L'interview d'Alexandre le Mer avec Anne, cofondatrice du collectif SOS Périscolaire
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il est 5h41 sur Europe 1. Alexandre Lemaire, votre invité, ce matin, s'appelle Anne. Elle est la cofondatrice du collectif SOS Périscolaire.
Bonjour Anne.
Bonjour.
C'était le premier procès depuis qu'a éclaté le scandale des violences sexuelles sur mineurs, dont le périscolaire à Paris. Le tribunal correctionnel a prononcé la relax d'un ancien animateur du 11e arrondissement. Il est accusé d'agression sexuelle par 9 petites filles de CM2. Une peine de sursis, de 18 mois de prison avec sursis, avait été requise. Les juges ont pointé effectivement des comportements inadaptés, mais ils ont estimé qu'ils n'étaient pas pénalement répréhensibles. Le parquet a certes fait appel. Votre réaction ce matin ?
Évidemment, c'est la stupéfaction. Et puis ensuite vient une sorte de dégoût, d'écoeurement, face à un système qui est capable de dire que les gestes et les mots étaient inappropriés, tout en ne les condamnant pas. Donc en fait, c'est comme un signal qui dirait « On est d'accord, nous la justice française est d'accord, sommes d'accord pour que ces faits et ces gestes inappropriés soient commis sur des enfants sans qu'il ne se passe rien derrière. » Il faut quand même souligner que cette relaxe permet à cet animateur de travailler à nouveau au contact des enfants.
Or, pour mémoire, au-delà des petits noms qu'il donnait aux petites filles, il y a cette phrase, moi, qui m'avait vraiment interpellée, qui était « Je te ferais bien des bisous partout si je le pouvais. » Donc on avait quand même une conscience de l'interdit chez ce mis en cause, plus quand même raconter des affaires de viol, et puis aussi des attouchements sur la poitrine. Et là, chez nous, chez SOS Périscolaire, là, vraiment, l'effarement est total parce qu'en fait, on a des affaires dans lesquelles l'agression sexuelle a été retenue, notamment par exemple pour des baisers sur la bouche.
Donc on ne voit vraiment pas, ça c'est à Chambéry, la personne a été condamnée pour des baisers sur la bouche qui ont été donc acceptés dans le cadre d'agressions sexuelles, reconnues comme telles. Et puis aussi une autre affaire dans le Nord où c'est pareil, on avait des câlins appuyés, forcés, un peu comme dans l'affaire dont on parle, Titon, et puis des léchages d'oreilles. Eh bien, ça aussi, ça a été reconnu comme agression sexuelle et la personne condamnée.
On voit donc qu'il y a une justice qui n'est pas égale, en fait, sur tous les territoires, et que donc, clairement, il y a aussi un choix, le choix de condamner ou de ne pas condamner, de ne pas retenir comme agression sexuelle quelque chose qui, pour la population et les parents, l'est de fait toucher la poitrine d'une petite fille de 11 ans, surtout avec ce faisceau, en fait, de gestes inappropriés, de mots inappropriés, évidemment, ne pose aucun doute, en fait.
Donc, l'animateur, jusqu'ici, était suspendu par la mairie de Paris qui applique désormais ce principe de précaution, même s'il entre en contradiction avec la présomption d'innocence, au nom, bien sûr, de la protection des enfants. Mais vous dites qu'avec sa relax, là, il va pouvoir à nouveau travailler au contact de mineurs, à Paris ou ailleurs ?
Alors, pas à Paris, a priori, puisqu'en étant licencié de la ville de Paris, a priori, il y a quand même un passif qui va lui être accolé, enfin, on l'imagine, mais, évidemment, dès qu'il passera le périphérique parisien, il pourra aller travailler avec, évidemment, tous les enfants qu'il souhaite. C'est pour ça que la vérification du casier judiciaire n'a jamais été notre cheval de bataille chez SOS Périscolaire. Nous, ce qui nous intéresse, c'est, éventuellement, le contrôle des antécédents judiciaires, c'est-à-dire les plaintes qui ont été déposées contre quelqu'un, quelle qu'en soit l'issue. Voilà, condamnation ou pas de condamnation.
Les antécédents judiciaires, là, en l'occurrence, il repart à zéro, si j'ose dire, son casier judiciaire va rester vierge ?
Tout à fait. Le casier judiciaire va rester vierge. Il n'y aura rien indiqué, non plus, dans le volet fijaïs, c'est-à-dire de ficher des infractions sexuelles. Donc, effectivement, s'il n'y a pas de vérification de passif, par exemple, on parle des antécédents judiciaires, mais on peut aussi parler d'antécédents professionnels. Si son prochain employeur lui demande de passer un coup de fil à son précédent employeur, c'est-à-dire la ville de Paris, eh bien, ça pourrait être, par exemple, une vérification qui soit faite de manière automatique et qui ne demande pas de nouveautés réglementaires ou législatives.
Cette vérification professionnelle, comme vous et moi, si on allait passer un entretien d'embauche, c'est très classique d'appeler l'employeur précédent. Ça, par exemple, c'est quelque chose qui n'est pas fait de manière du tout systématique.
Donc, cette décision de relax de cet animateur de l'école parisienne Titon, après les gestes inadaptés, dit la justice que vous nous avez décrit, Anne, elle intervient, cette décision, en pleine affaire Liana, qui a montré les multiples ratés de la justice qui ont conduit à la mort de cette petite fille. Dans ces circonstances, moins encore... Enfin, c'est pas le meilleur signal à envoyer ni aux victimes ni aux familles.
