Marie-George Buffet : "Nous ne sommes pas des entraîneurs, nous sommes des responsables politiques"
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Bonjour Marie-Georges Buffet, invitée du grand entretien de France Inter, on est ensemble pour une bonne vingtaine de minutes. Vous êtes députée communiste de Seine-Saint-Denis, vous êtes ancienne ministre des sports. Il y a 20 ans, jour pour jour, la France était championne du monde de football chez elle, chez nous en France. Vous étiez aux affaires à cette époque. Vous avez un souvenir mitigé de cette époque, une grande joie et aussi beaucoup de stress pendant la compétition.
Oui, parce que j'étais ministre des sports, donc en charge du bon déroulement de la compétition. Et j'avoue qu'à la fin de ce match, au Stade de France, c'était d'abord un soulagement, puis après la joie, mais d'abord un soulagement que ce soit bien passé, même s'il y a eu des accidents avec des hooligans, notamment à Lens. Globalement, ça s'était plutôt bien passé et avec cette victoire, bien sûr, qui a déchaîné après beaucoup d'euphorie.
Oui, qui a déchaîné aussi l'euphorie au plus haut sommet de l'État. On était en cohabitation. On voit à l'époque un Lionel Jospin, très connaisseur de sport, mais qui reste Jospin, et un Jacques Chirac, qui lui s'y connaissait nettement moins, mais qui a surfé sur la vague bleue. Vous avez vu le président Chirac s'emballer ?
Oui, c'était un supporter. Il n'y a pas d'autre terme. Il aimait ce bain de foule. Mais après, il faut être réaliste. Il y a aussi une forme d'instrumentalisation du sport par les politiques en général, ou par des États. On l'a vu pour d'autres États. Donc, il faut laisser au sport sa vocation, c'est-à-dire l'épanouissement des individus, le bonheur. Didier Deschamps disait, après la victoire de l'équipe de France en demi-finale, il disait, on veut donner encore plus de bonheur. Alors, laissons le sport donner plus de bonheur et n'en faisons pas un objet politique.
C'est le cas d'Emmanuel Macron qui, pour l'instant, n'en fait pas un objet politique. Sa communication est assez discrète.
Écoutez, oui. Je crois que c'est une bonne chose. C'est une bonne chose parce que le sport, il a besoin de politique en matière de politique sportive. D'accompagnement. D'accompagnement, de moyens, d'éthique, d'objectifs, y compris pour l'accès de tous et toutes à la pratique sportive. C'est ça le rôle du politique. On n'est pas des entraîneurs. On est des responsables politiques.
Marie-Georges Buffet, vous répétez souvent que l'équipe Black Blumber a été mythifiée d'une certaine façon. Quand on voit la une de l'humanité aujourd'hui, la fraternité envahit le terrain. On n'est pas en train à nouveau de basculer dans quelque chose d'un peu irrationnel et peut-être d'un peu exagéré.
D'un peu irrationnel. On y a cru. Moi-même, j'y ai cru en 1998 à l'idée que cette fraternité, cette équipe qui représentait la nation française telle qu'elle est, allait créer quelque chose. Et puis, quelques années après, on a 2005, on a les émeutes dans les quartiers parce qu'aucun problème n'a été réglé par la victoire de l'équipe de France.
On avait eu Le Pen-Jean-Marie au second tour en 2002.
L'extrême droite au second tour. Donc, on s'aperçoit que le sport apporte, c'est comme la culture, apporte énormément aux individus, mais qu'il ne peut pas régler les dérives qui sont dans la société. J'ai même envie de dire que parfois, le sport est traversé par les dérives de la société.
Il peut même les aggraver. Ce n'est pas toujours un bon modèle. La vie du champion multimillionnaire à 22 ans n'est peut-être pas forcément le meilleur exemple à adresser à des jeunes. C'est ce que je dis souvent. Certains champions, parce que d'autres sont absolument positifs.
