Hausse des prix des carburants : "Nous ne pouvons pas tenir comme ça", affirme Arnaud Rousseau, président de la FNSEA
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France Inter, Alibadou, Marion Lourd, le 6-9. Grand entretien ce matin avec Marion Lourd. Nous recevons le président de la FNSEA, premier syndicat des agriculteurs. Bonjour Arnaud Rousseau. Bonjour. Et bienvenue sur France Inter. Nos auditeurs peuvent vous interpeller, peuvent vous interroger également au 0145 24 7000 ou l'application Radio France. Arnaud Rousseau, beaucoup de sujets à aborder avec vous ce matin. Vous étiez hier à Caen pour le dernier jour du congrès de la FNSEA qui s'est ouvert mardi.
Congrès conclu par une intervention de la ministre de l'Agriculture, Annie Gennevar, à laquelle vous avez demandé une aide de 30 centimes par litre dans un contexte de hausse inédite du prix du gaz non routier. Et on va y revenir. Sans réponse de la ministre demain, nous n'aurons d'autre choix que de nous remobiliser. Je ferme les guillemets et je vous cite. Est-ce que vous avez eu une réponse ?
Non, la ministre de l'Agriculture hier ne nous a pas apporté de réponse supplémentaire. Mais Matignon a fait passer le message, et je l'ai lu dans la presse ce matin, que le Premier ministre était prêt à bouger dans les jours prochains en annonçant des mesures complémentaires. La situation des agriculteurs est comme celle des Français. Nous mettons dans nos tracteurs un gasoil non routier, dont le prix a quasiment doublé depuis un mois. Et évidemment, le sujet pour nous, c'est la poursuite de l'activité. Et on a besoin évidemment de réponses gouvernementales sur ce sujet. Nous ne pouvons pas tenir comme ça.
Une hausse de 60% de ce pétrole en trois semaines. Est-ce que les agriculteurs peuvent encore faire le plein ?
Alors, nous continuons à être approvisionnés en carburant, ce fameux gasoil non routier. Mais on commence à entendre de ci, de là, des problématiques où des volumes sont plafonnés. Pour le moment, nous avons ce qu'il faut. Mais encore une fois, le sujet est le prix. Pour le moment, c'est-à-dire ? Combien de temps ? J'espère qu'on pourra continuer à faire. Vous savez, les travaux d'échange, c'est maintenant. On va semer les tournesols, les maïs, les premières fenaisons. La récolte de l'herbe va commencer. Non, mais vous connaissez les stocks. Oui, les stocks aujourd'hui. Nous disposons dans nos fermes de carburant.
Mais encore une fois, les premiers retours du terrain nous montrent qu'à certains endroits, on commence à être plafonnés. Il n'y a pas de manque au moment où je vous parle. Mais encore une fois, le premier sujet pour nous, c'est le prix, bien sûr. Bien sûr.
Alors justement, qu'est-ce que vous attendez du Premier ministre en début de semaine prochaine, Arnaud Rousseau ? Le gouvernement, il peut agir notamment en baissant par exemple la TVA qui existe encore sur ce gazole. Mais vous savez qu'il n'y a pas vraiment de cagnotte fiscale. En tout cas, elle n'est pas très importante, c'est ce que dit le gouvernement. Vous comprenez qu'il refuse un quoi qu'il en coûte de la guerre au Moyen-Orient ?
Oui, vous savez, nous, les agriculteurs, on est des entrepreneurs et on voit bien quelle est la situation des finances publiques. D'ailleurs, on a des niveaux de prélèvement, comme toutes les entreprises de France, qui sont très importantes. Ce qu'on dit simplement, c'est qu'aujourd'hui, notre dépendance, et c'est aussi pour ça que nous, on prône la souveraineté alimentaire. Notre dépendance énergétique nous mène aujourd'hui à être quelque part sous l'impact rapide et évident de ce qui se passe ailleurs sur la planète.
Mais l'aide que vous avez aujourd'hui, c'est 4 centimes par litre. Vous voulez 30, c'est quand même très énorme proportionnellement comme augmentation.
