Prisons, Foire du Trône: l'interview de Laurent Nuñez, préfet de police de Paris, en intégralité
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Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Laurent Nunez.
Bonjour.
Merci d'être mon invité dans ce studio ce matin. Vous êtes le préfet de police de Paris. Vous avez avant cela été directeur de la DGSI, le Renseignement Intérieur. Vous avez également été le coordonnateur national du Renseignement et de la lutte contre le terrorisme. De très nombreuses questions à vous poser après ce début de semaine avec trois nuits, trois nuits de violence, de menaces contre les prisons et contre le personnel pénitentiaire de France. Gérald Darmanin et Bruno Retailleau vous ont demandé à vous, les préfets, de renforcer sans délai la surveillance et la protection des établissements pénitentiaires. On va y revenir.
Mais d'abord, est-ce qu'au moment où on se parle, Laurent Nunez, vous pouvez affirmer que le calme est revenu, que la sérénité est à nouveau là ?
En tout cas, cette nuit, c'était le cas. On n'a pas eu d'action, en tout cas pour ce qui est de ma zone de compétence. Comme préfet de zone sur toute la région Île-de-France et singulièrement dans l'agglomération parisienne, on n'a pas eu de nouveau incident. On a déployé, comme l'ont demandé les deux ministres d'État, le ministre d'État, ministre de l'Intérieur, le garde des Sceaux, hier, depuis quelques jours. Et on a mis en œuvre ça, évidemment, aussi également, cette nuit à nouveau, c'est-à-dire des rondes et patrouilles renforcées autour des établissements pénitentiaires, de toute nature, d'ailleurs, de toute nature, significativement la nuit, en journée, la nuit.
Donc voilà, ces rondes et patrouilles permettent d'assurer une présence extrêmement importante autour des établissements pénitentiaires.
Il y a 27 prisons en Île-de-France. Quand Gérald Darmanin et Bruno Retailleau demandent au préfet, dont vous, de, je cite, « Renforcer sans délai la surveillance et la protection », ça se traduit par quoi ? Vous disiez des rondes, des rondes partout, un renforcement de l'espace, de zone ?
D'abord, chaque préfet est invité à prendre contact avec son directeur interrégional de l'administration pénitentiaire, ce que j'ai fait, moi, évidemment, pour l'Île-de-France, où il y a un directeur régional. Donc, on a des listes d'établissements, et très concrètement, ça veut dire une présence de policiers en rondes et patrouilles qui sont dynamiques, très fréquentes, très fréquentes, ça c'est le premier point. Encore une fois, j'insiste, surtout la nuit, mais aussi en journée.
Et puis, c'est ensuite des prises de contacts pour assurer une présence physique de policiers ou de gendarmes selon la zone au moment des entrées-sorties des personnels, au moment des prises de services et des sorties de services. Voilà, donc ça, c'est évidemment extrêmement important, et nous nous mobilisons complètement à cet égard. Et puis, c'est aussi de demander au directeur d'établissements pénitentiaires de signaler au préfet de département, donc dans chaque préfecture, les éventuelles menaces qu'il pourrait y avoir sur des personnels. Et ça, c'est évidemment extrêmement important, même des menaces de très basse intensité.
C'est quoi des menaces de très basse intensité ?
Un tag, une boîte aux lettres dégradée, une personne qui a le sentiment d'être suivie sur la voie publique. Cette menace doit nous remonter impérativement pour qu'on puisse prendre des mesures. Donc, ça va au-delà de la seule surveillance des établissements pénitentiaires. On a aussi une attention très soutenue vis-à-vis des personnels qui, dans cette série d'attaques, ont été très directement ciblés.
Directement ciblés, y compris jusqu'à leur domicile, leur hall d'immeubles, leur voiture garée en bas de chez eux. Qu'est-ce que vous pouvez leur dire aujourd'hui ? Est-ce qu'ils se sentent à nouveau en sécurité ? Est-ce que vous avez l'impression que cette série, comme vous dites, cette vague, ces trois nuits de suite, c'est fini ?
