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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 12 juillet 2021 18 minComplaisantPortrait personnelCulture, médias & sport

Omar Sy : "En découvrant le livre "Frêre d'âme" de David Diop, j'ai pris une gifle"

Au micro : Chloé CambrelinSource d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 90 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:49OuverteRéponse directe

    Comment avez-vous découvert le roman Frères d'âme ?

  • 2:36OuverteRéponse directe

    Qui sont Alpha et Mademba dans le livre ?

  • 4:19OuverteRéponse directe

    Est-ce que c'est la vérité des émotions qui vous intéresse dans ce texte ?

  • 4:50OuverteRéponse directe

    Une lecture suffit-elle ou est-ce un premier pas vers un film ?

  • 5:59OuverteRéponse directe

    Comment préparez-vous le tournage de Tirailleurs ?

  • 7:42OuverteRéponse directe

    Est-ce que ce moment correspond à un besoin de mieux connaître cette histoire ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:25PrésentateurFait
    « Frères d'âme, le roman de David Diop publié au Seuil, distingué début juin par l'international Brooker Prize »
  • 0:31PrésentateurFait
    « Frères d'âme récite un jeune tirailleur sénégalais, Alphandiaï, qui perd son ami d'enfant, son plus que frère sur le champ de bataille »
  • 3:35PrésentateurFait
    « Les soldats chocolats, comme ils sont appelés dans le livre »

Temps de parole

  • Invité65 %
  • Présentateur35 %

2,2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

France Culture, les matins d'été, Chloé Cambrelin. Bonjour, merci.

0:07
Invité

Bonjour.

0:07
Présentateur

Et merci beaucoup d'être avec nous sur France Culture à l'occasion de ce rendez-vous, de cette création, demain soir à 20h dans le cadre de la programmation spéciale France Culture à Avignon. Nous pourrons entendre sur notre antenne votre lecture, votre interprétation de Frères d'âme, le roman de David Diop publié au Seuil, distingué début juin par l'international Brooker Prize et avant cela à Goncourt des lycéens l'année de sa sortie en 2018. Frères d'âme récite un jeune tirailleur sénégalais, Alphandiaï, qui perd son ami d'enfant, son plus que frère sur le champ de bataille. C'est l'enfer de la grande guerre qui permet l'impensable, les tranchées qui broient l'humanité.

Omar Sy, ce texte, ce roman, comment l'avez-vous rencontré, comment l'avez-vous découvert ?

0:55
Invité

Eh bien, en fait, ce texte, c'est assez curieux parce qu'il m'a un peu cherché, j'ai l'impression, parce qu'on m'en a parlé plusieurs fois avant que je le lise. On m'en a parlé plusieurs fois et vraiment par des cercles d'amis un peu différents. Un coup ci, un coup là, et Eric Anzo, avec qui je travaille, qui est producteur aussi, avec qui je fais certaines coproductions, m'a parlé de ce bouquin, il dit que ce serait intéressant de le faire en film, etc. Il faudrait que tu lises ça, etc. Vraiment beaucoup de trucs, mais notamment lui. Et puis, je me suis dit, bon, ok, il faut que je le lise. Et puis, j'ai fini par l'acheter, l'avoir.

Et c'est là où, en fait, on m'a parlé de cette lecture que je n'avais pas encore lue. Mais j'avais déjà le livre. Et on m'a parlé de cette lecture. Je me suis dit, bon, c'est bon, ce livre-là, il faut vraiment que je le lise. Et donc, je l'ai lu et j'ai pris. J'ai fait comme tout le monde a vu les prix et le parcours du bouquin. J'ai été comme tout le monde, on va dire, j'ai pris une gifle. J'ai vraiment pris une gifle. C'est la première fois, en fait, que je rentrais dans une guerre, on va dire. On a beaucoup de récits de guerre, que ce soit par des films, que ce soit par des bouquins. Mais je ne suis jamais rentré dans une guerre comme ça. Et donc, ce voyage-là m'a assez perturbé.

Mais au-delà de ça, il y a ce lien entre Alpha et Mademba que j'ai trouvé assez intéressant dans son lien sur l'amitié. Mais il y a aussi le côté un peu mystique avec mes origines et la culture de mes parents. J'ai ce lien avec ces légendes, ce truc qui se lie entre l'atrocité de la guerre, la folie, mais en même temps, certaines croyances qui sont liées au Sénégal. Donc, j'étais assez perturbé.