D'abord, on a déjà des aides, si je suis honnête, puisqu'on a déjà un certain nombre de droits d'assises qui sont diminués sur les carburants agricoles. Nous avons obtenu, c'est la déclaration qu'a faite la ministre vendredi dernier, 3,86 centimes. Je rappelle que l'augmentation est de l'ordre de 50 à 60 centimes. Donc je comprends qu'à la fois le gouvernement ait des moyens limités, mais la réalité pour nous, c'est l'activité. Si on arrête notre activité, comment fait-on pour produire de la richesse pour ce pays et pour continuer à vivre sur nos fermes ?
Mais Sophie Binet, d'un autre syndicat, la CGT pour le coup, vous dit que derrière ces opérations de ciblage, la solidarité nationale envers les agriculteurs, ce sont des millions d'automobilistes français qui sont laissés de côté. Est-ce que vous vous vivez en décalage par rapport au reste de la population ?
Non, mais je rappelle que les agriculteurs ont aussi des véhicules et se déplacent pour emmener leurs enfants à l'école ou aller faire leurs courses. Donc on n'échappe pas à cette problématique. Et moi, je n'oppose pas la situation dans laquelle on est est évidemment critique. Je rappelle que pour nous, le sujet, c'est la poursuite de l'activité. Alors aujourd'hui, on est à un peu moins d'un mois de conflit. Et nous ne sommes pas au mois de mars-avril dans les mois où nous consommons le plus de carburant. Je le redis, les moissons, les fenaisons vont arriver vite. Mais il y a une forte inquiétude et l'impact est immédiat. Et je pourrais vous parler également des engrais, bien sûr.
Bien sûr, on va y venir parce que l'autre enjeu lit à la fermeture du détroit d'Hormuz, Arnaud Rousseau, c'est que pour faire pousser du blé, du maïs, du colza, que sais-je, les agriculteurs ont besoin, ou en tout cas certains d'entre eux, d'engrais azotés. Ces engrais sont fabriqués à partir de gaz naturel. Avec le blocage du détroit d'Hormuz, la tonne de solutions azotées est passée à plus de 419 euros le 19 mars. C'est plus 10% en quelques semaines. Est-ce qu'il y a urgence ? Et que demandez-vous ce matin ?
Alors, effectivement, même si une partie de nos engrais ne viennent pas de cette partie de la planète, il y a eu une augmentation extrêmement importante. Les engrais, pour que vos auditeurs comprennent bien, c'est l'alimentation de nos plantes. Et si on ne les nourrit pas, nous n'avons pas de plantes, pas de récolte, pas de moisson. Et donc, on a absolument besoin de ces engrais. Alors, une partie a été achetée avant, mais nous subissons l'impact. Là aussi, on parle d'une cinquantaine d'euros à l'hectare. Nous avons besoin que, rapidement, on puisse regarder. Et ça pose à nouveau la question de la souveraineté. Est-ce qu'on est capable de plus produire en France d'engrais ?
Et comment on fait avec les sujets énergiques ?
De la souveraineté et, à la fois aussi, du modèle d'une agriculture qu'on voit dépendante, peut-être trop dépendante, par rapport aux énergies fossiles et aux pays tiers, quand il existe des solutions décarbonées dans lesquelles nous n'investisserions pas assez. Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui vous disent que l'agroécologie, par exemple, qui implique de réduire drastiquement, voire de supprimer les engrais azotés chimiques en s'appuyant sur la rotation des cultures, les légumineuses, les couverts végétaux, c'est une solution et c'est peut-être LA solution, Arnaud.
C'est ce qu'on met déjà en place, pardon, mais vous savez, les agriculteurs ont intérêt à réduire leurs charges parce que tout ça nous coûte beaucoup d'argent et que tout ce qu'on peut produire en France, encore une fois, nous portons la souveraineté, a du sens. On le fait déjà quand on produit du biogaz à partir de nos fermes, quand on produit des biocarburants qui viennent supplanter le fossile, quand on essaye de réduire nos doses d'engrais, par exemple sur les engrais phosphatés, moins 40% en 30 ans. Donc cet effort, il est entamé, il faut probablement aller plus loin et puis surtout, il faut regarder comment on produit en France, c'est ça pour nous l'intérêt.
