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Podcast / conversationFrance Culture (sur YouTube)· 20 février 2022 28 minComplaisantDivertissementCulture, médias & sport

Cinéma : "After Blue" de Bertrand Mandico et "Nous" d'Alice Diop

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 10 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 60 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:54OuverteRéponse directe

    Comment ça se passe sur After Blue ?

  • 3:52OuverteRéponse partielle

    Le film peut-il être une expérience pénible pour le spectateur ?

  • 9:14OuverteRéponse partielle

    Peut-on décrire la manière dont le film fait avant-garde dans sa présentation de l'image et du son ?

  • 20:49OuverteRéponse partielle

    Pourquoi le film 'Nous' a-t-il mis si longtemps à sortir ?

  • 23:26OuverteRéponse partielle

    Pourquoi ce film est-il si difficile à comprendre ?

Temps de parole

  • Invité39 %
  • Invité 237 %
  • Présentateur18 %
  • Invité 33 %
  • Présentateur 23 %

2,2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:02
Présentateur

La grande table critique, c'est chaque vendredi un temps donné au débat en compagnie de critiques de la presse et d'ailleurs on se dispute autour de l'actualité culturelle, aujourd'hui cinéma et expo. France Culture, la grande table critique, Lucille Comeau. Aujourd'hui sous les feux de la critique, la banlieue française, les quais vénitiens, le désert mexicain et une planète féminine. Après le journal à 12h55, nous parlerons d'exposition avec entre autres Whistler au musée d'Orsay et Graciela Iturbide à la fondation Cartier. Mais pour l'heure, je suis avec Théorie Beton, critique aux unrocs et Philippe Azouri.

Nous parlons de l'actualité du cinéma dans le quelques instants Nous, le dernier film d'Alzitiop, mais tout de suite également sorti en salle ce mercredi, After Blue de Bertrand Mandicot. Écoutez ma voix. Vous n'êtes plus sur votre planète. Vous êtes dans l'espace. Quoi ça ? Sors-moi. Si tu me sors de l'âge, je ferai d'être ta désir en fouille.

1:27
Invité

Katagina Bouchowski. Vous la connaissez ? Kate Bush. La milice l'avait ensablé. Mais ta fille s'est crue plus forte que la loi. Elle est persuadée d'être le bras vengeur d'Alzitiop, After Blue. Pourquoi tu leur as dit que t'avais des terres et qui te bouge ? Pourquoi tu leur as dit ? La terre, elle était malade. Alors on a trouvé After Blue.

2:09
Présentateur

Mandicot, propulsé sur les devants de la scène avec les garçons sauvages. Il y a quelques années, ils pratiquent un cinéma plastique ultra fabriqué, plein de couleurs, de matières, de musiques et de sons. After Blue, sous-titre paradis sale, se passe sur une planète où on trouvait refuge organisé en groupe villageois des femmes qui perpètrent seule une humanité légèrement modifiée et revenue à un mode de vie archaïque. L'héroïne en est Roxy, appelée aussi toxique, marginale jeune fille pleine de désir.

Un jour, sur une plage, elle fait la rencontre d'une femme enterrée dans le sable jusqu'au cou, qui dit ce prénommé Kate Bush, fascinante guerrière aux bras poilus et au sexe muni d'un œil qui menace la communauté. Philippe Azouri.

2:48
Invité

Oui, bonjour.

2:49
Présentateur

Bonjour Philippe.

2:50
Invité

Bonjour Lucille.

2:51
Présentateur

Ça se passe bien sur la planète, vous l'aimez bien, vous avez envie d'y vivre. Comment ça se passe sur After Blue ?

2:56
Invité

Envie d'y vivre, je ne pourrais pas parce que c'est une planète où les hommes n'ont pas accès parce qu'ils traînent un virus, un sale virus qui les tue. Donc ils restent sur Terre, les hommes, entre eux. Pas de chance non plus. C'est une planète féminine, ou en tout cas, une planète queer, on va dire, plus que féminine au sens essentiel du terme. Parce que c'est plus compliqué que ça au fur et à mesure que l'on avance sur cette planète. Est-ce que j'aurais envie d'y vivre en tant que moi, en tant que Philippe Azouri ? Être humain, pas sûr. J'aime bien les villes, il n'y en a pas ici. Ça ressemble plus à ce qu'on retrouve dans les westerns. C'est minéral, il y a des grands paysages.

