Remaniement, Gérard Depardieu, loi immigration: l'interview intégrale de François Bayrou
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Bonsoir François Bayrou. Bonsoir. Merci beaucoup d'être avec nous. Je le rappelle, vous êtes maire de Pau, patron du Modem et l'un des plus proches d'Emmanuel Macron. Et ça compte dans un moment où l'on s'attend à un remaniement. On dit souvent, je le disais tout à l'heure, que dans ce genre de moment, vous êtes un faiseur de roi. On y reviendra. Pour commencer, est-ce que l'on est dans le vrai, si on s'attend, dans les heures, dans les jours qui viennent, à un changement d'équipe, vous qui êtes un homme informé ?
Je pense qu'un changement est nécessaire, je l'ai dit déjà depuis plusieurs semaines. On a atteint la fin d'une séquence, avec ces textes difficiles, mais qui sont passés.
Notamment la loi immigration.
Les retraites, l'immigration, qui étaient deux textes majeurs que le président de la République s'était engagé à présenter aux Français. Ça n'a pas été simple, ça a été chahuté, ça a été avec des sentiments de difficulté à apprendre cette nouvelle situation politique, qui est de ne pas avoir de majorité absolue. Donc d'être obligé de travailler, de mettre au point une nouvelle manière de gouverner. On n'est pas au bout, ça sera un des sujets de la nouvelle période qui s'ouvre. Et donc comme il y a forcément une nouvelle période qui s'ouvre, que vous savez bien pour l'instant, l'agenda de cette période n'est pas fixé, il faudra qu'il le soit.
Alors oui, je pense qu'il est légitime qu'il y ait du renouvellement.
– Du renouvellement dans les personnes, pour être très clair, qu'il y ait une nouvelle équipe dans ce gouvernement, vraisemblablement aussi une nouvelle personne à Matignon.
– Nouvelle équipe, nouvelle architecture de l'équipe, enfin tout ça ce sont des hypothèses. J'entendais dire tout à l'heure, ça me fait toujours rire, comme vous faites semblant de croire à ceux qu'écrivent vos confrères. – Parce que vous savez, très bien comme les articles sont écrits. – C'est-à-dire par exemple, vous pensez à quoi ? – Vous disiez faiseur de roi, il y a un faiseur de ministre en tout cas, et de Premier ministre, c'est le président de la République. – Vous avez de l'influence, enfin, pas de fausse modestie. – Non mais je ne cherche pas ça, je ne cherche pas la fausse modestie.
Mais cette manière d'écrire l'actualité, comme si c'était un western, Johnny n'aime pas Billy, qui n'aime pas Peter, et donc ils vont en champs clos régler cette question.
– François Bayrou, en 2022, quand il était question que Catherine Vautrin soit nommée à Matignon, vous faisiez partie de ceux qui vous y étiez opposés. C'était une façon de peser auprès du président de la République.
– Je ne connais pas Madame Vautrin. Et donc, j'avais simplement exprimé cela, mais je ne cherche pas à me défausser le moins du monde. Parce que cette période-là, c'est la période où le président de la République choisit les visages de l'action. Or, un visage est un message. Et c'est ça qui est important. Qu'est-ce que le visage dit de la ligne politique et du caractère, à mes yeux, nécessaire pour la fonction de chef de gouvernement ? – Vous savez très bien qu'il y a beaucoup de gens très, très expérimentés ou en tout cas extrêmement reconnus dans leur rôle qui pensent que le Premier ministre, ça ne sert à rien. Je n'ai jamais appartenu à cela.
Je pense que la fonction de chef du gouvernement est une fonction en soi, et que l'équilibre créé par le fait qu'il y a un chef de l'État et un chef du gouvernement, avec au fond deux vocations différentes et deux missions différentes, pour moi, c'est absolument nécessaire à la Vème République.
– Vous dites, pardon de vous interrompre, vous dites que les personnes, c'est un message. Alors là, quel est le message que doit incarner ce changement de personne, ce remaniement qui vraisemblablement se dessine ?
