Crise agricole : "Il est indispensable que les députés aient un peu de terre à leurs chaussures"
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France Inter, le 5-7. Il est 6h21, l'invité du 5-7 ce matin est vice-président de la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire. Bonjour Lux Messer.
Bonjour.
Vous avez une ferme dans l'Oise, vous faites de la polyculture et de l'élevage, vous avez des vaches laitières. Alors votre syndicat appelle les agriculteurs à se mobiliser partout en France, aujourd'hui et demain, pour défendre les revenus. Vous aviez prévu cette mobilisation avant la censure du gouvernement, vous la maintenez ?
Alors bien sûr, on la maintient puisqu'on était sur la partie peut-être la plus importante, c'est la capacité à dégager du revenu sur nos exploitations. On voit bien que c'est compliqué ces dernières années, encore plus cette année avec l'excès d'eau, où en grande culture, en viticulture, les rendements ne sont pas au rendez-vous et que les charges sont très élevées, donc il était important qu'on puisse aller échanger, discuter, voir aussi dans la grande distribution si vraiment toute la loi est appliquée sur la partie coût de production essentiellement.
Et ça vaut le coup même si vous n'avez plus d'interlocuteur au gouvernement pour le moment ?
C'est d'autant plus important, c'est-à-dire qu'on espère que rapidement on aura un futur Premier ministre et un ministre de l'Agriculture. D'ailleurs, on a demandé un rendez-vous dans les tout premiers jours pour justement mettre en haut de la pile le dossier Ricolle. On ne peut pas nous prendre comme ça en otage depuis plus d'un an où il y a eu des engagements de prix et que la réalité, c'est qu'aujourd'hui, il n'y a pas grand-chose qui transpire dans les fermes. La colère monte, il est urgent qu'on puisse être entendu et donc cette action, elle va être aussi vis-à-vis de la restauration collective, vis-à-vis des cantines, des hôpitaux.
Où on le voit bien, c'est que régulièrement, c'est dans ces éléments-là qu'on rencontre tout ce qu'on importe et qu'on ne produit pas chez nous.
Cette colère, on l'a déjà vue ce week-end avec des agriculteurs qui ont déversé du fumier devant certaines permanences, voire qu'ils les ont quasiment murées comme celle de François Hollande à Tulle. En quoi ça vous aide, ça ?
Alors, c'est symbolique, vous avez le petit mur devant la permanence de François Hollande. C'est quand même pour montrer le décalage qu'on peut avoir entre nos députés quand ils sont sur le terrain, quand ils viennent nous accompagner, quand on fait des manifestations, ils nous disent on est avec vous, les Français sont derrière vous. Et puis quand ils sont à Paris, on voit bien qu'il y a un vrai décalage où là, on fait un choix de partie, on fait un choix individuel, mais on ne met pas l'intérêt général, l'intérêt de la France. Et donc, il était important qu'on aille discuter avec eux, leur dire qu'on a besoin d'eux.
Avec ceux qui ont voté la censure.
Alors, oui, on est allé voir tout le monde, parce qu'on a besoin aujourd'hui, par exemple, c'est eux qui ont voté la censure, mais c'est eux aussi qui ont voté contre le Mercosur à 471 voix, donc bien plus de députés ont voté contre ce Mercosur. Mais il est indispensable qu'ils aient un peu de terre à leurs chaussures, parce que ça ne peut pas être d'un côté, on est derrière vous, et puis en même temps, aller stopper, et puis que finalement, on prend, comme je l'ai dit tout à l'heure, en otage, les femmes et les hommes qui font ce travail de nourrir les gens.
Et pareil, dans les actions que la FNSEA appelle à mener, il y a le fait de refuser les contrôles dans les fermes, les contrôles menés par les services de l'État. C'est quoi le rapport avec la situation politique actuelle ? Les contrôles, ils sont indépendants du gouvernement ?
Oui, mais c'est justement pour se dire qu'aujourd'hui, quand on n'a plus d'État ou un État qui est en suspension, nous, on ne peut pas continuer à vivre cette pression permanente des contrôles, surtout que...
90% des exploitations n'ont subi aucun contrôle l'an dernier. Ce n'est pas non plus des contrôles très, très réguliers.
Non, mais c'est la façon dont les contrôles se passent, où on a ce ressenti permanent, qu'on vient chercher la petite bébête, qu'on est finalement présumé coupable, sur des éléments sur lesquels on voit bien qu'on a, et ça a été dit par le Premier ministre, c'est qu'on est complètement en décalage.