Il n'y a pas beaucoup de grandes concentrations aux métropoles. Moi, je n'aime que ça. Mais est-ce que j'aimerais, est-ce que j'aime y vivre en tout cas pendant les deux heures et quelques ?

3:43
Présentateur

Deux heures sept. Deux heures sept.

3:44
Invité

Que se déroule After Blue comme cinéphile et comme spectateur. Oui, oui, oui, entièrement. Je m'y sens même très très bien.

3:52
Présentateur

Pour autant, je pose cette question parce que ça peut être une expérience pénible, c'est-à-dire que le film est assez long, sa plasticité est agressive, c'est-à-dire qu'il y a quelque chose dans l'utilisation de la couleur, de la texture et encore plus, me paraît-il, du son qui peut agresser un spectateur.

4:09
Invité

Alors, c'est une expérience, c'est une expérience, oui, pénible, ça je ne suis pas du tout d'accord. C'est une expérience sonorique. Des fois, les rêves peuvent être aussi effectivement exagérés, intenses. C'est une expérience poétique, profonde, avec aussi le danger de la poésie, c'est-à-dire que des fois, on y perd le sens, mais ce n'est pas un problème. Et effectivement, à l'intérieur d'une planète, à l'intérieur de laquelle les couleurs sont hautement psychédéliques, où le son est retravaillé d'une certaine façon, où on y perd effectivement ce qu'on croit être nos repères spatiaux, et en même temps, il s'y passe quelque chose qui est de l'ordre de la transformation.

Moi, quand j'ai vu ce film plusieurs fois, je l'ai vu la première fois à Locarno, parce qu'il était sélectionné là, en compétition, cet été, ça m'a rappelé une conversation que j'ai eue avec un autre jeune cinéaste français, qui s'appelle Jonathan Vinel, qui est un grand gamer. Moi, je n'ai jamais joué aux jeux vidéo, il me racontait que dans les jeux vidéo actuels, si vous revenez sur deux ou trois tableaux précédents, vous apercevez que ce que vous avez fait comme dégâts, vous avez tué des gens, etc., ça continue de vivre. C'est-à-dire que lui avait vu, par exemple, des personnages enterrer quelqu'un qui l'avait tué.

Et je me souviens que cette conversation m'avait vraiment troublé, et j'ai repensé au moment de voir After Blue de Bertrand Nondico, parce que je me suis demandé si les films continuaient à vivre quand on les rongeait sur des étagères, à l'époque où ils étaient tournés en 35. Or, il se trouve que ce film aussi est tourné encore en 35 mm en pellicule. Est-ce que les films continuent de vivre leur vie ? Est-ce qu'ils dialoguent avec d'autres films, à côté desquels on les aurait rangés ? Ce type d'idées comme ça que seuls les cinéphiles un peu malades peuvent avoir ? Mais ce film, pour moi, c'est ça. C'est-à-dire que c'est la mémoire cinéphile du monde.

C'est un film qui vient du cinéma, qui est né du cinéma, qui est une excroissance du cinéma. C'est un film dont la cinéphilie est la maladie, mais elle est aussi à la fois le virus et le vaccin. Et on y voit tout un pan entier du cinéma continuer à vivre, continuer à s'arranger, continuer à se mélanger, continuer à baiser, continuer à se tuer, continuer à se détester. Mais de façon grouillante, de façon vive, de façon vénéneuse à plein d'endroits, de façon minérale aussi. Et ça crée un monde qui, effectivement, est une expérience d'une très, très grande intensité poétique, très forte. Et ça crée un monde aussi dans lequel on voit un cinéma qu'on ne voit plus, mais même qu'on n'avait pas vu.

On n'est pas dans une mémoire qui embaume. On est dans quelque chose qui, justement, n'embaume pas, garde tout, se souvient de tout, mais propulse tout dans un espace différent.

6:31
Présentateur

Théo Ribeton ?

