Mobilisation des agriculteurs: l'interview de Ségolène Royal en intégralité
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 54 %Attaque 30 %Défensif 16 %
Questions et réponses
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- 0:30OuverteRéponse directe
Est-ce qu'ils ont raison, selon vous, les agriculteurs, de poursuivre ce soir les blocages et de tenter pour certains de rejoindre Paris ?
- 1:20RelanceRéponse directe
Est-ce que vous ne craignez pas que ça ne dégénère et que justement ce soutien s'étiole si les choses dégénèrent et que certaines lignes rouges sont franchies ?
- 2:28OuverteRéponse directe
Vous dites quoi à ceux qui dénoncent un deux poids deux mesures ?
- 2:49OuverteRéponse directe
Alors justement, si les réponses sont simples, on sera ravis d'entendre justement votre point de vue là-dessus.
- 4:25OuverteRéponse directe
Pourquoi le gouvernement n'a pas vu le problème venir ?
- 6:03OuverteRéponse directe
Vous le disiez, le gouvernement n'a pas vu le problème venir. Maintenant, il le voit, le problème. Discours de politique générale de Gabriel Attal, cet après-midi, qui n'a d'ailleurs pas convaincu les agriculteurs. Vous l'avez trouvé bon, vous, le premier ministre ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:39Invité politiqueFait
« En tout cas, ce qui est clair, c'est que les Français sont massivement solidaires avec les agriculteurs parce qu'ils sentent qu'il y a quelque chose d'essentiel qui se joue sur la vision que l'on a de notre pays, de notre avenir. »
- 2:12Invité politiqueFait
« Pourtant, honnêtement, les sujets sont assez simples. Moi je crois que les réponses sont assez simples. »
- 3:32Invité politiqueFait
« Pourquoi est-ce qu'il n'a pas été vu, ce problème ? Alors que les tracteurs bloquaient les routes en Allemagne, pourquoi ce problème n'a pas été vu ? »
- 3:53Invité politiqueFait
« La FNSEA, on le voit bien, elle a intérêt aux contrats de libre-échange, aux accords de libre-échange. »
- 4:15Invité politiqueChiffre
« Il y a 40% de la production qui est encore en exploitation familiale. »
- 7:02Invité politiqueFait
« J'ai connu les agriculteurs, convoqués par les grandes surfaces, mis en concurrence pour quelques centimes par fromage. »
- 9:57Invité politiqueFait
« Il y a de la marche espagnole qui arrive à Nantes moins chère que la marche nantaise. »
- 10:11Invité politiqueFait
« On le savait qu'à un moment, dans un marché unique comme l'Union européenne, avec des grandes surfaces et des centrales d'achat, qui cherchent à tirer les prix toujours au plus bas. »
- 17:30Invité politiqueChiffre
« En 7 ans, les 500 plus grandes fortunes françaises ont été multipliées par 2. »
- 23:10Invité politiqueChiffre
« Il y a 40% de productions qui sont en exploitation familiale. »
- 23:27Invité politiqueChiffre
« Dans deux ans, un agriculteur sur deux aura l'âge de la retraite. »
- 33:57PrésentateurFait
« Ils ont l'obligation, par la PAC, les agriculteurs, de laisser 4% de leurs terres cultivables en jachère. »
- 34:55Invité politiqueChiffre
« Un suicide tous les deux jours chez les agriculteurs. »
- 35:12Invité politiqueFait
« La hausse de l'électricité, je pense que ça les a violemment impactés parce qu'un agriculteur familial, c'est comme un artisan et une salle de traite, ça a besoin d'électricité. »
- 35:21Invité politiquePromesse
« J'aurais attendu de Gabriel Attal qu'il annonce le renoncement à la hausse de l'électricité du 1er février. »
- 36:34Invité politiqueFait
« Le mouvement des bonnets rouges je l'ai arrêté puisque j'ai enlevé l'éco-taxe. »
- 38:14Invité politiqueFait
« Il ne faut pas remettre les néonicotinoïdes. »
- 38:20Invité politiqueFait
« On entend sur certains plateaux des gens qui nient le caractère cancérigène du glyphosate, c'est un scandale. »
- 38:33Invité politiqueFait
« Bayer et Monsanto ont été condamnés aux Etats-Unis à payer de très lourdes indemnités à des malades atteints du cancer de la lymphe. »
Temps de parole
- Invité politique61 %
- Présentateur15 %
- Locuteur 95 %
- Locuteur 24 %
- Locuteur 74 %
- Locuteur 33 %
- Locuteur 12 %
- Locuteur 102 %
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Bonsoir à vous, Ségolène Royal. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. Ancienne ministre notamment de l'environnement en 2014 et 2017, vous publiez votre tout dernier livre « Refuser la cruauté du monde, le temps d'aimer est venu », joli titre, aux éditions du Rocher. Merci d'être là ce soir avec nous. Je voulais qu'on revoie ces images ce soir, ces blindés de gendarmerie, les CRS qui sont déployés un petit peu partout sur le territoire. Est-ce qu'ils ont raison, selon vous, les agriculteurs, de poursuivre ce soir les blocages et de tenter pour certains de rejoindre Paris ?
En tout cas, ce qui est clair, c'est que les Français sont massivement solidaires avec les agriculteurs parce qu'ils sentent qu'il y a quelque chose d'essentiel qui se joue sur la vision que l'on a de notre pays, de notre avenir, quels sont les choix, comment on veut vivre, comment on veut que nos enfants vivent, dans quel monde. On a une nostalgie, bien sûr, du passé, de l'époque rurale, qui a bien évidemment évolué, toute époque doit évoluer. Mais en même temps, on ne veut pas tout perdre. Et comme déjà on perd beaucoup dans d'autres domaines, la santé, l'éducation, etc., on se dit « mais non, il faut une ligne de résistance ».
C'est la ligne de résistance, c'est notre ruralité, c'est nos villages.
Et vous avez raison, les agriculteurs sont massivement soutenus, mais est-ce que vous ne craignez pas que ça ne dégénère et que justement ce soutien s'étiole si les choses dégénèrent et que certaines lignes rouges sont franchies ?
Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'un mouvement, c'est lent à démarrer. Ce n'est pas facile de quitter son exploitation, sa famille, de se dire « on va prendre le tracteur, on va passer des journées loin de notre famille, loin de notre exploitation, on ne sait pas comment ça va tourner ». Donc c'est très long à démarrer un mouvement social, ça ne se fait pas comme ça du jour au lendemain. Donc à partir du moment où un mouvement social se déclenche, il ne s'arrête pas aussi facilement.
