'on pourrait appeler les pratiques coopératives entre les peuples qui ont été la caractéristique de la pré-guerre. C'est le chacun pour soi. C'était formidable. Maintenant, c'est chacun pour soi. Eh bien, le chacun pour soi, c'est totalement idiot. Quand on fait chacun pour soi, les autres font chacun pour soi.
Jean-Louis Bourlange, il reste encore 30 secondes. Je voulais vous interroger sur le changement de président à la tête du Parlement européen. Le social-démocrate allemand Martin Schulz s'en va. Il est remplacé donc par un Italien, Italien du PPO, Antonio Tadjani, ancien porte-parole de Servio Berlusconi. Ça va changer quoi,
ce changement ? Tadjani est une personnalité à laquelle je souhaite bonne chance. J'ai rompu beaucoup de lance quand j'étais au Parlement européen avec lui. C'était un fidèle de Berlusconi. Il défendait les idées de Berlusconi qui ne sont pas les miennes. Je n'ai qu'un regret dans cette affaire. C'est qu'Alain Lamassoure, qui était le meilleur candidat possible, n'ait pas été choisi par le PPE. Et je regrette que nos collègues, les parlementaires allemands, aient en fait arbitré et privilégié Tadjani plutôt qu'Alain Lamassoure. Je crois qu'Alain Lamassoure aurait été un excellent président et que Tadjani sera un président...
Mais ça s'est bien fait à la régulière, ce changement, enfin cette désignation. Oui, bien sûr.
Pourquoi voulez-vous que les choses se fassent irrégulièrement ? Mais ça va mieux en le disant.
Très bien. Merci beaucoup Jean-Louis Bourlange, ancien député européen invité ce matin du 5-7.
Jean-Louis Bourlanges