Mais Arnaud Rousseau, ce que vous vouliez, vous, c'était que Bruxelles, en tout cas dans l'urgence, accepte de suspendre la taxe carbone aux frontières pour faire baisser ce prix des engrais. Aujourd'hui, Bruxelles dit non. Est-ce que ce n'est pas le moment de vous dire qu'on va aussi amorcer un virage vers une agriculture où on serait moins gourmand en engrais ? Et notamment quand on entend, y compris les dernières études comme celles de la revue Nature, dont on parlait tout à l'heure à 7h45 sur Inter, qui montrent que quand certains engrais sont mélangés, même quand ils ne sont pas jugés dangereux pour l'homme, ils peuvent finalement provoquer un surplus de cancer dans la population ?
Non, attendez, il faut qu'on remette les choses à leur place. D'abord, nous avons besoin d'engrais, c'est la nourriture de nos plantes. Ensuite, il faut qu'on le fasse... Dans un certain type d'agriculture ? Non, non, vous savez, de l'engrais, il y en a besoin, y compris en agriculture biologique, on met de l'engrais organique ou de l'engrais minéral, il n'y a pas de plantes qui puissent pousser sans engrais. Ça n'est pas possible, il faut inviter des agronomes, ils vous expliquent ça mieux que moi.
Ce qui compte, en revanche, c'est d'adapter le modèle pour le changement climatique, pour les impacts, pour la manière dont aussi, nous, dans nos exploitations, on peut réduire nos charges, mais il y a un certain nombre de choses autour duquel on ne peut pas passer. J'entendais votre reportage sur le cuivre, il y a quelques minutes, concernant la production en viticulture, y compris en agriculture biologique, on a besoin d'un certain nombre d'éléments. Donc, on est trop dépendant et il faut produire.
Mais sur les engrais, par rapport à Bruxelles, nous, ce qu'on dit, c'est que ça, ça tient, si par ailleurs, on produit en Europe, pour être moins dépendant d'importations et pour avoir des bilans carbone qui sont meilleurs. Or, il y a quelques jours, on vient de fermer une usine en France. Une usine d'engrais ? Une usine d'engrais en Seine-et-Marne. Et donc, ce qu'on dit au gouvernement, c'est qu'il faut à la fois protéger, mais à la fois permettre de produire pour trouver des productions. Et vous avez compris que nous, nous n'opposons pas la protection et la production, on a besoin des deux.
Il faut dire que la France importe à peu près 80% de ses engrais, dont une large part en provenance de pays qui sont en dehors de l'Union Européenne. Il y a une double dépendance, à la fois aux pays tiers et aux énergies fossiles. Il faut sortir de cette double dépendance. Mais comment ? Est-ce que ce n'est pas une question qui interroge même le modèle agricole français ? Oui, il est déjà interrogé depuis longtemps à Libadou.
Vous savez, par exemple, nous, on porte l'ambition de développer ce qu'on appelle des légumineuses, qui sont des plantes qui, pour pousser, captent l'azote qui se situe dans l'air, avec des nodosités.
Les pois chiches, les haricots, ce genre de choses.
Les févroles, les pois protéagineux.
C'est ce que vous faites d'ailleurs avec votre entreprise.
Absolument. On essaye de développer ces productions, même si c'est difficile. On est en train de progresser. Et d'ailleurs, le comportement alimentaire évolue aussi. Mais là aussi, nous n'opposons pas. Et puis, il y a le temps de la recherche. On a aujourd'hui, sur le plan de la génétique de ces productions, je pense au poids protéagineux, besoin d'avancer. Il y a des plants protéines. Mais vous voyez, on se bat avec le gouvernement pour pouvoir financer ces plants protéines en ce moment. Donc, tout ça nécessite qu'on puisse avancer. Nous sommes conscients de la dépendance.
