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AutreFrance Inter — Le débat de midi (sur Site radio)· 27 juillet 2023 54 minContradictoireMixte

Sans alcool, la fête est-elle folle ?

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0:16
Présentateur

Bonjour, bienvenue dans le débat de midi sur France Inter. Très heureuse de vous retrouver aujourd'hui pour interroger notre rapport à l'alcool, surtout en cette période estivale. Apéro, barbecue, terrasse, l'été, il y a toujours quelque chose à fêter et on entend des phrases qui sonnent comme des litanies. Qu'est-ce que je te sers ? Tu vas bien goûter ça ? Alors au début, c'est plutôt convivial, mais si vous refusez le verre de l'amitié, c'est là que le disque commence à grincer. Tu vas bien m'accompagner ? Allez, au moins un, ne me laisse pas seule. Y a-t-il une injonction à boire en France ? Dans le pays du vin, refuser un verre, c'est suspect.

La norme interroge celui qui est sobre, jamais celui qui est sou. Déjà en 1957, Roland Barthes parlait dans ses mythologies d'un savoir boire en France comme d'une obligation sociale. Si l'analyse du philosophe est toujours actuelle, la consommation d'alcool a drastiquement chuté. Les jeunes lèvent moins leur verre car ils savent que l'alcool tue, en moyenne 40 000 personnes chaque année. C'est l'émergence d'un nouveau mouvement, certains diront puritain, diabolisant, qui prône le sans-alcool. On organise des sober parties, des soirées sobres, on assiste au boom des vins, des bières, des cocktails sans-alcool.

Alors aujourd'hui, dans le débat de midi, on s'interroge sur l'omniprésence de l'alcool comme ciment social de la fête. Peut-on être un bon épicurien et totalement sobre, ou un rabat-joie alcoolisé ? Boit-on toujours par envie ou par obligation ? Et comment retrouver l'ivresse de vivre sans les lendemains qui déchantent ? Beaucoup de questions, elles sont nombreuses et passionnantes. Et ça tombe bien, on est ensemble jusqu'à 13h. Paola Puerhari, le débat de midi sur France Inter.

2:01
Auditeur

Bonjour, je voulais réagir à la question « Sans alcool, la fête est-elle folle ? » Moi, je dirais que de mon point de vue, c'est compliqué. En ce moment, les jours sont plus longs, c'est l'été. On pourrait boire l'apéro tous les soirs. Il y a toujours quelque chose à fêter. Et pour moi qui essaie d'avoir une consommation raisonnée ou en tous les cas de ne pas boire tous les soirs, j'avoue qu'il y a des fêtes, des soirées, des apéros où je me dis « Tiens, je ne vais pas y aller parce que ça va être compliqué de ne pas boire d'alcool. Je risque d'en payer le prix le lendemain. Donc, je suis obligé de faire l'impasse. » Voilà, merci.

2:34
Présentateur

Merci à Paul pour cette note vocale qui reflète assez bien l'état d'esprit des Français qui sont tiraillés par les sirènes de l'apéritif l'été. Alors, vous aussi, vous pouvez nous laisser vos impressions, vos questions ou nous écrire sur l'application France Inter. Allez-y, on aime vous lire. Et aujourd'hui, le débat de midi ouvre sa table à quelques convives pour une tournée générale à l'eau minérale, je précise, puisqu'on va interroger notre culture à l'alcool et à la célébration. « Sans alcool, la fête est-elle folle ? » ou « Simplement bien faite ? » C'est la question qu'on va poser à Augustin Laborde.

3:07
Invité

Bonjour.

3:07
Présentateur

Bonjour Augustin, vous avez ouvert le Pan qui boit à Paris. C'est la première cave de France sans alcool. Et justement, vous nous avez ramené quelques boissons.

3:15
Invité

Tout à fait, je vous ai ramené une bière, des cocktails et des boissons gastronomiques pour aller à table.

3:19
Présentateur

Zéro alcool.

3:19
Invité

Zéro alcool.

3:20
Présentateur

Bonjour Eric Morin.

3:21
Invité

Bonjour, bonjour à tous.

3:23
Présentateur

Bonjour, vous êtes avocat pénaliste, élu personnalité de l'année par la revue de Vin de France. Vous avez raccroché votre robe d'avocat pour vous rapprocher des bords de Loire où vous êtes actuellement. Et pour ce débat, vous avez accepté d'être officiellement le défenseur des vins et des vignerons. Est-ce que votre plaidoyer est prêt ?

3:39
Invité

Écoutez, on est dans les starting blocks. Je remets la robe pour une heure.

3:43
Présentateur

Docteur Laurent Carilla, bonjour. Bonjour. Bonjour, vous êtes psychiatre, professeur en addictologie à l'hôpital Paul Brousse de Villejuif. Vous êtes aussi l'auteur du podcast Addiction avec un cas, mais aussi un gros fêtard, un fan de la vie métal. Et vous nous direz pourquoi les Français associent l'alcool comme marqueur de lien social. Bonjour Claire Touza. Bonjour. Vous êtes journaliste et vous avez écrit un témoignage bouleversant, puissant et courageux, sans alcool, aux éditions Flammarion. Et dans ce livre, vous levez le voile sur 20 ans d'addiction et cette difficile année de sevrage.

Vous racontez que pendant toute votre jeunesse, l'alcool a été l'épine dorsale de votre construction. Vous avez commencé à boire adolescente par rébellion pour ressembler à vos héroïnes. Oui, exactement. J'ai sorti ce livre il y a un bout de temps déjà. Et voilà, j'ai reçu énormément de témoignages en retour. Donc c'était très intéressant. C'était une conversation en fait. J'ai lancé le sujet et ça a été assez fou. Parce qu'en fait, l'alcool cristallise beaucoup de choses en France. Et donc quand on le déroule, notre rapport à l'alcool, je trouve qu'on déroule énormément de sujets en fait hyper intéressants. Et alors pourquoi l'épine dorsale de votre construction ?

Pourquoi boire par rébellion ? Déjà, moi je suis née dans une famille de bons vivants. Donc vraiment, ça faisait partie de notre éducation, l'alcool, comme dans beaucoup de familles françaises. Et puis aussi, je pense que pour les femmes, c'était un territoire d'émancipation un peu. C'est-à-dire que moi je me suis construite parce que toutes mes héroïnes, effectivement, étaient un peu punk. J'adorais Véronique Samson, mais j'avais vraiment envie de me construire de façon à détruire un peu l'image bien sage de la femme, telle qu'on me la présentait. Et ça a été d'abord un territoire d'émancipation.

Jusqu'à ce que ça devienne un territoire un peu carcéral, puisque je suis devenue addicte et j'ai des consommations de plus en plus dangereuses. Et donc voilà, j'ai décidé d'arrêter et d'en faire un récit intime et littéraire, montrant qu'éventuellement, la sobriété pourrait être une des voies possibles avec la modération et voilà. Et justement, quand vous avez annoncé à vos proches que vous aviez arrêté de boire de l'alcool, et bien comment ont-ils réagi ? Ça a été très complexe parce que l'alcool, on place beaucoup de choses derrière l'alcool en France. C'est notre lien social, c'est énormément de choses.