C'est-à-dire qu'il a besoin d'être sécurisé dans les objectifs qu'il est censé atteindre et il est censé obtenir quelque chose parce que s'il y a un retour dans les fermes sans avoir rien obtenu, là c'est le désespoir complet. Et pourtant, honnêtement, les sujets sont assez simples. Moi je crois que les réponses sont assez simples.
Alors justement, si les réponses sont simples, on sera ravis d'entendre justement votre point de vue là-dessus. Mais une dernière question sur la stratégie de maintien de l'ordre également. Gérald Darmanin qui a dit « en gros, on laisse faire ». D'ailleurs, les blindés qui sont là, c'est dissuasif, c'est pour les empêcher de rejoindre Paris. Mais il n'y a pas plus de tensions que ça pour l'instant. Vous dites quoi à ceux qui dénoncent un deux poids deux mesures ? C'est-à-dire les écologistes à Sainte-Soline ont dit que ce sont des éco-terroristes, ce sont les mots de Gérald Darmanin. Et là, les agriculteurs, on laisse faire.
Mais je me réjouis qu'il y ait un changement de doctrine. C'est dommage qu'elle n'ait pas eu lieu plus tôt. Parce que cette doctrine, elle aurait pu être appliquée aux Gilets jaunes. C'est le même type de révolte. C'est des gens pauvres, des gens qui étaient menacés dans leur pouvoir d'achat et dans leur petite retraite.
Enfin, il y a eu d'importantes dégradations quand même.
Après, parce que la violence entraîne la violence. Il n'y avait pas d'interlocuteurs aussi. Ce changement de doctrine, il aurait dû intervenir plus tôt. Et moi, je m'en réjouis. C'est vrai que face à un mouvement social, on ne doit pas aller à la confrontation. Et d'ailleurs, il ne devrait pas y avoir de mouvement social si les problèmes étaient pris en amont. Car la vraie question, c'est pourquoi, une fois de plus, ce problème n'a pas été anticipé ? C'est ça la vraie question. Pourquoi est-ce qu'il n'a pas été vu, ce problème ? Alors que les tracteurs bloquaient les routes en Allemagne, pourquoi ce problème n'a pas été vu ? Donc il y a un tabou quand même. Moi, je vais quand même l'exposer.
Il n'a été évoqué de temps en temps. Mais c'est parce qu'on a cru qu'il n'y avait pas de problème. Parce qu'il y a une cogestion avec la FNSEA, qui a tout à fait sa légitimité. Mais la FNSEA, on le voit bien, elle a intérêt aux contrats de libre-échange, aux accords de libre-échange. À juste titre d'ailleurs. Ils ont besoin d'exporter la grande agriculture industrialisée. Sauf qu'on parle d'agriculture globalement. Mais non, il y a des agricultures qui ont toutes leurs légitimités et qui ont des problèmes bien spécifiques. Et aujourd'hui, il y a 40% de la production qui est encore en exploitation familiale. C'était l'essentiel de ma région, en Poitou-Charentes ou les Deux-Sèvres.
C'était des exploitations familiales. Et il y a la grande agriculture qui a sa légitimité, mais qui ne doit pas porter la parole de la petite agriculture, de l'exploitation familiale. Or, je vois encore ce soir, le Premier ministre, il reçoit la FNSEA et le CDGA. Et les jeunes agriculteurs ce soir. Et pas la Confédération Paysanne. Pourquoi ? Moi, quand je travaillais en tant que ministre de l'Environnement avec les organisations syndicales agricoles, je travaillais avec tout le monde. J'ai très bien travaillé avec la FNSEA.
Il les a reçus aussi dans un second temps la semaine dernière.
Oui, mais vous voyez que le gouvernement a cru qu'il n'y avait pas de problème, puisque le CNJ a donné son accord pour les accords de libre-échange, a donné son accord pour la hausse du prix du gaz ou à l'agricole. Et ce qui a surgi, ce sont les agriculteurs qui sont dans leur exploitation familiale. C'est-à-dire essentiellement, finalement, les productions de proximité, la production de qualité alimentaire des Français, l'élevage. Et donc, il y a le problème essentiel.
Les adhérents de base aussi de la FNSEA, madame, ont commencé à se révéler contre leur hiérarchie. Quand on voit que M. Rousseau, PDG d'Avril, qui est une multinationale, qui produit des agrocarburants...
C'est le patron de la FNSEA.
Il est patron de la FNSEA. Cette co-gestion entre un groupe industriel, commercial, le premier syndicat français, qui a toujours participé, à part Stéphane Le Foll, qui a été un ministre indépendant, tous les autres ministres ont été nommés avec l'accord de la FNSEA, qui co-gère depuis 60 ans, depuis la loi de 62 d'Edgar Pisani, de l'agriculture française.
Mais les accords de libre-échange qui sont délancés, là, à juste titre, la FNSEA a donné son accord. Il faut quand même être conscient.
Alors justement, on va revenir parce que... Alors, vous le disiez, le gouvernement n'a pas vu le problème venir. Maintenant, il le voit, le problème. Discours de politique générale de Gabriel Attal, cet après-midi, qui n'a d'ailleurs pas convaincu les agriculteurs. Vous l'avez trouvé bon, vous, le premier ministre ?
Il y avait des choses bonnes. Moi, je ne vais pas critiquer pour critiquer. Je vais essayer de m'appuyer là-dessus pour savoir quel type de solution on peut trouver au problème des agriculteurs. Je vais retenir une phrase de Gabriel Attal qu'on pourrait appliquer aux agriculteurs. C'est que le travail doit payer plus que l'inactivité. Commençons par rémunérer correctement le travail des agriculteurs qui nous font manger, qui nous font bien manger et qui sont durs à la tâche.
Ça, ce sont les lois égallimes.
Les lois égallimes. Qui protègent les revenus. Moi, je ne vais pas aller dans le technique et dans le machin. Mais si, parce que c'est intéressant de savoir comment on fait pour protéger leurs revenus. Et qu'il soit mieux payé. On dénonce la smicardisation de la société. Mais combien d'agriculteurs ne touchent même pas le smic net ? Combien ? Combien sont au RSA ? Sinon, il n'y en aurait pas un qui se suiciderait tous les deux jours. Moi, j'ai connu ça dans mon département des Deux-Sèvres. J'ai connu les agriculteurs, convoqués par les grandes surfaces, mis en concurrence pour quelques centimes par fromage. Et puis, ils ressortaient, ils pleuraient.