Et notre ambition, nous, agriculteurs français, c'est de trouver des solutions pour continuer à être une des agricultures les plus durables.
Alors, il y a une question que vous pose Fabrice sur l'application Radio France. Pourquoi les terres agricoles en France sont quatre fois plus polluées au cadmium, selon l'ANSES, que les terres des autres pays de l'UE ? Alors que depuis des années, la FNSEA proclame haut et fort que notre agriculture conventionnelle est la plus vertueuse au monde. Est-ce que vous soutenez ? Est-ce que la FNSEA soutient la recommandation de l'ANSES de baisser les seuils ?
D'abord, cette question est intéressante. On s'y est penché de très près, puisque comme agriculteur, ce n'était pas forcément inné sur nos fermes. La réglementation européenne...
Cadmium, on va juste rappeler que c'est un métal lourd qui est susceptible, selon l'ANSES, de favoriser les cancers du pancréas, cancers du sein notamment. Et c'est vrai que l'ANSES demande au pouvoir public de baisser les seuils de cadmium dans les engrais phosphatés. Donc, c'est une question qui vous est directement adressée.
Oui, absolument. D'abord, il faut rappeler que le cadmium se trouve de manière naturelle dans l'environnement. Enfin, ce n'est pas un produit qui... Voilà, on le trouve de manière naturelle. Et on le trouve dans les engrais phosphatés qui viennent notamment d'un certain nombre de milles.
Oui, il y a un surplus quand même par rapport au taux naturel.
Oui, absolument. Alors, c'est ce que je souhaitais vous dire. C'est qu'aujourd'hui, la norme en France, c'est 90 mg par kilo. Or, la norme européenne est à 60. Donc, on a besoin de descendre.
Et l'ANSES préconise 20.
Et l'ANSES préconise 20. Et donc, nous, on s'est rapprochés de ceux qui nous fournissent et qui nous disent aujourd'hui qu'ils pensent que c'est possible de descendre jusqu'à 20. Nous, ce qu'on dit, c'est que déjà, mettons-nous la réglementation européenne. Ça nous paraît important. Et ensuite, toujours pour les mêmes conditions, si on peut améliorer la protection de l'environnement, la santé des consommateurs et qu'on sait nous fournir des produits à 20, évidemment, notre intérêt, c'est de les avoir rapidement à des prix abordables.
Mais vous ne remettez pas en cause le lien direct entre le cadmium et ces cas, donc, qui concernent la santé publique ?
Écoutez, moi, je ne suis pas un spécialiste de la santé publique. Je suis agriculteur. Ce que je dis, c'est que quand il y a des préconisations faites par une agence de santé sanitaire, qu'elle soit européenne ou nationale, il me paraît important de suivre ces préconisations et ensuite qu'on nous propose ces produits.
Mais avec quel calendrier, alors ?
Écoutez, moi, j'ai interrogé hier les pouvoirs publics qui nous disent que, d'ores et déjà, une partie importante des engrais phosphatés qui vient notamment du Maroc, la première entreprise marocaine, l'OCP... Premier producteur de phosphate et de produits phosphatés au monde. Absolument. Qui nous dit qu'elle est capable de fournir à l'Europe des cadmiums, en tous les cas, des engrais phosphatés avec du cadmium inférieur à 20 mg. Donc, moi, j'attends ça, évidemment, avec intérêt pour qu'on puisse, là aussi, protéger et produire.
Alors, il y a de nombreuses questions qui reviennent sur cette question du carburant, de l'énergie, du modèle agricole. Charles, par exemple, qui vous demande s'il est possible que la FNSEA propose un autre système d'agriculture moins consommateur de gazole plutôt que de manifester pour avoir plus de pétrole. Violaine vous demande pourquoi la FNSEA ne s'oriente pas vers une culture sans fossiles, vers une vraie transition agricole. C'est devenu comme une sorte d'arlésienne, la transition agricole. On ne cesse d'en parler et on a l'impression qu'elle n'arrive pas assez vite.
