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interviewC à vous· 20 avril 2026 9 min

Déjeuner avec le Medef : le RN devenu un parti comme les autres ? - L’édito de Patrick Cohen

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

On a récupéré la farine dans les germes du blé. Elle est hyper protéinée. Il y a plus de fibres et moins de gluten. - B.Chameroy: Super.

Merci beaucoup. - A.-E.Lemoine: Tout de suite, l'Edito de Patrick.

Le RN et le Medef se parlent. J.Bardella a déjeuné avec le comité exécutif de l'organisation patronale.

Le RN est-il devenu un parti comme les autres? - P.Cohen: Oui, mais répète le Medef, comme tous les autres, y compris LFI, qui a aussi été invité à déjeuner.

M.Bompard devra plancher devant le même auditoire. Ce déjeuner avec J.Bardella n'est pas le signe d'un rapprochement mais un processus qui concerne toutes les forces politiques, pas un traitement de faveur. - P.Martin: Contrairement à cette idée reçue...

Problème de son. - P.Cohen: P.Martin parlait d'une idée reçue.

Le Medef ne s'est pas rallié en masse au RN, disait-il. C'était mercredi après une conférence de presse. "Les rencontres que nous devons avoir avec les formations politiques et avec le RN doivent permettre de lever des ambiguïtés", disait-il.

J.Bardella et M.Le Pen s'efforcent de dissiper ces ambiguïtés.

Le RN, sur le plan économique, demeure un mouvement à 2 faces, étatiste auprès du milieu populaire et libéral pour séduire les milieux économiques." Aujourd'hui, face au Medef, correction de tir avec une lettre signée Le Pen et Bardella qui dit aux patrons: "Aidez-nous à identifier les verrous normatifs qui freinent le développement économique du pays et que nous ferons sauter par ordonnances dès le début du mandat en 2027." Avec J.Bardella qui dit, avant son déjeuner avec le Medef: "Rassurez-vous, mon programme n'est pas de gauche." - J.Bardella: Je ne suis pas de gauche.

Je n'ai pas d'entreprise honteuse. Je ne crois pas dans le droit à la paresse érigé en valeur absolue à gauche. On a besoin des entreprises françaises, du travail.

Le travail n'est pas suffisamment défendu dans la société. Il ne paye pas assez. Le redressement de l'économie française et du pouvoir d'achat va être au coeur du futur projet présidentiel. - P.Cohen: Ce "je ne suis pas de gauche", c'est du miel aux oreilles des patrons.

C'est une phrase que M.Le Pen n'aurait pas pu prononcer, elle qui campe toujours sur une ligne ni droite ni gauche. En son absence, flanqué de son nouveau conseiller économique, F.Durvye, J.Bardella a-t-il réussi à s'en démarquer?

On le saura sûrement dans les prochaines heures. - A.-E.Lemoine: Le RN est bel et bien devenu un parti comme les autres? - P.Cohen: Pas pour tout le monde.

J'aurais pu élargir le débat, mais pour rester dans le monde syndical et patronal, les grandes confédérations syndicales refusent cette normalisation. La CFDT, par la voix de M.Léon, a redit hier que l'économie n'est pas tout. - M.Léon: Il y a une grande confusion entre pragmatisme et cynisme.

Le cynisme, c'est de considérer que l'économie passe avant tout et que pour la CFDT, les enjeux démocratiques sont au moins aussi importants. - P.Cohen: C'est aussi ce qu'a longuement soutenu le Medef face à la montée du FN.

Un exemple parmi 100 autres, en 2002, la déclaration du Medef, qui dit ceci. ...

A l'époque, le Medef ne parlait pas seulement de normes, de chiffre d'affaires et de compétitivité. - A.-E.Lemoine: Conclusion, c'est le Medef et le patronat qui ont changé ou c'est le RN qui est devenu incontournable? - N.Beytout: Les 2.

Le RN est devenu incontournable. Quand on fait 38 % dans les sondages, plus les voix qu'on prête à S.Knafo ou à E.Zemmour, plus N.Dupont-Aignan, on n'est pas loin de 50 % de la population française.