Ils disaient, mais moi, j'ai été obligé de vendre à perte parce qu'on m'a dit que le voisin, il vendait 5 centimes de moins. C'est ça, la réalité. Et ça, ça n'a pas changé. Ça, c'est même devenu beaucoup plus cruel qu'avant. Parce qu'avec le mouvement de cette folie du libéralisme, cette folie du libéralisme a aussi imprégné toute cette logique et toute cette hyperconcentration de la grande distribution.
Est-ce qu'il n'y a pas une responsabilité des consommateurs ? Certes, les temps sont difficiles, il y a l'inflation. Mais on va tous à l'étiquette la moins chère aussi.
Alors, non, ce n'est pas vrai. C'est parce que c'est organisé comme ça par la grande distribution. Moi, ce que je demande, c'est que dans la grande distribution, notamment pour les fruits et légumets, pour la viande, que les productions origines France soient isolées et soient identifiées dans le même endroit. Parce que c'est très difficile quand vous faites vos courses. Vous êtes obligés de vous avoir pour vraiment avoir une loupe. Alors que, soi-disant, tous les produits bio sont dans le même endroit. Mais c'est une grosse arnaque aussi. parce que les produits bio espagnols, je vous le dis, ce sont des faux produits bio.
Et donc, l'agriculture française qui fait un effort de qualité, de santé, qui est auxiliaire de la santé publique, quand on diminue les pesticides, on y reviendra peut-être, on est auxiliaire de la santé publique, qui aménage au territoire, qui est présent sur les territoires, qui maintient les prairies, qui maintient la biodiversité, qui maintient les haies, justement, pour lutter contre aussi les inondations.
Et qui respecte les normes.
Et qui respecte les normes. Tout cela est grignoté et même scandaleusement concurrencé par nos voisins espagnols sur les fruits et légumes. C'est insupportable. Parce que maintenant, même dans les magasins bio, il n'y a plus de tomates françaises ou de fruits et légumes français. Mais c'est scandaleux. Vous avez goûté les tomates, ce qu'on dit en bio espagnol ? C'est un mangeable. Moi, je vous dis que le bio espagnol est un faux bio et que les fruits et légumes espagnols ne respectent pas les normes françaises.
Et donc ces produits-là, ces produits-là qu'on retrouve dans nos supermarchés,
ils ne devraient pas être dans les rayons. Tous ces produits-là qui ne respectent pas les normes qui sont fixés pour les agriculteurs français, ils ne devraient pas être dans les rayons. Et la responsabilité du contrôle doit être sur le dos des grandes surfaces. C'est très facile.
Parce que j'allais dire, le problème, c'est les contrôles.
Non, mais c'est très facile que ça. Maintenant, vous avez des applications, vous scannez un fruit, vous savez parfaitement ce qu'il y a comme pesticides dans ce fruit. Donc la responsabilité et le coût du contrôle devraient être à la charge des grandes surfaces. A elles, la responsabilité de ne pas mettre en rayon des produits qui ne respectent pas les normes françaises. Ajoutez à cela le fait que quand les fruits et légumes montent dans les camions et viennent jusqu'en France, il y a un bilan carbone négatif. Ce bilan carbone négatif, il n'est pas intégré au prix.
Je vais vous dire, pour finir, la marche Nantes, vous vous rendez compte qu'il y a de la marche espagnole qui arrive à Nantes moins chère que la marche nantaise ? Mais c'est hallucinant. Mais Madame Royal, vous avez été au pouvoir. Mais moi j'ai réglé ces problèmes-là. Mais oui, mais le problème, c'est qu'on voit que la situation... On le savait qu'à un moment, dans un marché unique comme l'Union européenne, avec des grandes surfaces et des centrales d'achat, qui cherchent à tirer les prix toujours au plus bas. Ici, Michel-Edouard Leclerc, reçu plusieurs fois, dit « Moi, mon objectif, c'est d'aller chercher là où c'est le moins cher.
Donc si c'est moins cher avec du poulet en Pologne ou du lait au Portugal ou en Irlande, je veux qu'on m'autorise et qu'on me laisse l'opportunité de le faire. » À un moment, on ne découvre pas que la grande distribution est en train d'étouffer les agriculteurs. Qu'est-ce qui s'est passé ?
On le sait depuis 40 ans.
Mais voilà, donc qu'est-ce qui s'est passé ? Oui, on l'a vécu même. On a laissé faire. C'est pas le sujet. Le sujet, c'est de savoir qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui. Le sujet, c'est qu'on a laissé faire. Voilà la proposition pour ne plus mettre en rayon. Mais Mme Royal, vous avez été au pouvoir. Est-ce que vous avez laissé faire ? Je vous parle d'aujourd'hui. Oui, mais moi, je vous parle de vous avez été aux affaires. Oui, j'étais aux affaires, mais ces problèmes-là, figurez-vous. Je suis intervenue en tant que ministre en environnement. Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui, vous nous parliez de cogestion ?
Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui, au bout de 40 ans, on est toujours face aux mêmes problématiques ? Là, je pense que les agriculteurs, ils attendent des solutions aujourd'hui. Pas des polémiques sur le passé. Je ne fais pas de polémiques, c'est juste qu'on est face à une réalité.
Vous-même, vous dites que le gouvernement n'a rien vu venir. Non, non, non, sur l'anticipation, je le regrette d'ailleurs.
Parce que moi, je suis là pour que les problèmes soient réglés. Je ne suis pas là dans un discours anti-gouvernemental. Je suis là pour défendre l'agriculture française, d'où je viens. Moi, mon arrière-grand-père était un tout petit paysan dans les Vosges. Mais tout petit. Il n'y avait même pas l'électricité, vous rendez compte ? En quatre générations, l'évolution qu'on a connue. Mais ce qu'on est aujourd'hui, on le doit à ce travail. à charner des agriculteurs d'autrefois, qui en plus étaient les soldats qu'on envoyait au front. Il faut voir ce que le monde rural a payé comme tribu à l'histoire de France.
Il avait dix enfants, il y avait l'eau du puits qui était gelée l'hiver, donc on faisait fondre la neige pour avoir de l'eau. Et c'est pour ça qu'il y a cet attachement, cette affection des Français pour leurs agriculteurs. Je voudrais juste finir. La question de la concurrence des L'Oréal, on peut la régler rapidement, comme je viens de le dire. la question du revenu suffisant.
Alors attendez, arrêtons-nous là-dessus quand même. Est-ce que vraiment, je reviens sur votre proposition, de cesser d'importer des produits qui ne respectent pas les normes ? Est-ce que ça, ça peut rapidement être mis en place ?