6:33
Invité

Eh bien, moi, je partage quelque part ce constat. Mais je vois depuis des années, parce qu'il faut savoir que Bertrand Mandicot, qui est sur le devant de la scène assez récemment dans le long métrage, je crois que c'est son deuxième long métrage, il n'y en a pas eu d'autres que Les Garçons Sauvages, mais il faut savoir que dans le champ du court métrage, il est vraiment très présent depuis une dizaine d'années. Dans les principaux festivals de cours, il est là quasiment tout le temps. Et donc, il y a toujours eu, comme ça, dans mon environnement un peu direct, un Mandicot en cours de circulation.

Et j'ai toujours vu des spectateurs en ressortir avec des émotions un peu transies, comme celle qu'est en train de nous partager, Philippe. Et que je respecte totalement, mais pour moi, ça ne me fait un peu rien, parce que j'ai l'impression que c'est une magie qui se décrète un peu toute seule, mais qui ne prend pas.

Déjà, les films, pour moi, sont un peu tous les mêmes, alors qu'en fait, si on regarde les synopsis, on se rend bien compte qu'ils ont tous finalement des identités assez différentes, mais j'ai vraiment l'impression que le Mandicot, quelque part, ça repose toujours un peu sur une tentative de tout fondre dans une seule et même matière, qui serait à la fois masculin et féminin, minéral, végétal, animal, enfin vraiment comme une espèce de grand blob, comme ça, vers lequel les films convergeraient, ce qui est souvent un petit peu, quelque part, ce qui est présent dans le scénario, mais ce qui fait que pour moi, c'est vraiment, voilà, j'ai pas envie d'être méchant, mais de loin, parce que l'indifférence polie que ça me suscite fait que je regarde ça un peu loin, et de loin, pour moi, c'est une espèce de ratatouille indistincte, comme ça, et voilà.

Et donc là, je m'interroge quand même sur le fait que c'est censé représenter le renouveau du cinéma d'auteur français, je n'attends vignel que Philippe a cité, à Cossigny, avec Bertrand Mandicot et Yann Gonzalez et Caroline Poggi, un manifeste dans les cahiers du cinéma il y a quelques années.

Moi, j'ai vraiment du mal à voir ça comme un renouveau, parce que précisément, j'ai l'impression que c'est une recherche de cinéma qui est assez cinéphile et un peu passéiste, même si effectivement, c'est un passé vivant, mais j'ai l'impression que c'est un cinéma qui se coltine pas beaucoup de réels à filmer, qui entretient son insularité, et d'ailleurs, l'insularité, c'est un motif très présent chez Mandicot, que ce soit l'île des garçons sauvages ou la planète ici, et voilà, j'ai l'impression qu'on est comme ça, dans un îlot d'imagerie queer, mais qu'on n'a pas de...

Enfin, il n'y a rien de saillant, ça ne m'émeut pas, et j'ai l'impression que ça ne raconte pas grand-chose, que ça t'embouille cinéphile.

9:10
Présentateur

Il faut peut-être décrire, parce que ça a un lien avec ce que vous dites, Théo, la manière dont c'est un cinéma qui veut très fort, et encore une fois, ce n'est pas un jugement de valeur, mais faire avant-garde dans sa manière de présenter l'image et le son en particulier.

Et en effet, il y a une espèce de sursaturation du signe, vous parliez de poésie, Philippe Bazouri, moi je ne suis pas certaine que cette saturation des signes fasse poésie, parce que j'ai l'impression que c'est très transparent, le système de Mandicot, c'est-à-dire que cette planète, qui est une planète faite pour les femmes, elle est elle-même féminine, tout est en fait un sexe féminin, à chaque fois qu'il s'agit de rentrer quelque part, ça ressemble à une grotte ou à un trou. En fait, la transparence de son système symbolique, moi je trouve, fait écran à la possibilité de l'avant-garde, parce que ce n'est pas du tout mystérieux en fait, le film de Mandicot, c'est très facile à comprendre.

Dès lors, deux heures, c'est un peu statique. Pour moi, il y a une forme de staticité, je ne sais pas si ce mot existe, mais qui me gêne sur la longueur Philippe Azouri.