Voilà. D'ailleurs, les joueurs de l'équipe de France actuelle de football ont une attitude tout à fait positive, je trouve. Ils parlent beaucoup de l'équipe, ils parlent beaucoup du collectif. Mais souvent, je dis à des enfants, à des jeunes que je rencontre, je leur dis, vous ne serez pas tous des footballeurs professionnels. Préparez votre avenir et faites du sport pour le plaisir. Mais le problème des joueurs qui ont 20 ans et qui gagnent beaucoup, beaucoup d'argent, c'est parce qu'on ne veut pas réguler l'argent dans le sport. Il faut absolument avoir un salaire maximum dans le sport. Il faut limiter, réguler les transferts.
Il faut que la FIFA et l'UEFA prennent des dispositions courageuses dans ce sens. Et je pense que les États peuvent s'en mêler. On a réussi, sur le dopage, à créer l'agence mondiale anti-dopage. Les États et le mouvement sportif. Moi, je propose qu'on crée une agence, État-mouvement sportif, qui soit en charge des grands événements sportifs, de l'attribution des grands événements sportifs, pour éviter que les États se battent pour avoir tel ou tel championnat ou tel ou tel jeu olympique. Et qu'au contraire, on attribue, en essayant de faire en sorte que l'ensemble de la planète bénéficie de ces grands événements.
Mais Marie-Georges Buffet, vous savez très bien que le CIO est aussi puissant qu'un État. La FIFA est aussi puissant qu'un État, voire plus.
Oui, sauf que quand on essayait regrouper les États européens et qu'on a décidé qu'on mènerait le combat contre le dopage, CIO ou pas CIO, il a bien fallu qu'ils acceptent qu'il y ait un code universel contre le dopage.
Tiens, parlons-en du dopage. Il y a 20 ans, vous étiez aussi la ministre de l'affaire Festina, si je puis dire. Grosse année 98, ces concomitants. Cette année, Chris Froome dispute le Tour de France malgré un contrôle anormal, dirons-nous, sur le Tour d'Espagne. La direction du Tour voulait l'exclure. L'Union cycliste internationale en a décidé autrement. On a quand même progressé en 20 ans sur les questions de dopage dans le vélo ?
Écoutez, en 98, lorsque la voiture Festina est arrêtée, le lendemain dans le village du Tour, c'était le départ en Irlande, tout le monde rigolait. Excusez-moi, mais tout le monde se disait, elle va se calmer en parlant de moi. Voilà, c'était ça l'état d'esprit. Parce qu'il y avait un sentiment d'impunité. Mais pas que dans le cyclisme, dans l'ensemble des pratiques sportives. Aujourd'hui, il n'y a plus ce sentiment d'impunité. Mais je dirais même que les athlètes de haut niveau sont sur une surveillance. Ils sont obligés de déclarer leur emploi du temps, d'être disponibles pour les pauvres. On appelle ça le suivi en ligne. Le suivi en ligne. Donc, ils sont vraiment...
On a cette agence mondiale anti-dopage. On a le code mondial anti-dopage. Alors, bien sûr, il y aura toujours des tricheurs. Il y aura toujours des hommes et des femmes qui, pour gagner, mettront en danger leur santé et l'éthique du sport. Mais la lutte a pris quand même une ampleur qui n'existait absolument pas en 98.
On va poursuivre le débat avec les auditeurs au 01 45 24 7000 et sur franceinter.fr. Autre question, Marie-Georges Buffet. Le dopage dans le sport amateur, on en parle beaucoup moins. C'est un fléau sanitaire.
Oui, mais d'ailleurs, c'est par le sport amateur que j'ai découvert l'ampleur du dopage quand je suis arrivée au ministère. À travers un débat où participaient des collégiens. Un collégien, d'un seul coup, nous a expliqué ce qui se passait avant le match amateur, bien évidemment. De football, donc ? De football.
Et qu'est-ce qu'ils vous disent, collégiens ?