Alors, ça, c'est le sentiment et moi, j'entends les commentaires de vos auditeurs mais ça n'est pas la réalité. L'agriculture a énormément évolué ces 30 dernières années mais disons les choses avec sérieux. Non, on ne peut pas à court terme se passer du carburant. D'abord parce qu'on ne va pas revenir à l'âge des chevaux et des attelages de bœufs et qu'aujourd'hui, dans nos tracteurs, on essaie de progresser. On a parlé de l'électrification du parc. Ça va pour les petites puissances inférieures à 100 chevaux, peut-être un peu plus. Ensuite, on a développé des biocarburants donc du renouvelable qu'on additionne et on doit continuer à progresser.
Mais attention, ne racontons pas que demain, on va pouvoir se passer de tracteurs et encore une fois, je le dis, tout ce qui permet la durabilité de nos modèles nous intéresse. Vous savez, nos fermes, elles sont ancrées dans les territoires et donc on a besoin de permettre aussi qu'on les transmette demain. Mais je ne voudrais pas qu'on oublie pour terminer que encore une fois, l'agriculture française, il faut la comparer au reste de ce qui se fait ailleurs et que c'est une des plus durables. Ça ne veut pas dire qu'elle ne doit pas progresser mais ça veut dire qu'il faut parfois donner acte des progrès qui ont été réalisés.
Mais en attendant, puisqu'on parle de l'aide au carburant, vous ne nous avez pas dit à quel niveau vous dites bon finalement on ne mobilise pas puisque vous réclamez 30. Vous espérez combien en fond ? 30 centimes d'aide par l'île.
Là, il faut qu'on rediscute avec les pouvoirs publics et avec le Premier ministre que j'ai vu la semaine dernière et qu'il souhaite nous revoir.
C'est quoi le niveau acceptable ?
Il faut qu'on regarde. Dites-moi si la guerre en Iran cessera dans 15 jours comme l'annonce M. Trump ou pas.
Ça peut être reconduit mois par mois comme ce que fait le gouvernement avec les équipements.
Aujourd'hui, ce qui est sûr c'est qu'à minima c'était les 15 centimes qu'on avait eu au moment de la guerre en Ukraine mais je rappelle
Aujourd'hui, il y en a 4 vous voulez monter à 15 ?
Non mais on a demandé 30 parce que l'augmentation est de l'ordre de 60 et qu'il nous paraissait intéressant intellectuellement de dire qu'on prenait la moitié en charge dans nos exploitations et que la solidarité nationale nous permettait d'accompagner. Je le redis, l'objectif c'est la poursuite de l'activité.
Et sinon c'est quoi ?
On est en train de discuter avec le gouvernement et je rappelle que les agriculteurs sont en train de travailler vous savez, les beaux jours sont en train de revenir je viens d'entendre la météo on a du travail dans nos fermes donc l'action c'est pas de gaieté de cœur c'est juste pour dire qu'à un moment si on ne peut plus travailler il faudra bien qu'on aille l'exprimer.
Il faut savoir comment et qui on défend et en l'occurrence c'est le rôle des syndicats et évidemment des syndicats agricoles aux élections des chambres d'agriculture de février l'année dernière l'alliance FNSEA jeunes agriculteurs est tombée à 46,7% des voix vous étiez largement au-dessus en 2019 la coordination rurale réalise une percée inédite à près de 30% comment l'expliquez-vous ? Votre mandat il est en train de s'achever est-ce que vous en avez fait l'inventaire ? Pourquoi est-ce que la FNSEA qui était un acteur absolument incontournable de la vie agricole en France dont on disait même qu'elle co-gérait le ministère de l'agriculture pourquoi la FNSEA est-elle en perte d'influence ?