10:11
Invité

Non, je n'arrive pas à vous rejoindre du tout, parce que moi c'est l'inverse, ça me passionne à chaque endroit, dans la mesure où je vois un cinéma qui est fait main, tout, à partir, que ce soit le décor, que ce soit les costumes, les plans, enfin le son qui est retravaillé, le mixage qui est fait pendant 4 ou 5 semaines dans un garage, comme ça, et qui donne l'impression en même temps de pistes affolantes. Alors j'ai l'impression qu'il n'y a pas, comme vous disiez, volonté de, ou d'épater, ou de faire avant-garde, etc.

Il y a un système de quelqu'un qui travaille, alors peut-être effectivement de façon insulaire, quoi que ça, ça a interrogé, en tout cas qui travaille dans un système d'artisanat, pour proposer un univers qui effectivement est un univers qui a peut-être perdu quelque chose de son rapport au réel, mais qui est un univers qui finit par se constituer comme planète, comme exoplanète, c'est-à-dire vraiment comme un lien, une série de liens et de signes. J'hésitais parce qu'en même temps que je vous disais ça, qu'on a peut-être perdu quelque chose du réel, quand je voyais le programme d'aujourd'hui, on a à la fois le film d'Alice Diop, on a vraiment, voilà, on a les deux options.

Deux options, le cinéma français. Mais moi, ce qui est bizarre, j'aime beaucoup le film d'Alice Diop, je n'ai vraiment pas l'impression que ce soit l'envers et l'endroit du cinéma. J'ai l'impression que les deux nous proposent, en tout cas, aimeraient ou croient un avenir en lequel on pourrait vivre différemment et beaucoup mieux. Et en cela, je ne suis pas du tout certain que After Blue soit un simple film de science-fiction.

Je pense que c'est un film très, très documentaire sur aujourd'hui, sur l'état dans lequel est la planète, sur l'état dans lequel sont les relations hommes-femmes ou même la division qu'on peut avoir, mais aussi sur les transformations qui sont en train d'être les nôtres. Moi, c'est un film vraiment de 2022, même si son scénario a été écrit il y a 20 ans.

11:57
Présentateur

Théo ?

11:58
Invité

Ah, je ne savais pas que son scénario avait été écrit il y a 20 ans. C'était un western à la base, mais qui n'était pas queer.

12:02
Présentateur

Qui garde des choses, on ne l'a pas dit, mais du western. Il y a des gros... Elles sont à cheval, elles ont des vêtements qui sont des vêtements du western classique. Puis même le récit un peu picaresque est un récit de western.

12:12
Invité

Mais effectivement, je n'ai pas non plus envie d'opposer. Puis je ne milite pas pour qu'on arrête de faire des films fantastiques. Je ne suis pas du tout en train d'accuser le film de représenter un monde onirique, un monde imaginé. Mais je pense que même là-dedans, je pourrais avoir besoin de plus de... Ce n'est pas le mot réel qu'on devrait employer, mais de vraie altérité à filmer. C'est-à-dire qu'en fait, j'ai l'impression qu'il construit son propre régime d'altérité, mais je n'ai pas vraiment l'impression qu'il se coltine des acteurs qui seraient peut-être en résistance.

J'ai l'impression que tout le monde participe un peu du même mouvement mouvement, c'est un peu cryptique la manière dont je suis en train de décrire les choses. Par exemple, je trouve que tout le monde, j'ai l'impression qu'il ne s'intéresse pas beaucoup au jeu. Sinon, pour une espèce de théâtralité qui est amusante, mais c'est un peu un problème qu'elle soit amusante parce que j'ai l'impression qu'elle ne nous dit pas grand-chose d'autre et qu'elle est un support de travail pour l'imagerie.

C'est-à-dire que vraiment, toutes les actrices, plutôt j'allais dire les acteurs, mais ça n'a pas de sens dans le film, toutes les actrices j'ai le sentiment de s'amuser à se figer dans des postures de cartoon qui sont souvent un peu citationnelles. Vima Lapont, c'est dans un truc de western assez masculin. Elle joue du contraste que ça amène. Il y a des moments où... Moi, quand elle est arrivée, je ne l'ai pas tout de suite reconnue. J'ai l'impression que tout le monde est un peu en train de s'amuser à prendre des postures assez cartoon, assez théâtrales, mais que c'est un peu dommage que personne joue avec quelque chose de plus viscéral que ça.