Que, par exemple, ils prenaient des cachets sous la langue, voilà, qu'ils fondaient sous la langue. Ils ne savaient pas trop ce que c'était ? Je n'ai pas bien compris. Je lui ai demandé de répéter ce qu'il me disait. J'étais avec le maire de la ville. Et il nous a répété. Et je suis rentrée au ministère. Je me suis dit, bon, il faut prendre cette affaire, voilà, il faut la prendre comme une priorité absolue. Et oui, il y a tous les produits soi-disant énergisants, etc. À une époque, à l'époque où j'étais ministre, la grande mode, c'était la créatine, qui était très vendue sur les premiers sites internet, etc. Donc, oui, il y a une pratique de pente dans le sport amateur.
Et par rapport à ça, le seul moyen de lutter, c'est moins les contrôles que la prévention. Et la prévention dès le plus jeune âge, et la prévention dans les encadrants, et la prévention dans les médecins du sport, etc.
Parce que c'est un problème de santé publique. C'est un problème de santé publique. Ce n'est pas que de la triche.
Non, ce n'est pas que de la triche. Vous savez, le journal L'Équipe avait, il y a quelques années, fait une enquête sur la santé des sportifs et des sportifs de haut niveau, après leurs pratiques. Quand ils avaient pris leur retraite de leurs pratiques. Et puis, on s'apercevait que beaucoup de maladies étaient liées à des pratiques de pente.
Marie-Georges Buffet, vous êtes avec nous jusqu'à 9h moins le quart sur France Inter. Il est 8h30.
France Inter. Le 6-9 de l'été. Intervenez.
Bonjour Baïja.
Oui, bonjour.
Soyez la bienvenue. On vous écoute sur France Inter.
Oui, merci. Bonjour. Je voulais intervenir particulièrement, et cette année est une date anniversaire pour moi aussi. Je m'appelle Baïja Bougara. Je suis la grande sœur d'un sportif qui est décédé en 1998, qui s'appelait Redouane Bougara, qui était boxeure, boxe pied-point, du temps où Mme Marie-Georges Buffet était ministre. Peut-être qu'elle se rappelle de ce dossier, mais ça m'étonnerait. Donc, elle a parlé tout à l'heure du fait que les politiques ne devaient pas instrumentaliser le sport.
J'aurais tendance à dire que j'aurais aimé qu'elle applique cet état d'esprit et cette devise en 1998, au moment du décès de mon petit frère, qui est mort du fait de l'accumulation de combats en raison du non-respect de la réglementation médicale en ce qui concernait les sportifs, boxeurs, en sachant qu'une personne que je ne citerai pas pour ne pas mettre dans l'embarras, France Inter, était présidente du club et responsable des sports dans la commune de M. Patrice Braouzek, maire organisant avec Marie-Georges Buffet, avec le ministère des Sports, la plupart des compétitions de la Coupe du Monde en France.
Baïja, pardonnez-moi, on imagine 20 ans après que votre douleur est aussi vive. C'est compliqué de rouvrir un dossier comme celui-là, mais quelle est votre question précise, s'il vous plaît, à Mme Buffet ?
Mme Buffet dit qu'il ne faut pas instrumentaliser le sport. Si on prend l'exemple de l'affaire de mon frère, il y a des articles sur Internet où les auditeurs pourront aller les lire.
Je suis dessus, 1er avril 1998 dans l'Huma, exactement.
Voilà, c'est ça. Donc à l'époque, nous avons...
Mais quelle est la question pour aujourd'hui, s'il vous plaît ?
La question pour aujourd'hui, c'est qu'est-ce que Marie-Georges Buffet aurait envie de faire aujourd'hui, qu'elle n'a pas fait à l'époque, notamment interdire certaines pratiques sportives, parce que les fédérations n'avaient pas d'agrément, ne pouvaient pas normalement organiser de combat. Merci beaucoup, Baïja, on a compris. Aujourd'hui encore, il y a des combats qui sont organisés dans la boxe pied-point, sans aucune surveillance de la part des ministères. On laisse faire les choses, ça a donné lieu au décès de mon frère qui était champion du monde, ça a donné lieu à d'autres décès de personnes qui étaient moins connues. Nous continuons...
On va écouter Madame Buffet, s'il vous plaît. On va écouter la réponse de Marie-Georges Buffet. Madame Buffet, merci Baïja.
