Quels projets pour le Rassemblement national après sa défaite aux législatives ? Philippe Ballard est l’invité du 13 juillet 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez des 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Bonjour Philippe Ballard. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin. Et six jours après les législatives, on l'en parlait dans le journal de 7h30, la France se cherche un gouvernement, une coalition pour prendre les rênes du pays. C'est inédit. Qu'est-ce que le Rassemblement national pense de tout ça, attendre cette période alors que le résultat de ces législatives fait que vous êtes simple spectateur dans cette affaire ?
On est spectateur d'un triste spectacle, un bourbier, pour reprendre le terme de Marine Le Pen, dans lequel Emmanuel Macron nous a plongés. Il a inventé une sorte de machine folle dont plus personne ne contrôle quoi que ce soit. D'un côté, vous avez la NUPES version 2, c'est-à-dire le nouveau front populaire qui réclame Matignon en disant « j'ai gagné les élections ». Non, ils n'ont pas gagné les élections. Puis de l'autre côté, vous avez la Macronie qui continue de s'effondrer. Plus personne ne veut d'Emmanuel Macron, y compris dans son propre camp. C'est un triste spectacle pour la France, les Français.
Mais au niveau, au-delà plutôt du constat, vous dites un bourbier, mais est-ce que vous espérez quand même, parce que vous, j'imagine, vous espérez que la France est un gouvernement, vous souhaitez le mieux pour le pays, est-ce que vous espérez qu'il y ait quand même une solution qui sorte de cette période où, effectivement, on n'en voit aucune ?
Eh bien, on espère le mieux pour le pays, notamment pour les Français, parce qu'en ce moment, on ne parle plus de leurs préoccupations, qui sont toujours le pouvoir d'achat, qui sont toujours la sécurité, l'immigration, les taxes, les impôts. Là, on peut prendre une calculette, il n'y a pas de porte de sortie. Voilà. Il y a peut-être une porte de sortie, il y a un an, avec une nouvelle dissolution, mais il va falloir pendant un an, effectivement, faire face à cette situation.
Nous, quel que soit le gouvernement, vous savez, moi je me rappelle très bien de ce que nous avait dit Marine Le Pen, il y a deux ans, lors de la première réunion des députés, nouvellement ennus, en 2022, pardon, du Rassemblement National, il y a une seule boussole qui vous guidera pour vos votes à l'Assemblée Nationale. Est-ce que cela va dans l'intérêt de la France et des Français ? S'il y a des textes qui arrivent, qui vont dans l'intérêt de la France et des Français, on les votera. Si nous avons un gouvernement avec des ministres LFI, ou Europe Écologie Les Verts, ce sera la censure.
La censure automatique, parce que là, vous parlez de boussole, justement, on n'a pas très bien compris si elle indiquait le Nord, ou enfin, il y a eu un petit flottement, ou en tout cas un petit questionnement sur ce que vous feriez, puisqu'on a entendu certaines voix dire, et bien, même si avec un gouvernement de gauche, on pourrait voter certaines mesures, et puis Marine Le Pen, effectivement, a fait une mise au point, censure dans tous les cas s'il y a LFI au pouvoir. Donc, quelle est la ligne, puisque aujourd'hui, on est dans un scénario inédit ?
C'est la ligne de la présidente du groupe Assemblement National à l'Assemblée, celle de Marine Le Pen. Voilà, s'il y a des ministres LFI ou Europe, que le gilet vert, c'est la censure. Mais pourquoi ? On ne censure pas pour le plaisir de censurer. Qu'est-ce que c'est LFI, quand même ? Ce sont des gens qui frayent avec les islamistes, qui ont un programme économique complètement délirant. C'est le Venezuela sans le pétrole. C'est-à-dire que c'est le FMI 48 heures à Bercy, après la mise en application de ce programme, et puis les écolos. Mais qu'est-ce que c'est ? Ce n'est pas des gens... Vous savez, moi, je fais partie d'une génération.