On a mis tellement de surréglementations ces 20-30 dernières années, c'est qu'on finit toujours par être en décalage par rapport à des dates de semis, par rapport à des entretiens de haie, et c'est ça qu'à un moment donné, il est urgent, c'est ce qu'a commencé la ministre de l'Agriculture, Annie Gennevard, sur les mesures de simplification, c'est indispensable, si on veut redonner le goût d'entreprendre en agriculture.
Alors justement, cette surréglementation, cet excès de normes selon vous, ça c'est un combat que la FNSE apporte depuis très longtemps. En revanche, le sujet du jour, donc, la lutte pour de meilleurs revenus, ça c'est parce que vous, vous mettez en avant d'habitude à la FNSE, ce combat c'est plutôt celui de la Confédération Paysanne, c'est parce qu'il y a des élections professionnelles le mois prochain que vous insistez aujourd'hui sur le revenu ?
Depuis le départ, on l'a toujours dit, nous ce qu'il nous faut pour installer notamment des jeunes, c'est vivre de son métier, donc c'est du revenu. Alors peut-être qu'on ne le dit pas assez en première ligne, mais c'est essentiel, c'est l'ADN de la FNSE des jeunes agriculteurs, mais derrière le mot en vivre, c'est aussi qu'on ait un métier qui soit vivable. C'est pour ça que c'est aussi les conditions de notre métier sont aussi importantes aujourd'hui, c'est la capacité de prendre un petit peu de temps de repos.
Quand on a de l'élevage comme moi, c'est la capacité de prendre un week-end sur deux ou un week-end sur trois pour que aussi, le côté vivabilité, c'est ça qui fera que les jeunes feront ou pas ce métier, quand on sait qu'aujourd'hui, on fait plutôt 15 heures de plus par semaine qu'une autre profession, il est indispensable de travailler aussi sur ces conditions, mais le revenu, vous avez raison, alors si les autres syndicats le portent, tant mieux, parce que je pense que c'est des éléments où aujourd'hui, il est indispensable, on a des métiers où on doit, à un niveau de reprise assez important, c'est-à-dire qu'il y a des capitaux pour pouvoir faire ce métier, que ce soit la valeur des vaches, la valeur du matériel, le foncier, pour que justement, on donne les atouts à ces jeunes de faire ce métier demain, c'est indispensable.
Lux Messar, il nous reste vraiment plus beaucoup de temps et j'aimerais quand même qu'on aborde le sujet du Mercosur, sachant que la présidente de la Commission européenne a signé l'accord vendredi dernier, alors il faut encore que le texte soit ratifié par les Etats membres, par le Parlement européen. Ce combat, il n'est pas difficile à porter pour vous à la FNSEA, quand vous avez un patron comme Arnaud Rousseau, qui est président du conseil d'administration d'un très très gros groupe agroalimentaire, le groupe Avril, une multinationale qui est présente dans plusieurs pays, qui vient d'investir justement au Brésil.
Peut-on mener à la fois la fronde contre un accord de libre-échange et être à la tête d'un géant agroalimentaire ?
Ça brouille pas le message ? En tout cas, pour moi, pas du tout, puisque Arnaud est aventure agriculteur, il est responsable, président d'une organisation de filières, et c'est la filière des oléoprotéagineux, c'est le colza, c'est le tournesol, pour que justement, on en tire le meilleur revenu. Moi, j'en produis moi-même, j'ai une dizaine d'hectares de colza, je peux vous dire que heureusement qu'on a cette filière.
Mais il n'est pas représentatif de la majorité des agriculteurs en France.
Alors, on lui a confié une mission, et d'ailleurs, il est élu par le syndicat, pour nous représenter dans son conseil d'administration, pour aller chercher la meilleure valorisation de la graine de colza, la graine de tournesol. Si on avait fait ça dans beaucoup de filières, à date d'aujourd'hui, justement, le revenu qu'on parlait tout à l'heure, il serait bien plus important. Et donc, sur le Mercosur, pour répondre à votre question, ce qu'on veut dire, c'est qu'aujourd'hui, ce rouleau compresseur qui a été porté par la Commission européenne, il faut, à un moment donné, le stopper. Ce n'est pas possible d'aller signer cet accord qui n'est pas du tout équilibré.
On va nous comparer, on va importer de la viande de volaille, on va importer du miel, on va importer du sucre qui n'est pas du tout produit avec les mêmes moyens de production. C'est ça qu'on dénonce parce que derrière, c'est surtout de dire que déléguer son alimentation serait une folie alors que beaucoup de pays, aujourd'hui, produisent leur alimentation.
Merci beaucoup, Lux Messar, vice-président de la FNSA. Vous étiez l'invité du 5-7. Sous-titrage Société Radio-Canada