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InterviewFrance Inter (sur YouTube)· 7 janvier 2024 22 minComplaisantFond programmatiqueNumériqueÉconomie & entreprisesTransportsEnvironnement & énergie

Laurent Saint-Martin et Éric Boudot, en attendant le salon CES de Las Vegas

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:46OuverteRéponse directe

    150 entreprises accompagnées à Las Vegas, c'est une présence française importante ?

  • 1:50OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'il y a comme innovation dans ces secteurs-là, bien concrètes ?

  • 2:47OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que c'est la deep tech ?

  • 3:45OuverteRéponse directe

    Tout ça va changer notre quotidien, il faut bien que les auditeurs le comprennent.

  • 4:02OuverteRéponse directe

    C'est quoi les innovations spectaculaires dans ce secteur-là ?

  • 5:25OuverteRéponse directe

    Vercors, le fabricant de batteries électriques, qui a eu la plus grosse levée de fonds en France l'an dernier.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:52Invité politiqueChiffre
    « 150 entreprises, c'est évidemment conséquent. »
  • 2:59Invité politiqueFait
    « France 2030, cette grande stratégie sectorielle d'avenir, investit dans l'innovation de rupture. »
  • 3:24Invité politiqueChiffre
    « France 2030, c'est 54 milliards d'euros d'investissement »
  • 5:34Invité politiqueChiffre
    « C'est même 2 milliards d'euros de montants levés au total pour Vercors. »
  • 12:32Invité politiqueFait
    « La France est le pays le plus attractif d'Europe depuis 4 ans, de façon consécutive. »
  • 13:37Invité politiqueChiffre
    « Les trois quarts des investissements étrangers industriels dans notre pays se font dans des villes de moins de 20 000 habitants. »
  • 14:04Invité politiqueFait
    « Depuis 2017, on est en création nette d'usines. »
  • 16:15Invité politiqueFait
    « Mais oui, il y a eu un ralentissement des levées de fonds propres pour les startups, ce qu'on appelle en anglais le venture capital. »
  • 16:26Invité politiqueChiffre
    « la France, en termes de levée de fonds, notamment pour les startups, mais pas que, reste le deuxième pays européen en termes de levée. »
  • 18:13Invité politiqueFait
    « Il le faut. L'intelligence artificielle est un enjeu beaucoup trop important pour que sa souveraineté d'abord française et européenne ne soit pas en jeu. »

Temps de parole

  • Laurent Saint-martin49 %
  • Invité26 %
  • Présentateur24 %

2,7 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Le grand entretien de France Inter est la grande messe des technologies qui démarre mardi. Ça s'appelle le CES, le Consumer Electronics Show. Il se tient à Las Vegas, aux Etats-Unis, avec une présence française importante, plus de 150 entreprises. Et pour les accompagner, le premier invité de ce plateau spécial, Laurent Saint-Martin. Vous dirigez Business France, agence de l'État chargée de promouvoir les entreprises françaises à l'étranger. Bonjour. Bonjour. Et avec nous à distance aussi, Eric Boudot, directeur de GCK. Plus vraiment une start-up, puisque l'entreprise a grandi.

Elle propose de convertir les véhicules thermiques classiques en véhicules moins émetteurs de carbone, hydrogène ou électrique. Vous serez, vous, à Las Vegas également. Bonjour, Eric Boudot. Bonjour. Vos questions à nos invités, chers auditeurs, 0145 24 7000 ou sur l'application France Inter. Alors, Laurent Martin, je disais, 150 entreprises accompagnées à Las Vegas, c'est une présence française importante ?

0:52
Laurent Saint-martin

Oui, 150 entreprises, c'est évidemment conséquent. Chaque année, le CES de Las Vegas attire beaucoup d'entreprises françaises. Et à Business France, évidemment, on tient à ce que cet accompagnement soit le plus qualitatif possible. Parce que ce n'est pas qu'un salon où on présente ces innovations, c'est aussi des formidables opportunités de se connecter avec des acheteurs, avec des investisseurs américains pour beaucoup, bien sûr. Mais pas que. C'est une grande messe mondiale de l'innovation, de la technologie. Dans tous les secteurs d'activité, il va y avoir notamment un zoom particulier sur la mobilité, sur la transition écologique, sur l'intelligence artificielle, sur la sport tech aussi.

