Aller au contenu
Tous les transcripts
Podcast / conversationyoutube.com· 21 octobre 2026 26 minComplaisantDivertissementCulture, médias & sport

Interview d'ALFRED pour sa nouvelle BD "Pour seul Cortège"

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 100 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:05OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui vous a amené sur ce projet ?

  • 2:55OuverteRéponse directe

    Comment adapte-t-on un texte quand on le connaît parfaitement ?

  • 5:22OuverteRéponse directe

    Comment fait-on des choix pour adapter un roman en BD ?

  • 7:56OuverteRéponse directe

    Et justement sur ce trait et la couleur, comment avez-vous représenté Alexandre ?

  • 9:22OuverteRéponse directe

    Comment avez-vous attribué des teintes aux personnages ?

  • 11:32OuverteRéponse directe

    La couleur est-elle un personnage à part entière dans votre travail ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:50ALFREDFait
    « l'écriture de Laurent Godé, c'est quelqu'un que je lis depuis très longtemps, depuis presque 25 ans »
  • 1:31ALFREDFait
    « je ressors de là avec ce truc qui m'est pas arrivé si souvent que ça dans ma vie »
  • 2:13ALFREDFait
    « j'ai des dizaines d'images qui me sautent à l'esprit »
  • 3:33ALFREDFait
    « tu fais ton cortège »
  • 4:11ALFREDFait
    « j'ai pas fait un récit historique. C'est pas du tout un récit historique, c'est ça part d'un point d'histoire mais ça devient quelque chose de beaucoup plus poétique et onirrique »
  • 4:44ALFREDFait
    « même Alexandre, tu représentes comme tu veux, même si c'est pas comme il est historiquement connu, on s'en fiche »
  • 6:03ALFREDFait
    « je me racontais des séquences puis je notais ce qui m'en restait »
  • 8:40ALFREDFait
    « moi je me suis plus appuyé à me dire tiens quelle idée je me fais de lui ? »
  • 9:22ALFREDFait
    « il m'est apparu qu'il fallait que chacun ait une teinte particulière et un traitement graphique particulier »
  • 10:49ALFREDFait
    « on peut lire, il ne faut pas se fier au silence de la plaine. C'est le fracas qui vient »
  • 11:32ALFREDFait
    « la couleur pour moi dans aucun de mes livres, elle est jamais là juste pour colorier le dessin »
  • 13:32ALFREDFait
    « j'en fais moi depuis la enfin depuis toujours, je joue beaucoup de guitares »
  • 14:14ALFREDFait
    « dessiner en musique en live, c'est devenu pour moi un espace extrêmement important de laboratoire »

Temps de parole

  • ?100 %

≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:05
Locuteur

Bien Alfred, bonjour. Je suis je suis particulièr particulièrement heureux de de vous accueillir ici dans dans la bulle de scénario euh parce que bah je vous l'ai déjà dit mais j'aime particulièrement vos votre travail. Euh je vous en prie. Euh on vous accueille on on vous accueille pour pour discuter de votre nouvel album qui sort le le 22 octobre prochain euh qu'on a eu la chance de de lire ici à scénario.com. Donc vous adaptez le roman euh de de Laurent Godé euh pour seul cortège. Il est question notamment des derniers jours d'Alexandre, des intrigues de de ses généraux et du destin de de Dripteis veuve des faillist. Oui. qui va accompagner Alexandre jusqu'à sa dernière demeure.

Euh qu'est-ce qui vous a amené sur sur ce projet ? Bah déjà l'écriture de Laurent Godé, c'est quelqu'un que je lis depuis très longtemps, depuis presque 25 ans et dont j'aime énormément l'écriture et il [grognement] a une une souffle dans son écriture en fait qui qui me fait lui faire une confiance aveugle, j'allais dire. C'est-à-dire que quand pour seul cortège son roman est sorti, honnêtement au départ le sujet est pas pour moi. C'est pas un c'est pas un endroit le le champ épique un peu peplom, c'est pas forcément l'endroit où j'ai envie d'aller. Mais je fais confiance à Laurent Godet. Je me dis s'il va là, c'est que il y a peut-être quelque chose pour moi en tout cas prendre.