2:36
Présentateur

Alpha et Mademba, qui sont, pour ceux qui n'auraient pas lu encore le livre, qui sont deux amis d'enfance, des plus que frères. C'est comme ça qu'Alpha appelle Mademba. Et donc, ils sont jetés sur le champ de bataille. Donc, on est pendant la Première Guerre mondiale. Et Mademba meurt dans les bras, littéralement, d'Alpha, qui refuse de l'exécuter pour abréger ses souffrances.

3:03
Invité

Exactement. Et à partir de là, Alpha va se questionner sur son lien à Mademba, sur la notion de l'humanité, sur la notion de l'amitié, de la fraternité. Il va se questionner sur la guerre, sur la colonisation. Il va soulever pas mal de questions. Donc, ce récit, il est assez intéressant aussi dans ce qu'il raconte aussi politiquement.

3:23
Présentateur

Bien sûr. Et il y a effectivement plusieurs dimensions. Il y a cette langue magnifique de David Diop. Il y a ce que ça raconte de la guerre, ce que ça raconte de cette guerre et de ses soldats, les soldats chocolats, comme ils sont appelés dans le livre. Justement, c'est le fait qu'il y ait toute cette dimension à la fois qui vous a frappé, en fait. C'est le cumul de tout ça ?

3:45
Invité

Bien sûr. Bien sûr. C'est tout ce que ça soulève. Et encore une fois, effectivement, toutes ces questions-là m'intéressent. Mais ce n'est pas le fait d'en parler qui m'intéresse. C'est la manière dont c'est fait. C'est surtout la manière, moi, qui m'éblouit. C'est en ça que je trouve que David Diop est brillant et assez étonnant. Et qu'il mérite tous les prix qu'il a reçus depuis. Parce que, justement, il a une manière de faire les choses qui est assez singulière et surtout très, très forte.

4:12
Présentateur

Oui, il disait au moment de la sortie du livre qu'il n'avait pas voulu écrire un roman historique, mais qu'il visait plutôt la vérité des émotions. Est-ce que c'est ça aussi qui vous intéresse, compris en tant que comédien, avec ce texte, Marcy ? La vérité des émotions.

4:27
Invité

Totalement. Parce que, justement, quand je dis la manière, c'est ça. C'est-à-dire que, moi, c'est comme ça que ça va me toucher. C'est comme ça que ça va me parler. Et c'est en ça que je trouve ça brillant et que j'ai envie de prendre part à ça. Donc, de faire cette lecture, c'est traverser ces émotions-là. Et de les partager, parce que c'est finalement mon seul langage.

4:45
Présentateur

Et est-ce que c'est pour ça aussi qu'une lecture, entre guillemets, suffit ? C'est-à-dire que vous nous avez dit au début, on vous a dit, parmi toutes les personnes qui vous ont conseillé la lecture de ce livre, on pourrait en faire un film, on pourrait… Voilà, finalement, c'est une lecture. Est-ce que c'est un premier pas vers peut-être autre chose ? Ou est-ce que…

5:02
Invité

Ah non, non, non, non, pardon de vous couper, pardon. Mais oui, en fait, non, il y a autre chose. C'est que finalement, oui, je vais… La lecture, finalement, c'est juste qu'Alpha a 20 ans, j'en ai 40. Donc, je ne pourrais pas le jouer au cinéma. Donc, on va faire le film. On s'est prévu de faire le film, on a acheté les droits. C'est prévu qu'on fasse le film. Mais je ne pourrais pas le jouer, malheureusement, je suis trop vieux. Donc, ma seule manière de traverser ces émotions en tant qu'acteur, c'est la lecture, finalement.

5:31
Présentateur

C'est la lecture. Alors, justement, dans les prochaines semaines, les prochains mois, alors, vous n'allez pas jouer Alpha, mais vous allez tourner, je crois, dans les Ardennes avec Mathieu Vadepied, qui était le chef opérateur d'Indouchable. Et donc, il va tourner un film qui s'appellera Tirailleurs, qui se passe en 1917. Donc, on est tout de même dans le même moment, même si on ne sait pas encore à quoi ressemblera le film. Voilà, alors, comment est-ce que vous préparez ce tournage et comment est-ce que vous travaillez ? Est-ce que vous êtes, justement, dans une volonté d'acquérir le plus de connaissances possibles, historiques ?