Non, je ne dirais pas que c'est fini. Il faut se féliciter qu'on n'ait pas de faits nouveaux, en tout cas à ma connaissance, au moment où je vous parle pour l'agglomération parisienne, c'est le cas. Mais ça ne veut pas dire du tout que c'est fini. Les deux ministres nous ont demandé d'être vigilants, de l'être dans la durée. Parce qu'évidemment, on parlera sans doute des pistes, des possibilités de responsables de ces actions. Mais il est bien évident qu'on ne va pas arrêter de lutter contre le narcotrafic. Il n'y a pas un monde où c'est possible. Et je pense que le garde des Sceaux ne va pas interrompre son projet de mise en sécurité extrêmement renforcée les narcotrafiquants en détention.
Donc on ne va pas arrêter. Et donc évidemment, l'attention sera soutenue autour de la sécurité des personnels pénitentiaires.
Autant de temps qu'il le faudra.
Mais bien sûr, autant de temps qu'il le faudra. C'est ce que nous demandent les deux ministres.
Quelle piste et quelle revendication ? Je le disais à l'instant, vous êtes aujourd'hui le préfet de police de Paris, mais vous avez longtemps dirigé aussi le renseignement français. Le parquet national antiterroriste a été saisi de cette série d'attaques. La piste de l'extrême gauche a été à un moment évoquée. Elle est aujourd'hui, semble-t-il, balayée. Est-ce le narcotrafic ? Est-ce une influence étrangère ? Quelles sont les pistes que vous tirez ?
C'est aussi parce que j'ai été patron de services de renseignement que je suis très respectueux de l'autorité judiciaire. Il y a le parquet national antiterroriste, ce qui ne m'empêche pas d'avoir des avis. Il y a le parquet national antiterroriste qui est saisi, qui mène des investigations. Il faut que vos téléspectateurs comprennent bien ce que ça veut dire. Ça veut dire qu'il centralise, le procureur national antiterroriste, l'ensemble des investigations qui sont menées sur l'ensemble du territoire national, puisqu'il y a eu des actions sur l'ensemble du territoire national.
Donc vous avez plein de services de police judiciaire, dont la DGSI, dont la brigade criminelle de la préfecture de police de Paris, qui est aussi saisie.
En fait, vous êtes tous mobilisés sur ce dossier.
Et puis des directions zonales de police judiciaire, qui travaillent, qui investiguent avec de la police technique et scientifique, des analyses de vidéoprotection, des caméras, partout autour des endroits où ont lieu ces actions. Donc ces actions, ces investigations, elles sont en cours, elles vont se poursuivre. Et nous sommes, et le ministre d'État l'a rappelé hier, il n'y a aucun doute, moi je n'ai aucun doute sur le fait qu'on retrouvera les auteurs. On retrouvera ces auteurs.
Vous êtes déterminés et vous avez des éléments ?
Nous sommes tout à fait déterminés, nous sommes extrêmement déterminés. Et donc les services enquêteurs travaillent sous l'autorité du PNAT pour retrouver les auteurs. Et de toute façon, on les retrouvera. Après les pistes, le PNAT, le procureur national antiterroriste l'a dit hier, il n'y a pas de pistes définitivement confirmées tant que ces investigations n'auront pas été au bout. Mais comme l'a dit le ministre d'État hier, il citait quelques personnes du ministère de l'Intérieur qui avaient quelques intuitions sur ce sujet.
On peut penser que cette action a quand même quelques rapports avec le narcotrafic, plutôt que l'ultra-gauche ou l'autre piste, la troisième piste, qui est celle d'ingérence étrangère.
Il l'a dit effectivement Bruno Retailleau, il a dit qu'il avait l'intime conviction à ce stade que c'était effectivement le narcotrafic qui serait derrière. À quoi est-ce que vous reconnaissez ces signaux-là ?
Alors ces signaux-là, on est d'accord, ce n'est pas de l'enquête judiciaire que je vous dis là. C'est plus l'expérience personnelle de ces sujets.
Des moyens d'action, j'imagine.
Ça ne veut absolument pas dire que ce sont des éléments tirés de l'enquête. Mais il y a un certain nombre d'éléments qui ont été révélés dans la presse. Vous voyez bien que c'est la revendication, la défense des droits des prisonniers français, la référence à la France.
Des DPF très étranges.
La référence à la France, ce n'est pas trop les habitudes de l'ultra-gauche. Et puis le mode d'action, je crois que le ministre a parlé.
Quand vous parlez de l'ultra-gauche, il faut bien avoir en tête qu'en effet, ce sont plutôt des anarchistes internationaux habituellement qui ont des revendications internationalistes.