Et je me souviens très bien ressortir de la lecture de ce roman, j'y allais pas à reculon mais j'y allais en tout cas par avec un peu un peu circonspection et je ressors de là avec ce truc qui m'est pas arrivé si souvent que ça dans ma vie. Quelque fois avec quatre ou cinq romans dans ma vie, à peine le roman terminé, je le recommence. Je veux pas sortir du récit. Je le relie une deuxième fois. Ça m'est arrivé quand j'étais ado, que j'avais 15 ans avec des souris des hommes de Stenbeck par exemple dont j'ai gardé un souvenir très fort de cette envie, ce besoin de ne pas sortir du récit.

Et cette sensation forte à ce moment-là me fait me dire "Bon sang, il y a quand même quelque chose là-dedans qui me touche au-delà du sujet, au-delà des intrigues, au-delà des personnages quoi. Et ça m'intrigue. Voilà. Et pendant quelques temps, quelques mois, je vais régulièrement y revenir jusqu'à ce qu'à un moment je me rends compte surtout que ben à chaque fois que j'ouvre un passage n'importe lequel dans le roman, j'ai des dizaines d'images qui me sautent à l'esprit. J'ai des envies de couleur, j'ai des envies de paysage. J'ai en tout cas une une envie de m'approprier ce récit. OK.

Donc pardon, donc très très spontanément et très naturellement au bout d'un moment, à ce moment-là, je connaissais un petit peu Laurent déjà, je vais lui dire est-ce que ça t'embêterait si j'adaptais ce texte mais si je me l'appropriais, c'est que tu me laisses les mains relativement libres, ce qu'il a très gentiment accepté de de faire. Et c'est comme ça que je me suis presque embarqué sans savoir. On sait pas toujours ce qu'on va chercher quand on s'embarque dans un livre. Je sais pas toujours moi exactement où ça va où il va m'emporter, ce qui va me permettre de découvrir et ce que est-ce que j'en attends du fait de faire ce livre. Euh donc je sais pas si j'ai plus de réponse à la fin.

Je sais juste qu'en revanche le voyage que ce livre m'a permis de faire euh me donne la sensation d'avoir trouvé quelque chose sur moi. Voilà. Oui. Donc c'est vraiment une demande de de votre part en fait à Laurent à la base et après vous avez véri le cours pour pour après ça devient de j'allais dire de de la technique administrative mais au départ c'est moi on se connaissait un peu. Je il a la gentillesse d'apprécier mon travail, il avait aimé la trilogie italienne. Euh je sais qu'on se disait de temps en temps ça serait marrant un jour peut-être de faire quelque chose ensemble sans avoir forcément de projet concret. Et puis c'est moi qui a proposé à un moment de m'embarquer là-dessus.

et vous parliez de carte blanche. Donc du coup, vous avez eu totalement carte blanche pour adapter le roman. Il y a il y a quand même il a quand même une lecture à la fin ou ce qui vous a donné son avis sur l'adaptation. Il était d'une bienveillance totale, c'està-dire qu'il m'a dit dès le départ tu fais ton cortège. OK. C'estàd et c'est alors moi j'ai la même attitude quand on vient par exemple me voir ce qui s'était produit sur Comé Prima pour adapter au cinéma le film. Moi je dis alors ça me touche beaucoup mais alors vous appropriez moi le récit. ce que j'avais à faire avec ce récit, je l'ai fait en faisant le livre.

Si vous vous voyez à l'intérieur de ça des choses qui ont un écho en vous, à vous d'appuyer dessus, à vous de vous en emparer. Moi, je mettrai pas, j'avais pas mis les mains dans le dans le moteur du film en tout cas quand il s'est fait en Italie. Euh et là Laurent a eu la gentillesse en tout cas de me proposer faire la même chose. Il m'a même dit "Attention, j'ai pas fait un récit historique.

C'est pas du tout un récit historique, c'est ça part d'un point d'histoire mais ça devient quelque chose de beaucoup plus poétique et onirrique." Et il m'avait donc déjà dit "Mais même Alexandre, tu représentes comme tu veux, même si c'est pas comme il est historiquement connu, on s'en fiche." Enfin et ça me convenait de toute façon, c'était ce que j'avais l'intention de faire mais il y avait en tout cas pour de sa part une volonté d'être il était curieux je pense de voir où j'allais embarquer son texte. Super. Justement sur la question des représentations, je vais je vais y revenir mais comment est-ce qu'on adapte un texte ?