Où est-ce que vous allez, comme on le disait, et comme avec ce roman de David Diop, plutôt du côté des émotions, du sensible ?

6:10
Invité

Moi, je suis plutôt par là, en fait. C'est plutôt ma façon de travailler. Je suis plutôt au niveau de l'émotion, au niveau du sensible. Et la lecture est un peu une préparation, justement, à ce tournage-là. Mais effectivement, ce n'est pas la même histoire, mais on est au même moment et ce sont les mêmes soldats. Ils ont été traités de la même façon. Donc, il y a eu beaucoup, beaucoup de similitudes. Maintenant, non, effectivement, la notion historique, évidemment, il la faut. Mais c'est vrai qu'on ne l'a pas suffisamment. Cette première guerre, elle est quand même, même si on en a beaucoup parlé, assez méconnue, je trouve. Mais ma façon de préparer, elle est surtout dans l'émotion.

Parce qu'en fait, ces soldats-là, ils n'ont aucune idée de ce qui se passe quand ils font cette guerre. Ils n'ont aucune conscience d'où ils se trouvent et de, politiquement, pourquoi ils sont là. Ils sont juste là parce qu'on leur dit d'être là et parce qu'on les a forcés à être là. Et ceux qui se sont engagés, ils se sont engagés pour leur famille, c'est-à-dire qu'ils le font comme un travail. Il n'y a aucun idéal politique. Personne ne fait cette guerre comme certains Français ont pu s'engager à l'époque parce qu'ils avaient une conscience politique et parce qu'ils savaient pourquoi ils se battaient. Il n'y en a aucun d'entre eux qui a eu ce choix-là, finalement.

7:23
Présentateur

Et c'est aussi ça, ce que vous disiez. Finalement, on ne connaît pas si bien cette guerre et on ne connaît pas si bien, en particulier, effectivement, la situation de ces tirailleurs sénégalais et le fait que le roman de David Diop arrive et ce film après. Est-ce que, justement, d'après vous, vous nous disiez tout à l'heure, il y a quelque chose de politiquement intéressant. Est-ce que ça veut dire aussi que ça correspond à un moment où on a peut-être envie, besoin de mieux connaître tout ça ? Y compris par la fiction.

7:56
Invité

Mais oui, moi, je pense surtout par la fiction puisque ce n'est pas évident dans les livres d'histoire, ce n'est pas évident ailleurs. La fiction est un bon premier pas et je pense que ce n'est pas une question de moment. Je pense que ça, c'est perpétuel. On a toujours envie de mieux savoir notre histoire. On a toujours mieux envie de savoir notre passé. Ça, je pense que ce n'est pas un moment particulier. Je pense que ça, c'est toujours le cas.

8:21
Présentateur

Alors, Omar Sy, évidemment, on profite de vous avoir aussi pour revenir un peu sur cette année 2021 qui, pour vous, a été évidemment l'année lupin avec l'énorme succès de cette série sur Netflix. La première partie diffusée à partir de janvier. La deuxième, il y a quelques semaines, à partir du 11 juin. On sait déjà qu'il y en aura une troisième. Il y a eu beaucoup, beaucoup d'articles, d'émissions tous ces derniers mois, Omar Sy, sur ce succès phénoménal. Moi, ça m'intéresse de savoir, vous, quelle est votre lecture de ce succès ? Comment est-ce que vous l'expliquez ? Enfin, son ampleur, disons.

8:59
Invité

Il y a un point commun avec tous les succès que j'ai pu vivre. Il y a énormément de travail, ça, c'est évident. Beaucoup de concentration, l'envie de ne pas décevoir. Ça, c'est quelque chose qui est très présent. Et c'est sur les projets où j'ai le moins envie de décevoir, en général, qu'il y a ces choses-là. Mais il y a aussi, avec ça, quelque chose d'assez innocent. Il y a quelque chose de... Il y a une espèce de candeur. Il y a un truc de ne pas mesurer l'endroit où on met les pieds, en fait. Et il y a quelque chose d'assez naïf, je trouve, dans la démarche de tous mes succès. Et un truc un peu enfantin, juste l'envie de jouer, quoi.