Dans ces 50 %, il y a sûrement beaucoup de patrons, petits et grands. Le Medef doit être traversé, mais comme les syndicats...

Les syndicats sont traversés par un courant très fort pro-RN. - A.-E.Lemoine: On peut se demander qui peut profiter de cette rencontre, en tirer le maximum de profit. - N.Beytout: Ce qui est intéressant, c'est que comme vous le disiez, l'époque a changé.

Pendant longtemps, les uns et les autres n'ont pas voulu recevoir le RN. Chaque fois que l'un faisait un pas vers l'autre, ça profitait à l'autre. Le RN disait: "Je vais aller chercher des gages d'honorabilité auprès du Medef." Le Medef disait: "Je veux dire au RN ce qu'on ne peut pas admettre et ce dont on a besoin." Chacun savait que l'autre avait plus à gagner d'une démarche de rencontre.

Ce temps est un peu fini. D'abord parce qu'ils sont un sujet incontournable dans le paysage politique et aussi parce que le RN a changé sur le côté libéral...

N'allons pas trop vite, mais en tout cas, ils sont plus sensibles aux entreprises. Vous avez passé un extrait de ce que disait J.Bardella à la sortie du déjeuner.

A l'entrée, il avait fait une déclaration qui m'a frappé: "Pendant de très nombreuses années, il n'y a pas eu suffisamment d'échanges et de dialogue entre le monde de l'entreprise et le RN." Salutations à M.Le Pen.

Maintenant, il faut qu'il y ait ces échanges. - A.-E.Lemoine: Le patronat peut-il espérer infléchir le programme économique du RN?

Faire plus pencher vers la tendance Bardella que la tendance Le Pen? - T.Pech: C'est sans doute l'histoire qu'il se raconte.

Il a de bonnes raisons de se la raconter, d'ailleurs. Avec le RN, le changement, c'est tout le temps. Ils ont varié sur à peu près tous les sujets.

Ils étaient pour la sortie de l'Europe et ils ne le sont plus. Ils étaient pour la retraite à 60 ans, puis 62 ans... - P.Cohen: On attend de savoir où le curseur sera mis. - T.Pech: C'est une force assez molle.

C'est une cire dans laquelle on imprime la marque du moment. La marque Bardella n'est pas la marque M.Le Pen.

A un moment donné, il y a une rencontre avec le réel. Si on est élu, on est en charge d'un certain nombre de dossiers et il faut arbitrer. Ce moment risque d'être assez douloureux.

Que ce soit le RN ou une autre force, ils prendront les rênes d'un Etat fauché, qui n'a pas d'argent. Ce qu'on raconte en campagne, il faut le lire à la lumière de cette réalité brutale qui va prendre à la gorge le prochain gouvernement. Pour le coup, on verra la vérité, qui porte un maillot et qui n'en porte pas, comme on dit dans les milieux financiers. - N.Beytout: Le fait qu'ils changent de programme, qu'ils évoluent, c'est une bonne nouvelle.

Ils sont partis d'un programme foutraque, une catastrophe absolue et quasi immédiate. On a changé d'époque. Il y a avant L.Truss et après L.Truss.

L.Truss était une Première ministre britannique qui a tenu 3 semaines avec un programme très orienté vers la baisse des impôts. Les marchés ont sanctionné ça et elle a sauté en 3 semaines.

C'est arrivé à D.Trump de façon moins spectaculaire. Il a failli caler devant une crise de la dette.

Ca ne permet plus n'importe quoi. Ce programme foutraque, ils sont en train de le modifier. Il faut se souvenir que le RN a été parmi ceux qui ont voté les choses les plus monstrueuses lors du budget de l'automne dernier.

Des taxes dans tous les sens, des espèces de punitions, de sanctions sur les multinationales à coups de milliards, même de dizaines de milliards. Il faudra qu'ils se confrontent à la réalité. Vous dites: "Si vous venez, il faudra payer des millions d'impôts en plus." Pour dire les choses de façon caricaturale, le RN d'avant, c'est les petites gens, les petits patrons, le local, celui qui paye la patente dans les villes et qui fait vivre la petite commune.

Le RN aujourd'hui, il comprend qu'une partie