Surtout qu'à priori, de ce que je comprends, vous vous le connaissiez parfaitement. C'est c'est comment est-ce que euh comment est-ce qu'on fait des choix parce que évidemment on peut pas tout garder. Comment ça s'est passé pour vous ? Ça a été évident ? Ça a été une réflexion longue ? Alors ça c'est un vrai truc particulier que j'ai découvert en le faisant. C'est-à-dire quand je travaille sur mes propres livres, je ne connais jamais l'histoire à l'avance. Je connais jamais la fin. J'avance de 10 pages en 10 pages et j'avance de manière un peu euh j'allais dire instinctive et en improvisation à l'intérieur du récit avec une trame une trame floue mais une trame quand même.

Et je me je me contente de ça. Là je connais l'histoire puisqu'elle existe, elle a été écrite. Donc ce que je fais pour me l'approprier, c'est que je vais lire tr 4 c fois le roman un peu d'affilé jusqu'à le connaître non pas par cœur mais qu'il soit très présent. Et puis je l'oublie volontairement pendant quelques mois. Et il y a un moment où je décide de me raconter l'histoire à voix haute.

Le simple effet de faire ça déjà, je la transforme l'histoire parce que j'ai beau bien connaître son lecture et son récit, je suis déjà en train de faire des associations, de mélanger deux séquences, de transformer trois personnages en un seul parce que c'est plus comme ça que je m'en souviens et je me raconte à voix haute comme un compteur. La scène du début, je me la dit comme si je l' racontaé à quelqu'un. Et rien que fait de faire ça, je suis déjà en train d'interpréter, d'adapter et de m'approprier le récit. Et c'est vraiment de cette manière-là que j'ai fonctionné.

C'est que je me racontais des séquences puis je notais ce qui m'en restait et je me rendais compte et je ne relisais pas le roman. C'estàdire que je suis retourné voir le roman quand il y avait des textes, des dialogues et des choses que je voulais un peu don je voulais garder évidemment l'essence du de l'écriture de de Laurent Godé. Mais sinon le récit, la trame ce qu'il en reste c'est l'adaptation. C'est presque fait comme si en tant que que compteur, je vous avais raconté l'histoire et et c'est évidemment déjà une réécriture et et je sais que vous travaillez d'une enfin d'une manière générale, vous êtes toujours accompagné de de carnet dans lequel vous vous faites des croquis.

Est-ce que justement au grès de vos lectures, il y avait déjà des des traits, des des formes, des paysages, des personnages peut-être même qui qui très très tôt. À partir du moment où j'ai eu décidé que je voulais m'embarquer sur cette adaptation là, j'ai pris un carnet et dans mes 4 C lectures et relecture du roman, je prenais des notes dessinées parfois quelques mots, ce que je fais souvent, mais des des idées de des pistes graphiques, des couleurs, des choses que je notais dans un dans un carnet. Euh il y a eu au total trois carnets comme ça de notes que je prenais au fur et à mesure et qui était encore une fois euh en c'est c'était également une réinterprétation.

C'estàd c'est je je fais l'interprétation d'une réinterprétation au bout d'un moment de me raconter à voix haute en relisant des notes que j'ai prises déjà en transformant un peu récit. Ça devient quelque chose qui s'éloigne. C'est bel et bien récit mais ça s'éloigne quand même de je me ça se rapproche de moi en tout cas. Ça s'éloigne du roman et ça se rapproche de moi. Donc effectivement les carnets pour moi de toute façon c'est indispensable. Quoi que je fasse, que ce soit un récit court dans un magazine ou que ce soit un livre comme celui-ci qui fait 280 pages, j'ai besoin d'avoir des carnets pour y déposer tout ce qui me traverse. D'accord.