C'est-à-dire toutes les innovations technologiques dans le secteur du sport, sur un marché américain qui va avoir beaucoup de grands événements mondiaux sportifs. Donc il y a beaucoup à faire et c'est pour ça que 150 entreprises françaises, c'est conséquent. Mais c'est aussi représentatif de ce talent, de cette excellence à la française qu'on a dans les nouvelles technologies depuis maintenant de nombreuses années.

1:45
Présentateur

Alors vous nous avez donné les secteurs dynamiques, justement les green tech, les technologies vertes, le sport notamment. Qu'est-ce qu'il y a comme innovation dans ces secteurs-là, bien concrètes ?

1:54
Laurent Saint-martin

Alors sur l'intelligence artificielle, typiquement, elle peut toucher un certain nombre de secteurs très variés. Ça peut à la fois toucher les problématiques de santé, les problématiques sociales. Par exemple, on a une entreprise assez formidable qui s'appelle Pulse Audition, moi que j'aime beaucoup, qui permet aux personnes malentendantes de pouvoir améliorer leur conversation dans des environnements bruyants. Et bien ça, c'est rendu possible par les technologies d'intelligence artificielle. En France, on parle beaucoup de Mistral, de Qtai.

2:22
Présentateur

Mistral, donc la grande start-up française qui a fait une levée de fonds énorme l'année dernière et qui est soutenue par Xavier Niel notamment, qui est vraiment le champion de l'intelligence artificielle française.

2:31
Laurent Saint-martin

Et le laboratoire de Xavier Niel, Qtai est aussi extrêmement important. Toutes ces initiatives, elles sont locomotives. Mais on a aussi des très belles pépites, des très belles start-up qui s'appuient sur l'intelligence artificielle pour avoir des applicatifs extrêmement utiles. Voilà, Pulse Audition en est un bel exemple.

2:45
Présentateur

Et il y a aussi la deep tech, les technologies de rupture. Qu'est-ce que c'est la deep tech ?

2:49
Laurent Saint-martin

En fait, si vous voulez, ça fait maintenant de nombreuses années que la France, notamment à travers son opérateur de financement BPI France, et avec France 2030, cette grande stratégie sectorielle d'avenir, investit dans l'innovation de rupture. C'est-à-dire celle qui va nous permettre, dans plusieurs années, d'avoir un vrai coup d'avance sur les autres pays et aussi sur les autres continents. Tout le monde comprenait aujourd'hui que la nouvelle compétition économique mondiale se joue continent à continent. Et qu'il faut que l'Europe, et donc a fortiori la France, puisse être leader sur un certain nombre d'activités. Pour ça, il faut investir.

Pour ça, il ne faut pas se cacher et il faut mettre les moyens. France 2030, c'est 54 milliards d'euros d'investissement, dont beaucoup sont faits dans des grandes innovations de rupture, avec BPI France, avec Business France, avec un certain nombre d'opérateurs publics, mais aussi avec du financement privé, on se donne aujourd'hui les moyens d'avoir des champions technologiques de demain. Probablement ce qui nous manquait depuis tant d'années.

3:42
Présentateur

On va reparler du financement un tout petit peu plus tard, parce que je voulais vous parler des autres. Tout ça va changer notre quotidien, il faut bien que les auditeurs le comprennent. Vous nous avez donné l'exemple sur les personnes malentendantes. Mais il y a aussi l'automobile, par exemple, qui est représenté au CES, avec un pavillon spécial, pas moins de 20 exposants, des entreprises qui oeuvrent dans le secteur de l'IA, des radars, l'Internet, des objets. C'est quoi les innovations spectaculaires dans ce secteur-là ?