La situation est très simple. Il y a une agriculture interdite que l'Europe interdit et pour lesquelles les agriculteurs français et européens respectent des codes, des normes de santé, de qualité alimentaire, d'environnement, de distribution. Et c'est la norme. Et c'est ce qui fait que nous avons une agriculture excellente. Et ce n'est que justice au juste prix. Elle n'est pas plus chère, elle est au juste prix. Et la réglementation, la loi européenne, à cause de l'acte unique de 1986, alors que le marché commun, oublions pas qu'au début, le marché commun, c'était une préférence communautaire qui faisait qu'on commerçait à l'intérieur de l'Union européenne.
Et on a décrété un jour cette chose barbare. Eh bien, la grande distribution aura le droit d'apporter l'agriculture interdite, sans normes, sans codes, sans protection, forcément moins chère puisqu'elle est mauvaise. Tout ce qu'on demande, et c'est pour ça que je suis en colère, on ne demande pas de fermer les frontières par un protectionnisme barbare, on demande que la règle du jeu soit la même, concurrence libre et non faussée, qu'est la dexion européenne. Et donc, on procède par le principe de la taxe, on aligne les tarifs, les produits rentrent en France quand ils ne sont pas aux normes, ils sont taxés à la différence du produit français, le consommateur fait son choix.
Mais là-dessus, Gabriel Attal n'a pas été très clair là-dessus. Mais pas du tout, il n'en veut pas. Pour l'instant, ça n'a pas été annoncé.
Les tomates françaises à 4 euros le quiro chacune, faites confiance aux consommateurs français pour aller tout de suite dans la tomate française. Et le gouvernement ne veut pas de ça.
Non, mais vous confirmez, Christophe Barbier, que là-dessus, Gabriel Attal n'a pas annoncé cette mesure. On a des accords de libre-échange
où les taxes ont été fixées, où les taux à payer pour rentrer sur le marché français ou européen ont été fixés par échange avec ces pays. On parle du Mercosur, mais on n'attend pas le Mercosur pour négocier avec le Brésil ou l'Arlente. Non, mais là, c'est trop compliqué. Mais il y a deux choses différentes. Si on fait ces hausses pour que la concurrence soit rétablie à un niveau d'équité... C'est l'équité, l'équilibre. Oui, mais ne nous trompons pas. Les Français devront mettre plus d'argent dans leur assiette. Exactement, la question que vous avez posée. Dans les années 60, 40% du budget, c'était la nourriture. Ça s'est effondré.
Mais est-ce que parce qu'on est pauvre, on doit manger de la merde ? Non, non.
La question est aussi simple que ça. Est-ce que les pauvres sont condamnés à bouffer l'agriculture de mauvaise qualité avec des pesticides importés ? Ou est-ce qu'on a le droit de leur expliquer qu'on peut se nourrir autrement ? Parce qu'il y a mille solutions. Il y a mille solutions. Pardonnez-moi,
ça s'appelle la sécurité sociale de l'alimentation. C'est en expérimentation en ce moment à Bordeaux, dans les Raux, à Montpellier. C'est quoi ? C'est comme notre sécurité sociale. Vous recevez 150, 200, 300 euros. Et quand vous allez dans les magasins à côté de chez vous qui font du circuit court sur des produits fléchés, oui, mais pour le coup, c'est des produits non transformés, c'est des produits de bonne qualité. Et vous êtes en circuit court. Mais informé duquel consommateur aimerait donner les enjeux nationaux. Vous êtes remboursé. C'est-à-dire que du coup, c'est l'État qui vous rembourse. C'est cette caisse qui vous rembourse. Ça s'appelle la sécurité sociale de l'alimentation.
Et déjà, au sortir de la guerre, on avait commencé à réfléchir dans le sud de la France. Mais Ségolène Royal, effectivement, c'est une vraie question. Le juste prix, c'est un prix qui est finalement assez élevé puisque ce sont des produits qui respectent des normes. Non, c'est pas élevé. Attendez. Et ça, la concurrence ne change rien.
Mais non, les normes sont déjà là. Les normes de pesticides, etc., de respect, sont déjà là sur la production française. On est d'accord. On est d'accord. Les accords de libre-échange n'ont pas du tout rabaissé les normes. Donc, la question est différente entre les droits de douane, etc., qu'on ne peut pas remettre. Il y a des accords de libre-échange. Mais le contrôle, je le répète, au moment de la mise en vente, et ce sera les grandes surfaces qui seront responsables de cela, parce qu'on ne va pas faire des contrôles aux douanes, ce sera infaisable, ça n'est pas fait aujourd'hui.
En revanche, que la responsabilité repose dans la grande distribution par rapport aux consommateurs, mais c'est tout à fait... Franchement, vous leur faites confiance à la grande distribution pour exercer ces contrôles-là. Mais parce qu'ils seront contrôlés de temps en temps... Personnellement, non. Mais si. Vous voyez ce que je veux dire. Regardez ce qu'ils ont fait avec les lois égalimes. Mais non. Et de toute façon, il faut donner beaucoup plus de pouvoir déjà aux associations de consommateurs, qui seront également en mesure de faire des descentes surprises dans les hypermarchés, dans les supermarchés, pour voir si effectivement ils ne sont pas en rayon.
Je vous assure que du jour au lendemain, vous verrez que la production française deviendra rentable. Et plus il y aura de production française, plus les prix baisseront. C'est ça. Aujourd'hui, comme la production française est acculée par une concurrence déloyale, c'est de plus en plus difficile de produire. Et ça fait disparaître notre ruralité, notre agriculture. Et par ailleurs, sur la question des revenus, c'est très simple la question des revenus. Pourquoi c'est très simple ? Qu'est-ce qui met les agriculteurs en rage et les Français en rage ? Parce que c'est vrai aussi dans d'autres secteurs de l'économie.
C'est que face à l'enrichissement indécent des dirigeants de la grande distribution et de l'industrie agroalimentaire, il y a un appauvrissement de la rémunération des agriculteurs. Et c'est vrai dans le reste de la société. En 7 ans, les 500 plus grandes fortunes françaises ont été multipliées par 2. Et quand Gabriel Attal dit qu'il faut que l'activité paye plus que l'inactivité, il a raison. Mais le problème, c'est qu'il s'en prend aux chômeurs. Mais il ne dit rien de ceux qui s'enrichissent en dormant. Simplement parce qu'ils ont des dividendes boursiers. Donc ils n'ont plus besoin de travailler. Ils les y pèrent. La France, c'est le pays où il y a le plus de dividendes de payer.