Et c'est aussi ça dont je parle, dans le fait de se coltiner quelque chose à filmer, qui soit autre chose que son excroissance. J'ai du mal à sortir du sentiment que le film est un shooting. C'est quand même intéressant ce que vous dites, Théo, parce que le film sur la question de l'altérité, qui est la vraie question du minoritaire aujourd'hui, justement, est-ce qu'on se coltine l'autre, cette espèce de grand autre qui nous oppose tout le temps, ou auquel on nous oppose tout le temps, ou est-ce qu'on crée notre propre cercle ? Et lui, c'est vrai que Mandico, là, qu'est-ce qu'il fait ?

Il prend quand même toutes les tranches d'âge d'actrices féminines qui sont écartées par le cinéma, par tout le reste du cinéma, crée des figures, commence à composer à partir justement des actrices tout ce qu'on ne leur demande plus de faire, c'est-à-dire que réellement, l'altérité, là, elle est dans ce qui a été invisibilisé par le reste du cinéma. Et à partir de ça, il crée quelque chose qui est très performatif. Donc moi, c'est l'inverse, c'est vrai que je vois vraiment de l'altérité partout, c'est-à-dire que je vois ce que je ne vois pas ailleurs.

Et précisément parce que le film est fait, et notamment, alors il est fait effectivement en alliance totale avec ses actrices, et il n'y a pas d'acteurs qui s'opposent les uns aux autres, c'est peut-être quelque chose qui peut manquer, ce sentiment d'opposition, de jouer les acteurs les uns contre les autres, il ne le fait pas, ce n'est pas son système, mais son système, c'est au contraire d'essayer de voir avec des actrices ce qu'on ne leur demande de plus passer 25 ans. C'est ça quand même dont on parle. Le personnage de la mère, c'est un personnage qui est impossible en fait, dans le cinéma contemporain. Ces rôles-là ne sont pas proposés à des femmes qui ont plus de 25 ans.

15:37
Présentateur

Théo ?

15:38
Invité

Ils ne sont pas proposés dans un cinéma mainstream, ils ne sont pas proposés dans un... Mais en même temps, j'ai l'impression que... Pas plus dans le cinéma d'auteur. Mais dans le cinéma d'auteur, j'ai l'impression que par exemple, même dans un cinéma d'auteur populaire, on a vraiment eu une vague de films de femmes matures il y a quelques années, qui a même été un petit peu identifié, théorisé, des films de ménophose, des films de... Oui, mais des films d'action où le personnage féminin aurait 40, 50 ans... Par définition, le film est totalement hors norme et singulier.

Ça, je veux bien le reconnaître, mais je trouve que dans sa singularité, il est un peu d'un seul tenant d'imagerie et je ne sais pas, moi j'ai vraiment l'impression de passer devant la planète, comme ça, de loin, et puis de... C'est une planète où les femmes ne sont pas... Ou des petites Lolitas ou des ménopausées. Oui, oui, oui. C'est quand même une planète qui donne notre envie d'être visitée.

16:43
Présentateur

Il y a quand même une alternative qui est la représentation queer qui existe par ailleurs dans beaucoup d'objets. Et donc, je n'ai pas l'impression que le film se détache particulièrement. Enfin, je n'ai pas l'impression que, par exemple, le couple lesbien soit retravaillé de manière si différente. En fait, moi, je ne suis pas très étonné par ce que je vois dans le film et j'aimerais l'être. J'ai l'impression que c'est comme ça qu'on peut l'aimer, ce film-là, Philippe.

17:04
Invité

Oui, oui. Non, moi, je suis étonné tout le temps. Je ne suis pas étonné au sens où je ne tombe pas de l'arbre. Ça existe, mais... Je suis étonné si j'avais jamais vu un film de Bertrand Mandicot. Mais quand on a vu un film de Bertrand Mandicot, on a quand même l'impression qu'il cultive un peu le même jardin depuis dix ans. On le dit aussi de Tarantino qui, lui, pour le coup, est un embaumeur professionnel, ce qui n'est pas le cas de Mandicot. C'est un argument qui est très bizarre parce que moi, j'aime bien les gens qui tapent toujours sur le même clou. Ça me fascine. Et effectivement, je trouve que ça va n'avoir qu'une idée.

