"La France sous-performe" : sur RTL, le président du Medef Patrick Martin évoque un "décrochage" du pays et alerte sur la "fébrilité" des entreprises
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 84 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:04OuverteRéponse partielle
Jusqu'où seront-elles mises à contribution pour boucler le prochain budget ?
- 0:09OuverteRéponse directe
Comment font-elles face à la crise des carburants ?
- 0:11OuverteRéponse directe
Combien de temps les entreprises françaises peuvent-elles tenir ?
- 0:22FerméeÉludée
Le gouvernement a annoncé hier la prolongation des dispositifs d'aide face à la crise des carburants, prolongation jusqu'au 31 décembre. C'était un minimum ? C'est suffisant ?
- 1:48OuverteRéponse partielle
Les entreprises françaises, elles résisteraient avec des tarifs pareils ?
- 2:03OuverteRéponse directe
Vous observez déjà des alertes sur de possibles dépôts de bilan liés à cette crise-là ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:43InvitéChiffre
« les finances publiques sont acculées parce qu'un certain nombre de décisions irresponsables ont été prises ces dernières années, en particulier l'an passé avec la suspension de la réforme des retraites qui pompe 6 milliards d'euros dans les caisses de l'État. »
- 1:09InvitéChiffre
« Ma propre entreprise par exemple va supporter 1 million d'euros de coûts de carburant de plus cette année. »
- 1:29InvitéChiffre
« Il y a 12 millions de salariés dans les entreprises du MEDEF. »
- 2:15InvitéFait
« un rapport sénatorial sorti la semaine dernière qui redit que les entreprises françaises sont les plus taxées au monde. »
- 3:18InvitéFait
« la France, les entreprises françaises, sous-performent par rapport à leurs concurrents espagnols, polonais, allemands, hollandais. »
- 3:37InvitéChiffre
« On est sur une tendance qui s'accélère de 70 000 dépôts de bilan annuels. »
- 3:59InvitéChiffre
« les chiffres ne sont pas si mauvais que ça sur le chômage, même si on est remonté à 8,3% de taux de chômage et que l'INSEE prévoit 8,6% à la fin de l'année. »
- 4:47InvitéPromesse
« Ça générerait 300 000 emplois. »
- 6:15InvitéChiffre
« On a deux fois plus de jeunes au chômage que dans les autres pays européens. »
- 6:21InvitéChiffre
« En Suisse, c'est sept fois moins de jeunes au chômage. »
- 6:37InvitéPromesse
« il faut qu'on s'occupe des jeunes. Si on s'occupe des jeunes, on s'occupe de tout. »
- 7:21InvitéFait
« on est venu raboter les aides à l'apprentissage, qui, en réalité, sont indirectement déjà financées par les entreprises. »
Temps de parole
- Invité68 %
- Présentateur30 %
≈ 11,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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L'invité d'RTL Matin maintenant. Jusqu'où seront-elles mises à contribution pour boucler le prochain budget ? Comment font-elles face à la crise des carburants ? Combien de temps les entreprises françaises peuvent-elles tenir ? Bonjour Patrick Martin. Bonjour. Vous êtes le président du Medef et vous publiez aujourd'hui Génération empêchée aux éditions de l'Observatoire. Le gouvernement a annoncé hier la prolongation des dispositifs d'aide face à la crise des carburants, prolongation jusqu'au 31 décembre. C'était un minimum ? C'est suffisant
? C
'est suffisant.
C
'est surtout dans la limite des capacités budgétaires du gouvernement qui a été acculée. Les finances publiques sont acculées parce qu'un certain nombre de décisions irresponsables ont été prises ces dernières années, en particulier l'an passé avec la suspension de la réforme des retraites qui pompe 6 milliards d'euros dans les caisses de l'État. Les mêmes qui demandent maintenant des aides devraient faire leur examen de conscience en se demandant s'ils ont eu raison
de
dégrader les finances publiques qui étaient déjà dans un état critique.
Donc
les entreprises paient aujourd'hui les responsabilités de nos dirigeants hier
?
Les ménages, les entreprises, on est dans un monde d'illusions et on est rattrapé par les réalités. Ma propre entreprise par exemple va supporter 1 million d'euros de coûts de carburant de plus cette année. Alors il
y
a le coût du carburant lui-même, il y a tout ce qu'on appelle les intrants, nos achats de matières plastiques et d'autres produits à base d'hydrocarbures. Donc on est dans la même situation que les ménages, à part qu'on a nos salariés. Il y a 12 millions de salariés dans les entreprises du MEDEF. Donc il va falloir également qu
'on
traite le plus consensuellement possible, le plus intelligemment possible les augmentations de salaires.