Bon d'abord je ne connais plus d'un parti politique qui aimerait faire 46% au premier tour mais plus sérieusement
Je ne connais plus d'un syndicat qui aimerait avoir autant d'électeurs qu'un parti politique en l'occurrence aussi
Il se trouve que Vous avez 212 000 adhérents La situation agricole La situation agricole est extrêmement difficile dans nombre de régions françaises et que quand vous ne savez pas comment vous finissez le mois quand vous êtes impacté régulièrement par le changement climatique quand vous n'avez pas de vision politique au niveau européen et au niveau national évidemment la colère vous gagne et que quand les élections professionnelles Malgré les soutiens de l'Union Européenne Il y a une telle distance entre un agriculteur sur sa ferme et les institutions européennes qu'aujourd'hui il n'y a plus de compréhension Regardez ce qui s'est fait sur le Mercosur Nous avons obtenu une saisine de la Cour de justice européenne après des mobilisations historiques La commission dit je m'en moque et je mets par anticipation cet accord en application
C'est traité de libre-échange avec l'Amérique latine
Absolument Donc cette colère s'est traduite par une remise en cause du syndicat historique le nôtre la FNSEA qui était jusqu'à maintenant le syndicat au-delà des 50% nous étions à 55% et qui aujourd'hui vient nous remettre nous en question mais je le redis nos principes sont clairs nous on veut pouvoir continuer à avoir le goût d'entreprendre parce qu'on a besoin de produits en agriculture et qu'on a des territoires qui sont très différents mais on a besoin d'apporter une réponse concrète à la crise que traverse l'agriculture c'est une certitude avec 6 gouvernements et 5 premiers ministres en 3 ans c'est très difficile
Mais la politique agricole commune est l'une des grandes politiques européennes qui soit intégrée et qui soit très massivement redistributrice est-ce qu'elle ne l'est plus assez pour les français pour les agriculteurs français En tous les cas elle est un soutien à l'alimentation des français ça représente 130 euros
130 euros par an et par habitant en France et elle sera renégociée à la fin de l'année avec une négociation très difficile ce qui est proposé aujourd'hui c'est une baisse drastique de cette enveloppe pour nous c'est absolument vital toutes les agriculteurs du monde sont aidées aux Etats-Unis en Russie en Chine l'Europe ne doit pas être naïve Mais vos concurrents
ils sont en Europe ou est-ce qu'ils sont en dehors de l'Europe ?
Les deux si je puis dire Vraiment ? Bien sûr la concurrence intra-européenne est très forte C'est la Pologne C'est la Pologne c'est l'Allemagne ce sont les Pays-Bas mais encore une fois avec un cadre qui n'est pas toujours le même partout en Europe c'est pour ça que nous on dit les règles européennes pour les Européens et c'est pour ça qu'on se bat quand des produits sont importés d'ailleurs et ne respectent pas nos règles
Vous avez un horizon aussi qui est la campagne présidentielle de 2027 vous avez adopté pendant votre congrès de cette semaine votre rapport d'orientation 2026 l'objectif c'est de mettre l'agriculture parmi les priorités ou même en priorité pour les candidats et vous avez parlé de faire supprimer le principe de précaution de la constitution de le remplacer par un principe d'innovation il n'est pas là pour nous protéger le principe de précaution ?