Bonjour Madame, vous avez raison, le ministère a les moyens d'enlever l'agrément à une fédération et donc de lui interdire d'organiser des compétitions sportives. C'est ce que j'ai fait par exemple pour l'haltérophilie, où j'ai enlevé l'agrément à la fédération de l'haltérophilie, parce qu'il y avait des pratiques de dopage, parce qu'il y avait des pratiques de monde de transparence au niveau financier. Le ministère est en charge de l'éthique, il est en charge du fonctionnement des fédérations. Par contre, c'est aux fédérations internationales et aux fédérations nationales qui sont en charge de l'organisation des pratiques des compétitions.
Le ministère ne peut pas se mêler de l'organisation des compétitions elle-même.
Et il faut préciser, sans rouvrir une polémique brûlante, que ce jeune boxeur était mort à Los Angeles, aux Etats-Unis, ce qui compliquait sans aucun doute sa prise en charge et son suivi médical. Nous retournons au standard de France Inter 01, 45, 24, 7000. Bonjour Serge.
Oui, bonjour. Soyez le bienvenu. Bonjour, merci de prendre ma question. Merci à Marie-Georges Buffet pour son action indéfectible depuis 20 ans pour le développement du sport. Je suis enseignant d'éducation physique en Seine-Saint-Denis, on se connaît. Ma question, elle est simple. Il y a une ferveur populaire, une mobilisation derrière les bleus. Et pour les JO de 2024, c'est magnifique, c'est formidable. Ce que doit être le sport, qu'en est-il alors de la ferveur et de la mobilisation des pouvoirs publics pour développer le sport pour tous et le sport à l'école et notamment avec le savoir nager ? Merci.
Merci Serge. Madame Buffet, Marie-Georges Buffet.
Oui, moi je me suis félicitée de l'obstention des JO et des JO paralympiques. On a parlé de l'héritage. Moi j'ai envie de dire, l'héritage, ce n'est pas ce qui va nous rester après. Il nous restera les logements des athlètes, les logements des journalistes, un bassin olympique, etc.
Et encore, toutes les installations ne seront pas pérennes car elles seront démontées en partie.
Mais moi j'ai envie de dire, l'héritage c'est ce qu'on va se construire dans les 6 ans à venir, avant les JO. Nous avons un budget du ministère des Sports qui est à moins de 400 millions. Voilà, c'est ça, c'est rien dans le budget de l'État, c'est rien. C'est une ligne qui ne représente rien. Moi je propose qu'on ait un plan, une loi de programmation pluriannuelle jusqu'aux JO olympiques et paralympiques qui nous permettent de construire les équipements de proximité. En Seine-Saint-Denis, un enfant sur deux ne sait pas nager. Un enfant sur deux ne sait pas nager. Pourquoi ? Parce que les écoles n'arrivent pas à avoir les créneaux horaires, parce qu'il n'y a pas suffisamment de piscines.
Et puis, il n'y a pas d'équipements suffisants pour prendre tous ceux qui veulent faire du sport dans ce département. Donc moi j'ai envie de dire, profitons de ces 6 ans. Nous allons peut-être être champions du monde de foot, nous allons les JO olympiques. Profitons de ces 6 ans pour vraiment rendre accessible la pratique sportive à tous les scolaires et puis à tous ceux qui veulent faire du sport en club.
Et on aura aussi la coupe du monde de football des femmes en France l'année prochaine. La féminisation du sport et la féminisation du sport. Marie-Georges Buffet, on va passer à une page plus politique, politicienne si je puis dire. Thomas nous attend au standard.
Bonjour. Bonjour Thomas. Bonjour Madame Buffet. Bonjour. Enfin, j'ai deux questions d'ailleurs. Vous êtes une élue communiste. Quel est le poids électoral du communisme aujourd'hui en France ? Et qu'est-ce que ça veut dire être communiste aujourd'hui en 2018 ?
On n'a malheureusement pas deux heures devant nous Madame Buffet, vaste débat.