Et dès que ça, c'est très présent et que ça se mélange au reste, ouais, je pense que c'est une combinaison de tout ça. Et puis, il y a la part aussi d'inconnue qui fait que c'est un succès ou pas. Et c'est pour ça, d'ailleurs, qu'on aime ce qu'on fait parce qu'on ne sépare, en fait. Il n'y a aucune formule qui se répète et qui marche pareil. Il y a une part d'espèce de... Moi, j'appelle ça la magie, le petit plus. Et c'est génial quand c'est là. Et ce qui est génial, c'est qu'on ne veut pas savoir comment ça se passe un tour de magie. C'est que, ouais, c'est magique, ça marche. Donc, c'est cool. Donc, on va continuer.

10:13
Présentateur

On va continuer avec une partie 3, effectivement. Enfin, vous allez continuer. C'était votre idée, je crois, de construire la série autour d'un fan d'Arsène Lupin. Est-ce que vous-même, vous avez été ou est-ce que vous êtes encore fan au Marcy ? Et de qui, si oui ?

10:29
Invité

Je suis fan de plein de choses. Je suis fan de plein de choses, de plein de gens. Mais en fait, c'est des mots. Par exemple, puisqu'on parlait de Frère Dame, je suis fan de David Job, par exemple, par rapport à son livre. Sa manière de faire, sa manière de raconter, de mélanger tout ça, de trouver cette justesse dans les émotions. Quand je suis face à ça, ouais, je suis fan de lui. J'aime ces choses-là et je suis assez admiratif, moi, d'un travail comme celui-là. Je ne suis pas aussi fin, aussi précis avec les mots, par exemple. Donc, quand je vois ça, je suis assez admiratif. Et donc, oui, le bouquin, en fait, le bouquin est un objet que j'ai découvert assez tard.

Là où j'ai grandi, dans ma culture, mes parents sont de l'Afrique de l'Ouest, donc c'est une culture orale. Donc, les récits, les histoires, je les tiens de mémoire, en fait. Je les tiens de mémoire. Elles me sont racontées dans leur tête. On n'a pas de lien à l'écrit dans la culture africaine et en France. J'ai grandi en bonlieue, donc dans une ZEP, zone d'éducation prioritaire. À Trappes. À Trappes. Donc, les bibliothèques, ce n'était pas bien vu d'y aller. Pour nous, c'était vraiment… On a un lien étrange au livre et dans l'éducation qu'on nous a donnée à l'école, ce n'était pas évident.

Donc, j'ai découvert la lecture un peu tardivement et ça a dû passer par les BD pour apprécier les mots sur une page. Donc, c'est arrivé vraiment tout doucement. Donc, de faire Hassan, le héros de Lupin, un fan du livre, je trouvais que c'était intéressant de raconter ça, de raconter quelqu'un qui avait un lien particulier au livre. Et je trouvais que pour faire un Lupin de plus, parce qu'on a quand même eu beaucoup de Lupins, notre Lupin, ce serait quelqu'un vraiment différent si le livre en soi était lui-même… Parce qu'en fait, le livre, c'est le vrai héros de cette série, c'est le bouquin. C'est le bouquin. Donc, du coup, et Lupin existe tel quel.

Et Maurice Leblanc participe aussi à la série. Donc, je trouve que c'était une bonne façon de lui rendre hommage et c'était une bonne façon aussi de raconter Lupin différemment.

12:38
Présentateur

Et de raconter aussi cette passion qui se transmet pour Lupin, mais au-delà pour les livres, effectivement, de père en fils dans la série. Et avec cette chose assez belle aussi, qui est que les libraires et ailleurs, aussi les profs, ont pu voir qu'un des effets de la série, ça a été aussi de redonner un peu de popularité à Maurice Leblanc et à ses livres. Donc, ça, c'est aussi quelque chose, j'imagine, à laquelle vous êtes sensible. Totalement. Omar Sikor, vous êtes parti vivre à Los Angeles, c'était après le succès d'Intouchables, avec certes des envies de Hollywood, mais aussi, je crois, pour rester un peu les pieds sur terre, garder les pieds sur terre.

Là, comment ça se passe, le lien avec la terre après Lupin ?

13:22
Invité

Pareil, pareil, pareil. J'essaie de garder les pieds dessus. J'essaie de continuer à tracer ma route et faire attention aux flatteries, quoi. Parce que c'est ça qui nous fait décoller, en général. Donc, c'est super. Garder, justement, de ne pas se poser trop de questions. Je pense que ça s'ajoute. Et de vraiment considérer que je ne suis pas totalement responsable de tout ça. Il y a vraiment quelque chose au-dessus de nous qui décide. C'est tellement grand qu'on n'est forcément pas totalement responsable de ça. C'est une récompense de plein de choses. Et que je ne sais pas comment dire... Ouais, ce n'est pas moi, quoi. Ce n'est pas vraiment moi. Et donc, voilà, c'est juste de dire que...