C'est exactement ça. Pourquoi on pense à l'ultra-gauche ? Parce qu'il y a aussi un mouvement anti-carcéral. L'ultra-gauche épouse la cause anti-carcérale. Mais d'une manière générale. Ils sont contre les prisons. Là, on voit bien que c'est ciblé sur un certain nombre de mesures. D'ailleurs, c'est revendiqué comme tel. Ce sont des mesures qui sont prises par le garde des Sceaux sur le régime de détention des narcotrafiquants de haut de spectre. On voit bien.
Par ailleurs, on voit bien également que ce que fait le ministre d'État, ministre de l'Intérieur en matière de narcotrafic, ces mesures nouvelles qui vont nous permettre d'être encore plus efficaces dans la lutte contre le narcotrafic, on voit bien que ça dérange.
C'est ça qui a bousculé la formule ?
C'est une action qui vise sans doute à faire reculer les autorités publiques ou une action de représailles intimidées. Mais voilà, ça n'aura évidemment aucun effet sur la détermination qui est celle du gouvernement à mettre en place ces mesures pour se débarrasser du narcotrafic.
Aucun effet donc. Vous écartez également la piste d'une ingérence étrangère ?
Honnêtement, moi, Pauline de Malherbe, je n'écarte aucune des trois pistes. Encore une fois, c'est une intuition personnelle, comme l'a dit hier le ministre d'État. Intuition personnelle. L'ingérence étrangère, ce serait quand même une action... On ne peut pas non plus l'exclure complètement parce que l'ingérence étrangère, pour que vos téléspectateurs comprennent bien, c'est un État qui nous veut du mal et qui organise des actions de déstabilisation.
Et c'est vrai que les personnes qui mettent en œuvre ces ingérences étrangères utilisent ce qu'on appelle des proxys, c'est-à-dire parfois des délinquants de droits communs qui rémunèrent quelques centaines d'euros pour mener des actions de déstabilisation. Voilà. Donc, ce n'est pas une piste qu'on peut complètement écarter.
Il pourrait donc ne pas être en première ligne, mais être éventuellement en deuxième ligne.
Voilà. Mais ce n'est pas une piste qu'on peut complètement écarter. Mais elle me paraît, franchement, assez peu probable à ce niveau d'organisation. C'est une organisation coordonnée...
Mais pourquoi le narcotrafic utiliserait ce sigle des DPF, ces tags qu'on a vus ?
Bon, écoutez, moi, je n'ai aucune idée sur le... Enfin, ça flèche quand même assez... Ça flèche quand même vraiment beaucoup. Ça donne une indication très précise sur le fait qu'on est sur des gens qui veulent en tout cas faire pression, encore une fois, sur les autorités politiques, sur la politique de fermeté qui est menée. Et encore une fois, ça sera absolument sans effet.
Je vous sens à la fois... Vous voulez dire ce matin que ça ne vous fait pas trembler, ni les uns ni les autres, qu'il n'est pas question de renoncer, de repousser les fameuses gigaprisons de très haute sécurité. C'est pas question, ça ne vous ébranle pas ?
Non, mais absolument, ça n'ébranle personne. Que les choses soient claires, nous, on continue notre action. Là où on doit évidemment être attentif et tirer les conséquences de ces actions, c'est sur la protection des personnels pénitentiaires et des établissements pénitentiaires. Voilà, parce que j'allais dire, que ça ne vous ébranle pas,
que vous soyez là aussi pour montrer l'immense fermeté, la détermination et tout ça, je veux bien le croire. Mais j'imagine que ça ébranle quand même le personnel pénitentier. Quand ils se retrouvent chez eux, au volant de leur voiture, partis de la prison, le sentiment peut-être d'être suivi, la peur de garer sa voiture en bas de chez soi, la peur aussi pour sa famille, lorsque ce sont des départs de feu dans un hall d'immeuble, comment est-ce qu'eux réagissent ?
C'est bien ce que je vous dis, Apolline de Malherbe. La priorité, c'est la protection de ces personnels, qui, au cas d'espèce, sont clairement ciblés, c'est revendiqué comme tel, et donc ce sera une présence renforcée le temps qu'il faudra pour protéger les établissements pénitentiaires et une attention soutenue vis-à-vis des personnels. Et je le répète, le moindre indice, la moindre menace, doit nous remonter, doit nous être signalé pour que nous puissions prendre les mesures adéquates.