Donc en fait, on a l'impression que c'est subversif de boire, mais en fait, c'est très normatif. C'est une norme massive. C'est-à-dire que l'alcool est partout et on s'en rend vraiment compte quand on arrête de boire. Et donc quand on fait un pas de côté de cette norme, personne ne comprend en fait. On a tellement associé la notion de plaisir, la notion de fête, la notion aussi même familiale, de réunion en fait autour de l'alcool, que c'est comme si quelque part on était radicaux de ne pas boire, alors que ça pourrait être juste quelque chose d'assez normal finalement. Et comme si on ne voulait pas participer à une forme de collectif.

Justement, ce qui est intéressant dans votre livre, et je vais vous citer, c'est que sans alcool, vous vous sentiez étrangère à votre propre pays. Vous écrivez, je ne partage plus l'amour du pinard, je rate cette heure bénie où l'on ou ses coups durs et ses grandes joies sous des grands crus. Je suis une damnée, une traîtresse, je ne partage plus rien avec la société française. Sans alcool, on est hors jeu en France ? Pas hors jeu, après on reconstruit, je pense, les choses différemment. C'est vrai que quand je l'ai écrit, j'étais en plein arrêt, j'aurais peut-être des perspectives un peu différentes aussi aujourd'hui. Mais c'est sûr que c'est difficile. C'est vraiment dur en fait.

Enfin, ça dépend du type de vie qu'on a, mais moi je suis fêtarde et je le reste par ailleurs. Et en fait, c'est toujours une question puisque la question revient régulièrement en soirée. Mais pourquoi tu bois pas ? Alors maintenant, moi je suis assez identifiée. Pas par tout le monde, évidemment, mais on sait autour de moi que j'ai écrit ce livre, donc on ne m'ennuie plus avec. Mais j'ai plein de gens qui souvent m'écrivent des messages en me disant que le plus casse-fier, c'est ça en fait. Ce n'est pas de faire la fête sans alcool. C'est tous les gens qui viennent vous dire qu'en fait, vous ne faites pas partie de la fête.

C'est la justification, c'est-à-dire qu'on doit se justifier quand on dit non, je ne bois pas. Oui, puis il y a ces termes que vous avez utilisés dans l'introduction qui sont hyper intéressants, qui sont puritains, radicaux. Alors on ne sait pas par rapport à quel baromètre qui serait l'obligation de boire, en fait. Et donc c'est très étrange parce qu'en fait, nous on veut juste ne pas boire, mais ça n'empêche pas de faire la fête, de danser. Mais comme ça envoie à une sorte d'effet miroir aussi aux gens, je pense que c'est ça le problème. C'est qu'on ne leur dit pas seulement j'ai arrêté de boire, on leur dit regarde ta consommation. Pour eux, en tout cas.

Vous parlez même d'un déni français. Oui, parce qu'en fait, on associe beaucoup les valeurs françaises, à gauche comme à droite, il n'y a pas vraiment de parti politique là-dessus, à quelque chose d'épicurien, très lié au patrimoine, etc. Et je pense que c'est un peu comme si tout d'un coup, on ne voulait plus. Alors on dit les sobres, c'est les Américains, c'est les Puritains, etc. Il y a une sorte de binarité comme ça, où en fait, soit on est du côté de l'alcool et on est jouisseur, etc. Soit on est sobre et on est peine à jouir, et j'en passe. Et c'est étrônant parce que c'est mettre beaucoup de choses, et c'est déterminer l'alcool comme unique plaisir, en fait, et jouissance.

Alors qu'on peut d'ailleurs avoir beaucoup de plaisir à plein d'autres choses. Laurent Carilla, vous qui êtes addictologue, alors professeur en addictologie, comment est-ce que vous expliquez ce rapport entre l'alcool et les Français comme ciment social de la fête ?

8:40
Invité

L'alcool, ça fait partie de l'identité nationale, en fait. Surtout le vin, puis la bière. C'est un phénomène d'identité. Il n'y a rien de psychologique, il n'y a rien de psychiatrique, même dans ces éléments-là. Ça fait partie de l'identité. Il faut boire. Si on ne boit pas, on est perçu comme quelqu'un de bizarre. Moi, je le vois surtout avec les patients. Les patients qui disent « Je ne sais pas comment je vais faire, je vais aller à une soirée, je vais m'emmerder parce que je ne bois pas. » Il y a des gens qui font des critiques. Voilà, c'est exactement ce qui a été dit, en fait.

9:09
Présentateur

Mais pourquoi alors ? Comment est-ce qu'on déconstruit cette image sociale ?

9:13
Invité

Il faut se baser sur des recommandations de consommation. C'est-à-dire, à la base, on peut boire. On peut boire comme ce que dit Santé publique France. C'est-à-dire deux verres par jour, pas tous les jours, plus de dix verres par semaine. Voilà, si on a envie de boire, on boit. Il faut rester dans du régulier de consommation. Ce n'est pas « Je ne bois pas » ou « Je bois à fond ». De toute façon, ceux qui boivent à fond vont finir par être malades. Et pas que l'addiction. Parce qu'il n'y a pas que ça comme maladie. Et ceux qui ne boivent pas, qui sont un peu... C'est un peu complexe ou ils deviennent un peu très critiques par rapport au conso, bon, il faut le respecter.

Mais ce n'est pas une solution pour tout le monde.

9:55
Présentateur

Mais c'est vrai que culturellement, en France, on interroge la norme de celui qui ne boit pas. Il n'y a pas la même chose avec la cigarette. Par exemple, si vous dites « Non, merci, je ne fume pas », on ne va pas dire « Allez, prends une cigarette ».

10:04
Invité

Non, mais c'est le phénomène d'identité. C'est par le vin, notamment. En France, c'est très marqué. Le vin a été considéré comme un aliment, ce qui est absolument faux. Le vin a été considéré comme un protecteur cardiaque, ce qui est absolument faux. Il y a plein d'idées reçues. Et je ne critique pas le vin. Je bois occasionnellement du vin. Mais du bon vin. Ça fait partie de l'éducation. J'ai fait mon internat de psychiatrie à Lille. On me racontait que petits, certains, il n'y avait pas d'eau à table, il y avait de la bière à table. Donc, il y a un phénomène culturel.

10:37
Présentateur

Éric Morin, la parole à la défense. Comment est-ce que vous expliquez ce rapport presque contraint des Français à l'alcool ? C'est dans notre ADN, finalement, dans notre mythologie ?

10:45
Invité

Oui, il y a quelque chose qui n'est même pas de la mythologie parce que la mythologie, c'est quelque chose d'inventé. On n'est pas le premier ou le deuxième producteur de cigarettes dans le monde. En revanche, on est, selon les chiffres, le premier ou le deuxième producteur de vin dans le monde. Devant ou derrière l'Italie, ça dépend en quel chiffre on prend. Donc, ça représente un poids géographique considérable. Prenez une carte des vignobles superposée à une carte de France. Oui, ça envahit considérablement. Et puis, en plus, avec le réchauffement climatique, ça monte vers le nord. Donc, attention, bretons et nordistes. Donc, oui, évidemment, ça a un rapport à l'identité nationale.