Et et justement sur ce trait et vous parliez aussi de la couleur, on va y revenir parce que c'est une explosion chromatique folle, j'ai pas d'autres mots. [rires] Euh et vous parliez aussi de la représentation d'Alexandre. Euh vous l'avez représenté, il me semble, un peu à à la façon d'un d'un Napollon, euh peut-être même d'un Dionys euh notamment avec euh avec ces ces boucles. Euh comment est-ce que bah vous l'avez représenté ? Quel était le cheminement jusqu'à jusqu'à ce personnage ? Peut-être même aussi avec Dripis. Il y a vraiment, je crois quelques représentations d'Alexandre qui sont évidemment sans doute pas forcément extrêmement fidèles à la réalité.

Je sais pas comment c'est quelques sculptures et quelques peintures ont été traduites. Euh moi je me suis plus appuyé à me dire tiens quelle idée je me fais de lui ? Alors elle est peut-être un peu clichée, elle a un peu carte postale mais ça me convenait bien en tout cas de m'appuyer sur une image un peu qu'on peut avoir éventuellement de lui. J'ai pas j'ai regardé aucun des films par exemple qui qui on qui ont été fait. Euh je sais qu'il y en a eu plusieurs, je les ai pas regardé. Par contre, c'est l'idée que je me fais tiens, moi qui suis pas historien, moi qui ai pas étudié cette période de l'histoire, le le comment je me représente ce personnage là.

Donc il est venu naturellement comme ça. Voilà. Et après en ce qui concerne les couleurs, dans le roman, il y a trois voix. On suit plus ou moins trois personnages qui nous parlent chacun avec leur voix. Alexandre, un messager qui revient au galot de loin et Dripéis, ce personnage qui s'est exilé dans un monastère pour fuir l'Empire.

très vite, il m'est apparu qu'il fallait que chacun ait une teinte particulière et un traitement graphique particulier, pas des grands écarts de l'un à l'autre, il faut bien que ce soit le même livre, mais qui a en tout cas des des nuances qui les différencient pour qu'on sache vite avec qui on est jusqu'à ce qu'éventuellement tout ça se rejoigne et se se mélange dans un dans dans un autre registre encore quoi. Donc tout ça ça c'est des réflexions qui se font de manière assez instinctive en fait. C'est qu' un moment je me dis tiens comment je pourrais dessiner l'ensemble de ce bouquin comme ça comme ça ou comme ça ?

Non en fait il faut que je dessine comme ça comme ça et comme ça en fait il faut que les trois registres se retrouvent et cohabitent pour me permettre d'exprimer ce que tout le récit me me raconte en fait. Oui. Parce que la couleur en fait elle est elle est essentielle dans dans ce récit. Il y a elle sert réellement la narration. Elle est pas du tout accessoire et puis bon, c'est une explosion en plus. On sent que vous avez pris beaucoup de plaisir aussi à réaliser ces planches. Le elle sert aussi, on vit la planche. Je pense que ça tient aussi beaucoup à la couleur. On d'ailleurs, c'est je me suis fait la réflexion après sur le sur la couverture du livre.

On peut lire, il ne faut pas se fier au silence de la plaine. C'est le fracas qui vient. le fracas vraiment on l'entend et je pense que ça tient de votre vibration dans le trait de que vous apportez mais aussi dans cette couleur qui est annoncé avec en fait euh on passe de couleur euh froide quand c'est un petit peu plus euh euh intime on va dire ou en tout cas plus centré sur un seul personnage et puis bon après c'est l'explosion graphique avec le côté épique. C'était volontaire ça ? Oui, la couleur pour moi dans aucun de mes livres, elle est jamais là juste pour colorier le dessin.

Elle a ça a toujours été un personnage presque mais même avec comme Prima enfin ou tous les livres de la trilogie italienne ou ou d'autres, j'ai toujours j'essaie d'avoir peu de teint d'être intre serré mais qui me permet d'exprimer quelque chose en plus du dessin pas simplement colorier le dessin. Euh je sais pas si j'y arrive tout le temps, mais dans mal tempo, quand les personnages font euh euh répètent une musique de rock extrêmement énervée, la couleur vient exploser partout, les traits tout se mélangent. J'essaie de traduire des vibrations, des émotions, des sensations et pour moi la couleur c'est un outil fabuleux pour le faire. Je suis pas un grand coloriste du tout du tout.