4:04
Laurent Saint-martin

Vous avez par exemple une très belle pépite française qui s'appelle Expoise, qui permet d'améliorer par système embarqué dans les nouveaux véhicules autonomes de demain la capacité à détecter les objets sur la route. Et ça, c'est technologie française typiquement. Il y en a d'autres, il y a Epic & POC, il y a un certain nombre de solutions qui seront présentées à Las Vegas. Je le précise aussi, le CES de Las Vegas a souvent été l'occasion pour des grandes nouvelles technologies françaises de percée. Souvenez-vous, il y a maintenant une dizaine d'années, vous vous souvenez peut-être des entreprises comme Weezings, comme Netatmo.

4:39
Présentateur

Alors Weezings, c'était des objets connectés ?

4:41
Laurent Saint-martin

C'était la révolution de l'objet connecté, de l'IoT, comme on dit en anglais, avec leur montre connectée, leur balance connectée. Eh bien, il y a 10 ans, le monde a découvert, pour beaucoup d'entre eux, effectivement, les technologies Weezings grâce au CES de Las Vegas. Eh bien, on espère que sur les mobilités connectées, comme ça va être le cas d'Exways, évidemment, pour GCK qui a déjà démontré son excellence et son savoir-faire, mais que ça va aussi permettre d'être un tremplin de connaissances, de visibilité pour le reste du monde, parce que c'est peut-être là où le bas blesse en France. À l'export, à l'international, on ne sait pas assez que la France excelle.

On a des forces, on a une recherche et développement excellente, publique et privée. Maintenant, il faut que ça se sache davantage. Donc, il faut profiter de ces moments-là.

5:22
Présentateur

En lien avec l'automobile, il y a aussi Vercors, le fabricant de batteries électriques, qui a eu la plus grosse levée de fonds en France l'an dernier. 850 millions d'euros pour sa giga-usine qui s'installe à Dunkerque. Ça, c'est un champion.

5:34
Laurent Saint-martin

C'est même 2 milliards d'euros de montants levés au total pour Vercors.

5:38
Présentateur

850 millions, c'est juste l'an dernier, oui.

5:40
Laurent Saint-martin

Absolument. Qui aurait cru qu'une start française puisse lever autant, surtout dans un contexte aussi complexe qu'aujourd'hui ? Vercors, c'est d'abord un entrepreneur formidable. Benoît Leménian qui a démontré justement que la batterie, elle était aussi française. Et que cette chaîne de valeur que nous reconstruisons en France, notamment dans la région de Dunkerque, avec cette vallée de la batterie, où on fait venir le Taïwanais Prologium, où on fait venir évidemment des joint ventures, c'est-à-dire des fusions et des associations entre Orano, un français, XTC, un chinois.

6:11
Présentateur

Voilà, là vous commencez à nous parler une langue un peu compliquée.

6:13
Laurent Saint-martin

Non, ce sont des entreprises, tout ce que je vous cite. Orano, c'est évidemment français, chacun connaît.

6:18
Présentateur

Orano, donc c'est le nucléaire, anciennement Areva.

6:21
Laurent Saint-martin

Avec XTC, chinois. Et Vercors, donc cette pépite et cette start-up française, qui justement dans le secteur de la batterie, démontre que notre savoir-faire français a toute sa place dans une chaîne de valeur extrêmement importante. Parce que si en France, on n'est pas souverain sur la batterie, si en France, on ne produit pas chez nous, si en France, on ne relocalise pas chez nous, et bien c'est toute l'industrie du véhicule en général qui serait mis en danger.

6:43
Présentateur

Et puisqu'on parle de l'automobile, évidemment il y a GCK, Eric Boudot, je le disais, vous dirigez vous cette entreprise qui n'est pas, qui n'est plus une start-up, mais un groupe. Vous avez 270 employés, 8 sociétés. Votre innovation cette année, c'est de l'industriel, c'est le moteur à combustion hydrogène. Alors expliquez-nous un peu.