C'est évident. Et de ce point de vue-là, je rejoins ce que dit Laurent Carilla.

11:26
Présentateur

L'identité, même politique. On se souvient de Chirac peinte à la main. Le mois dernier, on a vu Emmanuel Macron descend d'une bière cul sec. Est-ce que vous pensez qu'un président pourrait être élu en France s'il disait qu'il ne buvait pas pendant une campagne électorale ?

11:40
Invité

En tout cas, on a connu des présidents qui ne buvaient pas d'alcool, qui le disaient plus ou moins en off. Aujourd'hui, on a des présidents qui sont à l'image des Français. Il y en a qui boivent, il y en a qui ne boivent pas et il y en a qui le montrent, il y en a qui ne le montrent pas. Ça ne me choque pas. J'aurais préféré voir le président Macron avec autre chose qu'une corona à la bouche.

12:04
Présentateur

Oui, on imagine un grand cru. Alors, le problème, c'est que pendant un long moment, quand on ne buvait pas, on en était réduit à boire de l'eau pétillante. Et ça, vous vous en êtes rendu compte, Augustin Laborde, pendant le confinement. Racontez-nous votre expérience.

12:15
Invité

Oui, exactement. parce que j'ai moi aussi arrêté de boire de l'alcool. Alors, pour le coup, je n'avais pas de problème d'addiction, mais j'avais juste envie de changement. Et comme toute personne qui cherche des alternatives, lorsqu'on cherche, justement, on ne trouve pas ou en tout cas, c'est très difficile ou alors on va nous proposer des sodas très sucrés ou des jus de fruits alors qu'il y a une offre qui se développe vraiment. Alors, elle n'était que accessible sur Internet et moi, l'idée, c'était tout simple, c'était de les regrouper et de les mettre, de la rendre disponible à tout le monde dans un magasin physique où vous allez pouvoir venir, on peut faire la fête sans alcool.

Il y a vraiment de quoi boire et surtout de prendre beaucoup de plaisir. On insiste beaucoup sur la qualité. Donc, voilà, très peu sucré, c'est bio, c'est du local tant qu'on peut. Et en gros, en termes d'offres, vous avez deux grandes familles qui les substituent donc qui vont chercher à ressembler à un cocktail avec du rhum, à une bière ou autre et à côté, toutes les créations origines. Donc là, il n'y a vraiment plus de comparaison possible. Vous avez des boissons à base de plantes, à base de macération, d'infusion, c'est délicieux. Alors,

13:11
Présentateur

qui sont les clients qui viennent dans votre cave sans alcool ?

13:13
Invité

Alors, contrairement à ce qu'on pense et à ce qu'on me dit souvent, moi, je n'ai pas que des femmes enceintes ou des personnes musulmanes. C'est évidemment une partie importante de ma clientèle mais c'est une minorité, c'est à peu près 10, 15, 20%. Nous, la majorité, c'est un peu les personnes dont on parlait tout à l'heure, c'est ce que nous, on va appeler des flexi-drinkers, donc des personnes qui vont passer de l'un à l'autre de manière très fluide sans se poser trop de questions, sans se prendre la tête.

Voilà, pendant une soirée, ils vont sans doute commencer avec un verre avec alcool pour avoir un peu l'effet de détente et après, ils vont passer sur du sans-alcool pour pouvoir durer, ne pas avoir de lendemain compliqué justement. Donc, c'est vraiment ces flexi-drinkers. Alors, pour l'instant, c'est plutôt des femmes quand même, on est sur une dominante au moins 60, 70% de femmes relativement jeunes entre 20 et 30 ans. Donc, c'est vraiment un changement qui est en train de part et on est en train de prendre part et on n'est qu'au début de ce mouvement-là en fait.

13:58
Présentateur

Et alors, le vin sans alcool, ça a le même goût que du vin, que du rosé,

14:02
Invité

que du blanc ? Non, mais les bases dès le début, ce n'est pas la même chose et nous, vraiment, notre premier conseil, la première chose qu'on dit, c'est ne comparez pas, ça ne peut pas être la même chose entre un vin à 10-12 degrés et un vin à 0, ce n'est pas la même chose. En gros, vous avez deux familles, sans rentrer dans les détails, vous avez les boissons en base de raisin sans fermentation, donc là, ce n'est même pas appelé un vin et après, vous avez les vins désalcoolisés, donc pour le coup, on part d'un vrai vin et on enlève l'alcool et évidemment que ce processus-là, il a un impact sur le produit final.

Alors, vous aurez des arômes et vous n'aurez pas la même longueur en bouche, il n'y a pas de tannin, etc. Mais ça vaut le coup quand même d'essayer au moins une fois et sinon, il y a plein d'alternatives.

14:34
Présentateur

Alors, Laurent Carilla, c'est devenu un vrai business. On a vu des grands industriels s'emparer de cette tendance et proposer, par exemple, du gin sans alcool. Alors, en tant qu'addictologue, vous voyez ça d'un bon oeil ou c'est un tremplin à la consommation ?

14:52
Invité

Un jeune qui n'a pas été exposé à l'alcool et qui va prendre du gin sans alcool ou voir les images, un mojito sans alcool, etc. On peut prendre les exemples à l'infini. Ça sensibilise un peu le cerveau en fait en disant peut-être plus tard, je vais goûter de l'alcool. Il y a un phénomène qu'on appelle le modeling en thérapie. C'est je vais faire comme les grands qui consomment de l'alcool. Et c'est la même chose avec il n'y a pas que ces bouteilles-là. Il y a aussi les bonbons au mojito, tous les produits dérivés avec des noms de cocktails en fait. Donc il faut faire attention.

Il faut en tant que parent, en tant qu'adulte, éduquer sur cette question-là et ne pas dire tiens, moi je bois un mojito, toi tu bois un mojito sans alcool.

15:32
Présentateur

D'accord. Éric Morin, vous êtes un peu embêté qu'on parle de vin sans alcool. Est-ce que c'est vraiment du vin s'il y a 0% d'alcool ou est-ce qu'il y a une usurpation d'identité ?

15:41
Invité

Non, la question juridique est complexe. Je ne crois pas encore au grand emplacement du vin sans alcool par rapport au vin mais ça illustre aussi une situation qu'on a en ce moment. C'est que le vin est en pleine mutation. Alors il est en pleine mutation d'abord pour des raisons climatiques mais il est aussi en pleine mutation d'un point de vue social, sociétal et l'initiative et les initiatives de plus en plus de plus en plus nombreuses de créer des boissons sans alcool et en particulier un ersatz de vin mais qui s'apparente à du vin mais qui est sans alcool est intéressante. J'en ai bu. Je n'en ai pas bu chez monsieur mais j'en ai bu par ailleurs.