Patrice Geoffron, directeur du Centre de géopolitique de
l
'énergie qui était à votre place ici même mardi, nous disait qu'un litre d'essence à 2,50
euros,
c'était tout à fait possible à court terme. Les entreprises françaises, elles résisteraient avec des tarifs pareils ?
Non mais ça dépend des secteurs d'activité, puis il
y
a l'essence à proprement parler, mais je le redis, il y a tout ce qui est à base d'essence on va dire, et qui impacte considérablement les prix de revient dans la chimie, dans le bâtiment, etc. Donc c'est très difficile de dire que 2
,50 euros... Vous observez déjà
des alertes sur de possibles dépôts de bilan liés
à cette
crise-là ?
Bien sûr, alors pas seulement liés à cette crise-là, à nouveau c'est lié aussi à des errements, je dirais, dans les politiques publiques françaises qui chargent de plus en plus les entreprises. Il y
a
un rapport sénatorial sorti la semaine dernière qui redit que les entreprises françaises sont les plus taxées au monde.
Mais
on bat des records de faillite, je vous le confirme.
Alors justement, vous parlez des taxes, des finances publiques, le gouvernement se réunit en séminaire aujourd'hui pour plancher sur le budget, budget qui doit être ficelé dans les jours qui viennent et présenté à l'Assemblée à la fin du mois. Est-ce que vous êtes inquiet, vous Patrick Martin, de la copie que rendra le gouvernement Lecornu ? Est-ce que vous avez obtenu suffisamment de garanties
?
On est inquiet mais pas de son fait, on est inquiet parce que la conjoncture est ce qu'elle est, et ça ne se résume pas au prix des carburants. Et on est inquiet parce qu'il
y a
un panorama politique absolument ingérable. Le Premier ministre nous a envoyé il y a quelques jours une lettre aux entrepreneurs qui est plutôt rassurante en s'engageant à ce qu'il n
'y ait
pas d'augmentation d'impôts. On regarde ça avec beaucoup de précision parce que ça ne
veut
tout et rien dire. Mais quand même, c'est plutôt bien. Ça c'est le point d'entrée, semble-t-il, du budget au Parlement. Ça ne nous dit rien du point de sortie. Donc tout ça surajoute une forme de fébrilité dans nos rangs. Ça se traduit dans les investissements, dans les emplois. Et ça se traduit surtout dans le fait que, alors qu'on est confronté aux mêmes situations internationales, la France, les entreprises françaises, sous-performent par rapport à leurs concurrents espagnols, polonais, allemands, hollandais. Donc il
y a
un décrochage de la France. Il faudrait quand même que tous nos politiques s'en rendent compte et se ressaisissent.
Ce décrochage, vous parliez du nombre record de faillites. C'est combien d'emplois supprimés ? C'est combien d'entreprises qui tombent les unes après les autres ?
On est sur une tendance qui s'accélère de 70 000 dépôts de bilan annuels. Ça s'accélère, j'insiste, et ça touche maintenant des tailles d'entreprises plus importantes et des secteurs d'activité plus divers, notamment l'industrie et le bâtiment. Donc voilà, moi je ne
veux
pas être totalement
alarmiste. Ça veut dire que le chômage
va continuer à monter ?
Bien sûr, mais le chômage continue à monter. J'insiste sur un point, les chiffres ne sont pas si mauvais que ça sur le chômage, même si on est remonté à 8,3% de taux de chômage et que l'INSEE prévoit 8,6% à la fin de l'année. Mais enfin, c'est quand même un peu fort de café. C'est dans le privé qu'il
y a
des destructions d'emplois. On continue à créer des emplois dans le secteur public alors qu'on n'a plus un rond.
Vous, vous proposez, pour aider à redresser les comptes publics, d'augmenter la TVA, cette taxe qui touche biens et services, de l'augmenter de 2,3%. Ça revient aussi indirectement à réduire un pouvoir d'achat qui est déjà bien renié par l'inflation, la flambée des prix du carburant. Est-ce que vous allez pouvoir augmenter les salaires en face
?