Et donc, ils s'enrichissent en dormant. C'est-à-dire que le travail de l'agriculteur paye moins que le gars qui s'enrichit en dormant parce qu'il est actionnaire dans une grande... Donc ce que je propose... Madame Royal, c'est tout politique. On est d'accord. Et c'est pour ça que... Et en fait, on retournera sur le terrain. C'est ça que pourquoi on ne dirait pas finalement dans la rémunération, dans les profits qui sont dégagés par cette filière alimentaire, il y aura un tiers pour les producteurs, il y aura un tiers pour les distributeurs et il y aura un tiers pour les industriels quand il y a une transformation industrielle.
Vous convenez que la gauche aurait pu y foncer, madame. Et tous les six mois
et par ces saisons, deux fois par an, on dirait quel a été le profit de la grande distribution, quel a été le niveau de revenu des exploitants et on redistribue, on rediscute dans une conférence des revenus, on redistribue, on re-répartit les profits et les marges qui ont été prises. On continue à parler de les collègues
à ce que la gauche n'y ait pas pensé
qu'il y ait pas pensé. On va continuer à parler du revenu. Tout à fait. Et moi, j'ai proposé ça y compris dans ma région. On a fait un travail avec les producteurs, les distributeurs sur la rémunération des labels qui étaient plus élevés. On va parler du revenu
dans un instant, mais juste avant parce que nos équipes nous attendent et ce sont elles qui nous racontent ce qui se passe en ce moment. Nicolas Laurent, vous êtes du côté de l'A1. Que se passe-t-il ce soir ? Il campe ? Quelle est l'atmosphère ce soir ?
Il y a un constat général quand on parle à tous les agriculteurs pour dire que le discours de Gabriel Attal n'a pas convaincu ici. Désormais, ils sont divisés sur la stratégie à adopter parce qu'il y en a certains. Généralement, ce sont les plus jeunes qui veulent aller dans Paris pour passer au niveau supérieur. Et puis, il y a les syndicats qui essayent un peu de calmer, de temporiser tout ça. On continue de vous montrer les coulisses de ce blocage sur l'autoroute 1. Vous êtes toujours avec ces dizaines d'agriculteurs qui sont en train de se réchauffer parce que la nuit va être longue. Ils sont toujours des dizaines à dormir dans leur tracteur. On continue de leur donner la parole.
On va rejoindre Donatien. Chez Donatien, on manifeste en famille. Vous voyez les enfants qui sont là demain. Ils ont cours. Ils dorment avec vous ou pas dans le tracteur ?
Non, ils vont rentrer. Bon, ils soutiennent à moitié en fait. C'est pas à moitié mais il y a des cols demain.
Évidemment. Donatien, vous allez dormir là ce soir. Je le disais. Demain, vous serez où ? Est-ce que vous allez aller dans Paris ou vous restez là ?
On suivra les directives. Là, on est là. Si pour l'instant, on est là, on ne sait pas ce qu'on fera demain.
Qu'est-ce qui manque dans le discours de Gabriel Attal, dans celui d'Emmanuel Macron pour que vous arrêtiez de bloquer ? Quelles mesures vous demandez là ce soir ?
Ils ont reçu une liste de 140 mesures. Aujourd'hui, ils ont répondu à une demi-mesure. Donc s'ils ne font pas de pas en avant, nous, on est capable de faire un pas en avant.
Donnez-moi une mesure là concrètement qui peut changer votre quotidien et que vous demandez ce soir à Gabriel Attal et à Emmanuel Macron.
Le 3 quart des surtranspositions, il va falloir qu'ils arrêtent ces surtranspositions. Le GNR, ils ont donné une toute petite biscotte, mais c'est rien. Donc il va falloir que ça bouge.
L'opinion publique vous soutient. Pour l'instant, on le voit nous aussi sur les blocages. Vous n'avez pas peur qu'à force de bloquer, ils se retournent et qu'ils arrêtent de vous soutenir ?
On voit plein de démonstrations du cas contraire. Donc on est vraiment soutenus. On reçoit des denrées et tout ça. Donc je ne pense pas que ça va se tendre tout de suite.
C'est vrai, on le voit. Il y a beaucoup de dons des personnes, des Français lambda qui viennent apporter de la nourriture, qui viennent apporter leur soutien, leur empathie au monde agricole. Pour vous parler de leur profil à ces agriculteurs, vous avez des céréaliers, des maraîchers, des éleveurs aussi, principalement des franciliens. Mais ils ont été rejoints, et c'est important de le dire, par des agriculteurs de la Somme qui sont partis très tôt ce matin, aux alentours de 3h du matin, d'Amiens. Et puis, il y a aussi les agriculteurs du Nord et du Pas-de-Calais qui vont arriver dans les prochaines heures pour renforcer un petit peu ce blocage ici sur l'autoroute terrain.
Merci beaucoup, Nicolas Laurent, avec Tom Beck, Ségolène Royal est toujours avec nous. Vous parliez de la question des revenus. Il y a eu une proposition d'Éric Ciotti sur le sujet. Vous avez dû l'avoir passé sur un revenu minimum pour les agriculteurs de 1 500 euros net. Il suggère que cette mesure soit financée en sanctionnant fortement les distributeurs qui ne respectent pas la loi. Aucun agriculteur ne devrait gagner moins que 1 500 euros net par mois. Est-ce que c'est une bonne proposition ? C'est ce qu'on disait tout à l'heure.
Pourquoi il y aurait un SMIC ailleurs dans les autres secteurs économiques et pas dans l'agriculture ? Mais ce qu'est les agriculteurs à la fierté agricole, c'est de vivre de son travail aussi. Les points qu'on voit, c'est d'ailleurs une meilleure répartition des profits et une lutte contre la concurrence déloyale doit permettre d'augmenter le revenu des agriculteurs. En effet, si ce n'est pas le cas, je pense qu'il faut une compensation. Pourquoi il y a une compensation ? Parce que quand les agriculteurs ont plus de charges parce qu'ils font un travail de qualité, ils sont des auxiliaires de la santé publique, ils sont des auxiliaires de l'aménagement du territoire.
Ce travail-là, il n'est pas rémunéré. Donc, il devrait en effet être rémunéré d'une façon ou d'une autre par ailleurs. Donc, plutôt une bonne proposition. Il faut qu'il y ait un revenu minimum, oui. C'est une question de décence aussi d'une certaine façon. Mais la question de fonds qui n'est pas abordée parce qu'elle est très difficile, elle est un peu conflictuelle, c'est est-ce que tout le monde est d'accord pour maintenir la ruralité ? Est-ce que tout le monde est d'accord ? Très bonne question. Voilà. Car il y a 40% de productions qui sont en exploitation familiale. Est-ce qu'on est d'accord pour maintenir ces 40% ? Moi, je pense que c'est cela qu'il faut déjà affirmer.