C'est intéressant et c'est même beaucoup plus surprenant qu'on ne l'imagine pour un palais averti qui a l'habitude de boire du vrai vin. Après, j'entends qu'il faut éduquer pour ne pas prendre des bonbons au mojito mais en même temps on continue à appeler ça vin sans alcool. Alors peut-être qu'il faudrait trouver une autre appellation pour justement séparer cette question de l'alcool de la question du vin.

16:46
Présentateur

séparer cette question et surtout ne pas culpabiliser les amateurs de vin ceux qui boivent par amour du goût un verre de grand cru en pleine conscience on se demande aussi si le vin ce n'est pas un patrimoine à défendre et si tout est à faire d'éducation comme vous le rappeliez et bien on va continuer le débat et je vous laisse méditer sur ces questions en écoutant Aloha Baby du groupe La Femme.

17:07
Locuteur 8

C'était Aloha Baby

20:41
Présentateur

signé La Femme Le débat de midi Nous sommes toujours dans le débat de midi prêt à lever nos verres sans alcool avec Augustin Laborde qui tient le pan qui boit à Paris une des premières caves de France sans alcool avec Eric Morin aussi défenseur du vin et des vignerons avec le docteur Laurent Carilla professeur en addictologie et Claire Touzard journaliste qui signe le témoignage sans alcool aux éditions Flammarion On continue à interroger notre consommation entre résistance culturelle et pression sociale et j'aimerais vous faire d'ailleurs réagir à une tribune qui a fait couler beaucoup d'encre son titre Arrêter de culpabiliser les amateurs de vin elle a été écrite par l'écrivain Philippe Claudel publié dans le Figaro et je vais vous en lire un passage On ne parle que d'alcool que pour accuser Bien sûr on peut vivre sans vin et nul n'est contraint d'en boire mais qu'on ne contraigne pas non plus quiconque à s'en priver et puis vivre sans plaisir et sans joie sans lumière et sans fête sans soleil et sans feu sans mémoire et sans histoire Est-ce vivre ?

Faudrait-il commencer à avoir honte de boire ? Alors Eric Morin vous qui êtes dans ce débat l'avocat défenseur du vin est-ce que vous partagez ce point de vue ?

21:59
Invité

Oui en grande partie même si les slogans c'est un peu moins mon truc mais ça fait 30 ans qu'on a une loi que tout le monde connaît qui s'appelle la loi Evin et qui interdit la publicité pour l'alcool et vous l'avez dit dans votre introduction la consommation la consommation d'alcool a été fortement divisée depuis une cinquantaine d'années et le nombre de décès dus à l'alcool à travers les maladies qui sont répertoriées comme dues à l'alcool n'a pas diminué d'autant elle a diminué certes c'est aussi les progrès de la médecine mais elle n'a pas diminué autant c'est donc que la loi Evin elle est un échec et elle est un échec d'un double plan sur ce plan que je viens de rappeler d'un point de vue médical et également sur le plan sociétal parce que cette injonction dont on parle à forcément boire du vin et que ça soit dans l'ADN du français elle oblige tout français à dire qu'il s'y connait en vin or c'est faux c'est faux parce que le fait de ne plus en parler et je suis dans une émission où on en parle donc je m'en réjouis mais en tout cas ne plus en parler à la télévision de ne plus pouvoir continuer à en débattre sans dire qu'il faut boire avec modération en permanence et donc se priver d'un certain nombre de débats fait qu'aujourd'hui la culture de tout ce qui est autour du vin de la vigne du chai de la fabrication du vin de ce que l'on y met et de comment mieux boire plutôt que boire tout court est en train de disparaître et la conséquence de ça c'est que sans doute que les jeunes en tout cas qui ont une culture sur le vin de plus en plus de plus en plus faible soit en boivent de moins en moins soit se contentent d'un mauvais rosé pamplemousse en pensant qu'ils boivent du vin donc ça a aussi des incidences de ce point de vue là

23:40
Présentateur

donc on comprend bien que vous aimeriez qu'on éduque plus sur le vin mais pour vous Laurent Carilla addictologue est-ce que c'est un échec cette loi et vin ?

23:47
Invité

non déjà la loi et vin était complètement détricotée on voit bien il y a des pubs pour l'alcool un peu partout dans le métro partout devant les écoles c'est une catastrophe en fait les bières etc non je ne crois pas qu'il y a un échec de la loi et vin je crois plutôt qu'il y a une puissance des lobbies alcooliers en France soutenus par le gouvernement et que par exemple le dry january qui n'est pas une injonction à ne plus jamais boire mais un essai de faire une pause pendant un mois ben c'est même pas soutenu par le gouvernement ni le ministre de la santé donc il y a un vrai vrai truc autour de ça et je pense que c'est plutôt une logique de business qu'autre chose

24:23
Présentateur

Est-ce que Claire Touzard vous comprenez justement vous qui avez arrêté de boire cet argument du vin comme ADN de la France comme l'histoire de France un patrimoine à défendre ?

Moi ça me fatigue un peu pour être honnête parce que certes moi j'ai de la famille qui travaille dans le vin donc je respecte ce métier en plus mais je trouve que l'injonction inverse elle est problématique aussi c'est-à-dire qu'il faudrait boire pour être français ça ne signifie rien en fait il y a plein de gens qui ont des problèmes d'alcool comme moi on n'est pas tous égaux devant le vin donc déjà faire miroir à ça et faire croire qu'on pourrait tous se modérer c'est faux et puis voilà je trouve que c'est l'alcool en plus c'est intéressant ce qu'il dit sur le fait de bien connaître le vin etc mais aussi il faut connaître les ravages que ça fait alors comment faire c'est une autre question moi ce que je fais c'est que je passe par la culture par les récits littéraires par les séries pour écrire d'autres histoires pour proposer d'autres rôles modèles comme on dit avec des personnages qui peuvent être sobres et qui peuvent être rock'n'roll et qui peuvent être cool et qui peuvent incarner quelque chose pour les jeunes qui peut être intéressant en fait et je pense que choisir par exemple la sobriété c'est pas interdire le vin en fait il faut arrêter de manier toujours ces choses là qui sont l'interdiction dès qu'on parle de vin la culpabilisation c'est pas parce que c'est pas parce qu'on ouvre la liberté à plus de pratiques qu'on interdit certaines choses et d'ailleurs l'alcool est toujours très massif et très présent partout il suffit d'être sobres pour se rendre compte en fait mais je pense qu'Éric Morin pour Éric Morin il y a quand même une défense du vin non ?