Des fois, on disait toujours que les cinéastes mineurs étaient ceux qui avaient trop d'idées et les grands cinéastes étaient ceux qui en avaient qu'une. Moi, j'aime bien quand quelqu'un a un univers et le creuse. Enfin, je ne suis pas certain qu'on doit changer d'univers à chaque film. Alors, effectivement, c'est une planète. Donc, on y accède, on n'y accède pas. On peut rester en dehors, mais je pense que ce pari, il est assumé par le cinéma de Mandicot depuis très, très, très longtemps. Maintenant, c'est savoir comment lui, il l'arrose, sa planète, comment il l'a fait pousser, comment il l'a fait grandir. On peut trouver que ce jardin-là est très réussi.

On peut trouver qu'il est peut-être moins réussi que le précédent, je n'en sais rien, ou moins réussi que le prochain, on verra. Pour moi, il se constitue comme... Oui, il constitue une unité assez belle.

18:25
Présentateur

J'essaye d'attraper votre planète depuis tout à l'heure, mais je sais que vous ne me regardez pas. Non, j'ai pas de dire...

18:31
Invité

Après vous ! Pardon, Lucie, je vais tourner le dos, je vais regarder Théo.

18:35
Présentateur

Le film de Bertrand Mandicot, il est en salle. France Culture, la grande table critique, Lucille Comeau. Et on continue avec nous, le dernier film d'Alice Diop, né en 1979, autrice de plusieurs documentaires, notamment La mort de Danton ou la permanence pour lequel elle avait posé sa caméra dans le cabinet d'un médecin recevant des migrants à l'hôpital de Bobigny. Nous est un film personnel qui tourne autour de ses origines en banlieue parisienne, de celles de ses parents au Sénégal et au-delà, de l'idée de communauté et du chez-soi.

On y croise un travailleur originaire du Mali qui répare des voitures, un groupe de royalistes venus pleurer la mort de Louis XVI, sa propre sœur, infirmière à domicile, le tout dans un film fragmenté et dont elle assure la voix off. On écoute la bande-annonce.

19:27
Invité

Ah, il y a un animal qui a... Oui, vous nous êtes d'accord.

19:30
Locuteur

Là-bas.

19:30
Invité

Là-bas, c'est un cer. Quand ma mère prenait le premier train pour aller travailler, je dormais encore profondément. Elle s'appelait Rocaïen. De pleines en forêt, de vannons en colline... Je n'ai rien à dire. Je n'ai rien à dire. Je n'ai rien à dire. Je n'ai rien à dire. Je n'ai rien à dire. Je n'ai rien à dire. Je n'ai rien à dire. C'est ma mère. C'est ta mère ? Oui, oui. Depuis quand t'es pas rentré au Mali? C'est ce que j'ai vécu que je fais des films en banlieue de façon obsessionnelle depuis 15 ans maintenant. Et en fait, ça part de la même... Vraiment de la même obsession de conserver en fait l'existence des petites vies qui sans quoi auraient disparu si je ne les avais pas filmées.

Ces fausses communes que je chante à jamais celles des travailleurs ma France veut...

20:39
Présentateur

Nous, le documentaire d'Alice Diop devait sortir il y a plusieurs mois. Il y a quelque chose d'étrange à le voir maintenant après la pandémie, après l'élection parce que c'est vraiment un film du contemporain qui se le coltine là pour le coup. Théorie Betton.

20:50
Invité

Oui, c'est un film qui sur le papier a un certain nombre de défauts qui a commencé par son titre par exemple qui est un peu lénifiant un peu vivre ensemble et c'est un titre qui justement laissait redouter un film très fourre-tout avec cette tendance qu'on peut avoir parfois dans le documentaire d'auteur contemporain à un peu balancer les rushs en fait sans véritable principe de montage sinon celui d'une collection de moments et c'est bien une collection de moments et ça ne fait pas tout à fait un film quoi. Et surtout je continue sur les raisons pour lesquelles j'aurais pu ne pas aimer ensuite je vais dire pourquoi j'aime.