Oui, on est d'accord pour maintenir 40% de la production. Mais on ne fait rien pour. Mais déjà l'affirmer. Bien sûr. Et pourquoi il faut l'affirmer ? Parce que dans deux ans, un agriculteur sur deux aura l'âge de la retraite. Donc, il faut agir pour pouvoir installer des jeunes. Et ça, c'est une force pour la France. C'est magnifique de se dire qu'on peut installer des jeunes qui vont bien vivre de leur travail sur les exploitations agricoles dans nos villages. C'est quand même un défi extraordinaire. C'est un défi extrêmement moderne, je veux même vous dire.
Et donc comment on fait ?
Eh bien, déjà, on l'affirme. Or, ce n'est pas forcément l'objectif de tout le monde. Le Premier ministre l'a dit. Je vais vous dire pourquoi ce n'est pas l'objectif de tout le monde. Parce que certains rêvent d'une agriculture intensive où l'élevage va disparaître, où les fruits et légumes vont disparaître puisque c'est moins cher en Espagne, c'est bourré de pesticides. On s'en fiche. Et puis ça va disparaître. Et on va reconcentrer les terres. Et les grands céréaliers vont tout prendre. Voilà, la betterave à sucre arrosée de glyphosia, tout ça va s'étendre partout. Et puis voilà, c'est l'idéal du libéralisme. Eh bien non, c'est ça qu'il faut refuser.
Donc il faut bien affirmer au niveau national que ce qu'on veut, oui, c'est maintenir les 40% d'exploitation familiale agricole. Puisque vous parlez du glyphosate,
autre sujet conflictuel, est-ce que l'agriculture et l'écologie, c'est compatible ? On voulait avoir votre avis aussi en tant qu'ancien ministre de l'Environnement. Parce que ces normes qu'ils contestent, finalement, ce sont des normes environnementales. Et on a l'impression qu'ils doivent un peu choisir entre une meilleure vie, une vie plus digne.
Et la transition écologique. C'est pas le principe de l'écologie. C'est la lourdeur du protocole d'application.
Alors, dans les normes, il faut se méfier. Il y a des bonnes normes et de mauvaises normes. Et le discours anti-normes, c'est un discours très hypocrite qui consiste à mettre sous le tapis les autres problèmes, ceux qu'on vient d'évoquer. Ça permet d'allumer un écran de fumée, l'énorme, l'énorme. Un contrefeu. Et comme ça, on n'aborde pas la question de la justice de la répartition des ressources, la question de la concurrence déloyale qu'on vient de voir, et la question du maintien de l'identité rurale de la France. Ça évite de poser ça. Il y a des bonnes normes et de mauvaises normes.
Regardez le scandale qui vient d'éclater où, soi-disant, pour réduire les normes, le gouvernement de Mme Borne a autorisé quand même le traitement des eaux minérales par des substances chimiques interdites. Donc, vous avez vu, ça a surgi ce matin. Moi, j'ai été quand même estomaqué de voir ça. Ah, ben, c'est énorme ! L'eau filtration, charbon... Voilà.
C'est des méthodes qui sont utilisées pour l'eau du robinet, mais pas sur l'eau du robinet. Oui, mais maintenant,
et on découvre que l'eau du robinet va dans les bouteilles d'eau minérale, qui sont... C'est quand même extravant. Mais pourquoi ? Ben oui, il faut baisser les normes. Voilà quoi conduit l'abaissement des normes. Parce que les normes, les bonnes normes, ça protège le faible contre le fort. Et vous remarquerez que c'est souvent les dominants qui demandent l'arrêt des normes. Pourquoi ? Parce que quand on arrête les normes, c'est la voie ouverte aux prédateurs, c'est la voie ouverte aux pollueurs, c'est la voie ouverte... Mais pourtant,
il y a beaucoup d'agriculteurs qui disent, par exemple, on ne veut pas de pesticides. On ne veut pas de pesticides parce qu'on aimerait pouvoir vendre moins cher.
Comme les espagnes... Je n'ai pas entendu ça sur les barrages. Ceux qui demandent moins de pesticides, c'est la grande exploitation productiviste. Parce qu'eux, effectivement, ils sont touchés par l'arrêt des négoïdes. C'est vrai que ça fait un peu moins de productivité. Le glyphosate qui a été redonné, malheureusement, aux betteraves, mais ça, c'est les grands groupes sucriers qui ont un rapport de force financier qui sont infiltrés dans toutes les instances européennes. Mais à la base, l'agriculteur qui est sur son exploitation familiale, il n'a pas envie de manipuler le glyphosate. Il n'a pas envie que ses enfants attrapent le cancer.
Il n'a pas envie que sa femme mette au monde des enfants handicapés. Parce que c'est ça qui se passe. Il y a eu encore une condamnation par un tribunal par rapport à un enfant qui a été très lourdement handicapé parce que c'est sa mère qui a répandu, qui s'est occupé de l'épandage du glyphosate. Et quand les sucriers redemandent le glyphosate, ce n'est pas les patrons qui épendent le glyphosate, c'est les ouvriers qui épendent le glyphosate. Ce n'est pas eux.
Donc, dans les exploitations agricoles ou dans ceux qui ont fait le choix du bio ou dans ceux qui ont fait le choix de réduire les pesticides, c'est aussi une autoprotection contre toutes les formes de cancer, contre les perturbateurs endocriniens. Et regardez dans les régions, beaucoup d'étudier c'est en tant que nous de l'environnement. Il réfléchit aussi
en termes de court terme les agriculteurs parce qu'ils ont envie de vivre du vieux et ce discours-là
ne passe pas toujours. Mais si vous supprimez la concurrence déloyale de la part des fruits et des légumes qui sont bourrés de pesticides mais les consommateurs iront vers ces produits-là. Et pourquoi le bio français s'est effondré, je vais vous dire. C'est parce que les gens ne croient plus que c'est du vrai bio à cause des fruits et légumes espagnols notamment qui ne sont pas bio. Il suffit de les goûter pour voir ce que je parlais tout à l'heure. Mais on va retourner et je vous donne la parole. Et donc ça c'est grave par rapport à l'effort que font. J'ai vu les agriculteurs faire un effort pour faire du bio, du raisonné, diminuer les pesticides, etc.
et si au bout du compte il n'y a pas le prix au moment de la vente. C'est pas normal.
On va aller retrouver Lisa, vous êtes sur la 13. C'est là où tout à l'heure on a vu ces images des agriculteurs qui déplaçaient le terre-plein démonté, pardonnez-moi, le terre-plein central.
Des boulonnais.