En revanche, j'essaie avec des gammes très serrées d'en raconter le plus possible. J'ai toujours ce truc un peu moi du il faut que j'en raconte le plus possible avec le moins possible. Et c'est peut-être ce qui me permet de donner à chaque teinte un rôle un rôle un rôle précis. Je je m'égare pas trop dans des dizaines de de nuance que je saurais pas maîtriser. En revanche, si j'attribue un rôle, une une je dire une vibration particulière à chaque couleur, après ça devient un personnage avec lequel je peux jouer vraiment.

C'est c'est une vibration effectivement vous vous citiziez mal tempo qu'on retrouve notamment dans les premières planches quand quand on découvre Alexandre qui est encore plein de vie. Euh on voit cette répétition du trait qui vibre euh qui bah qui qui qui suggère le l'agitation, le la fête et cetera et effectivement la couleur. Exactement. La la couleur on la retrouve. Euh c'est euh on sent que la musique pour vous euh est quelque chose d'essentiel. J'ai l'impression que c'est le cas aussi dans votre vie. Euh mais on le retrouve dans plusieurs de de vos ouvrages. C'est le cas d'ailleurs. Alexandre se se dit qu'il vit pour danse, il veut la musique mal tempo clairement là est orienté.

Quel est votre rapport à la musique dans la création ? Est-ce qu'elle nourrit votre trait ? Est-ce que c'est l'inverse ? Est-ce que c'est un un dialogue ? Déjà, j'en fais moi depuis la enfin depuis toujours, je joue beaucoup de guitares. Donc guitare et dessin pour moi sont très associés. Et quand je suis pas en train de dessiner, que je fais une pause dans ma journée, c'est pour attraper une guitare et pendant un quart d'heure ou 20 minutes chercher une mélodie. Donc dans ma pratique quotidienne, j'allais presque dire du dessin, la musique est présente.

J'écoute de la musique quand je dessine beaucoup et souvent je met des choses qui sont en lien avec les intentions que je veux traduire dans la journée. Je des choses plus calmes ou cont plus énervé, ça dépend du moment de la journée. Mais en tout cas, j'ai quand même besoin d'être dans un environnement qui porte ce que j'ai besoin de raconter. Et puis la musique, elle a une place particulière dans le fait que je fais énormément de concerts dessinés. Ouais.

avec beaucoup de chanteurs, de chanteuses, que ce soit des gens comme JP Nataf ou comme Arthur H avec qui je tourne depuis quelques temps, dessiner en musique en live, c'est devenu pour moi un espace extrêmement important de laboratoire, de recherche. On dessine pas de la même manière qu'on soit seul dans son atelier tranquillement que de dans un théâtre devant 800 personnes en étant debout pendant que l'artiste est en face de vous en train de jouer. C'est pas du tout la même manière de dessiner, d'aborder le dessin. Et moi, j'ai besoin des deux. C'està-dire que les deux se nourrissent.

Des choses que je cherche dans mon atelier, je les tente sur scène et ça se transforme et je vois où ça m'emmène. Et même chose, des accidents, des imprévus, des choses inattendues qui vont survenir sur un dessin en live. Je vais m'en servir parfois dans mes planches, en tout cas dans mon travail de sur sur des livres. Euh donc la musique, elle est nécessaire pour moi. Dessiner en rythme. Euh j'ai même quand je fais des illustrations, je parle souvent en terme de tempo. Euh dans ma façon parfois de construire des images, euh c'est j'essaie plus de trouver une la bonne rythmique d'un dessin plutôt que la justesse parfaite. Je cherche une rythmique qui me qui me convienne.

Et les couleurs par exemple, je les compose comme ça. Quel est le bon rythme pour faire éclater ça, ça et ça ? Après, je me trompe ou je me trompe pas, mais en tout cas, c'est comme ça je l'envisage quand je fais. C'est c'est effectivement, j'allais y revenir, je je vous rejoins sur sur cette question du traitement de la couleur. On sent aussi par moment qu'elle offre une respiration sur des planches très contemplatives qui du coup vont vont aussi avoir une une charge chromatique forte. Encore une fois, sont pas là juste pour colorier le dessin, elles sont là pour raconter. Il y a même dans pour ce cortège des planches qui ne sont que composé par la couleur.