7:01
Invité

Oui, bonjour à tous. Oui, effectivement, aujourd'hui, on va se déplacer à Las Vegas avec quelques innovations. On en a deux en fait, mais la plus marquante, c'est un véhicule, puisque du coup, on va présenter directement un véhicule transformé avec un moteur à combustion hydrogène, avec un V8, un gros moteur d'ailleurs, sur un Jeep Cherokee de 1976. Donc on a fait un petit clin d'œil à l'Amérique en transformant et en remettant à neuf une voiture de 1976 avec un moteur qui sera totalement équipé de la combustion hydrogène. Et donc c'est une vraie rupture.

Et puis c'est la capacité de démontrer qu'aujourd'hui, il faut vraiment qu'on reste agnostique sur les mobilités et puis qu'on aille chercher ce qui sera la meilleure technologie pour le bon usage. Et donc sur ces gros véhicules, aux États-Unis, il nous a paru intéressant d'aller présenter cette innovation française.

7:49
Présentateur

Parce que jusqu'ici, on parie quand même plutôt sur l'électrique. L'hydrogène, c'est une énergie qui est plus durable que l'électrique ?

7:55
Invité

Non, en fait, aujourd'hui, comme je le disais, il y a plusieurs technologies qui sont sur une ligne de départ. Après, on verra dans 10-15 ans la répartition, puisqu'en fait, il n'y aura pas une qui va gagner sur les autres. Il y a plutôt une répartition des technologies en fonction des usages, en fonction des véhicules, qui permettra d'aller vers une décarbonation totale de nos émissions sur l'automobile, automobile et au-delà d'ailleurs, sur les transports. Et aujourd'hui, chez GCK, ça a été quand même le vrai marqueur chez nous. C'est qu'on a 8 sociétés et on développe à peu près dans toutes les technologies. C'est-à-dire qu'on fait des batteries lithium.

On est un des gros acteurs français de la fabrication de packs batteries lithium. On présentera d'ailleurs avec notre partenaire Motul, puisqu'on est associé avec Motul sur l'opération CES, en plus du véhicule, une batterie à immersion, qui est une nouveauté aussi sur la technologie batterie. Et puis, on est capable de faire des véhicules avec des piles à combustible à hydrogène, mais aussi avec de la combustion directe de l'hydrogène, qui permet de conserver les moteurs tels qu'on les connaît.

8:53
Présentateur

Et ces moteurs à combustion à hydrogène, c'est pour quand dans la vraie vie, dans les concessions automobiles ?

8:59
Invité

Alors ça, c'est une bonne question, puisque ça touche deux aspects. Il y a l'aspect technologique des moteurs. Donc ça, je pense qu'on est quelques-uns aujourd'hui sur la planète à commencer à avoir une compétence forte sur la capacité de faire des moteurs et de transformer des moteurs existants, et donc d'aller les mettre dans des véhicules. On a la chance aussi d'avoir un cadre réglementaire qui a évolué cette année. Le gouvernement a poussé pour ce caractère agnostique et donc a permis maintenant l'homologation de véhicules, en tout cas rétrofit, avec de la combustion.

9:26
Présentateur

Alors rétrofit, on traduit, c'est transformer un véhicule thermique en véhicule dit propre, en tout cas un véhicule hydrogène ou électrique.

9:36
Invité

Exactement, c'est l'économie circulaire sur le véhicule, c'est-à-dire on garde les anciens véhicules et ceux qui sont encore en bon état, on leur permet de repartir avec une énergie propre. Et puis le deuxième aspect pour aller vite, et c'est peut-être celui-là le plus important aujourd'hui, c'est que pour déployer des moteurs à combustion hydrogène ou de l'hydrogène, il faut des pompes à hydrogène. Et donc ça, c'est l'enjeu des prochaines années, de réussir à accélérer la disponibilité de l'hydrogène pour tout le monde à la pompe.