Des boulonnais, voilà, le terre-plein central à l'aide de leur tracteur. Comment ça se passe sur place ? Est-ce que les forces de l'ordre sont présentes ?
Alors oui, les forces de l'ordre sont bel et bien présentes. Regardez sur ces images de Caroline Bertolino, le comité d'accueil, une vingtaine de camions de CRS, une vingtaine de camions est arrivée ici sur la 13 pour empêcher le convoi d'agriculteurs d'aller jusqu'à Paris et donc de l'autre côté, en face de ces camions de CRS, de l'autre côté, vous avez tous ces tracteurs, une cinquantaine de tracteurs environ qui sont donc à attendre, attendent de voir quelle peut être la suite.
À la base, ils voulaient effectivement aller jusqu'à Paris mais quand ils se sont rendus compte que les forces de l'ordre les empêchaient d'avancer davantage, ils ont donc décidé d'installer le camp de base comme ils disent. Donc ils se sont installés pour la nuit, ils ont tout ce qu'il faut, des vivres pour tenir la nuit, pour dormir, pour manger. Ils se sont très bien organisés puisque leur objectif reste tout de même d'aller jusqu'à Paris. Ça ne sera pas cette nuit, ça sera peut-être demain matin ou du moins demain dans la journée. En tout cas, ils restent toujours très déterminés malgré ce gros dispositif de sécurité et tous les policiers qui les ont accueillis.
Il y a de plus en plus de policiers au fur et à mesure de la soirée qui se sont rendus ici des effectifs de renfort très probablement puisque initialement, au moment où ces agriculteurs, comme vous le disiez Julie, ont démonté le terre-plein central, déboulonné le terre-plein central pour bloquer l'autoroute dans les deux sens, il y avait beaucoup moins de force de l'ordre sur place. Désormais, il est impossible pour les agriculteurs d'avancer jusqu'à Paris mais comme je vous le disais, ils comptent bien y arriver un moment ou un autre.
Merci beaucoup Lisa. Avec Caroline Bertolino, les agriculteurs déterminés, ils le sont aussi du côté de l'Assis à Chili-Mazarin, c'est à 8 km du marché de Rungis. Igor Saheri, que se passe-t-il ce soir ? Est-ce qu'ils ont toujours pour objectif de rejoindre, de bloquer le marché de Rungis ?
C'est leur intention mais ce n'est pas forcément de perturber la circulation des biens et de la nourriture. Il ne s'agit pas de bloquer les Français, il s'agit de marquer le coup et de montrer qu'ils sont toujours présents tant qu'ils n'auront pas obtenu satisfaction de la part du gouvernement et de l'Union européenne. Ils veulent aller plus loin mais pour le moment, ils vont rester ce soir sur cette portion de l'Assis. Il y a 180 tracteurs au total. Tous viennent d'arriver à un cortège. J'ai mis beaucoup plus de temps que le premier pour arriver jusqu'ici. Et vous le voyez, ça y est, le camp de base commence à s'installer ici.
Alors, il y a des forces de l'ordre des deux côtés, des CRS en bout de cortège, des CRS et les fameux deux blindés de la gendarmerie en tout début de cortège, à environ 200 mètres des premiers tracteurs. Je suis avec Louis. Alors Louis, il a fait le déplacement depuis la Dordogne en bus tout à l'heure. Comment ça va ?
Est-ce que vous êtes fatigué ou pas ? Écoutez, on est parti ce matin à 4 heures de Périgueux. Ça va très bien, bien sûr. On est regonflé. On est là pour soutenir nos collègues. C'est incroyable. La population, regardez sur les ponts, le soutien qu'on a, c'est vraiment incroyable. Les poids lourds, tout ça, je vois sur le cortège, les mecs sont restés bloqués pendant une heure. Ils étaient toujours derrière nous à klaxonner, à nous encourager. C'est hyper encourageant.
Et vous aussi, vous êtes prêts à tenir autant de temps qu'il faut ?
On est regonflé à bloc. Il n'y a pas de souci. Vous allez dormir où ce soir ? Où on pourra. Je ne sais pas si on dormira beaucoup. Nous, on vient là en vitesse. On est là pour deux jours. Donc bon, on n'est pas là pour se reposer. On va essayer de laisser les équipes se reposer pour qu'après, prennent la relève.
Ma collègue me demandait si vous comptiez aller jusqu'au marché de Rangis et pourquoi pas jusqu'à Paris. Est-ce que c'est votre intention ?
C'est-à-dire qu'on avance un peu comme on peut. Là, aujourd'hui, par exemple, on a gagné une vingtaine de kilomètres. On est juste à côté de Rangis. Si la volonté de nos collègues s'est d'y aller, on ira, je pense, oui.
Merci beaucoup, Louis, pour votre témoignage. Regardez, Julie, je voulais vous montrer juste une image. Louis montrait cette image sur le pont, juste au-dessus de cette autoroute A6. Il y a une cinquantaine de personnes faciles. Il s'agit d'habitants du coin qui sont venus accueillir, si j'ose dire, les derniers tracteurs sur cette A6 et observer ce qu'il se passe ici. Ça met de la même animation. Mais ce que je peux vous dire aussi, c'est que toute la soirée, on a eu droit à des klaxons de la part des voitures, des poids lourds, mais aussi des gens qui applaudissent régulièrement. Les agriculteurs qui s'installent ici.
Merci beaucoup, Igor, avec Marion Delpierre. Ambiance, donc, plutôt bon enfant avec, on le voit, ce large soutien des Français pour leurs agriculteurs. À court terme, Ségolène Royal, qu'est-ce qui peut débloquer la situation ? C'est que jeudi, Emmanuel Macron est à Bruxelles. Il y a trois objectifs qui ont été d'ailleurs abordés par Gabriel Attal aujourd'hui lors de son discours de politique générale. L'Élysée veut interrompre les discussions, les négociations sur l'accord entre l'Union européenne et le Mercosur. C'est ces pays d'Amérique latine. Emmanuel Macron veut réguler au niveau européen les importations de volailles d'Ukraine.
Là encore, c'était un autre problème soulevé par les agriculteurs. Et puis, il y a la question de la jachère. Ils ont l'obligation, par la PAC, les agriculteurs, de laisser 4% de leurs terres cultivables en jachère. Là encore, Emmanuel Macron compte obtenir une dérogation. Est-ce que vous pensez que ça peut permettre de débloquer quand même un peu la situation ?