– Je pense que l'enjeu aujourd'hui, et c'est un enjeu très lourd, cet enjeu-là, c'est de reconstruire une confiance qui s'est hélas délitée entre les Français et l'État, entre les Français eux-mêmes, et même, si j'ose dire, entre les Français et la France. L'idée française, ce que nous portons en 2024 dans le monde, et que nous portons déjà depuis des décennies et des siècles, est-ce que ça a du sens et de la pertinence ? Moi, je crois que oui.
Je pense que dans le désordre du monde où on vit, et que vous décriviez tout à l'heure, et que vos images décrivent, ce qui se passe aux États-Unis, ce qui se passe en Ukraine, ce qui se passe au Moyen-Orient, dans ce qui se passe en Corée, dans tout cela, il y a un projet français, quelque chose qui est de l'ordre, de l'équilibre entre la modernité et l'enracinement. Et plus que ça encore, quelque chose qui est du devoir de rassembler les Français, de fédérer les Français. C'est pourquoi je me suis battu toute ma vie pour sortir du clan contre clan, qui était la règle, la loi, dont on n'imaginait pas qu'on puisse jamais s'extraire.
Donc ça, c'est pour le message, message d'unité. Mais il faut parler des visages. D'unité et de projets portés dans la vie. Et de projets portés. Il faut parler des visages. Aujourd'hui, vous avez à Matignon, Elisabeth Borne, dont on dit que vraisemblablement, elle pourrait quitter son poste. Voilà ce que vous disiez en juin 2022, après les élections législatives. Vous disiez la chose suivante. Les temps exigent que le Premier ministre ou la Première ministre soit politique, qu'on n'ait pas le sentiment que c'est la technique qui gouverne le pays. Est-ce que le François Bayrou de janvier 2024, d'aujourd'hui, pourrait redire ce que disait le François Bayrou de juin 2022 ?
Eh bien, vous vérifierez là que je ne change pas d'avis tous les jours. Je pense en effet, vous voyez bien qu'il y a là une différence. Nicolas Sarkozy disait, de François Fillon, c'est un collaborateur. Je n'ai jamais pensé ça. Alors peut-être, il y a beaucoup de gens, y compris des mieux informés, qui pensent que je me trompe. Je pense qu'un Premier ministre, c'est quelqu'un qui porte une partie du projet du pays. Il est naturellement choisi par le Président de la République, qui lui est investi par les Français. Ce n'est pas la même chose. Le Président de la République, il n'est pas un chef politique seulement.
C'est un chef, c'est le représentant, le défenseur, le promoteur de l'unité nationale.
Et donc si je vous suis François Bayrou, Elisabeth Borne n'est plus la bonne personne pour diriger le gouvernement. Ça veut donc dire qu'il faut qu'elle laisse sa place.
Ne me faites pas dire ça. Je sais très bien que le métier de journaliste, c'est d'essayer de faire se battre les montagnes. Non, mais d'essayer de parfois
de traduire ce qui est dit en des termes élégants. Si vous dites que le François Bayrou de juin 2022 est le même qu'aujourd'hui, ça veut donc dire que Elisabeth Borne
n'est pas sa place. C'est le même qu'aujourd'hui, mais Elisabeth Borne, elle a aussi appris la politique dans des circonstances qui ne sont pas simples à l'Assemblée nationale.
Mais il peut y avoir une nouvelle impulsion avec la même Première Ministre ?
C'est au Président de la République et à elle, Première Ministre, de le dire. Surtout à lui. C'est le Président de la République qui tranche. C'est lui qui sent le moment dans lequel nous sommes. Et ce moment, pour moi, il est terriblement exigeant. Vous voyez, tous les papiers que vous entendez ou que vous faites, ils portent tous la même entienne. C'est la fin du cycle. C'est comme le Président de la République ne peut pas se représenter. Tout ça va s'achever. Les uns disent en que nous, les autres... Je crois exactement le contraire. Je pense d'une certaine manière que les choses commencent aujourd'hui. Parce que c'est comme ça dans l'histoire.