On est proche de la peinture à certains moments. Il y a plus de trait, il y a plus de dessin, il y a plus que des couleurs. Et c'est important pour moi justement que à ce moment-là on ressente quand même quelque chose. Donc ce soit pas juste là pour faire un joli paysage quoi. Et vos couleurs, vous les composez comment ? Elles sont 100 % traditionnelles. Vous utilisez un peu le numérique ? Comment ça se passe ? C'est un merdier pas possible. C'est je je fais je fais comme je peux mais je mélange les deux.

Très souvent, je fais beaucoup de choses à la main, beaucoup de matière, beaucoup de de fonds de paysage en en couleur et que je retravaille après un peu avec dire en en rajoutant une teinte ici et cetera. C'est c'est souvent une question de collage un peu. J'avance un peu de manière empirique à ta mais il y a toujours une base où tout est fait à la main. Moi je je dessine à la main de toute façon. Moi je j'ai besoin d'avoir les les doigts pleins d'ancre et de et de crayons en fin de journée. Donc de toute façon toutes mes planches, tous les paysages, tout est fait à la main.

Je scanne et à ce moment-là, j'ai tendance effectivement à venir réhausser un bleu que je trouve un peu éteint ou à bouger un peu les lumières. Oui. OK. Et par rapport euh à justement à votre bibliographie, par rapport à votre travail, vous avez toujours fonctionné comme ça ? C'est euh est-ce que c'est quelque chose qui s'est fait au au fil des albums de dans le fait de construire la couleur ou surou sur les livres en général ? Sur sur sur la couleur d'abord et pourquoi pas sur les livres. la couleur, ça a longtemps été pour moi un espèce de une bête noire.

Justement, à mes tout débuts, je sais que je faisais un peu parce que je sentais qu'il fallait que j'apprenne un truc, mais j'étais vraiment en souffrance. Euh, je maîtrisais pas. J'ai je suis pas certain d'avoir toujours les bonnes les bonnes correspondances de couleur dans l'œil. Donc au début, je vivais ça un peu comme une souffrance et comme un passage obligé. Mais j'avais quand même la sensation que j'aurais peut-être un moment, un truc à exprimer. Euh ça s'est décoincé quand il y a une petite vingtaine d'années, j'ai commencé à tenir, on en revient à ça, des carnets dans lesquels quotidiennement je dessine et quotidiennement j'expérimente des choses.

Je commence toutes mes journées comme ça depuis presque 20 ans, 20 minutes de dessin libre dans des carnets dans lesquels je mutorise tout, absolument tout et même à faire des choses complètement ratées et absolument inavouables. Donc je m'autorise tout. Mais à ce au du moment où j'ai commencé à faire ça, je me suis aperçu que je trouvais par accident euh par combinaison euh pas forcément judicieuse au départ euh des petites fenêtres pour aller peut-être faire des choses qui me soient un peu plus personnelles et la couleur est devenue un jeu à ce moment-là.

Ça pas été au départ, ça est devenu depuis trois qu livres, ça est devenu Oui, parce qu'on on sent enfin j'y reviens parce que la couleur vraiment m'a m'a marqué dans cet album. Alors, il y a pas que la couleur vraiment encore bravo pour pour cet album. Mais pas ça entre nous [rires] mais la la couleur est vraiment Oui, c'est un personnage à part entière et et c'est vraiment une explosion graphique et chromatique qui le le roman, il est il est blindé, j'allais dire de d'émotion très tén et suggéré. Euh pour pouvoir en traduire une partie à travers le dessin, il fallait à tout prix que je me contente pas de me dire que la couleur serait là pour faire joli ou pour colorier le dessin.

Il fallait vraiment que je j'accepte dès le départ que la couleur, elle viendrait accentuer des choses, voir parfois dire des choses, que le dessin n'allait pas dire. Quand je disais qu'il y a parfois des doubles pages centrées, sans dessin, uniquement en matière et en couleur, c'était vraiment dans ma tête pour me dire euh je veux que la couleur ait une place narrative ou à part entière. C'est le cas avec, je pense que c'est l'âme de de de d'Alexandre ou en tout cas le la lumière de vie qui ou espèce de bougie qui s'éteint doucement. Oui, tout par exemple, ça c'est typique d'un truc où le roman décrit plein de choses et comment son souffle s'éteint doucement.