Oui, je pense que tout ce qui va dans le sens des solutions apportées, mais comme je l'ai dit tout à l'heure, je pense que ce qui peut débloquer la situation, c'est l'affirmation d'un objectif clair sur la volonté politique de maintenir la ruralité telle qu'elle est et de ne plus la laisser se restreindre. Et je pense que il y a une adhésion des Français aussi. C'est l'authenticité de tous ces hommes et ces femmes qui s'expriment, qu'on ne voit jamais finalement, qui sont des invisibles. Ils sont des invisibles et tout d'un coup, ils deviennent visibles.
Et c'est ça qui fait plaisir, c'est ça qui arrive à conquérir les cœurs parce qu'on se dit qu'ils bossent dans leur ferme, ils s'acharnent pour que nous, on ait de la bonne nourriture, etc. et on découvre qu'il y a des suicides, on découvre qu'ils se font arnaquer. Un suicide tous les deux jours chez les agriculteurs. C'est ça. Et donc, ce que je voudrais dire pour terminer, c'est qu'il y a une question globale sur la ruralité. C'est-à-dire que non seulement les agriculteurs, les ruraux souffrent, comme tous les Français, de la hausse des charges.
Par exemple, la hausse de l'électricité, je pense que ça les a violemment impactés parce qu'un agriculteur familial, c'est comme un artisan et une salle de traite, ça a besoin d'électricité. Donc moi, j'aurais attendu de Gabriel Attal qu'il annonce le renoncement à la hausse de l'électricité du 1er février. Je pense que déjà, ça aurait soulagé beaucoup de gens. Donc vous auriez voulu
le quoi qu'il en coûte Advitam ?
Non, parce que ce n'est pas le quoi qu'il en coûte. Le prix de l'électricité a baissé sur le marché de gros et donc ce qui est mis là, c'est uniquement des impôts supplémentaires. Il faut quand même le savoir. Et deuxièmement, dans le milieu rural, c'est aussi la désertification médicale, les écoles qui ferment, etc. C'est-à-dire qu'il y a une vision aussi globale et une révolte aussi globale contre un recul de la vitalité en milieu rural auquel s'ajoute pour les jeunes la difficulté maintenant de se loger, y compris dans les villes moyennes ou le prix du logement a augmenté. Donc il y a aussi un travail global.
Vous pensez qu'il va y avoir une gilet jaunisation du conflit avec, on l'a déjà vu, les taxis qui étaient mobilisés hier, les routiers qui veulent le faire aussi. Vous étiez au gouvernement quand il y a eu les bonnets rouges. Ce n'est pas le sujet d'être obligé de s'épargner. Les bonnets rouges
j'ai arrêté l'éco-taxe. Oui, mais justement, laissez-moi finir ma phrase et du coup vous allez comprendre. Je pense que ce qui est important c'est aujourd'hui ce qui se passe.
Non, mais Nora m'a dit.
Vous avez vécu ce mouvement des bonnets rouges. Est-ce que si jamais il n'y a pas de réponse, est-ce qu'il est possible au vu de ce que vous voyez qu'on arrive à ce même niveau ? Non, mais le mouvement des bonnets rouges je l'ai arrêté puisque j'ai enlevé l'éco-taxe. Donc la taxe carbone aurait été retirée, il n'y aurait pas eu de gilet jaune. Le mouvement des retraites, la réforme, la mauvaise réforme aurait été retirée, il n'y aurait pas eu. Là, les réponses seraient apportées, il n'y aurait pas de mouvement.
Je vais vous dire ce qu'attendent les Français, c'est une France apaisée et réconciliée où on ne gaspille plus son énergie dans des mouvements sociaux de répression, de montée des violences, etc. On a tellement besoin de mobiliser les énergies sur les projets positifs, sur faire redémarrer l'ascenseur social, sur reconstruire nos services publics. Et c'est ça que les Français attendent. Non, mais moi, je pense... Non, mais les Français attendent le déblocage de l'ascenseur social. Alors chaque fois qu'il y a une crise violente comme ça, ça appauvrit un peu plus les Français, ça les inquiète un peu plus et on a besoin d'être sécurisés pour donner le meilleur de soi-même.
Vous voyez, c'est ça un objectif. Le objectif d'un pays...
Oui, moi, je veux juste dire, je pense que derrière le soutien apporté aux agriculteurs, il y a tout ce que vous avez dit, une défense de la ruralité, plein de choses, et les gens se reconnaissent, mais je pense qu'il y a aussi toute cette classe silencieuse dans d'autres secteurs d'économie. Pour moi, c'est presque aussi un soutien qui est une forme d'acte 2 des Gilets jaunes qui ne sont pas arrivés à se remobiliser, mais qui se reconnaissent en certaines revendications, notamment que le travail paye, de cette minorité silencieuse qui se lève tous les matins, qui va bosser, à laquelle plein de gens appartiennent
à un moment où il faut stopper ce déclin et il faut stopper le grand n'importe quoi d'un marché qui, soi-disant, va tout résoudre. Et enfin, si je peux me permettre, il ne faut pas remettre les néonicotinoïdes. J'entends dire qu'on va remettre les néonicotinoïdes,
mais c'est à pleurer. Il ne faut pas le faire. Et le glyphosate,
on entend sur certains plateaux des gens qui nient le caractère cancérigène du glyphosate, c'est un scandale. Il y a encore des gens qui sont morts du cancer de la lymphe et qui ont été indemnisés, Bayer et Monsanto ont été condamnés aux Etats-Unis à payer de très lourdes indemnités à des malades atteints du cancer de la lymphe. Donc, il faut arrêter d'entendre dire que le glyphosate n'est pas cancérif.
Mais l'idée qu'on renonce à certains produits que quand on a trouvé une solution alternative...
Il y en a des solutions alternatives. Qui ne dégradent pas la production,
la productivité ?
Il y en a. Puisque c'est en 2006 que le glyphosate a été interdit. Il y en a. Mais comme ça rapporte tellement d'argent, c'est l'herbicide le plus vendu dans le monde, c'est Monsanto, Bayer. Ça rapporte tellement d'argent qu'il y a une résistance extrêmement forte pour qu'il n'y ait pas d'alternative. Il y en a. Regardez, la SNCF a renoncé au glyphosate. Moi, au début, j'étais très réticent. Donc, il y a des solutions alternatives qui existent.
Et ce qui est dramatique, c'est quand il y a des reculs sur l'écologie, c'est-à-dire quand on remet du glyphosate ou quand on remet les néonicotinoïdes, tous ceux qui ont eu la vertu de faire l'effort de les retirer ou tous ceux qui ont investi dans les recherches pour les alternatives se trouvent complètement dénus et trahis. Et donc, la morale est ruinée. Et donc, les mauvais comportements détruisent les bons comportements. C'est pour ça qu'il ne faut jamais reculer sur la question environnementale.