C'est après avoir un temps d'expérience, après avoir vécu des tempêtes, et Dieu sait que le Président de la République a connu des tempêtes lourdes, probablement sans précédent, dans une période de cette année comme celle qu'on vient de vivre. je pense que ça commence maintenant. Et pour que ça commence, il faut qu'on sente que ceux qui ont la charge des affaires prennent cette charge avec l'optimisme et la détermination de porter pour le pays une politique exemplaire. – Mais donc c'est quoi
le portrait robot du bon ou de la bonne Première ministre ? Si on suit cette volonté que vous exprimez ce soir.
– Vous savez, il y a une vieille expression française qui dit « Vous faites l'âne pour avoir du son ». Donc je… – Je vois à peu près l'idée. Je vais continuer à faire l'âne. – Donc vous voyez bien, je n'ai pas envie d'entrer dans le jeu des noms. Ce que je pense… – Ah oui, mais alors,
pardon, François Bayrou.
– Ce que je pense, et je vais vous répondre sérieusement et sur le fond, c'est qu'il faut qu'il y ait une cohérence entre le projet qu'a porté Emmanuel Macron quand il a été élu président de la République, cet immense projet de renouvellement, cet immense projet de refondation de tout ce qui est aujourd'hui en France affaibli. L'idée républicaine est affaiblie. L'idée de l'État est affaiblie. On a besoin d'y croire de nouveau et on a besoin que se projette dans l'avenir cette vision-là.
Et cette vision-là, elle n'est pas seulement importante pour la France aujourd'hui parce que l'Europe est dans la crise que vous savez et qui est une crise décisive pour son avenir et que le monde est dans une série de crises qui sont autant de tremblements de terre qui retentissent les uns sur les autres.
Et on va en parler dans un instant mais pardon de rester sur les noms. Est-ce que parmi ceux qui sont cités, il y a le ministre de la Défense, Sébastien Lecornu ? Est-ce que Sébastien Lecornu correspond dans son profil idéologique à ce que vous venez de dire ? Parce que, pardon François Bayrou, ce qu'on lit partout dans la presse, c'est que vous ne souhaiteriez pas la nomination de Sébastien Lecornu
et que vous vous y opposeriez. Je ne suis pas faiseur de Premier ministre mais je répète que pour moi, l'adhésion profonde du futur chef du gouvernement, du ou de la future chef du gouvernement, à cette idée que, non, on n'est pas dans une fin de cycle. Non, on n'est pas dans la continuation de la politique comme elle s'est faite depuis des décennies et au fond, dans lequel il suffirait d'être bien placé. Non, ça n'est pas ça le portrait robot.
Le portrait robot, c'est quelqu'un qui croit que cet engagement si nécessaire aujourd'hui, qu'on va retrouver confiance dans quelque chose, qu'on va pouvoir de nouveau avoir confiance les uns dans les autres, qu'on n'est pas un pays dans lequel on reconstitue perpétuellement les guerres d'un clan contre l'autre. Regardez Trump contre Biden. Attendez, juste François Bayrou,
Pardon, mais je fais la traduction. Vous dites qu'il ne faut pas reconstituer les clans les uns et les autres. Sébastien Lecornu est quelqu'un qui vient de la droite. Est-ce que vous, qui, comme vous l'avez dit, avez toujours été attaché à l'idée d'un centre indépendant, est-ce que ça vous pose un problème ?
On n'a pas été seulement attaché, Marc-Alain Duhamel.
Non, mais est-ce que ça vous pose un problème d'envisager qu'arrive à Matignon quelqu'un qui vient de la droite comme Sébastien Lecornu ?
Mon problème ou mon débat n'est pas avec telle ou telle personne. Même si ça vous ferait plaisir, ça vous ferait un titre.