D'abord, on n'est pas les seuls à le proposer, si j'ai bien lu. Ensuite, ça serait contrebalancé par une baisse des cotisations sociales pour les salariés. Nous, on a fait chiffrer ça par des économistes qui ne sont pas des salariés du MEDEF. Ça aurait un impact positif sur la croissance, sur le pouvoir d'achat. Ça générerait 300 000 emplois. Ça nous rendrait de la compétitivité. On taxerait beaucoup plus les importations. Donc, on parlait de SEB. Vous parliez de SEB tout à l'heure. Ça consoliderait les entreprises qui produisent en France. Donc, tout ça est assez vertueux. Il ne faut pas, autour de cette histoire de TVA, une fois de plus, être dans des postures, des dogmes, des anathèmes.
Nous, on est pragmatique. On veut que le pays réussisse.
Et les biens de première nécessité seraient épargnés,
d'ailleurs, dans votre position. Pardon,
oui, oui, j
'aurais
dû le dire. Et j'insiste, les deux postes principaux de dépense des ménages modestes,
c
'est le logement. Il n
'y a
pas de TVA et des produits de première nécessité qui sont sur une TVA à taux réduit, à laquelle on ne toucherait pas, effectivement.
On a parlé de la colère des pêcheurs au début de cet entretien, Patrick Martin. Est-ce que vous craignez, vous aussi, les appels à la mobilisation au retour des gilets jaunes le 17 octobre prochain
? Oui,
on les craint, tout en étant convaincus que ça ne réglerait rien. Et on est très inquiets de tout ce qui pourrait, d'auprès ou de loin, ressembler à une instrumentalisation politique.
Patrick Martin, la situation, elle est critique, on le comprend à vous entendre. Plus encore, peut-être, pour la jeunesse à qui vous dédiez ce livre, Génération en péché, qui sort aujourd'hui. Des jeunes frappés de plein fouet par le chômage et qui ont de plus en plus de mal à s'émanciper à partir de chez leurs parents.
On
en parlait dans le journal de 7h, plus de 4 millions de jeunes de 23 à 34 ans qui vivent, ont vécu chez leurs parents à l'âge adulte. Comment on l'aide, cette génération tanguie, souvent malgré elle ? Vous parliez du logement.
Moi, je tape surtout du point sur la table. Il
y
a un scandale français dont les politiques ne parlent pas beaucoup. On a deux fois plus de jeunes au chômage que dans les autres pays européens. On a sept fois plus de
jeunes. C'est plus
20% de taux de chômage
en
moins de 25 ans, mais ça ne concerne que 40% de la tranche d'âge. On le rappelle parce que les autres sont...
Non, mais on compare des choses comparables. En Suisse, c'est sept fois moins de jeunes au chômage. Ça tient à quoi ? Ça tient au fait qu'on n'a pas réussi en France à développer l'apprentissage autant qu'il le faudrait, à casser ces barrières entre l'enseignement et l'entreprise. Donc, il faut regarder ce qui se passe autour de chez nous, ce qui se passe aussi à l'autre bout du monde, à Singapour, en Chine, au Vietnam, ou même en Afrique, si on va au Maroc. Donc, il y a des schémas complètement figés. Il faut qu'on s'occupe des jeunes. Si on s'occupe des jeunes, on s'occupe de tout.
On s'occupe d'eux-mêmes, d'abord, dont leur logement, mais on s'occupe aussi de la croissance, des compétences, du pouvoir d'achat, de la santé mentale. Moi, le Medef sera peut-être tout seul à le faire, mais il s'occupera des jeunes.
Mais l'entreprise, elle peut vraiment jouer ce rôle en période de crise ? On sait que quand les carnets de commandes se vident, les apprentis, les alternants, c'est les premiers à en faire les frais, on gèle souvent les embauches.
Je
vous le confirme, d'autant plus que, par souci d'économie budgétaire sordide, on est venu raboter les aides à l'apprentissage, qui, en réalité, sont indirectement déjà financées par les entreprises. Ça crée de l'incertitude, ça crée de l'instabilité sur ce dispositif, en plus de ce qu'on a évoqué sur la conjoncture. Donc, moi, j'appelle nos 240 000 entreprises adhérentes à ne pas arrêter de recruter des jeunes, des apprentis, de prendre des jeunes en stage, parce que c'est notre avenir, par définition, c'est leur, et on leur doit ça, et c'est l'avenir du pays qui est en cause, les politiques devraient bien s'en occuper.
Patrick Martin, président du MEDEF, qui publie donc aujourd'hui Génération empêchée, pourquoi la jeunesse doit être une grande cause nationale aux éditions de l'Observatoire. Lui, il n'est plus tout à
fait...