10:00
Présentateur

Et on attend ça évidemment pour pouvoir acheter, commercialiser des voitures avec ce moteur à combustion hydrogène. Juste un mot sur le rétrofit dont vous parliez, vous développez un kit qui existe déjà pour le coup, avec une solution pour transformer ces véhicules en véhicules électriques. Il y a un marché en France, parce qu'il y a 7 millions de véhicules classés critères 3, et puis vous bénéficiez des mesures, vous allez bénéficier des mesures du budget de cette année, le durcissement du malus sur les voitures thermiques, la fin des exemptions fiscales sur les hybrides.

10:29
Invité

Alors oui, on a un vrai sujet. Alors ça, c'est un sujet qui va être lancé en 2024, d'abord sur le territoire français, puisqu'on a tout un parcours réglementaire et mis sur le marché qui va débuter en 2024, avec un système de kit d'hybridation légère qui va permettre de transformer à peu près n'importe quel véhicule léger, progressivement, puisqu'on va devoir homologuer les véhicules, en un hybride de plug-in rechargeable, avec une particularité d'ailleurs, c'est qu'en dessous de 50 km heure, le véhicule se comportera 100% en mode électrique, et au-dessus de 50 km heure, on gardera la capacité de rouler avec son moteur thermique pour faire des longues distances.

Ça s'adresse essentiellement, on va dire, à ces millions de personnes qui n'ont pas forcément les moyens de passer au véhicule électrique, puisqu'on est sur un kit qui, avant l'aide de l'État, sera distribué à environ 7500 euros TTC par des grands réseaux de distribution français qui sont prêts, et donc qui permettra pour quelques 80-100 euros par mois, qui est l'équivalent de l'économie de carburant, de transformer son véhicule, et de rentrer dans les fameuses ZFE.

11:33
Présentateur

Vous dites, Éric Boudot, avant à être de l'État, parce que c'est vrai que le ministre Roland Lescure avait dit en juin dernier qu'il travaillait à une prise en charge totale, c'est-à-dire que ce serait quasiment gratuit. Est-ce que vous avez des nouvelles sur ce plan-là ?

11:44
Invité

Quasiment gratuit, je ne pense pas à la gratuité. D'ailleurs, je ne suis pas sûr que ce soit la bonne chose.

11:48
Présentateur

Une prise en charge totale, c'est ça que ça veut dire.

11:50
Invité

Oui, on a quelques éléments. On attend avec impatience, comme beaucoup de monde je pense, les sorties de décrets sur les primes à la conversion et autres, qui devraient, je l'espère, permettre de clarifier la position finale du ministre. Mais en tout cas, ce qui est sûr, c'est que Roland Lescure a soutenu très fortement tout ce dispositif, mais au plus large, cette activité de transformation des véhicules, et qu'en 2024, on devrait pouvoir passer à l'échelle sur cette activité.

12:17
Présentateur

Laurent Saint-Martin, vous êtes le patron de Business France, au CES. Quelle stratégie vous déployez, vous, pour séduire les investisseurs étrangers ? Je m'explique, est-ce que la France est attractive aujourd'hui ? Elle a perdu son image de pays avec une fiscalité lourde, avec une administration complexe ?

12:32
Laurent Saint-martin

La France est le pays le plus attractif d'Europe depuis 4 ans, de façon consécutive. En nombre de projets d'investissement internationaux, la France est leader européen. Il y a 10 ans, c'était inimaginable. Tout le monde pensait, dans le monde, que la France était un enfer fiscal, dans lequel on ne pouvait pas créer d'entreprise, dans lequel il y avait toujours des grèves, dans lequel on ne pouvait absolument pas prospérer économiquement. Tout ça a radicalement changé. Alors évidemment, vous avez raison, les réformes fiscales, réglementaires, qui ont été portées au début du premier quinquennat du président de la République ont beaucoup joué.

C'est le premier appel d'attractivité qui, évidemment, a permis beaucoup d'investissements internationaux. Mais ce sont aussi des réformes structurelles. Et puis, l'investissement international, c'est aussi, finalement, un cercle vertueux. Plus vous avez d'entreprises qui viennent, plus les autres commencent à se demander « Tiens, pourquoi il y a autant d'entreprises dans le monde qui s'intéressent à la France désormais quand on veut pénétrer le marché européen ? » Et donc, effectivement, aujourd'hui, ça continue. J'ai cité la vallée de la Batterie à Dunkerque. Mais, de manière générale, la revitalisation de nos territoires français passe par les investisseurs issus du monde entier.