comme patrimoine

25:56
Invité

oui alors évidemment qu'il y a une défense du vin comme patrimoine juste pour répondre rapidement à Laurent Carilla je sais pas si elle est détricotée mais il y a eu une dépêche qui disait que les organisateurs des JO imposent le respect de la loi Evin les spectateurs des JO à Paris hormis les VIP tiens tiens ne pouvons pas consommer de boissons alcoolisées dans les enceintes des JO ça montre qu'elle est elle est encore là elle n'est pas complètement détricotée après sur le patrimoine oui enfin c'est pas obligatoirement les défenseurs du vin qui parlent d'interdiction si on fait cette émission on pourrait faire aussi une émission sur la voiture on parlerait pas obligatoirement des dangers de la voiture ou de l'accidentologie de la voiture on parlerait aussi de la beauté de la mécanique ou de la beauté des courses donc ça reste ça reste aussi quelque chose où oui il y a des déviances oui il y a des abus oui personne personne de censé et de sérieux n'appelle à consommer de manière abusive et régulière n'empêche qu'on a tous les souvenirs au moins d'une cuite dans sa vie et qu'on n'en est on n'en est pas mort en tout cas tous ceux qui sont autour de cette table mais oui il y a il y a un tel patrimoine je comprends que ça fatigue parce que il y a quelque chose de l'ordre de la santé qui répond à ça mais il y a aussi quelque chose de l'ordre du plaisir et quand on parle d'ivresse dans la vie on peut avoir plein d'autres ivresses je suis tout à fait d'accord avec madame mais l'ivresse du vin on fait partie également

27:15
Présentateur

alors justement en parlant de l'ivresse du vin parce qu'il y a ceux qui comme vous défendent le vin comme partie intégrante de l'histoire de France et il y a ceux qui essument les vertus de l'ivresse de la cuite c'est le cas de l'écrivain Philippe Janeda prix Renaudot que j'ai rencontré dans son bistrot favori à Paris alors lui il défend son whisky quotidien qui dit-il nourrit ses personnages en littérature c'est un peu notre bukovski français alors il sort très peu c'est un ours timide casanier mais une fois par an c'est le grand soir il nous raconte sa descente mythique de la rue Ménilmontant et pourquoi cette soirée-là cette soirée annuelle et bien ce soir-là on le surnomme Bois-en-Soif

27:55
Invité

on m'appelle Bois-en-Soif dans un cadre très précis il y a un peu plus d'une quinzaine d'années j'écrivais déjà des livres et il y a quatre bottes ils se connaissaient entre eux moi je ne les connaissais pas qui n'écrivaient pas encore et qui aimaient bien mes livres et qui donc ils m'ont demandé si on pouvait boire un coup alors moi évidemment je suis allé les voir à Ménilmontant un bar qui s'appelle le Ménil tout en haut de Ménilmontant et donc on s'est rencontré et il se trouve ces gens que je ne connaissais pas c'est devenu en quelques heures des potes de bistrot comme on dit la relation de bistrot c'est quelque chose de très particulier c'est pas un copain c'est pas un ami c'est les gens avec qui on aime parler mais tout d'un coup on peut dire je rentre chez moi je m'en vais et donc on a passé on avait rendez-vous à 17h et en fait on s'est quitté à 2h du matin et on a descendu toute la rue en s'arrêtant dans chaque bar et on se dit il faudra refaire ça l'année prochaine la 2 ou 3ème année on a dit on remonte en faisant pareil on remonte et on est devenu je vois ces jeunes gens qui n'en sont plus qui maintenant ont 15 ans de plus alors que moi j'ai pas bougé avec un grand plaisir vraiment mais une fois par an

29:01
Présentateur

et vous imaginez la descente de Ménil-Montant sans alcool

29:05
Invité

et vous êtes complètement dingue vous avez perdu une roue évidemment que non évidemment que non pendant cette descente donc on boit une bière dans chaque bar mais il y a

29:16
Présentateur

combien de bars

29:17
Invité

alors il y a 14 bars dans la descente ce qui fait 28 puisqu'on remonte donc je sais pas si vous allez pouvoir passer ça à la radio mais ça fait 28 bières ce qui est même pour un costaud dans mon genre c'est beaucoup bon ça se déroule entre 17h et 2h du matin donc ça fait sur 9h ça se passe ça dure 9h ce rallye et donc en fait c'est pas le fait de boire déjà c'est le fait de se retrouver mais surtout on discute grosso modo pour schématiser sur toute la descente c'est à dire les 14 premiers bars on parle de littérature et sur la remontée on parle de cul d'amour et de manière aussi complètement détachée de la vie c'est à dire avec une très grande sincérité mais vraiment on se dit des trucs qu'on dirait à personne je pense sincèrement et qui ne sortent pas de là et ça crée des moments une fois par an il y a des révélations extraordinaires enfin il y a des et donc pendant 9h chaque année c'est vraiment un moment hors du temps et celui ou celle qui dirait que l'alcool n'a rien à voir avec la création unique si particulière de ce moment se tromperait sans alcool la fête est plus folle c'est la phrase la plus stupide que j'ai entendue c'est comme si on disait sans parachute le saut est plus joyeux mais encore une fois je plaisante je comprends tout à fait que plein de gens se foutent complètement de boire ou de pas boire et qu'ils peuvent s'amuser sans boire je les envie un peu d'ailleurs c'est comme quand je vois des gens qui prient dans les églises j'ai envie d'être à leur place mais je ne peux pas

30:56
Présentateur

merci Philippe Janeda d'avoir raconté cette fameuse descente de Ménil-Montant mythique alors je vous ai vu sourire autour de la table rire de temps en temps et puis bondir un peu Laurent Carilla en tant qu'addictologue on est très très loin de la modération qu'est-ce qui se passe dans notre cerveau quand on boit autant comme ça ?

31:16
Invité

un verre appelle un verre appelle un verre au départ ça stimule des circuits dans le cerveau où c'est du plaisir en fait parce que boire de l'alcool c'est pareil que manger c'est pareil que faire l'amour c'est pareil que aimer passionnément je ne sais pas un style de musique vous voyez c'est de la récompense et après un verre appelle un verre appelle un verre mais 28 bières ça fait 280 grammes d'alcool c'est hyper toxique pour le foie quoi et on a 5 millions de buveurs excessifs en France il y a des gens qui boivent des quantités aussi dantesques pas que en descendant l'avenue de Ménimontan quoi

31:48
Présentateur

alors justement Philippe Janeda dans cette note vocale parle d'un moment particulier d'une capsule temps est-ce qu'on peut retrouver ce même sentiment d'ivresse sans alcool ? alors vous qui êtes un fan de heavy metal quand vous allez au Hellfest vous êtes en trance mais racontez-nous comment est-ce que ?

32:04
Invité

on peut avoir parce qu'on a un système basique animal qui s'appelle système de récompense dans notre cerveau c'est-à-dire que tout ce qui va nous faire plaisir ça va activer ce système on peut ressentir un effet alors c'est pas l'ivresse avec des substances psychoactives mais on peut ressentir vraiment plein plein de plaisir du sur-plaisir en aimant passionnément quelque chose mais si vous êtes fan je sais pas de peinture de sculpture et tout vous pouvez triper sur le truc moi je tripe avec le heavy metal mais c'est autre chose demain je vais rencontrer les musiciens de Kiss je vais prendre mon pied comme si j'avais bu de l'alcool mais moi ça m'intéresse pas en fait cette ivresse où je contrôle rien

32:45
Présentateur

Eric Morin est-ce que vous êtes arrivé d'avoir une cuite justement d'être ivre est-ce que vous défendez aussi ce droit à l'ivresse ?