Non, mais peut-être que moi mon idéal communiste c'est toujours un idéal de mise en partage. C'est-à-dire que toute la richesse produite par le travail, tout ce que l'intelligence humaine peut inventer, peut créer, que tout cela soit assez de cibles à la masse des hommes et des femmes qui vivent sur notre planète. C'est ça pour moi l'idéal communiste, c'est de faire en sorte que chacun vive ses droits de façon réelle. Voilà, on parle souvent de liberté, d'égalité, de fraternité et beaucoup d'hommes et de femmes qui vivent en France aujourd'hui n'ont pas accès à tout cela. Donc c'est ça mon idéal communiste.
Alors après le poids du parti communiste aujourd'hui est très faible et je le regrette, mais j'ai envie de dire que c'est peut-être une sorte de champ de ruine que nous avons à gauche en ce moment.
Un champ de ruine ?
Oui, un champ de ruine parce que nous sommes chacun...
Le maçon c'est plutôt Jean-Luc Mélenchon.
Oui, mais nous sommes chacun sur notre territoire, or nous aurions besoin de créer un territoire commun. Moi j'ai travaillé au Front de Gauche avec Jean-Luc Mélenchon, j'ai appelé à soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon de la France Insoumise et je pense qu'il aurait fallu s'arrêter en cours et qu'il aurait fallu continuer dans cette démarche. La faute à qui ? Je crois que chacun, et je le dis clairement, je l'aurais dit, donc je peux le faire, chacun a sa part de responsabilité parce que pour s'unir, l'union est un combat, c'est toujours difficile de s'unir.
Pour s'unir, il faut que chacun fasse un pas en avant, que chacun accepte un compromis et si on ne fait pas ça, on n'y arrive pas.
Donc vous renvoyez dos à dos le parti communiste et les assoumis.
Écoutez, on va aller aux élections européennes.
Peut-être pas ensemble, sans doute pas même.
Pour l'instant, j'ai l'impression que chacun prépare sa liste de son côté. C'est ça. Moi j'ai vécu le premier tour des présidentielles dans ma circonscription, le bonheur des gens qui voyaient monter la candidature de Jean-Luc Mélenchon, leur espoir qu'il soit au second tour. Mais qu'est-ce qui créait cette dynamique ? C'est qu'on soit ensemble. C'est qu'on soit ensemble. Et qu'on ouvre d'un seul coup une nouvelle perspective à gauche. Et alors aujourd'hui, qu'est-ce qu'on fait ? On va aller chacun devant nos électeurs et nos électrices dire « Mais moi, quelle liste je vais soutenir si c'est comme ça ? » Comment je vais faire ?
Sans compter, Benoît Hamon, Lévers.
Et allons-y, allons-y. On en rajoute.
8h38. Bonjour Alexandre. Bonjour. Madame Buffet vous écoute.
Bonjour Madame Buffet. Bonjour. J'aurais une petite question pour vous. Comme vous savez, au niveau de l'allocation adulte handicapée, le revenu du conjoint est pris en compte. Donc à partir du moment où le conjoint travaille, l'allocation adulte handicapée est coupée. Ce qui donne une dépendance financière. La personne handicapée devient dépendante de son conjoint. Je sais que vous avez eu une proposition à l'Assemblée qui a été refusée apparemment. Et qu'il y avait eu une demande qui a été faite au Sénat. Et par contre, je n'ai pas eu de retour au Sénat. Je voudrais savoir qu'est-ce qu'ils ont décidé là-bas ou est-ce que c'est encore en cours ?
Voilà Marie-Georges Buffet, on va résumer ce que nous dit Alexandre. Il faudrait pouvoir autonomiser la personne handicapée par rapport au revenu de son conjoint.
C'était le sens de ma proposition. Ce n'est pas un minima social. C'est une allocation d'autonomie. Donc qui est rattachée à l'individu, à la personne. Et je trouve indécent qu'on baisse cette allocation parce qu'on se marie, parce qu'on a un conjoint, une conjointe qui a un peu de revenu. Donc j'ai déposé une proposition en ce sens et j'ai proposé à l'Assemblée nationale et à son président, M. de Rugy, qu'il y ait une commission spéciale rassemblant tous les groupes parce que j'avais des signatures de tous les groupes sur cette proposition. Et la majorité d'En Marche, je dis souvent En Marche en arrière, a refusé la mise en place de cette commission spéciale.
