Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 7 décembre 2021 8 min

Nicolas Sansu, maire de Vierzon : "Pendant quelques années les petites villes ont été négligées par l'État"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il est 6h20, Emmanuel Macron reprend son tour de France. Commencé au printemps dernier, le président se rend dans le chair aujourd'hui et dans l'allié demain pour rencontrer des acteurs de la vie locale, des élus, des commerçants, des associatifs. Et la première étape, c'est ce matin à Vierzon. C'est chez vous Nicolas Sansu, bonjour. Bonjour. Vous êtes le maire communiste de Vierzon. Le président a choisi votre ville pour illustrer l'action de l'État pour revitaliser les centres-villes. C'est le programme Action Coeur de Ville. Qu'est-ce que ce plan a changé chez vous ?

0:29
Nicolas Sansu

Ce plan a permis une mise en commun de plusieurs dispositifs. Des dispositifs locaux que nous avions déjà initiés avant même le quinquennat puisqu'on avait mis un droit de préemption sur les baux commerciaux. Nous avions lancé l'aide à la rénovation des façades. Nous avons ensuite mis l'aide au loyer. Nous avons créé un programme de renouvellement urbain qui comprenait une partie commerciale. Mais il est vrai qu'Action Coeur de Ville nous a permis de mettre tout en commun et en fait de multiplier les dispositifs pour réussir à reconquérir à la fois du commerce mais aussi de l'habitat et finir les espaces publics.

1:03
Présentateur

Mais c'est quelque chose qui était vraiment nouveau. Il n'y avait pas de dispositif à l'échelle nationale, un plan de l'État pour redynamiser les centres-villes avant ?

1:11
Nicolas Sansu

Je crois qu'il y a un moment, il y a quelques années, où les petites villes et les villes moyennes ont été négligées par l'État, quels que soient les gouvernements. Et on s'est bien rendu compte il y a maintenant une dizaine d'années que la France, sans ses territoires et sans ses petites villes et villes moyennes, ce maillage était en train de décliner. Donc il a fallu trouver des moyens pour que les centres-villes qui se paupérisaient, qui devenaient d'ailleurs assez glauques pour certains, puissent retrouver de l'activité. Donc on a mis en place un certain nombre de dispositifs.

Vous savez, en 2011, nous avions déjà candidaté pour le programme national de requalification des quartiers anciens dégradés. Et nous avions été retenus, mais sans avoir de fonds dédiés à cela. Et donc on a mis en place une certaine politique, et tout le monde à un moment a compris que ce n'était plus possible. Et d'ailleurs, sous François Hollande, on a eu un PRU qui concernait le cœur de ville déjà. Et avec Action Cœur de Ville, ça n'a fait que renforcer cette possibilité. Et aujourd'hui, avec nos acteurs, que sont la Banque des Territoires, Action Logement, l'Agence Nationale d'Amélioration de l'Habitat, nous avons réussi à enclencher une nouvelle dynamique.

2:17
Présentateur

Et donc ça veut dire que quand on se promène dans le centre de Villarzon, on voit plus de commerce fermé, plus de rideaux métalliques baissés, comme dans beaucoup de villes moyennes en France ?

2:24
Nicolas Sansu

Il y en a toujours trop, on en a toujours un peu. Mais sur le parcours commerçant que nous avons identifié, d'ailleurs suite à plusieurs études qui ont eu lieu maintenant il y a une dizaine d'années, c'est un travail de longue haleine, vous savez. Aujourd'hui, nous avons reconquis une trentaine de commerces pour l'équivalent de 2500 m² commerciaux qui ont été reconquis en cœur de ville. Et ça, ce n'est pas rien en 3 à 4 ans.

2:46
Présentateur

Des commerces qui sont solides aujourd'hui ou qui restent économiquement fragiles ?

2:50
Nicolas Sansu

Écoutez, l'après-Covid nous le dira, mais on a eu plusieurs ouvertures pendant la crise sanitaire. J'espère évidemment qu'ils tiendront. Nous avons mis en place pour notre part, en direct, une aide au loyer qui court sur 24 mois. J'espère qu'à la fin de ces 24 mois, les commerces pourront toujours payer leur loyer et continuer d'exister. Il y aura forcément quelques échecs, mais je vois que la dynamique est quand même bien meilleure.

3:14
Présentateur

Et au niveau des services publics, vous avez tout ce qu'il faut, bureau de poste, service des impôts, parce que ça aussi c'est quelque chose dont souffrent parfois les communes de la taille de votre ville.

3:22
Nicolas Sansu

C'est ce que je vais dire à Emmanuel Macron. Vous savez, nous on a été attaqué en 2017 par ce gouvernement qui voulait fermer la maternité et les urgences chirurgicales à Vierzon. Il a fallu une bataille de plusieurs mois avec les agents hospitaliers, les médecins, la population, les élus, pour faire reculer le gouvernement. Et je crois qu'à un moment, l'État doit aussi se concentrer sur ses missions premières, c'est-à-dire la santé, la sécurité, l'éducation, et ne pas nous enlever ces missions essentielles. Et puis, on lui dira, parce que c'est vrai qu'à un moment, il ne faut pas que l'État nous aide à investir en cœur de ville si c'est pour nous enlever des grands services publics.