32:53
Invité

alors c'est intéressant les derniers mots de Laurent Carilla merci sur le fait qu'on perd pied je vais perdre pied je ne vais pas être en conscience j'aime beaucoup boire en pleine conscience parce que qu'on puisse boire seul entre amis dans une fête dans la rue dans un bar chez soi au restaurant l'idée c'est que en réalité on n'est jamais seul parce que et peut-être que c'est un effort intellectuel peut-être que je mets peut-être de trop grands mots là-dedans mais en tout cas c'est ma manière d'aborder le vin moi quand je bois un verre de vin je suis avec le vigneron ou la vigneronne je suis là où géographiquement elle est j'essaye d'imaginer quand je ne connais pas la terre où il est donc j'ai une sorte de rapport comme ça je bois quelque chose qui vient de la terre et qui va finir dans mon corps et il y a un processus ça a l'air grandiloquent comme ça mais c'est profondément ancré en tout cas dans ma manière d'aborder le vin et finalement il y a un lien il y a quelque chose qui nous unit d'ailleurs c'était un très beau film au cinéma ce qui nous lie et bien ce qui nous lie quand on boit un verre même quand on monte et sans doute pas quand on descend la rue de Médine-Montant au bout d'une trentaine de bières mais c'est de boire en pleine conscience et puis après de temps en temps on va perdre pied et ce qui est important c'est d'être en sécurité à ce moment là et d'être entouré de gens qui vous mettent aussi en sécurité vous n'allez pas reprendre la voiture vous n'allez pas agresser qui que ce soit et à ce moment là ça devient une ivresse je ne suis pas un grand fan de Kiss mais en fait en écoutant Laurent Carilla ça renvoie à quoi ?

ça renvoie à des émotions je ne suis pas médecin mais ça renvoie à des émotions dans notre cerveau ça peut être la contemplation sur un bord de Loire dans un coucher de soleil ça peut être dans un concert des vies métal et ça va renvoyer notre cerveau à quelque chose qui va nous émouvoir qui va nous donner quelque chose et on va en avoir encore envie un petit peu plus il faut savoir s'arrêter à temps

34:48
Présentateur

alors le débat de midi continue on s'interroge sur notre lien avec l'alcool et si justement ces témoignages vous font réfléchir sur votre consommation et bien je vous signale le numéro d'Alcool Info Service 0 980 980 980 980 prenez le temps de vous poser la question de savoir si vous buvez vraiment en pleine conscience en écoutant cette chanson de Gabriel Zglory et puis juste après on se demandera si l'alcool n'est pas trop présent dans l'espace public

35:16
Locuteur 7

c'était Glory

37:49
Présentateur

du groupe Gabriel le débat du midi sur les réseaux sociaux

37:58
Locuteur 4

il y a de plus en plus d'influenceurs d'influenceuses qui font la promotion de médicaments miracles de cachets de sirops à prendre avant de consommer de l'alcool pour éviter la gueule de bois est-ce que ça marche vraiment

38:10
Présentateur

alors vous êtes toujours sur France Inter dans le débat de midi on continue à se poser la question de notre rapport à l'alcool et à la gueule de bois quelquefois cet été excellente question de Bonny Laurent Carilla professeur en addictologie alors info ou intox non intox

38:26
Invité

total il n'y a aucun médicament qui gère les gueules de bois qui fait diminuer les effets nocifs de l'alcool avant de boire etc tout ça c'est de l'intox c'est du fake il ne faut surtout pas en prendre voilà

38:39
Présentateur

donc la meilleure façon de ne pas avoir de gueule de bois

38:41
Invité

c'est de réguler sa consommation au maximum voilà et la gueule de bois c'est qu'une déshydratation le matin induite par l'alcool la nuit en fait

38:50
Présentateur

alors c'est vrai que l'été il y a tous ces apéritifs ces barbecues on se retrouve en famille pour les vacances mais finalement en fait l'été c'est là où c'est le plus dangereux de boire parce qu'il fait très chaud

39:01
Invité

mais si vous voulez l'idée c'est pas de dire à tout le monde arrêtez de boire arrêtez de faire la fête arrêtez l'été il y a des recos de base voilà prenez ces recos là c'est deux verres par jour pas tous les jours et on dit lors d'une occasion alors il ne faut pas que ce soit des occasions tous les soirs c'est pas plus de quatre verres et il faut boire doucement et il faut alterner aussi avec des boissons sans alcool voilà

39:25
Présentateur

et alors dans cette note vodcale Bonny parlait des influenceurs qui font la promotion quand même de ces boissons avec alcool de façon assez déguisée quand même ça c'est un angle mort de la loi Evin Laurent Carilla

39:37
Invité

Complètement et d'ailleurs c'est extrêmement difficile de contrôler les réseaux sociaux et on a vu des débordements à cause de ces recommandations d'influenceurs ou d'influenceuses où les jeunes c'est malheureusement ça touche plutôt une cible très très jeune sur TikTok sur Insta etc donc c'est là où il y a des désordres qui commencent avec des challenges à boire je ne sais pas si vous vous rappelez du Borg Challenge où ils boivent des bidons de 4 litres mélangés avec de l'eau du potassium etc et de l'alcool c'est une catastrophe

40:09
Présentateur

alors on a reçu une autre question de Louise cette fois qui nous a semblé très intéressante oui c'est Louise moi je ne sais pas si c'est moi mais alors j'ai constaté que l'été c'était un festival de pubs pour l'alcool les cocktails les vins les bières on est extrêmement sollicité par les publicités pour l'alcool Claire Touzard vous qui avez arrêté de boire est-ce que vous vous sentez un peu traqué dans l'espace public je pense qu'on ne s'en rend pas compte quand on boit mais quand on arrête de boire c'est vrai que c'est partout de la caisse du supermarché aux terrasses c'est un espèce de terrain un peu miné on apprend alors moi je ne regarde pas la télé mais j'imagine qu'il y a des publicités d'autant plus l'été mais oui il y en a partout dans le métro sur les abribus ça clignote un peu partout c'est vrai qu'il y en a moi j'apprends à ne plus les voir en fait je pense qu'on finit par mais c'est vrai que c'est un peu comme je rigolais l'autre jour et je disais que c'est un peu comme un jeu vidéo en fait parce que surtout au début on arrête enfin quand on a décidé d'arrêter c'est vrai que c'est il faut éviter le panneau d'abri de bus il faut éviter parce que c'est très voilà encore une fois on en a parlé tout à l'heure ça fait partie de la culture française et en l'été encore plus la culture festive etc donc effectivement c'est très présent et ça peut être très lourd Eric Morin vous qui défendez donc pour ce débat les vignerons est-ce que vous trouvez que la publicité est trop présente est-ce que ça banalise cette drogue ?