Non, mais j'essaye de décrypter
pour ceux qui l'en regardent. Ça vous ferait un titre. Je crois qu'ils ont compris. Ça vous ferait un titre. Qu'ils ont compris que vous n'y étiez pas favorable. Demain matin. Je suis attaché à ce renouveau inédit et totalement imprévu qui, en 2017, a fait abattre les deux clans qui tenaient par un monopole absolu le pouvoir depuis 50 ans qui nous ont entre parenthèses conduit où nous sommes. Cet affrontement-là nous a conduit où nous sommes parce qu'il a empêché de réunir le pays au moment où il n'avait plus besoin d'être réuni.
Donc si je comprends, il faut plutôt quelqu'un qui soit garant de la poursuite de ce sens du dépassement. Oui. C'est clair. Oui. Quelqu'un qui soit dans cette épure du macronisme.
Le mot de dépassement est une autre manière de dire le centre qui réunit le pays.
Est-ce que donc, par exemple, quelqu'un comme Julien Denormandie, ancien ministre de l'Agriculture, compagnon de route historique du président de la République qui avait fait le choix de quitter la vie politique en 2022, correspond à cette idée de dépassement ?
En tout cas, c'est quelqu'un de très estimable et en phase avec cette idée. Il n'est pas le seul. Mais pour moi, là est la clé. Les Français ont fait quelque chose qui était absolument inattendu de tout le monde, y compris d'eux-mêmes. Ils ont dit, écoutez, tous ces gens-là qui bloquent la vie politique depuis des années, et nous étions, vous en conviendrez, très très peu à proposer une autre idée de l'avenir. Et non seulement on était peu à la proposer, mais il y avait encore moins de gens qui pensaient que c'était possible. Ce choix que le pays a fait, il y a des gens qui croient que c'est un accident. Pas du tout. Moi, je crois que c'est quelque chose de profond.
Les Français ressentent que tout ce qui s'est affaibli, dissout, délité au travers du temps, on doit le reconstruire. Et j'ajoute, moi, qu'on peut le reconstruire. Mais ça se fait, vous voyez bien, dans une cohérence qui suppose une équipe des hommes et des responsables qui partagent cette vision.
Et vous dites Julien Denormandie homme estimable pour vous citer. Jeune homme estimable. Est-ce que, pardon d'y revenir, puisqu'il est aussi cité Sébastien Lecornu à les épaules pour être Premier ministre ?
Non, mais je ne veux pas juger un tel et un tel.
Vous me dites que Julien Denormandie est un homme estimable. Jeune homme estimable. Je remarque que vous n'avez pas eu le même adjectif pour qualifier Sébastien Lecornu.
Je vois bien dans quoi vous voulez m'entraîner, mais comme vous avez parfaitement compris ce que je voulais dire, on ne va pas continuer. Alors, dans ce cas-là, j'ai une autre question.
Le fait que Julien Denormandie n'ait jamais été élu, est-ce que ça ne pose pas un problème pour arriver à Matignon ? Encore plus quand on est en majorité relative.
C'est sans doute... Je pourrais faire d'autres portraits robots. Je pourrais plaider pour une expérience plus importante. Je pourrais plaider pour un enracinement plus important. On se demande
à qui vous pensez.
J'arriverais à trouver des éléments de portraits que je trouverais adaptés à la situation. Mais je ne veux pas interférer de cette manière en apparaissant comme jouant à ces batailles de cours de récréation. Je vous assure, Sébastien Lecornu, je le connais très très peu. Je connais son parcours.
Et de ce que vous voyez de lui...