Je vais juste vous citer un chiffre que je trouve extrêmement parlant. Les trois quarts des investissements étrangers industriels dans notre pays se font dans des villes de moins de 20 000 habitants. Donc, l'attractivité, tous France, ce grand événement que l'on fait une fois par an autour du président de la République et des grands chefs d'entreprises mondiaux, ce n'est pas pour les grandes métropoles. C'est d'abord pour les territoires qui ont été désindustrialisés pendant tant de décennies dans notre pays et qui sont en train de se retourner, qui sont en train de recréer des usines. Depuis 2017, on est en création nette d'usines.

On a traversé la crise Covid, on a traversé les problématiques de chaînes d'approvisionnement liées à la guerre en Ukraine en créant des emplois industriels, en créant des usines industrielles. Et donc, vous voyez, ça, c'est devenu la grande spécificité mondiale. Et j'ajouterai une chose, c'est que cette réindustrialisation française, elle se fait avec une grande spécificité. C'est sa décarbonation. Aujourd'hui, la France redevient une grande nation industrielle, mais elle devient une grande nation industrielle décarbonée. Et ça, c'est vu et su dans le monde.

Donc, vous me posez la question comment est-ce que la France se positionne à l'étranger quand on va au CES de Las Vegas ou dans de grands événements comme ça. C'est ça que vous vendez. C'est une grande puissance industrielle décarbonée de demain.

14:44
Présentateur

Et pour parler précisément des nouvelles technologies, le label French Tech, il date de 2013. Aujourd'hui, ça représente 13 000 entreprises, soit un peu plus d'un million d'emplois en France. Ça se situe comment, ça, au niveau international ? Est-ce que ça fait de nous ce qu'Emmanuel Macron appelait une start-up nation ?

14:59
Laurent Saint-martin

Oui, et ça continue. Le travail que fait la mission French Tech est colossal et remarquable. Clara Chappas, sa directrice, déploie des communautés French Tech dans de très nombreuses villes dans le monde, évidemment aux États-Unis, là où la tech bat son plein, mais aussi dans beaucoup d'autres pays où j'ai eu l'occasion de les rencontrer. Ce sont des communautés qui permettent finalement de s'entraider entre entrepreneurs français de la tech à l'étranger, d'avoir les bons réseaux, de savoir lever de l'argent peut-être ensemble, de connaître les bons partenariats technologiques. Et là, évidemment, Business France travaille main dans la main avec la French Tech là-dessus.

Donc c'est plus qu'un label, c'est impactant, c'est très efficace pour nos entrepreneurs.

15:39
Présentateur

Et à propos de lever de l'argent, Laurent Saint-Martin, il y a quand même une conjoncture, 8 milliards et demi de levées de fonds l'an dernier contre près de 14 en 2022 d'après BPI France, avec la remontée des taux d'intérêt notamment. Est-ce qu'il y a une bulle technologique qui a éclaté ou qui est en train d'éclater ?

15:54
Laurent Saint-martin

Je ne sais pas si on peut parler de bulle qui a éclaté, mais oui, il y a eu un ralentissement des levées de fonds propres pour les startups, ce qu'on appelle en anglais le venture capital, c'est-à-dire effectivement...

16:06
Présentateur

Expliquez-nous, oui.

16:08
Laurent Saint-martin

...capital risque, c'est-à-dire les investisseurs dans les startups les plus à risque, celles qui ne font pas encore de chiffre d'affaires à ralenti dans le monde. Mais la France n'a pas perdu son rang. Et ça, c'est important. Parce que quand nous sommes dans une compétition mondiale, comme nous l'avons dit, ce qui compte, c'est de ne pas perdre du terrain par rapport aux autres. Et la France, en termes de levée de fonds, notamment pour les startups, mais pas que, reste le deuxième pays européen en termes de levée. Et donc ça, c'est aussi à mettre au crédit de la robustesse de nos entreprises, de la robustesse de nos industries, et donc de plus en plus de la robustesse de nos startups.