41:29
Invité

Alors je voudrais dire à Claire tout ça qu'il n'y a pas de publicité pour l'alcool à la télévision effectivement dans l'espace public sous les abris bus dans les journaux et encore dans les journaux spécialisés mais pas à la télévision et à la radio non plus je me souviens puisqu'on parlait des réseaux sociaux d'un vigneron tiktoker puisqu'il n'y a pas que du mauvais sur les réseaux sociaux qui a beaucoup de succès et qui raconte son métier qui s'adresse donc à un public plus jeune qu'à la télévision qui est sur tiktok qui a été invité un jour dans un talk show sur une chaîne privée à 20h il était absolument impossible pratiquement pour lui de parler de ce qu'il faisait et il y avait une sorte de contournement en permanence du présentateur pour essayer et puis surtout de dire au moins 10 fois qu'il fallait alors qu'il n'y avait pas un verre d'alcool un verre de vin ni une bouteille de vin sur le plateau donc il y a des endroits oui où justement parce qu'il y a des possibilités données et qui ne sont pas encore interdites par la loi Evin où il y a une saturation et je rejoins effectivement Claire Toussaint dessus mais à la télévision on ne peut plus en parler et puis à la radio c'est extrêmement difficile il faut vraiment s'insérer dans une émission culinaire où on va parler un petit peu du vin autour et il faudra donner à chaque fois la mention et ça crée cette perte de sens et ça crée cette perte de connaissance parce qu'effectivement on pourrait expliquer bien mieux aussi ce qu'il y a dans le vin et en particulier les effets de l'alcool tel que le rappelait Laurent Carilla j'avais juste une question on parle de déshydratation de la gueule de bois du fait de l'alcool pendant la nuit mais les produits qu'on propose que certains proposent contre la gueule de bois permettent à travers des vitamines dont j'oublie les chiffres et les lettres de réparer un petit peu cette déshydratation est-ce que ça a quand même un effet sur la réhydratation du corps ?

43:21
Présentateur

Laurent Carilla

43:21
Invité

Non pas du tout en fait la réhydratation du corps elle passe par reboire de l'eau en fait c'est-à-dire c'est 1, 2, 3 litres de liquide non alcoolisé pour se remettre d'aplomb et puis il y a la fatigue et puis il y a le trouble du sommeil induit par la consommation d'alcool le soir on sait que 4 verres le soir ça altère votre sommeil que vous en buviez de temps en temps ou très régulièrement quand c'est plus régulier le sommeil est complètement anarchique

43:49
Présentateur

alors je voudrais juste ajouter quelque chose par rapport à la télévision parce qu'il n'y a évidemment pas de pub mais c'est très présent dans la pop culture en fait dans les séries par exemple toutes les femmes qui sont présentées comme étant un peu émancipées etc. vont être tout le temps en train de boire et on ne se rend pas forcément compte quand on ne boit pas mais c'est très présent dans la pop culture dans les médias dans les salons littéraires dans énormément de choses en fait qui touchent au culturel l'alcool est très présent alors est-ce que justement il y a des nouvelles héroïnes qui ne boivent pas est-ce qu'être sobre c'est un peu subversif aujourd'hui ?

j'en écris en fait et puis il y a plein de personnages subversifs qui étaient sobres Bowie était sobre Kathleen Hanna qui était punk et anticapitaliste était sobre parce qu'on allie aussi la sobriété à une conscience et c'est une philosophie aussi intéressante en fait qui peut former une forme d'ivresse en fait d'être très présent au monde d'être très conscient moi par exemple ça favorise mon écriture contrairement au monsieur Agenda qu'on a entendu avant mais pourquoi pas livrer un souci mais en tout cas je trouve qu'il y a dans la sobriété beaucoup de choses très intéressantes culturellement entre le rapport au corps à la féminité au consentement ça déroule beaucoup de sujets actuels en tout cas le rapport à l'écologie la sobriété c'est un terme qui a dû aussi voilà un rapport à la consommation qui est différent et donc je trouve qu'il y a beaucoup d'enjeux modernes derrière ces questionnements là c'est vrai qu'on change complètement notre rapport à l'alcool aujourd'hui et qu'on retrouve ce système de plaisir justement avec ces boissons sans alcool alors vous nous avez rapporté quelques petites choses comment est-ce que vous réenchanter l'apéritif du soir

45:27
Invité

en proposant beaucoup d'alternatives ça n'arrête pas de créer nous on a ouvert il y a un peu plus d'un an maintenant et en un an notre offre elle a doublé donc ça n'arrête pas d'innover donc je rappelle

45:40
Présentateur

que vous tenez cette cave sans alcool à Paris

45:42
Invité

qui ne fait que des boissons considérées sans alcool et bonnes il n'y a pas de sucre ajouté et parlez-nous

45:49
Présentateur

de ces saveurs Augustin Laborde écrivez-nous un produit

45:52
Invité

je vous en ai ramené plusieurs mais un des derniers coups de coeur c'était je ne sais pas si c'était des marques ou pas mais c'était Osan donc c'est une boisson qui est créée par un chef étoilé qui n'a pas de leçon à donner sur les notions d'art de vie de plaisir et autres lui plutôt que d'essayer de copier du vin il est parti sur autre chose donc c'est des macérations de plantes fraîches donc là par exemple vous avez une boisson à verveine curcuma il n'y a quasiment pas de sucre c'est délicieux avec un poisson et autres vous avez à côté Villa Martel donc là comme l'essentiel des producteurs de vin désalcoolisés enfin tous font de l'alcool par ailleurs c'est vraiment pas l'un et l'autre ils ont très bien compris qu'il y avait sans doute un marché aussi sur son alcool mais en tout cas qu'on pouvait concilier les deux donc là Villa Martel voilà font du vin à côté et ils ont créé donc Villa Martel c'est du raisin avec du café du cassis et des épices donc c'est délicieux avec un gâteau au chocolat tout ce que vous voulez et puis à côté il y a des substituts un peu plus classiques on connait tous les bières sans alcool maintenant il y en a vraiment excellentes etc

46:46
Présentateur

mais ce qui est intéressant c'est que vous utilisez le terme substitut et toutes ces bouteilles qu'on a devant nous ça ressemble en fait à des bouteilles d'alcool donc c'est quand même un petit ersatz on a besoin de se dire qu'on boit quand même quelque chose même si c'est sans alcool pour faire la fête

47:00
Invité

parce que notre clientèle elle boit de l'alcool ou en tout cas elle a bu donc elle a tous les codes d'une bouteille de 75 centilitres qui va se boire dans un verre à pied donc on va reprendre ces codes là

47:09
Présentateur

donc c'est l'effet placebo un peu

47:11
Invité

exactement pendant un certain temps mais nous on est convaincu que dans 5-6 ans ça va complètement changer vous aurez des nouveaux formats de bouteilles comme celui-là qui ne ressemble pas du tout à une bouteille de vin donc voilà ça innove énormément et encore une fois on n'est qu'au début de ce mouvement là parce que pourquoi

47:24
Présentateur

est-ce qu'on appelle ça du rhum sans alcool du vin sans alcool on pourrait trouver des nouveaux noms

47:29
Invité

nous on en cherche justement ces boissons dans la première dont je parlais mais on ne va pas parler de vin désalcoolisé parce qu'encore une fois il n'y a pas de raisin donc c'est vraiment autre chose on va parler de boissons gastronomiques de boissons de table on cherche des nouveaux noms mais évidemment il faut pouvoir les vendre assez rapidement donc c'est plus simple de dire un rhum sans alcool qu'une boisson à partir de sucs de canne etc donc voilà il y a sans doute un peu le raccourci de langage mais on cherche des nouveaux noms