Pour une fois, semble-t-il, Telegram a joué le jeu. Telegram, donc les réseaux de boucles qui correspondent un peu à WhatsApp, mais en plus cryptés, c'est sur cette boucle Telegram qu'on avait trouvé les premières revendications des DPF. Ils ont accepté de retirer un certain nombre de vidéos qui avaient été postées sur leur réseau. Est-ce que c'est aussi la marque du début d'une nouvelle manière aussi de pouvoir lutter contre les menaces qui peuvent s'exprimer aussi sur les réseaux sociaux ?
Oui, c'était une boucle ouverte. Je ne connais pas le dossier. C'était une boucle qui était quand même assez ouverte. Ce n'est pas toujours le cas avec les opérateurs. Ce n'est pas toujours le cas.
Ça doit l'être davantage.
J'espère. Ça doit l'être davantage. Je me perds une petite note d'impertinence. Mais j'espère quand même qu'à travers cette affaire, on va progresser et mieux comprendre pourquoi les services de renseignement, les services de police judiciaire, veulent pouvoir accéder dans le cadre soit de techniques de renseignement, soit de techniques spéciales d'enquête, aux communications cryptées de ces chaînes. J'espère qu'on va comprendre au travers de cette affaire.
C'en est l'illustration pour vous ?
C'en est pour moi une illustration. Ça n'a pas été voté au Parlement. C'est très respectable. Ça veut dire qu'on a encore un travail de pédagogie à faire sur ce sujet.
C'est respectable, mais c'est regrettable, si je vous entends.
Oui, mais à un moment ou à un autre, il faudra qu'on y vienne. Parce que j'imagine que c'est à supposer qu'on soit sur des narcotrafiquants. C'est leur mode de communication privilégié. Et donc, il faut qu'on puisse y accéder, soit en technique de renseignement, soit en technique spéciale.
Aujourd'hui, le narcotrafic communique entre eux via des boucles de télégramme.
Essentiellement, oui. Ce qui fait que...
Auxquels vous n'avez habituellement pas accès.
Absolument. Ce qui fait que dans le cadre de ce qu'on appelle les écoutes téléphoniques, mais pas que, il y a aussi un certain nombre de choses qu'on peut obtenir de cette façon, ça fait qu'on a un temps de retard si on n'est pas au même niveau et si on n'a pas accès à ces boucles.
Et je précise ici, en effet, ça faisait partie de la loi qui doit être votée dans quelques semaines. Mais cette possibilité, en effet, d'avoir accès aux messages écriptés n'a pas été acceptée par les députés.
Elle n'a pas été acceptée. Et ça veut bien dire qu'on doit encore poursuivre notre pédagogie pour bien expliquer en quoi ça nous est utile. Et voilà, je suppose que... À supposer qu'on soit dans le narcotrafic, un certain nombre d'individus auraient pu être mis sous surveillance et on aurait pu accéder à un certain nombre de communications qui nous auraient permis de constater, ex-hanté, par avance, qu'une action de ce genre se préparait. Voilà. Donc, encore une fois, c'est plus de la pédagogie qu'autre chose. Moi, je suis très respectueux, évidemment, du vote parlementaire. Mais j'essaie aussi, comme professionnel et opérationnel, d'expliquer en quoi tout ça nous est utile.
Laurent Nunez, à Saint-Ouen, cette école qui avait été fermée, on en a beaucoup parlé sur RMC et BFM TV, les parents qui avaient presque à choisir entre le fait de maintenir leurs enfants dans une école maternelle à côté d'un point de deal ou d'œuvrer pour la sécurité immédiate. L'école a donc été fermée. Les dealers sont-ils restés ? C'est-à-dire, ça a été fermé le 3 avril. Est-ce que depuis, vous avez réussi à faire repousser, reculer les dealers ?
C'est quatre classes qui ont été transférées, qui étaient quatre classes qui se trouvaient au plus près, effectivement, de ce point de deal. Il y avait eu des jets de cocaïne à deux reprises et un jet de protoxyde d'azote plus récemment qui avait conduit le maire à prendre cette décision. On continue, évidemment, à travailler sur tous les points de deal, partout sur le territoire national, partout dans l'agglomération parisienne. Mais vous vous rendez compte de ce que ça dit ? Et en particulier à Saint-Ouen.