16:38
Présentateur

Mais ça veut dire... Parce que là, on parle de chiffres, mais ça veut dire quelque chose. Ça veut dire, est-ce qu'on arrive à faire grandir nos petites entreprises et à les garder chez nous ? Est-ce que Mistral, par exemple, on va réussir à le garder comme un champion français ou est-ce qu'il va être racheté par des Américains, des Chinois ou que sais-je ?

16:53
Laurent Saint-martin

À cette question, je réponds toujours à nous, en France et en Europe, de nous donner les moyens de garder ces entreprises-là.

17:00
Présentateur

Mais on ne les a pas, parce qu'il y a les taux d'intérêt qui sont élevés, donc les gens investissent moins, on vient de le dire.

17:03
Laurent Saint-martin

Il n'y a pas qu'en France que les taux d'intérêt ont remonté depuis quelques mois. Et encore une fois, il faut bien regarder cela en économie ouverte. C'est-à-dire, comment est-ce que la France et l'Europe se comportent par rapport au reste du monde ? Sur un certain nombre d'aspects, nous avons des points faibles et nous les connaissons. Il faut y travailler, notamment en Européen. Mais nous avons aussi de nombreux points forts. Et ne croyons pas que la France se déclasse dans la période que nous vivons actuellement. Ce n'est pas vrai du tout. Je l'ai dit, leader européen en termes d'investissement international. C'est un symbole extrêmement fort. Ça veut dire beaucoup.

Et les startes françaises, elles sont nombreuses, elles lèvent des fonds, malgré une conjoncture complexe, et elles réussissent à l'international. Mais pour ne pas se faire racheter, effectivement, comme vous l'avez dit, par des fonds internationaux, puissent gagner en robustesse en montant de financement et qu'on puisse continuer à accompagner cette entreprise dans la durée avec des marchés aussi locaux et internationaux qui puissent perdurer. Et c'est là où Business France prend aussi tout son rôle. Une entreprise française qui performe à l'export partout dans le monde, c'est l'entreprise qui restera française.

Puisque nous la mettrons justement dans les meilleures conditions sur ses bases en France de réussir à l'international.

18:07
Présentateur

Donc Laurent Saint-Martin, dites-nous, est-ce que c'est crédible qu'on garde Mistral chez nous et qu'il devienne le chat GPT français ?

18:13
Laurent Saint-martin

Il le faut. Il le faut. L'intelligence artificielle est un enjeu beaucoup trop important pour que sa souveraineté d'abord française et européenne ne soit pas en jeu, ne soit pas stratégiquement questionnée par tous nos gouvernants. Et effectivement, il faut que nous ayons un champion français et européen dans la matière.

18:31
Présentateur

Eric Boudot, on parle du financement, directeur de GCK. Vous, vous n'êtes plus une start-up, on le disait, mais vous rencontrez en ce moment avec les taux d'intérêt des difficultés à trouver de l'argent, à passer peut-être à l'échelle supérieure ?

18:43
Invité

Alors, je ne dirais pas que GCK aujourd'hui a des difficultés. En fait, je rebondis sur ce que disait M. Saint-Martin. C'est vrai que le marché s'est un petit peu rédigé. Ça, c'est une évidence sur la partie financement avec peut-être aussi des signaux qui sont importants. C'est que les marchés attendent de plus en plus des passages à l'industrie et des passages à la rentabilité un peu plus rapides. Et ça, c'est extrêmement important pour la solidité des entreprises. Nous, je sais qu'on a la chance d'avoir été créé il y a trois ans et demi et d'avoir une équipe, j'ai envie de dire, d'actionnaires qui y croient et qui ont fait du financement direct.

C'est-à-dire que pour l'instant, on ne s'est financé que par les actionnaires quasiment. Et on va ouvrir et commencer à travailler des financements externes à partir de cette année voire de l'année prochaine et justement dans le cadre de l'internationalisation des activités.