C'est probablement le pire signal, puisqu'encore une fois, c'est vraiment une manière de dire que c'est inapproprié, mais on accepte donc les comportements inappropriés sur les enfants. C'est OK. Continuez. C'est pas grave. Je crois qu'une des parties les plus choquantes, c'est de dire que dans les retentissements psychologiques des enfants étaient quelque part plus ou autant dus à la médiatisation de l'affaire qu'au trauma réel. Ça, on a eu énormément de messages sur notre compte Instagram où on a publié une dépêche très très rapidement qui mentionnait ça.
Les gens et les parents sont extrêmement choqués qu'on puisse imputer finalement une quelconque responsabilité aux enfants qui ont parlé en condamnant le fait que l'affaire ait pu être médiatisée alors que ce sont des petites filles encore une fois de 11 ans qui ont elles-mêmes fait un signalement non pas à leurs parents mais à la directrice de l'école, des petites filles. Encore une fois, on n'est pas sur des enfants de 3 à 5 ans dont peut-être les mots pourraient être un petit peu inexactes, etc.
On est sur des jeunes filles qui étaient d'ailleurs prises dans un conflit de loyauté par rapport à cet animateur comme ça a été raconté où en fait elles avaient vraiment conscience de la gravité de ce qu'ils faisaient mais elles ont mis beaucoup de temps, elles ont fait des réunions entre elles pour essayer d'être plus justes. Enfin, on a des enfants qui finalement ont plus de sagesse que la justice elle-même qui ne les protège pas.
Alors, les enfants justement, est-ce que vous craignez aussi que tout cela, en tout cas cette décision de justice, ne décourage d'autres victimes, d'autres parents de déposer plainte ? On sait combien la libération de la parole est déjà très difficile dans les affaires de pédocriminalité.
Alors, les parents, je ne sais pas mais nous, ça nous détermine encore plus à axer notre action puisque maintenant, on est vraiment sollicité par les institutions pour faire des préconisations et on voit que la parole de l'enfant est centrale, elle l'est dans la plupart des affaires comme on en a parlé puisque c'est ce sur quoi reposent les accusations, la plupart du temps quasiment à 100%.
Et donc, cette parole de l'enfant, il faut absolument qu'elle soit recueillie de manière parfaite en suivant le protocole Mélanie de manière systématique, c'est-à-dire une manière d'interroger les enfants unique, filmée, qui permet d'avoir en fait une base très solide pour les enquêteurs et pour les procès. Je tiens par exemple à mentionner qu'à Colombes, actuellement, on a des enfants, 90 enfants qui ont été interrogés en un après-midi par une brigade qui a fait une descente à la maternelle. Des enfants qui ont été interrogés en qualité de témoin alors qu'on ne savait pas s'ils étaient victimes.
Donc aujourd'hui, il y en a peut-être qui sont victimes et la brigade répond non, non, pas besoin de protocole Mélanie, les enfants ont déjà été interrogés alors que leur statut a changé puisqu'entre-temps, ils ont fait des révélations. Ça, ce sont des choses qui ne sont plus possibles. Donc nous, au contraire, cette relaxe nous choque tellement qu'on va axer encore plus notre combat sur ces dysfonctionnements judiciaires qui pénalisent les familles et les victimes.
Anne, avec votre collectif SOS Périscolaire, vous allez manifester ce matin aux côtés de parents d'élèves d'une autre école parisienne, l'école Saint-Dominique ?
Alors oui, la date du 18 juin, moi j'ai dit que c'était l'appel du 18 juin, effectivement, le matin, on aura les parents des écoles Saint-Dominique, Rappes et la Rochefoucault qui vont en fait faire une action quartier mobilisé.
Il faut le rappeler en deux mots, ce sont également des écoles touchées par des violences pédocriminelles.
Voilà, donc les parents font une opération, ils se sont regroupés en collectif, une opération quartier mobilisé et puis ce soir, à Montreuil, il y aura un autre collectif, donc on est à l'extérieur de Paris, une ville où il y a 11 écoles concernées par des signalements, ça fait vraiment effectivement encore un autre aspect du côté systémique en dehors de Paris et là également, on sera là, en particulier, pour rappeler aux mairies qu'aujourd'hui, il est très important qu'elles communiquent aux parents quand il y a des plaintes parce que ne pas le faire, ça ne permet pas aux parents de voir si leurs enfants sont victimes et de repérer les signaux faibles.
Aujourd'hui, il n'y a absolument pas de base légale quand une mairie, par exemple, subit l'injonction d'une brigade des mineurs qui demande de ne pas parler ou quand la mairie elle-même fait des injonctions aux parents élus en leur demandant de ne pas parler, ça n'est plus possible. Aujourd'hui, les parents doivent être informés quand il y a une plainte dans un établissement et c'est pour ça que les parents se regroupent, ils ont droit à la transparence et à l'honnêteté des institutions et la confiance reviendra uniquement comme ça.
Bien, et ces violences dans le périscolaire vont faire l'objet d'une commission d'enquête du Sénat. Elle a six mois pour rendre ses conclusions, ce sera donc à la fin de l'année. Anne, merci à vous, je rappelle que vous êtes la cofondatrice du collectif SOS Périscolaire. Merci, merci d'avoir été avec nous. Merci à vous. Sous-titrage Société Radio-Canada
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