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interviewRMC — Apolline Matin (sur Podcast)· 17 juin 2026 5 min

Voix de droite : "Vive la Corse libre !" - 17/06

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Vous écoutez RMC, Apolline Matin, Voix de Gauche, Voix de Droite. Louis Sarkozy, bonjour Louis. Bonjour Apolline. Les députés ont commencé hier soir l'examen du projet de loi constitutionnel sur l'autonomie de la Corse. L'objectif c'est de permettre à Lille d'adopter certaines lois, certains règlements, à ses spécificités comme on dit en Corse. Vous y êtes favorable ?

0:26
Invité politique

Oui j'y suis favorable. La Corse a son identité, son histoire, sa culture. Lui rendre un peu plus d'autonomie, ce n'est pas la détacher de la France. C'est au contraire lui permettre d'être française à sa manière. Et c'est la même chose d'ailleurs pour toutes les autres régions de France. Il faut inaugurer l'ère fédérative.

0:42
Présentateur

Ça veut dire quand même que la Corse va pouvoir adapter ses propres lois sur le travail, les écoles, même les impôts ?

0:50
Invité politique

Bien sûr. Dans certains cas. Prenons les exemples qui existent. La Suisse. Chaque canton fixe son propre taux d'impôt sur le revenu. Quel est le résultat ? Émulation, responsabilité, transparence. Le citoyen suisse sait exactement où va son argent et il peut comparer canton par canton. Aux Etats-Unis, l'impôt fédéral est complété par un impôt d'Etat qui varie du simple au triple. La Floride n'en a aucun. La Californie a un des plus lourds taux du monde libre. L'école aussi. Aux Etats-Unis, chaque Etat, parfois même chaque district, fixe ses programmes, ses calendriers, ses méthodes. En Suisse, l'instruction publique est aussi entièrement de la compétence cantonale. Le travail.

Alors là, il faut faire un peu plus attention. On garde un socle national, salaire minimum, droit du licenciement, droits sociaux. Mais on peut imaginer des dispositifs d'apprentissage adaptés aux tissus économiques locales. Concrètement, la Corse pourrait moduler ses impôts locaux, adapter ses programmes scolaires aux réalités linguistiques et culturelles de l'île, fixer ses propres règles d'urbanisme, célébrer sa langue, célébrer sa culture. La Corse, comme la Vendée, le Pays Basse, la Normandie, elles sont belles ces régions quand elles sont elles-mêmes.

1:49
Présentateur

Marine Le Pen dit que ce texte est, je cite, dangereux parce qu'il crée une rupture avec la France. Et vous n'êtes pas d'accord avec ça ?

1:56
Invité politique

Caricature. La Suisse et les Etats-Unis sont deux des plus grands pays du monde, deux démocraties solides, deux puissances fédéralistes. Personne ne les soupçonne d'être sérieusement désunis, en tout cas pas plus que nous. Et c'est là toute l'ironie de notre histoire. Madame Le Pen, la France n'a jamais été aussi centralisée qu'aujourd'hui. Et pourtant, elle n'a jamais été aussi désunie, aussi fragmentée, aussi méfiante d'elle-même. C'est ça qui désunit la France, Madame Le Pen.

2:20
Présentateur

Un pays où, pour aller en train de Bordeaux à Lyon, on passe par Paris. C'est ça. Toujours par Paris. Oui, ça c'est pour vous un problème.

2:27
Invité politique

Mais c'est un scandale. Et c'est vrai d'ailleurs pour les gilets jaunes comme pour les plans ferroviaires. Toujours la centralisation. Le principe en vérité est très simple. Plus un élu est proche de ses électeurs, plus il doit avoir de pouvoir sur leur vie. Le maire qu'on croise au marché le samedi, qu'on apostrophe à la sortie de l'école, doit pouvoir décider de beaucoup plus. Le président de région, presque autant. Le ministre à Paris, beaucoup moins. Et sur des matières strictement régaliennes. C'est l'inversion de la pyramide. Les élus locaux doivent être des apôtres de la proximité, rendant des comptes en permanence devant les urnes.

Pas des bureaucrates déracinés, abrités derrière leurs services et leurs notes, qui n'ont jamais marché dans les rues, de ceux qu'ils administrent.

3:04
Présentateur

Mais attendez, Louis Sarkozy, la Corse, c'est aussi une histoire violente. 30 ans d'attentat, l'assassinat du préfet Erignac en 1998, donner plus de pouvoir aujourd'hui. Est-ce que ce n'est pas prendre un risque ?

3:13
Invité politique

Je pense exactement le contraire. C'est précisément parce qu'on a traité les Corses pendant un demi-siècle comme des sujets suspects qu'on a entretenu cette rancœur pendant des décennies. La République leur a envoyé des préfets, des magistrats, des décisions venues d'ailleurs. Elle leur a donné l'autorité, mais presque jamais la confiance. Et la défiance appelle la défiance. Or, regardez les faits aujourd'hui. Aux dernières élections territoriales, les Corses sont massivement votés pour les nationalistes, des élus démocratiques, pacifiques, qui défendent leur identité dans les urnes, et plus à la Kalashnikov. Leur réponse a changé, c'est à nous maintenant de changer de la nôtre.

3:44
Présentateur

Concrètement, qu'est-ce que vous attendez des députés sur le projet de loi ?

3:47
Invité politique

Déjà, j'aimerais que ce projet passe, sans amendement de Pacanti, sans tortillage jacobin, sans réserve préfectorale déguisée. La Corse est un cas pilote. Soit on a le courage de lui confier les clés de sa propre maison, comme on les confie à un adulte, soit on continue à la traiter en mineur depuis Paris, et on s'étonnera encore 20 ans que la défiance monte. Proudhon le disait déjà. Les Girondins, dans leur fédéralisme, cherchaient à concilier la liberté communale et la liberté nationale. C'est, je cite, l'éternel problème des gouvernements libres, à nous ce siècle aussi, de le résoudre. La France ne sera pas plus, pas plus forte, pardon, parce qu'elle sera plus uniforme.

Elle sera plus forte le jour où elle aura enfin cessé de se méfier de ses propres enfants.

4:25
Présentateur

Merci Louis Sarkozy, un véritable plaidoyer pour la Corse libre. Demain, ce sera la voix de gauche, Cécile Duflo, sur RMC.