Ils étaient dans le Larzac, ils élevaient des moutons, ils cultivaient leurs légumes. Tout ça, c'était très sympa. Mais maintenant, ce n'est plus ça. Maintenant, c'est des gens qui vont à Sainte-Solines avec les black bucks. Il y a des députés Europe Écologie et les Verts qui participent aux violences contre nos forces de l'ordre. Puis je pense à nos agriculteurs aussi, s'il y avait des ministres Europe Écologie et les Verts, ou à la filière du nucléaire.
Alors, si un gouvernement, finalement, se met en place sans LFI et les écologistes, un gouvernement, admettons, avec le pôle central, l'ex-majorité macroniste, un peu la droite républicaine, entre guillemets, et les socialistes, c'est un gouvernement que vous pourriez soutenir ponctuellement ?
Mais encore une fois, ça dépend des textes qui sont présentés. Mais vous voyez quand même... Vous n'auriez pas une opposition... Encore une fois, il va bien falloir que... Mais on l'a vécu pendant deux ans. Enfin, je veux dire, là, on revit quand même ce qu'on a... C'est encore pire maintenant. On l'a vécu quand même pendant deux ans. C'était le budget avec le 49-3, et puis des textes où on godillait. Voilà, il y a des textes que nous avons votés, des textes que nous avons évidemment rejetés, que nous n'avons pas votés. Mais là, on est dans une situation... Enfin, il n'y a pas de majorité à l'Assemblée nationale. Il faut juste s'en rendre compte.
Dans cette Assemblée nationale, est-ce que vous revendiquez certains postes ? Vous êtes le premier groupe numériquement. Vous aviez au moins une vice-présidence, deux vice-présidences, dont une tenue par Sébastien Chenu. Dans la prochaine Assemblée, ça ne semble pas être aussi évident. Les autres groupes n'ont pas, pour l'instant, émis l'idée que vous ayez des responsabilités. Qu'est-ce que vous revendiquez, vous ?
Eh bien, déjà, on va rappeler quand même que s'il y a un parti qui a gagné ses élections, c'est le Rassemblement national. Alors certes, nous n'avons pas de majorité absolue, nous n'avons pas de majorité relative. Mais enfin, c'est plus de 10 millions de voix à l'issue du second tour. Si on rajoute les voix obtenues au premier tour pour les députés réélus au premier tour, on est à 11 300 000. La gauche, c'est 7 millions. Les macronistes, ce sont 6 millions. Il faut toujours donner cette précision. La gauche a obtenu des voix des macronistes et les macronistes ont obtenu des voix de gauche.
Nous avons augmenté le nombre de députés, plus de 55 députés, alors que beaucoup de groupes, y compris les filles, et les macronistes, bien sûr, ont perdu des voix. Nous faisons 32% de voix à l'issue du deuxième tour, 27% pour la gauche. Donc, il y a un parti qui a remporté ses élections, c'est le Rassemblement national. Certes, nous avons le troisième groupe à l'Assemblée, mais c'est un groupe uni. La gauche, c'est une coalition. Donc, nous réclamons l'application du règlement intérieur de l'Assemblée nationale. Ce n'est pas compliqué. On doit être représenté en fonction de notre poids politique à l'Assemblée. Présidence de la Commission des Finances, par exemple ?
On verra pour les présidences de commissions. Mais il est évident qu'avec notre poids à l'Assemblée nationale, nous devons avoir des vice-présidences à l'Assemblée, et puis des postes dans les commissions. Il y a eu des commissions à l'Assemblée nationale. Ah ben, ça serait un déni de démocratie, quand même. Il faut appeler un chat un chat de temps en temps.
Alors, vous dites que vous avez gagné les élections. C'est une vue de l'esprit, parce que vous espériez les gagner pour de bon en ayant une majorité absolue ou que vous en approchez. Finalement, ça n'a pas été le cas. Vous le rappelez, troisième place. Comment vous l'expliquez avec le recul, finalement ? Qu'est-ce qui n'a pas marché, qui fait que vous n'avez pas crevé ce fameux plafond de verre qui vous empêche d'accéder au pouvoir depuis des années ?