L'enillais, c'est-à-dire que l'idée que c'est les enfants qui ont dû déménager et pas les dealers ?
Oui, enfin, les dealers, on est en train de les faire déménager. On tape tous les points. Ceux qui veulent engager des polémiques, effectivement, ça marque les esprits. On déplace quatre classes. Ce n'est pas la République qui recule. Ce n'est pas la République qui recule.
Que ce soit utilisé à des fins
de polémiques politiques, ça, je peux le comprendre. Et que moi-même, évidemment, je ne suis pas très content de cette situation. Mais ne laissons pas à croire qu'on ne fait rien contre le trafic de stupes. On n'a jamais été aussi efficace. On va être très efficace avec les mesures nouvelles qu'a fait adopter le ministre des États, ministre de l'Intérieur, Bruno Rotaillot, avec la PPL d'Arco Trafic. On va être encore plus efficace. On va avoir des moyens, des techniques de renseignement accrus. Une réorganisation de la lutte contre le narcotrafic qui va être organisée un peu comme on l'a fait pour la lutte antiterroriste à partir de 2017. Donc, on va être encore plus efficace.
Donc, on démantèle les points de deal. Ce sont des actions qui sont faites en profondeur. L'intérêt, c'est de démanteler un point de deal de A à Z. Ça ne se voit pas toujours.
Est-ce que vous avez une idée du moment où ces classes vont pouvoir revenir ?
Mais le plus rapidement possible. Voilà, on continue à travailler. Vous savez, on est présent sur ce point de deal. À Saint-Ouen, il y en avait sept en 2020. Il n'y en a plus que trois, dont deux réellement qui fonctionnent et qui ont vu leur chiffre d'affaires diminué par quatre. Donc, on est quand même très présent. Lundi encore, on a interpellé quatre vendeurs sur Aragosola qui est le point de deal en question de Saint-Ouen aux abords de l'école. Lundi, quatre dans la journée. D'ailleurs, je félicite les fonctionnaires de police qui font un travail déterminé. On en viendra à bout.
Après, si certains, pour des raisons de polémique politique, ont envie de jeter à dire sur l'ensemble des fonctionnaires de police et des militaires à gendarmerie qui, dans ce pays, luttent contre le trafic de stups. C'est leur problème. Mais on est complètement mobilisés. C'est ce que nous demande le ministre d'État. C'est une priorité pour nous, la lutte contre le trafic des stups. Et on démantèle, je vous assure, des réseaux. Les chiffres n'arrêtent pas d'exploser. Et on fera encore mieux avec les mesures nouvelles qui vont arriver.
Laurent Nunez, la foire du trône à Paris, qui est vraiment une foire familiale où les familles vont depuis des années, qui se retrouve prise dans des violentes rixes, et une très violente rixe, notamment avec des bandes de jeunes qui a eu lieu la semaine dernière depuis les familles, hésitent à se rendre sur la foire du trône. Qu'est-ce que vous leur dites ? Est-ce qu'aujourd'hui, on peut aller en famille à la foire du trône ou ailleurs ?
Bien sûr, je vais vous expliquer ce qui se passe. D'abord, on a une fréquentation qu'on n'avait pas eue depuis longtemps à la foire du trône. Elle est très importante. Effectivement, il y a trois ou quatre jours, il y a eu des rixes entre des bandes de jeunes et des forains, puisqu'il y avait des jeunes qui commettaient des actes de prédation, qui piquaient ces cadeaux qui sont offerts par les forains dans le cadre de jeu. Il y a eu quelques affrontements. Nous sommes intervenus tout de suite. On a interpellé une personne. Dès le lendemain, on a immédiatement rehaussé le niveau de sécurité sur la foire du trône puisqu'un certain nombre de jeunes voulaient venir en découdre avec les forains.
On a renforcé le dispositif. Est-ce que vous dites ce matin
aux familles qui envisageraient d'y aller pendant ce week-end de Pâques ?