Je connais son parcours. Mais je le connais très peu. Je ne suis pas dans une querelle, moi. J'espère ne jamais être dans une querelle. Ça fait très longtemps que j'ai quitté ces rangs querelleurs. Donc, non, je pense que je vous l'ai dit, un visage, c'est un message. Et pour moi, ce qui m'importe, c'est le message. Vous, vous feriez un bon Premier ministre, François Bayrou ? Pardon ? Vous, vous feriez un bon Premier ministre ? Je crois que ça serait marrant, oui. Oui ? Et alors pourquoi ? Parce que vous savez bien que je suis bloqué pendant encore un certain nombre de semaines. Jusqu'au 5 février, je crois.
Et pourquoi le Président n'a-t-il pas attendu début février pour ensuite pouvoir éventuellement vous choisir ?
Je suis sûr que c'est une question que vous lui poserez quand vous le verrez.
Oui, peut-être. D'ailleurs, s'il veut venir et s'il nous regarde, il pourrait venir. Pourquoi vous dites marrant ? Parce que vous aimeriez, ce n'est pas en train de le dire.
Vous savez bien que vous ne pouvez pas être un responsable politique et éluder une responsabilité de cet ordre si elle vous est confiée.
Et peut-être cela arrivera au cours du quinquennat.
Je crois que le futur est long. Je crois que l'avenir est long. Et j'ai toujours pensé ça. Et j'ai toujours pensé qu'il y a des moments où, en effet, s'imposent des parcours qui sont un peu différents et un peu atypiques.
Parlez du poste de Premier ministre. Vous dites que le futur est long. Ça veut aussi dire que pour éventuellement être candidat à l'élection présidentielle en 2027, ça rentre dans le futur est long aussi.
Mais c'est très simple. C'est une question qui est bizarre parce qu'on croirait que c'est une question de carrière. Il se trouve que pour moi, je ne le vis pas comme ça. Ce n'est pas une question de carrière, c'est une question de vocation.
Et c'est votre vocation d'être candidat à l'élection présidentielle ?
Et attendez, c'est ma vocation d'être citoyen.
Je pourrais le dire autrement. Tous les citoyens ne veulent pas être président de la République.
Je pourrais le dire autrement. C'est ma vocation d'être père de famille. Je vois ce qui se passe, je vois depuis des années et entre nous et au passage, sans m'être souvent trompé sur les problèmes qui se posent. Je vous rappelle qu'on a fait de la dette une question centrale lors de l'élection de 2007. Si on avait écouté, peut-être aujourd'hui, on n'en serait pas exactement là. de l'investissement, de la reconquête, de la production. Ce sont les thèmes qui sont les... De la démographie. Des thèmes centraux dont personne ne parlait ou dont personne ne parle aujourd'hui. Donc, oui, je suis un citoyen engagé.
C'est clair. Et je crois qu'on a compris.
Totalement engagé.
On a compris. Un mot encore sur ce remaniement. Est-ce que vous faites partie de ceux qui disent qu'il faut que ce soit un gouvernement resserré, qui ait beaucoup moins de ministres, des grands pôles ? Oui. Et est-ce que c'est crédit ? Parce qu'au fond, François Bayrou, on entend ça à chaque fois. Vous avez raison.
Je ne peux pas vous donner tort. Vous avez raison. Chaque fois, on dit ça. Puis chaque fois, les chiffres vont tutoyer les sommets.
Vous avez le sentiment
que cette fois, ça peut se faire ? Je vais vous dire. Ce que j'observe, pardon pour les ministres qui vont m'en vouloir, mais ceci est dit de bonne foi. Les messages des ministres se contredisent ou se marchent sur les pieds entre eux tout le temps. Vous êtes préfet aujourd'hui. Je vous assure que préfet aujourd'hui, c'est à s'arracher les cheveux parce que les cabinets de tous les ministres vous appellent pour une action nouvelle, formidable, essentielle. Et tout ça, se contredit ou en tout cas, se marchent sur les pieds. Donc il y a des ministres qui ne servent à rien, si je dois résumer. Non, ce n'est pas ce que je veux dire. Je ne dis pas que...