J'ai vu arriver ce truc c'est-à-dire ces éléments de langage promotionnel qui maintenant me mettent instantanément dans des états de crispation totale et qui sont toute l'histoire de filmer la banlieue autrement. On se trouve que maintenant on ne peut plus passer une caméra de l'autre côté du périph et en revenir glorieusement sans que ce soit pour filmer la banlieue autrement.

on ne sait pas ce que ça veut dire on ne peut plus filmer la banlieue autrement qu'autrement et cet autrement généralement est extrêmement formaté lui aussi c'est-à-dire qu'on va avoir du coup des jeunes qui veulent s'en sortir du milieu associatif c'est un vivre ensemble et là où je trouve que le film est vraiment réussi c'est qu'il évite évidemment le formatage des JT anxiogènes de la criminalité de la misère évidemment il ne va pas filmer ça mais il évite aussi le formatage inverse qui vient peut-être aussi un peu de la télé puisque c'est celui des pubs pour les paris en ligne par exemple et donc il filme rien de tout ça il a un peu valsé les deux et il évite la représentation dominante et la contre-représentation qui est aussi un folklore mais qu'est-ce qu'elle filme du coup ?

un film, un territoire dans lequel grosso modo tout le monde est au rebut et en premier lieu ce qu'elle filme le plus est de loin et c'est les vieux c'est vraiment un film sur la vieillesse autant qu'un film sur la banlieue il y a déjà il y a vraiment un parallèle très net qui est établi entre les deux moi de ce point de vue là ça m'a pas mal fait penser au livre récent d'un autre chroniqueur de cette émission qui est Jérôme Homsiovi qui a fait un livre sur Maurice Pialat qui est un grand auteur de la banlieue et de la vieillesse et le livre est un grand livre mais on peut penser à ça et donc Jérôme Homsiovi dans le livre disait la vieillesse c'est la banlieue de la vie et le film c'est vraiment son sujet c'est la vieillesse comme banlieue de la vie il y a des parallèles du coup avec L'amour existe de Maurice Pialat qu'on pourrait faire mais donc voilà dans la majeure partie du film qui effectivement est un petit peu dispersée elle va suivre une infirmière qui fait sa tournée et visite ses patients bon j'ai un peu parlé longuement donc je m'arrête et je passe la parole mais on pourra revenir dessus mais voilà c'est la vieillesse

23:26
Présentateur

c'est bien de vous donner une sorte de biais moi j'ai l'impression qu'il doit y en avoir plein parce que moi ça me laisse très pantoise ce film je ne suis pas sûre de le comprendre et je suis à peu près persuadée que tout le monde prend ce qui l'intéresse dedans donc c'est probablement un bon film Philippe Azoury

23:39
Invité

on en discutait oula qu'est-ce que j'entends faire on en discutait juste avant la reprise de micro avec Lucille mais c'est vrai que c'est un film qui est étrange et qui est très très très difficile à résumer même dans son discours on peut l'avoir vu plusieurs fois on l'a vu chacun trois fois donc on ne peut pas nous accuser et c'est vrai que moi je me disais en le revoyant la troisième fois en début de semaine que je plaignais ceux qui avaient à écrire dessus et qui auraient comme bien essayé de le faire Théo avoir à introduire à le présenter à le résumer parce que c'est un film dans lequel on est assez bien immédiatement c'est pas du tout un problème d'exclusion il n'y a pas de problème qu'on peut avoir sur le Mandico dont on parlait précédemment c'est un film dans lequel on se sent très très bien mais à l'intérieur duquel le discours est tellement dans l'inframince qu'on pourrait se dire mais qu'est-ce qu'elle veut nous dire qu'est-ce qu'Alice Diop veut nous raconter peut-être que la clé se situe c'est pas dans le film alors ça m'a échappé on a beaucoup parlé c'est l'origine du film vient d'un livre de François Maspero qui s'appelait Les passagers droit si exprès c'est dans le générique mais ce qu'elle raconte pas dans le film et qu'elle a raconté plusieurs fois à l'interview Alice Diop le livre est de 1990 elle l'a découvert il y a une vingtaine d'années donc le livre était déjà vieux de 10 ans et en ouvrant l'une des pages elle s'est aperçue qu'il y avait une photo qui est prise à je crois que c'est à oh je perds je perds je perds je perds la mémoire c'est pas ça doit être à Noisy-le-Seq