Vous savez, après une élection, c'est un peu comme un match. Moi, j'étais genreiste sportif, j'avais le reçoit. On s'est fait éliminer de l'euro. Didier Deschamps a dû réunir son équipe. Qu'est-ce qui a marché ? Qu'est-ce qui n'a pas marché ? Ce qui a bien marché, c'est la campagne de Jordan Bardella. Superbe campagne. Et puis après, nous avons face à nous ce Front Républicain, où des gens qui n'ont rien de commun, qui se détestent, ont voté les uns pour les autres. Vous avez quand même des voix LFI qui se sont portées sur Mme Bande, par exemple, et puis des voix macronistes qui se sont portées sur des gens comme M. Arnaud, qui est quand même à la tête d'une milice.
Parce que là aussi, il faut appeler un chat un chat. Une députée LFI. Et vous avez la maire PS d'Avignon, les macronistes, qui ont voté pour ce monsieur Fiché S, qui est violent. Il y avait pourtant un bulletin Rassemblement National à côté. Et puis après, on met tout sur la table. Effectivement, il y a eu, parce que vous avez me posé la question, peut-être des candidats qui n'avaient pas le niveau, très certainement. Ça veut dire que vous allez travailler là-dessus ? Donc on va professionnaliser, notamment, peut-être ces circonceptions qui n'étaient pas gagnables, où on a été peut-être un petit peu moins regardants.
Mais voyez, nous, quand on fait une erreur, on le dit, on ne met pas la poussière sous le tapis. Et Jordan Bardella a été très clair. Ceux qui ont voté, exclu. Et puis on sera meilleur la prochaine fois.
Dans ce que vous constatez, c'est-à-dire qu'effectivement, des gens ont voté pour des candidats dont ils rejettent les idées juste pour vous faire battre, est-ce que ça ne montre pas qu'il y a peut-être une majorité, enfin qu'il y a même sûrement une majorité de Français qui ne veut pas du Rassemblement National au pouvoir, quitte à voter pour des gens avec lesquels ils ne sont pas d'accord ?
Mais on prenait l'exemple du Vaucluse, où il y avait une sorte de... Mais sur le plan global, sur le plan national, je ne dis pas là. Oui, d'accord, mais quand on prend... Est-ce que c'est circonscription par circonscription ou pas ? Par point, enfin, quand on vote pour quelqu'un qui est fiché, qui est violent, qui est à la tête d'une milice, qui s'appelle la Jeune Garde, mais tout ça... Oui, mais enfin, il y avait M. Coutou aussi dans une autre constitution. Tout ça, ça va revenir comme un boomerang à la figure de ceux qui ont fait ce fameux front républicain. 70% des Français sont déçus et craignent l'issue du résultat de ces législatives.
Alors vous allez me dire, ils ont été 67% à voter, dont c'est une bonne chose.
Mais vous pensez qu'il y a une majorité de Français qui est prête à accepter que vous soyez au pouvoir aujourd'hui ?
Je pense que s'il y a une dissolution d'ici un an, oui, le résultat sera différent. Encore une fois, on fait 11 300 000 voix quand on cumule le premier et le deuxième tour. Oui, mais enfin, les autres sont à 7 ou à 6. Et jusqu'à preuve du contraire, 10 millions, c'est supérieur à 7, si vous voulez.
Vous l'avez dit ce matin, Philippe Ballard, porte-parole du RN. Vous avez donc porté la parole de ce groupe qui sera le premier la semaine prochaine pour l'élection, notamment de la présidente de l'Assemblée de l'Assemblée. Merci, bonne journée. Et c'est la suite de Télémata. C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv. Sous-titrage ST' 501
Philippe Ballard