47:50
Présentateur

et d'ailleurs il y a un nouveau métier qui a apparu c'est celui de saubrelier alors c'est quoi un saubrelier

47:56
Invité

alors un saubrelier c'est un sommelier donc qui s'occupe du vin aussi mais qui ne boit pas ou en tout cas qui aussi promeut des boissons sans alcool et donc ça va être essentiellement des créations alors il pourra proposer certaines de ses boissons mais il va aussi en créer des nouvelles à partir de Kéfi il y a plein de choses à imaginer mais voilà encore une fois c'est une personne qui continue son métier en fait qui est sommelier de formation qui n'a aucune leçon à recevoir sur le vin mais qui est à côté a compris qu'il y avait aussi une autre demande parce que le sans alcool contrairement finalement à l'alcool c'est inclusif tout le monde peut boire ça que vous soyez enceinte musulmane malade etc vous pouvez vous retrouver enfin autour d'un verre sans alcool et ça c'est quelque chose de très fort dont on a besoin aujourd'hui

48:37
Présentateur

et alors les personnes qui font ces boissons là ce sont aussi des vignerons

48:43
Invité

alors oui sur le vin en l'occurrence oui quasiment tous ceux à côté là vous avez une version alcoolisée et c'est la version sans alcool eux c'est une super brasserie artisanale qui fait une référence sans alcool donc encore une fois nous on concilie les deux et les producteurs aussi nous on ne dit surtout pas ne buvez pas d'alcool on dit buvez du sans alcool et on veut vraiment passer sur du positif enlever la négation pour passer vraiment à tester ça

49:04
Présentateur

Eric Morin vous qui défendez donc les vignerons est-ce que c'est un peu le futur du vin puisque vous voyez bien que c'est artisanal aussi c'est le terroir français aussi

49:14
Invité

alors c'est c'est sans doute un des futurs il y a encore loin de la coupe aux lèvres pour filer la métaphore liquide mais c'est sans doute un des futurs j'ai aucun plaisir à faire un bon repas même un repas moyen en buvant de l'eau en revanche j'ai fait des repas gastronomiques extraordinaires au thé j'ai aussi un mauvais goût je peux manger un roquefort avec un avec une un coca light ou pas light d'ailleurs parce que on boit du sauterne avec du roquefort et si j'ai pas de sauterne je vais prendre une boisson sucrée et ça va s'allier merveilleusement donc oui bien sûr que l'accord mai vin il peut passer aussi par une boisson sans alcool tout à l'heure Claire Touza parlait d'écologie je crois que le vin s'insère aussi parfaitement dans l'air du temps au-delà même de la sobriété aujourd'hui de la même manière que le français veut manger plus sain il veut boire plus sain on lui a caché pendant des années mais heureusement à la fin de l'année la commission européenne va imposer l'étiquetage des ingrédients sur le vin on a caché pendant des années c'était le seul produit alimentaire humain ou animal sur l'étiquette duquel il n'y avait pas la composition et vous interrogez n'importe quel français il va dire il y a du raisin non on peut mettre jusqu'à 134 produits différents dans le vin et on ne le mettait pas sur votre bouteille d'eau minérale il y a au milligramme presque qu'il y avait et tout d'un coup on a dans un phénomène de vin biologique dans un phénomène de vin nature tout d'un coup on va se débarrasser de ces oripeaux chimiques finalement du raisin fermenté comme il y a 100 ans on faisait du raisin avant que la chimie n'envahisse nos bouteilles de vin donc ça c'est aussi un produit qui s'insère parfaitement dans la modernité

50:58
Présentateur

d'ailleurs vous Eric Morin vous défendez plutôt le vin naturel c'est ça votre dada ?

51:02
Invité

voilà c'est ça c'est le vin débarrassé effectivement de ces artifices on parle beaucoup du soufre mais il y en a beaucoup d'autres et à la fin de l'année 2023 effectivement il y a une réglementation sur l'ensemble de l'Union Européenne qui va obliger sur chaque bouteille de vin soit sous la forme d'un QR code soit sous la forme d'une liste d'ingrédients les viticulteurs à dire ce qu'ils ont ajouté ce que l'on appelle les intrants ce qu'ils ont ajouté lorsqu'ils ont vinifié leur vin et je vous assure que forcément maintenant qu'on sait tous lire une étiquette même écrite en petit caractère ou scanner un QR code après la crise Covid et bien il y en a qui vont commencer à se dire je vais peut-être pas dire à mon consommateur qu'il y avait ça et ça et finalement on va avoir un produit de plus en plus sain d'un point de vue naturel et non plus d'un point de vue chimique

51:47
Présentateur

Alors c'est bientôt la fin de ce débat d'imidi je voulais vous demander Claire Touzard si vous avez retrouvé le goût de la fête sans alcool Mais je ne l'ai jamais perdu en fait parce qu'on a mis beaucoup de choses derrière l'alcool mais ce n'est pas lui qui fait la fête Laurent Carré il a parlé de métal moi j'adore danser et on peut rentrer en transe par la danse il y a plein d'autres moyens de participer à la fête et c'est ça je trouve l'avenir c'est de pouvoir danser tous ensemble en fait de façon inclusive comme le disait Augustin avec de nouvelles boissons etc et je pense que voilà et aussi je ne vais pas casser l'ambiance en soirée mais ce qu'on oublie aussi c'est que le vin soit naturel ou pas naturel c'est aussi les problèmes de violence qu'on essaie de régler en parlant d'alcool lié au consentement plein de choses qui sont liées à la fête justement et l'alcool peut accélérer les violences et donc je pense que voilà c'est ce rapport là aussi qu'il faut éduquer et qu'il faut comprendre et ça c'est quels que soient les vins un bon vin un mauvais vin ça n'empêche pas les comportements violents et je pense que c'est important de le dire parce que souvent c'est les femmes qui en font les frais donc voilà une fête inclusive il y a plein de questions qui ont été abordées pour y arriver donc on retient le droit de dire non je ne bois pas et on ne se justifie pas voilà on arrête de se justifier Laurent Carilla

53:05
Invité

on arrête de se justifier on régule sa consommation et on fait attention à tous les dangers notamment tout ce qui est consentement violence voitures scooters etc

53:15
Présentateur

et on teste les boissons sans alcool alors le débat de midi c'est fini pour aujourd'hui merci à tous les quatre d'avoir participé à cette édition je rappelle que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé qu'il existe aujourd'hui des boissons de la suce du pastis et du rhum sans alcool mais qu'on peut quand même boire une fois de temps en temps un grand bon verre de vin si on le voit en pleine conscience merci à Constance Villanova Florence Gimalac et Aloïs Nolet qui ont préparé cette émission à la réalisation Etienne Bertin à la technique Rémi Sistiaga demain on se retrouve pour un nouveau débat et surtout n'hésitez pas à participer dès maintenant vous allez sur l'application de France Inter vous vous emparez du débat merci à tous et à demain et à bientôt