Je dis que, trop souvent, les membres du gouvernement considèrent que leur destin est plus important que le destin général. Et eux, leur cabinet, leurs équipes, passent leur temps à inventer des choses nouvelles. Par exemple, je pense, je crois que le président de la République le pense aussi, je pense qu'on fait trop de lois. Je pense que les débats éternels, c'est utile, mais on peut gouverner autrement qu'en créant des polémiques perpétuelles à l'intérieur du pays.
Je voudrais aborder avec vous deux sujets d'actualité. Le premier, c'est la question de l'immigration. On a vu cette loi qui est passée, vous l'évoquiez tout à l'heure, le Conseil constitutionnel a jusqu'au 26 janvier pour se prononcer. Et on voit une situation assez singulière où vous avez à la fois les partis de gauche qui espèrent que le Conseil constitutionnel censure tout ou partie de la loi. Mais aussi, on a entendu le président de la République espérer qu'au fond, le Conseil constitutionnel fasse le ménage.
Est-ce qu'il n'y a pas une forme de singularité institutionnelle à ce que vous espériez que le Conseil constitutionnel soit une sorte de voie de rattrapage pour un texte qui est passé et qui ne vous satisfait pas tout à fait ?
– Pardon, je ne traduis pas le président de la République, mais il n'a pas dit espérer qu'il fasse le ménage. Le président de la République, c'est le défenseur de notre Constitution. Et dans notre Constitution, pour s'assurer qu'il n'y a pas d'entorse aux principes majeurs, il y a une institution qui s'appelle le Conseil constitutionnel. Et il lui a fait jouer son rôle. Conformément à la Constitution, il a saisi le Conseil constitutionnel pour vérifier que les principes sacrés, j'allais dire, essentiels,
n'étaient pas en compte. – Mais vous espérez que cette loi soit amaudiée, purgée d'un certain nombre d'éléments qui ont fait débat ? La question de la caution pour les étudiants étrangers, la question des prestations sociales,
des éléments au cœur du débat. – J'ai dit assez souvent sur votre plateau aussi, je crois que oui, j'étais contre une caution pour les étudiants étrangers. Parce que ce n'est pas avec les moyens des parents qu'on choisit les étudiants qui vont faire des études en France et donc, à partir de cet instant, porter aussi une part de l'avenir de la francophonie, c'est-à-dire de ce que nous avons de plus précieux.
– Vous étiez opposé, vous, au texte de loi, tel qu'il était fagoté, si vous me permettez l'expression, sorti du Sénat ?
– Je pensais qu'il y avait des amaudiations. Je n'ai jamais pensé qu'il y avait dans le texte de la loi des principes sacrés qui soient mis en compte. Si je l'avais pensé, je m'y serais opposé. Mais quand je regarde, par exemple, l'exigence qui est faite qu'un jeune fille ou un jeune homme qui veut devenir français formule ce souhait ou ce vœu, alors je me dis qu'il n'y a rien là que de très normal. et quand on me dit qu'il y a quelque chose de terrible, c'est qu'un type qui a la double nationalité et qui commet un crime en France, on lui enlève sa nationalité française. Mais où est le problème ? De quoi parle-t-on ? Il n'y a aucune atteinte au principe ? Pardon François Bayrou,
mais le fait de faire une différence dans certaines allocations entre les Français et les étrangers, ça ressemble à ce que Marine Le Pen et Jean-Marie Le Pen, son père, défendait depuis près de 30 ans, à savoir ce qui s'appelle la priorité nationale.
Oui, vous savez très bien que cette différence, elle existe aujourd'hui.
Dans certaines allocations, le revenu de solidarité actif, la prime d'activité, mais pas quand il s'agit comme des allocations familiales pour les enfants, des aides au logement,
c'est pas pareil. Pour les allocations familiales, vous savez très bien que je pense qu'en effet, c'est pas justifié et que la précision ou la décision qui va être celle du Conseil constitutionnel sera attendue et bienvenue.