Bien sûr bien sûr qu'il est là pour nous protéger et comme je vous l'ai indiqué il n'est pas question de renoncer à protéger les français l'environnement la sécurité mais parce qu'aujourd'hui pour nous il est devenu un principe d'inaction c'est à dire que au nom de la protection on a mis un frein à l'innovation à la possibilité d'avancer aux bénéfices risques comme on le regarde et donc il nous paraît dans le cadre d'une campagne présidentielle de remettre ce sujet sur la table de s'emparer des sujets une élection présidentielle c'est fait pour faire le bilan de ce qui a été fait or nous constatons aujourd'hui que il est nécessaire de continuer à protéger et nous comme agriculteurs évidemment comme citoyens on y a intérêt mais il est là
pour empêcher des catastrophes sanitaires
non mais bien sûr mais pour autant on a eu un certain nombre de catastrophes sanitaires récemment regardez par exemple pour prendre votre remarque pendant le Covid on a à la fois voulu protéger les français mais en termes de vaccins on a été très vite parce qu'on a considéré que dans la balance bénéfice-risques
donc l'innovation n'a pas été empêchée par le principe de précaution
alors en l'occurrence là dans un certain nombre de sujets agricoles c'est le cas nous on a besoin d'aller plus loin sur l'innovation exemple les travaux d'Emmanuel Charpentier prix Nobel française qui ne permettent pas de développement en France on a besoin que par exemple sur nos semences de main on puisse avoir des semences qui nous permettent d'être moins dépendants des maladies et donc de traiter moins d'avoir des variétés plus robustes sur le changement climatique et donc peut-être de consommer moins d'eau voyez ça ça fait progresser
la question de Marie-Hélène toujours sur l'application pourquoi avez-vous conclu votre congrès hier en demandant la suppression du principe de précaution dont je rappelle qu'il est inscrit dans la constitution comment pouvez-vous demander cela dans un contexte de multiplication des maladies chroniques et des cancers notamment chez les agriculteurs
alors d'abord on n'a pas fini notre congrès là-dessus on avait bien d'autres thématiques mais enfin celle-là faisait partie des propositions qu'on souhaite remettre sur la table je le dis encore dans le cadre des présidentielles
votre reconduction vous êtes le seul candidat
écoutez on va attendre l'élection si vous permettez il y a peu de suspense mais en tous les cas sur cette remarque que nous font de nombreuses personnes la peur demain que ce soit finalement un renoncement à la protection de la santé de l'environnement versus vilain productivisme dont parfois on nous taxe nous on essaye d'être des gens qui sont cohérents nous sommes en train de perdre notre appareil productif agricole je l'ai dit nous sommes parmi les plus durables si demain dans notre assiette on ne veut pas d'importation souvent moins disante on a besoin de ce défi de se remettre en question
le principe de précaution faut-il le remettre en cause
je redis qu'il n'est pas question de remettre en cause la protection des français mais que nous avons besoin d'y adjoindre un principe d'innovation dans lequel la balance bénéfice risque est réévaluée il faut revoir la constitution française écoutez en tous les cas il faudra une réforme constitutionnelle
c'est la loi fondamentale dont on parle
absolument et vous voyez bien qu'il y a encore du chemin entre cette proposition et sa concrétisation mais notre contribution veut que dans la présidentielle on puisse débattre de sujets de cette nature
et Arnaud Rousseau la loi d'urgence agricole doit être en tout cas la dernière doit être présentée en conseil des ministres la semaine prochaine avec facilitation du stockage d'eau de la lutte contre les prédateurs les loups notamment est-ce qu'il faut y intégrer cette loi la nouvelle loi du plomb qui prévoit de réintroduire à titre provisoire les pesticides notamment les néonicotinoïdes l'acétamipride
alors nous vous savez que nous avons toujours soutenu cette position pour deux raisons la première c'est que je l'ai rappelé tout à l'heure il faut des règles uniques en Europe et c'est utilisé partout en Europe et la seconde c'est que j'ai compris que le président du Sénat M.
Larcher avait interrogé le conseil d'état qui dit y être favorable donc nous avons cette loi il y aura un débat parlementaire écoutez il appartiendra puisque c'est un projet de loi au gouvernement de savoir ce qu'il fait nous nous souhaitons que ce débat puisse avoir lieu puis il appartiendra enfin aux parlementaires de le décider mais je le redis on ne peut pas nous avoir des mesures qui ne sont pas possibles en France et acceptées partout ailleurs
Dernière question qui concerne les amis et les protecteurs de la nature le quota relevé pour tuer le nombre de loups en France qu'est-ce que vous en pensez ?
Nous on a vu la prédation augmenter terriblement et on pense qu'il faut mieux choisir les milieux la production du pastoralisme et des ovins plutôt que le loup mais on est évidemment d'accord pour dire qu'il faut maintenir des loups en France c'est la conversion de B1 il faut qu'on accepte d'aller plus loin dans le tiers quand les animaux sont attaqués protéger l'environnement c'est aussi protéger le pastoralisme
Merci Arnaud Rousseau d'avoir été l'invité de France Inter ce matin Merci à vous Bonne fin de congrès Bonne élection