25:06
Présentateur

oui c'est à Noisy-le-Seq ça a l'air d'être voilà

25:08
Invité

parce que c'est là c'est là où elle a grandi Alice Diop où elle voit une petite fille en bas de son immeuble et elle pense qu'elle est la petite fille et c'est très important parce qu'en fait ça veut dire quoi cette photo ça veut dire qu'elle a compris à ce moment là alors qu'elle était déjà une jeune femme et sans doute avec des problèmes qui sont liés à l'altérité mais aussi au sentiment de Roger qu'on peut avoir quand on vient quand on est immigré de la première ou deuxième génération le sentiment finalement de faire partie de cette histoire là cette histoire là qui est la nôtre qui est celle de la maison commune c'est à dire qu'il y a un récit national un récit commun un récit collectif dans lequel cette génération là ne se sent pas naturellement inscrit et finalement on fait partie et le film finalement revisite ça en refusant justement d'être catalogable d'être résumable notre grande difficulté à pouvoir le résumer notre difficulté de journaliste c'est sa grande réussite de cinéaste c'est à dire justement là vous êtes bien emmerdé parce que je n'oppose pas

25:59
Présentateur

c'est discontinu et arbitraire par ailleurs dans les rapprochements qui sont faits vous avez parlé du montage Théo tout à l'heure on passe d'une image à l'autre c'est très perturbant oui parce que ça ne joue pas

26:08
Invité

le jeu d'opposition habituel du discours sur la banlieue il n'y a pas de construction de récit de banlieue aussi pour une raison mais là encore je reviens sur le fait qu'elle a éjecté ce qui est quand même une contre-représentation formatée de la banlieue c'est qu'il n'y a pas du tout de trucs sur la cohésion la solidarité il y a peu de collectifs il y a très peu de politiques on ne parle pas du tout de l'organisation de la cité

26:28
Présentateur

c'est d'ailleurs assez pessimiste en fait comme film si on le prend de ce banlieue

26:29
Invité

la banlieue est un endroit où juste on se contente de vivre on se contente un peu de s'ennuyer et on se contente de mourir je reviens un peu sur mes vieux mais c'est ce qu'on voit beaucoup elle va suivre en fait dans une partie quand même assez importante du film sa soeur qui est infirmière et qui donc du coup fait sa tournée et donc va voir tous ses patients et donc pour ces films de manière vraiment irréprochable toutes ces scènes là en termes de distance et de pudeur on se confronte

26:53
Présentateur

c'est beaucoup de hors champ on se confronte

26:55
Invité

sans détour au truc mais il y a des moments un peu difficiles où vraiment elle reste à l'extérieur de la pièce et donc du coup elle filme les appartements et c'est hyper intéressant de filmer les appartements parce que là il y a vraiment ce truc parce que c'est vraiment des appartements extrêmement chargés des amoncellements de toutes les décorations d'une vie de gens qui ont peut-être passé leur vie en banlieue parfois non ils sont juste venus mourir à la fin ils passaient la fin de leur vie des fois ils racontent un peu qu'ils ont eu toute la famille qui est en Bretagne etc et on voit souvent juste je fais rapidement dans ces appartements dans les décorations on voit souvent des bateaux donc il y a vraiment un truc de la banlieue c'est l'endroit où on vient faire un naufrage en fait film pas un récit sur la banlieue Philippe avait tout à fait raison de dire que voilà justement on a du mal à le saisir et c'est la qualité du film qu'on n'arrive pas à le saisir tout ce qu'est le film c'est un endroit dans lequel les choses un peu se terminent et dans lequel on est au rebut de la vie

27:43
Présentateur

je suis désolée on aurait pu en parler sans doute beaucoup plus longtemps c'était riche ce programme nous d'Alice Diop le film est en sale merci beaucoup à vous Philippe Azouri merci Théorie Beton dans un instant le journal