Un dernier mot d'actualité, avec vous François Bayrou, est-ce que Gérard Depardieu rend fière la France ?
Non. Alors je sais très bien le président de la République ce qu'il avait en tête, il déteste la chasse aux sorcières. C'est ce qu'il a dit,
il a dit que Gérard Depardieu rendait fière la France et vous dites à l'instant de moi.
Il déteste la chasse aux sorcières, mais moi je vais vous dire. Quelqu'un qui parle des femmes de la manière dont il en a parlé, quelqu'un qui parle des enfants et singulièrement des petites filles de la manière dont il en a parlé et quelqu'un qui regarde les petites filles comme ça, je n'ai aucune indulgence, aucune espèce de... enfin on ne me trouvera pas parmi ces défenseurs. Je ne doute pas que ce soit une dérive, enfin quelque chose, vous savez bien, que personnel avec le temps... mais pour moi, il y a là une offense à ce que je crois de plus sacré et que ce soit un acteur ou même un grand acteur, je m'en fiche.
Je ne veux pas prêter le moindre complaisance avec des mots, des attitudes et peut-être pire encore, des regards de cet ordre.
Mais alors comment vous expliquez que le président de la République ait tenu ses propos ? Gérard Depardieu rend fière la France, je n'aime pas les chasses à l'homme en ayant à peine un mot pour les victimes, vous qui le connaissez très bien, comment est-ce que vous expliquez qu'il ait pris au fond une position qui est orthogonale à celle que vous venez de prendre ?
D'abord, on a tous le droit d'avoir des positions différentes. C'est une faute ? Non, ce que je crois, c'est que ce qu'il atteint le plus, c'est quand une meute se jette sur quelqu'un. Mais parfois... Mais ce jour-là, parfois, la meute, et Dieu sait que ce n'est pas plaisant, les meutes, et Dieu sait que ce type de halalie est détestable, mais parfois, il y a de l'indéfendable dans un certain nombre d'attitudes, et en tout cas, pour moi, on est dans cet ordre-là.
C'était une erreur ? 50% des Français considèrent que le président de la République a trop défendu Gérard Depardieu ? C'était une erreur ?
Oui, je pense que le début de ces phrases était juste, et après qu'il s'est laissé entraîner. Alors, je sais très bien que Gérard Depardieu est un grand acteur. Je sais très bien qu'il a joué des rôles... Juste que d'ailleurs, personne ne conteste. ... qu'il a joué des rôles formidables. Mais je ne confonds pas l'artiste et l'homme. C'est l'homme qui, pour moi, dans cette question, a dérivé, et je ne... Vous savez bien, j'ai souvent exprimé ça. Je n'accorde pas la moindre indulgence à ce genre de dérive. Parce que sexualiser, comme on dit, des enfants, je trouve qu'il n'y a pas pire dans l'ordre de ce qu'un homme doit être.
Il faut lui retirer la légion d'honneur, Gérard Depardieu ?
Je ne suis pas membre du comité de la légion d'honneur.
Pour y avoir un avis ?
C'est en cours, c'est un débat. Je ne suis pas juge et parti. Dans cette affaire, je ne suis pas juge, je suis parti. Je suis défenseur de quelque chose qui s'appelle la décence à l'égard des femmes et plus encore, et beaucoup plus encore, à l'égard de l'enfance.
Merci beaucoup, François Bayrou, d'avoir été l'invité de CEPA tous les jours dimanche. On retient qu'il pourrait donc y avoir un changement dans les heures qui viennent et que vous considérez que Julien Denormandie est un jeune homme estimable. Qu'à l'inverse, Sébastien Lecornu, vous le connaissez assez peu. On n'en saura pas plus, mais sans doute, ceux qui nous ont regardés sauront décrypter ce que vous venez de nous dire. Merci beaucoup. En tout cas, vous les y aurez aidés. J'espère, modestement. Merci beaucoup. François Bayrou. Fous-titrage Société Radio-Canada
François Bayrou