Moi, je vais évidemment pas garder le texte tout du long parce que sinon autant lire le roman. Donc, comment je traduis ce truc de quelqu'un qui est en train de s'éteindre doucement, qui perd son souffle de vie uniquement avec du dessin, même pas de trait, juste de la couleur, bah voilà, par cette petite flamèche, on a l'impression qui est doucement en train d'être mangé par l'obscurité. Là, par exemple, la couleur prend tout son sens narratif pour moi quoi. Côté influence, euh vous disiez tout à l'heure que vous avez pas vous êtes affranchi des films, vous avez pas souhaité les les voir avant.

Euh le cinéma peut être une source d'influence sur d'autres livres que vous avez réalisé auparavant. Il y a on a parlé de la musique avant. Est-ce que vous avez comme ça des liens avec d'autres médias ? Sur ce livre là ? En tout cas, j'étais beaucoup plus en regard par rapport au théâtre. Euh pour moi, ce roman, c'est plus une pièce de théâtre dans l'absolu. Et et c'est vers ça que je me suis tourné. Donc, j'ai plutôt regardé comment les opéras s'étaient emparés de la lumière, comment ou de la mise en scène, comment de de des pièces de la Grèce antique avait joué était monté avec une sobriété d'éléments et de décor. Donc pour ce livre-là, c'était ça.

pour par exemple les trois livres de la trilogie italienne que j'ai faite, c'est très clairement un hommage d'amour au cinéma italien des années 50, 60 et 70 qui est le cinéma que j'aime le plus au monde parce que tout simplement je pense que c'est le meilleur cinéma monde sur cette ces trois décennies là, je pense qu'ils ont inventé des choses qui ont été reprises après dans plein d'autres endroits commencé par le nouvel Hollywood qui n'était fait que par des réalisateurs des immigrés italiens qui arrivaient aux États-Unis et qui connaissaient très bien ce cinéma et qui sont mis à faire un peu la même chose à l'américaine.

Le western spaghetti les western spaghetti mais même score 16 ces premiers films c'est ni plus ni moins que des films italiens. C'est des marginaux, des losers, des gens sur le bord de la route qui deviennent les personnages principaux de récit dans un monde qui les dépasse. Ça c'est le cinéma italien des années 50 60 70 quoi. Et le nouvel Hollywood va faire ça. C'est plus des héros, c'est des marginaux et des gens à qui on va donner la parole parfois violemment mais on va leur donner la parole.

Et et là par contre pour la trilogie italienne, oui, c'est moi j'ai baigné dans ce cinéma là gamin que mon père m'a vraiment inculqué, transmis et et que je qui est pour moi une des plus belles manières de raconter des personnages et de d'être à côté de personnage. Donc donc le cinéma est une source de d'inspiration quotidienne dans beaucoup de mon boulot. Sur ce livre là sur Cortège, c'était plus le théâtre. Ouais. Votre famille d'ailleurs si je dis pas de bêtises, vos parents viennent du théâtre ? Mes parents sont comédiens. Ouais, tout à fait. Moi, j'ai grandi dans des théâtres. C'est d'ailleurs pour ça que pour moi le dessin est beaucoup plus lié au théâtre qu'au cinéma.

On a souvent tendance à dire que la BD c'est un peu un cinéma de papier et cetera. Pour moi, pas du tout. Je j'ai vraiment passé du temps enfant dans les coulisses à dessiner mes parents sur scène. Donc c'est c'est pour moi dessin et théâtre sont très très liés depuis toujours. Et l'écriture, il y a une écriture similaire pour moi qui est de on a un carré, la scène, il y a peu d'éléments dedans mais il faut arriver à raconter une histoire. On peut pas tricher trop, les gens sont là, ils voient bien ce qu'on est en train de faire donc on compose avec ce qu'on est à ce moment-là.