Pour l'heure, nous ne sommes pas là, puisque nous avons un hôpital de plein exercice, nous avons un bureau de poste en centre-ville, et on a le bonheur d'accueillir d'ici 2023 50 fonctionnaires de la Direction Générale des Finances Publiques dans le cadre de ce mot horrible, de la démétropolisation de certains services parisiens.

4:18
Présentateur

Dans le Béry, on entend souvent parler, va des habitants dire, se plaindre du manque de généralistes, d'ophtalmo, d'hermato, de dénoncer ce désert médical. Pas chez vous, pas à Vierzon ?

4:29
Nicolas Sansu

Si, si, bien sûr, on est aussi victime de ce désert médical. Alors, on se bat avec l'hôpital pour obtenir un certain nombre de spécialistes. J'ai le bonheur d'annoncer, par exemple, l'arrivée de deux ophtalmo au 1er janvier 2022. Mais c'est vrai que c'est une bataille de tous les instants. On a créé un centre de santé sous forme d'un groupement d'intérêt public qui a permis de juguler, peu ou prou, la baisse du médecin généraliste. Mais on sait que l'âge moyen des généralistes fait qu'on est devant une difficulté majeure. Je crois qu'un certain nombre de mesures, comme la favorisation de l'installation dans les zones rurales, devraient être étudiées.

5:10
Présentateur

Alors, donc, si je résume, et si je comprends bien ce que vous me dites, il y a des bons points et des mauvais points accordés, Emmanuel Macron ?

5:15
Nicolas Sansu

Il y a toujours des difficultés qu'il faut surmonter. Je pense sincèrement qu'il faut que l'État reprenne le cheval de l'aménagement du territoire équilibré. Sinon, nous n'en sortirons pas. En plus, en termes d'environnement et de transition écologique, avoir des métropoles qui grossissent avec des petites villes et villes moyennes qui se dévitaliseraient serait un non-sens. On a vu, pendant la crise sanitaire, un certain nombre de nos concitoyens quitter les grandes villes. Et c'est arrivé à Vierzon, avec des droits de mutation, d'ailleurs, qui ont explosé. C'est-à-dire qu'on a beaucoup plus de transactions en 2020-2021 qu'on en avait en 2018-2019.

Mais ce mouvement-là, il faut l'accompagner et nous aider, nous, communes, parce que nous sommes des communes qui ne sommes pas très riches, à avoir un budget de la collectivité qui permette d'accueillir tous ces nouveaux habitants.

6:04
Présentateur

Est-ce que vous avez l'impression que l'image de votre ville change sans vouloir faire offense à Vierzon ? Ce n'est pas la ville la plus attractive du monde ces dernières années. Elle borde ce qu'on appelle la diagonale du vide. Est-ce que vous avez l'impression que ça va mieux aujourd'hui et que, justement, peut-être, des gens ont envie de s'installer chez vous ?

6:22
Nicolas Sansu

Écoutez, les indicateurs sont meilleurs. Alors, je ne dis pas que c'est Byzance. Ça ne sert à rien de raconter des histoires. Nous ne sommes ni à la mer ni à la montagne. Nous avons des bords du Cher et des bords de lièvres absolument remarquables. Nous sommes bordés par la forêt de Sologne. Mais, évidemment, il y a une image qui peut être parfois négative, parfois ternie. Mais je pense que cette image peut changer. Alors, elle ne changera pas en 2-3 ans. Personne ne pense cela.

Mais il est clair qu'à la fois le coup de projecteur aujourd'hui du président Macron qui montre qu'une ville moyenne peut se battre et peut retrouver de l'activité et du dynamisme, mais à la fois aussi ce qui se passe avec l'arrivée d'écoles du numérique, avec un campus numérique autour de notre licorne ledger. Tout cela fait que, évidemment, l'image de Vierzon peut changer. Et je pense qu'à l'extérieur, elle a changé. C'est aux Vierzonais, maintenant, de le voir et de l'entendre.

7:10
Présentateur

Nicolas Sansu, Emmanuel Macron n'est pas encore officiellement candidat à sa réélection. On a quand même l'impression qu'il est déjà en campagne, notamment avec ce genre de déplacement. Ça ne vous gêne pas qu'il vienne faire campagne chez vous ?

7:20
Nicolas Sansu

Je croyais qu'il faisait campagne pour moi. Moi, je n'avais pas bien compris. Mais non, sincèrement, vous savez, c'est le jeu. Mais en même temps, ça fait partie de la visite d'un président de la République. Nous sommes républicains, nous sommes heureux de l'accueillir. Et nous lui dirons aussi nos cas de vérité. Vous savez, on n'est pas d'accord sur tout. Je connais le président de la République depuis quelques années. Je saurais lui dire, notamment en matière de services publics, en matière de moyens financiers des collectivités locales, ce qu'il faut dire, à mon avis, pour que notre territoire aille mieux et que notre pays aille mieux, du coup.

7:50
Présentateur

Nicolas Sansu, maire communiste de Vierzon et invité du 5-7 de France Inter. Merci beaucoup et bonne journée à vous.

7:55
Nicolas Sansu

Merci beaucoup. Au revoir.