19:29
Présentateur

Vous avez des aides publiques ? Elles sont suffisantes d'après vous ?

19:31
Invité

Alors, on a des aides publiques. L'État nous accompagne sur certains dossiers spécifiques d'innovation suffisantes. On pourrait dire qu'elles ne sont jamais suffisantes. Mais ce n'est peut-être même pas la question de l'importance des aides qui est en question. C'est plutôt le processus administratif et la difficulté aujourd'hui de passer au travers des rouages administratifs pour obtenir ces aides. Et c'est vrai que les entreprises intermédiaires comme nous, c'est-à-dire les sociétés qui sont des PME et qui espèrent devenir des ETI ne sont pas forcément celles aujourd'hui qui sont dans le centre de toutes les aides.

Donc, je sais qu'il y a des initiatives pour ça en cours au niveau du gouvernement. Mais il faut qu'on soit plus agile parce qu'en fait, à l'étranger, c'est un peu ce qu'on voit notamment aux États-Unis sur nos technologies. Aux États-Unis, en Asie, un petit peu partout, il y a un soutien très très très fort à la demande. Et donc, il y a une accélération naturelle avec des processus administratifs beaucoup plus rapides pour accompagner les entreprises dans nos secteurs.

20:29
Présentateur

Laurent Saint-Martin, il y a la question des talents. C'est vrai qu'il y a beaucoup de champions, beaucoup de grosses têtes de l'intelligence artificielle qui sont françaises mais qui partent à l'étranger. Comment on fait pour les retenir, ces gens-là ? Et comment on fait pour avoir les talents à la maison ?

20:43
Laurent Saint-martin

Oui, vous touchez un point extrêmement stratégique. On dit souvent à Business France que pour réussir l'attractivité de notre pays, il faut être bon sur le foncier, notamment industriel. Il faut du terrain, c'est normal. Il faut aussi des financements. Eric Boudot l'a bien dit. Les entreprises en ont besoin des financements publics à côté du financement privé. Et il faut de la formation, il faut des talents. Et il faut commencer par garder les siens avant de vouloir en attirer d'autres. Et donc là, oui, c'est vrai qu'il y a un enjeu mais là encore, c'est un cercle qui est soit vertueux soit vicieux.

Et nous observons que ce que nous avons connu pendant des années avec la fuite d'un certain nombre de cerveaux, de chercheurs notamment, mais pas seulement d'ingénieurs, de commerciaux dans un certain nombre de pays étrangers, peut avoir tendance à s'arrêter voire à se renverser et à se retourner parce que plus il y a de production dans notre pays, plus vous avez d'innovation, plus vous avez d'innovation, plus vous avez besoin de recherche et développement. On a... Mais dans ce cadre-là,

21:34
Présentateur

est-ce que le message d'une loi immigration, par exemple, il n'est pas délétère ?

21:37
Laurent Saint-martin

Écoutez, dans la loi immigration, il y a eu aussi des débats qui ont permis de se poser la question de comment est-ce qu'on a tiré un certain nombre de talents internationaux pour venir ? C'est probablement pas ce qui a été le plus répercuté dans le débat et dans son écho médiatique. Mais oui, vous avez raison, nous devons d'abord garder nos talents, savoir attirer les talents internationaux parce qu'à la fin, c'est quand même le capital humain qui fait une grande nation industrielle et une grande nation technologique.

22:04
Présentateur

Question rapide, réponse rapide, Cédric O, ex-secrétaire d'État au numérique, conseiller fondateur de Mistral, c'est un conflit d'intérêt ?

22:10
Laurent Saint-martin

Je ne crois pas, je ne crois pas que ça ait été présenté comme tel.

22:14
Présentateur

Laurent Saint-Martin, directeur de Business France, merci d'être venu sur France Inter, merci aussi à vous Éric Boudot, directeur de GCK, merci à tous les deux d'être venu et bon voyage à Las Vegas.

22:23
Laurent Saint-martin

Merci à vous.