Moi, je fais de la bande dessinée comme ça et je fais mes planches, je relis jamais mes livres en arrière, je reviens jamais en arrière. Je veux dire, j'avance, je fais les planche avec ce que je suis au moment où je suis. J'ai j'ai quelque chose de l'ordre un peu du comédien qui joue avec ce qu'il est au moment où il fait. Et et mes parents effectivement étant comédien, je pense que j'ai pris ce truc là. Je n'ai eu de cesse dans mon travail d'essayer de me rapprocher d'une forme théâtrale de de faire de la bande dessinée. Et cette couverture euh justement qui euh maintenant que vous parlez de théâtre, je je fais un lien aussi.

Bon forcément elle évoque Fèdre, elle peut évoquer aussi Andromac. C'est c'est volontaire justement le était complètement volontaire de vous leur faire un petit clin d'œil à des affiches de théâtre antique des années 50 60 théâtre grec des années 50 60 qui avait des affiches comme ça avec le titre toujours en bas un cadre un personnage souvent frontal avec soit un minotaure soit en tout cas soit et je j'avais envie de faire un clin d'œil à ça. Oui. Je pense qu'on a j'ai déjà bien pris de votre temps. Vous allez me dire en fait vous avez gardé qu'une minute 20 et j'ai et j'ai raconté tout ça pour rien. Et en plus on a même pas vu mes chaussettes.

[rires] Faire on peut faire un plan sur mes chaussettes. Non parce que je je je les ai acheté. Je les aime bien. Je les aime bien. J'aime bien mes chaussettes. Mais c'est pour être miniature. Elles sont très simples. Je veux dire il y a rien de Tu vois ce que je veux dire ? Il y a rien de fou. C'est juste je sais pas je les ai acheté il y a pas longtemps. J'aime bien quoi mes chaussettes quoi. Sais rien. Je je vais je vais terminer par deux questions. Euh oui je viendra. [rires] C'est sympa. Merci. Et ben effectivement, tu vous anticipez pardon euh la la question. Je m'occupe effectivement du festival Normandibul dans lequel vous avez été l'invité d'honneur en 2017.

Euh exactement donc pour 2027, je compte sur votre participation. Euh bien joué. OK, merci. Bien joué. [rires] Et euh et ça m'amène en fait à ma dernière question. Euh quel est pour vous le festival parfait ? Ah s'il existe euh c'est le festival parfait. C'est un festival qui laisse de l'espace pour qu'on se rencontre en dehors du simple acte d'acheter un livre euh et de se le faire dédicacer. Euh moi je crois qu'aujourd'hui j'ai clairement besoin de me dire que quand je vais dans un festival, je vais y voir des choses qui ont un lien avec les livres, avec la bande dessinée, mais qui me permettent de de découvrir d'autres aspects de la bande dessinée. Des concerts dessinés.

des lectures théâtralisées d'une bande dessinée et surtout des espaces dans lequel des expositions pourquoi pas mais mais surtout des espaces dans lequels je vais pouvoir discuter avec alors soit des collègues soit des lectrices et des lecteurs mais dans un cadre qui n'est pas uniquement celui de me dire je suis derrière une table il m'achète un livre on a 5 minutes pour dédicacer moi j'ai besoin de me dire aujourd'hui qu'un festival me permet de vivre un peu autre chose et je pense même je vais aller un peu plus loin que la forme exclusive des festivals qui propose simplement aujourd'hui d'être en randonnion derrière des tables pour vendre des livres uniquement.

C'est important de le faire attention mais il ne propose que ça. Je pense que c'est c'est plus c'est c'est dépasser par rapport aux attentes de tout le monde, des autrices, des auteurs, des lectrices et des lecteurs. Bon à réfléchir. Certains festivals commencent ils réfléchissent, certains proposent des formules et des choses. Il y a un des festivals qui proposent aucune dédicace du tout et c'est seulement si tu as envie parce que tu as rencontré ce qui est cas Bastia par exemple. Mais mais je pense qu'il y a plein de choses à inventer. Les gens ont envie de ça, je pense aujourd'hui des choses qui fassent un peu lien et qui fassent pas uniquement commerce.

Bon ben c'est noté, on a on a une programmation. Bah voilà, c'est ça. Maintenant, je me suis mis la pression. Bien joué. [rires] Un partout. C'est ça. Merci Alfred. Avec grand plaisir. Merci à tous.

26:20
Non speech

[musique]