Oui, faire attention à ne pas s'attribuer. Voilà, j'ai fait ci, j'ai fait ça. C'est un coup de bol, quoi, quand même. C'est comme ça que je le vis. C'est ça, c'est la chance qui continue à me sourire.

14:17
Présentateur

Et pour la suite, justement, est-ce que... Est-ce que, de la même manière que... Voilà, vous étiez parti à Los Angeles, dans un endroit où vous ne connaissez pas, ou en tout cas, vraiment, nettement, nettement moins qu'ici, là, est-ce que... Où est-ce que vous allez aller chercher ? Alors, peut-être pas le risque, mais en tout cas, le nouveau, quelque chose qui pourrait, justement, vous mettre un peu au défi encore. Est-ce que, par exemple, ça pourrait être le théâtre ?

14:41
Invité

Pourquoi pas ? Je ne sais pas encore. Il n'y a rien de précis pour le moment. Mais bien sûr, en tout cas, je vais chercher des frayeurs. C'est-à-dire qu'effectivement, la lecture fait partie de ces choses-là, de territoires un peu inconnus, de choses un peu accessibles. Pour moi, donc, ouais, c'est un pas vers ça, évidemment. Mais déjà, rien qu'une lecture, c'est un saut à l'élastique. C'est une grande, grande peur.

15:09
Présentateur

Et ça, c'est aussi bizarre que ça puisse paraître. Le saut à l'élastique, une manière de rester sur terre, peut-être ?

15:15
Invité

Oui, oui, d'aller en tout cas chercher des choses qui nous rendent... Oui, justement, qui nous rendent fragiles un peu. Parce que, justement, avec un succès pareil, on a tendance à gonfler les pecs, comme on dit chez nous. Et donc, c'est bien aussi de se retrouver face à des choses face auxquelles on se sent un peu plus petit. Reprendre une dimension assez humaine, ouais. Je pense que c'est ma manière à moi, ouais, d'aller prendre des risques et d'aller chercher des choses où je me sens petit, ouais, de redevenir un peu petit face à un obstacle, ouais. Ça, ça m'aide à... Quand je dis tracer ma route, en fait, c'est ça.

C'est continuer à trouver de nouvelles aventures, à trouver de nouveaux défis, en fait. Je sais, j'ai compris, je n'aurais pas dû. Moi, Alphandiaï, je n'aurais pas dû. Par la vérité de Dieu, maintenant je sais. Mes pensées n'appartiennent qu'à moi. Je peux penser ce que je veux, mais je ne parlerai pas. Tous ceux à qui j'aurais pu dire mes pensées secrètes, tous mes frères d'armes qui seront repartis, défigurés, estropiés, éventrés, n'auront pas su qui je suis vraiment. Les survivants n'en seront rien. Mon vieux père n'en sera rien. Et ma mère, si elle est toujours de ce monde, ne devinera pas. Le poids de la honte ne s'ajoutera pas à celui de ma mort.

Ils ne s'imagineront pas ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, jusqu'où la guerre m'a conduit. Par la vérité de Dieu, l'honneur de ma famille sera sauf. L'honneur de façade.

17:19
Présentateur

À la veille de sa diffusion sur France Culture, un extrait en avant-première de cette lecture de Frères d'âme. Merci beaucoup Omar Sy.

17:31
Invité

Merci à vous.

17:32
Présentateur

Et rendez-vous donc demain à 20h sur France Culture pour la diffusion de cette lecture, de cette création France Culture, coproduction d'As Production de Frères d'âme de David Diop, dans une adaptation émise en scène de Catherine Chaube avec la musique originale d'Issam Crimi et une réalisation signée Christophe Hauquet. Merci beaucoup.

17:53
Invité

Merci. Je peux rajouter quelque chose ?

17:54
Présentateur

Bien sûr.

17:56
Invité

Et être sur France Culture, c'est quand même la classe aussi. Donc ça aussi, ça me fait plaisir.

18:01
Présentateur

Et nous, on était ravis de vous recevoir. Merci à vous.

18:04
Invité

Merci beaucoup. À bientôt. Merci. À bientôt. Au revoir.

18:07
Présentateur

Au revoir.