Alors au Sénat, c'est en cours, mais je ne vais pas lâcher l'affaire et j'y reviendrai au mois de septembre.
Marie-Georges Buffet, vous êtes élue de banlieue parisienne. On a évoqué votre département, la Seine-Saint-Denis. Aujourd'hui, les élus locaux de banlieue, mais pas seulement, boycottent la Conférence nationale des territoires. Des élus de droite, de gauche, de grandes villes, de petites villes, de campagnes. Ils ont raison de boycotter cette rencontre que leur proposait l'exécutif ?
Vous savez, être maire d'une ville, qu'elle soit rurale ou qu'elle soit urbaine, aujourd'hui, est extrêmement difficile. Parce que le maire, la maire...
C'est plus dur sous Emmanuel Macron ?
Mais oui, parce que les dotations globales de fonctionnement ont diminué pour 18 000 communes. 18 000 communes sont touchées par la baisse des dotations globales de fonctionnement et on leur donne de plus en plus de compétences. Les services publics se retirant, les services publics d'État se retirant des villes. Vous savez, moi j'ai une ville de 54 000 habitants, il n'y a plus de CAF, il n'y a plus de CPAM, il n'y a plus de centre des impôts, etc. Et le centre des impôts de la Courneuve a fermé et on en rajoute à chaque fois.
Donc les mairies sont obligées de pallier à tout cela, d'être vraiment le réceptacle de toutes les demandes des citoyens et des citoyennes et ils n'ont pas les moyens suffisants pour y répondre.
Les élus protestent contre la limitation des hausses, c'est-à-dire que ce n'est pas une baisse, mais les hausses des dotations seraient limitées à 1,2%. Ce n'est pas non plus la purge.
Non, je vous le dis, pour 18 000 communes, ils perdent selon les critères qui ont été mis en place. Oui, mais plus 1% alors que vous avez des compétences supplémentaires à assurer, vous n'y arrivez pas, vous êtes obligés de faire des choix. Et les choix, ils vont porter sur quoi ? Sur les compétences non régaliennes, on va peut-être mettre un peu moins sur le sport, un peu moins sur la culture, c'est ça qui va se passer.
Sur les voiries ?
Oui, les voiries, on peut en parler.
C'est important. Question de Josette sur l'appli France Inter, je la cite, ce sont ses mots. Vous qui êtes élue depuis plusieurs mandats, que pensez-vous de ces jeunes start-upeurs déguisés en députés ? Ce sont les mots de Josette.
Pour moi, la politique est un engagement sur un projet de société, sur des idées, sur des propositions. Ils sont engagés, les marcheurs ? Mais quand vous parlez avec eux, pour certains, qui sont d'ailleurs très respectueux, très courtois, et j'aime bien parler avec eux, ils ont une vision de la politique qui se résume en un terme qu'ils emploient souvent, pragmatisme. Mais la politique, ce n'est pas que du pragmatisme. La politique, c'est aussi défendre des idées, des projets. Je leur dis souvent, parce qu'ils sont obsédés par la longueur des interventions, ils n'aiment pas trop le débat, il faut intervenir deux minutes, pas plus. Je leur dis souvent, mais vous savez, M.
Badinter, quand il a défendu l'abolition de la peine de mort, il lui a fallu plus de deux minutes. Mme Veil aussi sur l'IVG. Et puis souvent, je leur dis, je vous conseille un livre, c'est le livre qui tient tous les discours politiques de Victor Hudeau à l'Assemblée nationale. Il avait un projet de société.
Et ce n'était pas en deux minutes.
Et ce n'était pas en deux minutes.
Merci beaucoup, Marie-Georges Buffet, députée communiste de Seine-Saint-Denis, ancienne ministre des Sports. Un pronostic pour dimanche soir ?
Je n'ai jamais fait de pronostic.
Ni électoral, ni sportif ? Non. Bon, on va s'accrocher et se tenir à cette ligne. Merci beaucoup, Mme Buffet.
Marie-George Buffet