Il y a eu neuf interpellations dès le lendemain de jeunes qui voulaient en découdre avec les forains. Tout ça est réglé. On est présents. Pour le week-end de Pâques, je dis que la foire du trône se déroulera dans les plus grandes conditions de sécurité. Je rappelle que c'est important pour les forains parce que vous savez, à cet endroit, à Pauline de Malheur, l'année dernière, on avait accueilli des campements des militaires dispositifs Sentinelle qui étaient venus nous renforcer pour les Jeux et donc on avait réduit la durée de la foire du trône. Donc voilà, il faut que la foire du trône
puisse se dérouler normalement
et c'est le cas. Par contre, évidemment, moi je mets beaucoup d'effectifs de police mais c'est normal, vous savez, en fonction des menaces, des dangers, des risques d'affrontements, on s'adapte, c'est vrai partout et singulièrement sur la foire du trône.
Et donc ceux qui nous écoutent peuvent, s'ils en avaient le projet, se rendre en toute sérénité à la foire du trône ce week-end. Un mot encore sur la lutte contre la violence des mineurs, vous lancez notamment un plan sur la question des couteaux, des armes blanches des mineurs. Est-ce que vous allez réussir à aller à bout de ce fléau ?
Oui, il le faut, c'est indispensable. La délinquance des mineurs, c'est 10% des mis en cause. Donc souvent, on donne des chiffres plus élevés, c'est 10%. Ce qui nous inquiète, c'est qu'on les retrouve en revanche impliqués dans des faits assez graves. Les cambriolages, un tiers sont commis par des mineurs. Les vols violents, un tiers sont commis par des mineurs. Il y a les affrontements entre bandes, 80% sont des mineurs.
Mais pour l'instant, on a l'impression que votre réponse, elle est surtout dans la pédagogie, avec il y a eu des flyers, des fouilles, mais qui ne sont pas encore systématiques. Est-ce qu'il faut aller plus loin ?
Non, on fait des fouilles. Les fouilles, ça fait partie des mesures qu'on en oeuvre. Non, on n'est pas que dans la pédagogie, on est dans la présence de voies publiques. Pour les phénomènes de bandes, on essaie de les détecter, on évite de nombreux affrontements. Il y a les mesures qui ont été décidées par le ministre de l'Intérieur et la ministre de l'Éducation nationale de fouilles renforcées aux abords ou à l'entrée des établissements scolaires. Donc non, on a des mesures.
Et ça porte ses fruits ? Oui, ça porte ses fruits. Est-ce que dans ces fouilles, vous avez trouvé des couteaux ?
Non, pas encore, mais elles sont très dissuasives. Ça veut dire aussi qu'on est dissuasif. Ça veut dire aussi
qu'ils renoncent à mettre le couteau dans le sac ?
Non, on ne sait pas un sujet qu'on a... La violence des mineurs, c'est un sujet qui est très compliqué. Il faut aussi intégrer que la police ne peut pas tout. On parle souvent de continuum de sécurité. Il faut aussi qu'il y ait un continuum d'autorité. Et le rappel de la règle aux mineurs, il doit se faire à tous les niveaux.
J'ai toujours du mal avec les formules « la police ne peut pas tout ». Ça me rappelle aussi quand Yonel Jospin disait « l'État ne peut pas tout ».
Non, c'est pas ce que je suis en train de vous dire. La police fait sa part de job. On interpelle... Vous savez, hier, par exemple, je vous donnais un seul exemple. Hier, on a interpellé des policiers du 5e arrondissement qui ont interpellé dans un VTC deux jeunes de 14 ans. 14 ans. Qui venaient de commettre un cambriolage. Ça avait une forte somme d'argent sur eux et des bijoux. Ils avaient 14 ans. Voilà. Donc, nous, on les a interpellés. Après, comment on retrouve... Qu'est-ce qui fait que des jeunes de 14 ans peuvent se retrouver à commettre des cambriolages ? 14 ans. Deux jeunes de 14 ans. Voilà.
Donc, c'est qu'à un moment donné, quand je dis « la police ne peut pas tout », la police fait son travail. On va continuer à le faire de manière efficace. Mais à un moment, ces mineurs, ils ont besoin d'entendre ce qui est un choc d'autorité. Et ça, ça doit être fait évidemment par les parents. Ça doit être fait à l'école. Ça doit être fait par les associations, par les élus locaux. Il y a d'autres acteurs qui doivent se préoccuper de la violence très inquiétante, effectivement, de la montée en puissance de cette violence des mineurs.
Merci, Laurent Nunez, d'être venu dans ce studio pour répondre à mes questions. Je rappelle que vous êtes le préfet de police de Paris. Il est 8h52. Sous-titrage Société Radio-Canada
Laurent Nuñez