Raymond Girardi (petits exploitants agricoles) : "Il faut laisser venir les saisonniers étrangers"
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Chapitres
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Questions et réponses
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Qui récolte les fruits et légumes français, les agriculteurs manquent de main-d'œuvre ?
- 0:21OuverteRéponse directe
Est-ce que vous arrivez à faire tourner les exploitations en ce moment ?
- 1:22FerméeRéponse directe
Le problème des passes immédiates pour les noisettes ?
- 2:00OuverteRéponse directe
Il y a urgence pour quelle production en ce moment ?
- 2:28OuverteRéponse directe
Beaucoup de Français se sont proposés pour aider pendant le confinement, est-ce qu'ils vous ont vraiment bien aidé ?
- 4:03OuverteRéponse directe
Ce que vous attendez, c'est la main-d'œuvre étrangère ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« En production de fruits et légumes, les agriculteurs ont énormément besoin de travailleurs saisonniers, du mois de février jusqu'au mois de novembre. »
- 2:34PrésentateurChiffre
« Beaucoup de Français se sont tout de même proposés, pour venir vous donner un coup de main pendant le confinement, on parle de 300 000 offres. »
- 4:12PrésentateurFait
« C'est quoi, ils sont coincés aux frontières ou ils n'ont pas envie de venir ? »
- 4:15Invité politiqueFait
« Les pré-contrats pour tous les travailleurs saisonniers se font au mois de septembre, octobre, novembre, en fin d'année précédente, pour leur arrivée à partir du mois de janvier, février. »
Temps de parole
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Il est 6h20, les champs français regorgent de fraises, de tomates, de melons. Mais qui, pour récolter tous ces fruits et légumes, les agriculteurs manquent de main-d'oeuvre ? Bonjour Raymond Girardi.
Bonjour.
Vous êtes agriculteur à Argenton, dans le Lot-et-Garonne. Vous produisez, vous, des noisettes. Vous êtes également vice-président du MoDef, c'est le syndicat des petits exploitants agricoles. Est-ce que vous arrivez quand même à faire tourner les exploitations en ce moment ?
Écoutez, en production de fruits et légumes, les agriculteurs ont énormément besoin de travailleurs saisonniers, du mois de février jusqu'au mois de novembre. Donc c'est une longue période. Et traditionnellement, c'est toujours un petit peu compliqué, parce qu'il n'y a pas suffisamment de main-d'oeuvre locale pour faire ce ramassage, et la cueillette, et le conditionnement de nos produits. Et c'est vrai que c'est en mai, depuis le mois de mars, la situation s'est compliquée.
Donc, très difficile d'arriver à suivre, même si une partie des travailleurs saisonniers, que ce soit des locaux ou venant d'Espagne, d'Afrique du Nord ou d'Europe centrale, même si certains ont pu arriver, actuellement, il en manque, effectivement. À mesure que la production rentre en puissance, si on peut dire, au niveau des fruits et légumes de printemps, c'est de plus en plus difficile.
Juste pour vous en particulier, le problème des passes immédiates, les noisettes, ce n'est pas tout de suite ?
Voilà. En ce qui concerne certaines productions, comme les noisettes, les pommes, les poires, c'est fin août, septembre, donc c'est une autre période. Mais vous savez, la cueillette commence à février, et je le disais à l'instant, on dure jusqu'au mois de novembre. Donc, il y a les fruits et légumes de printemps, d'été, donc les travailleurs saisonniers, contrairement à une époque éloignée, où ils venaient deux mois, trois mois, maintenant, ils peuvent venir sur six mois, sept mois, huit mois, et d'une exploitation à une autre, en fonction de la spécialisation des uns et des autres.
Et en ce moment, là, il y a urgence pour qui en ce moment, pour quelle production en ce moment ?
Maintenant, les productions essentielles du moment, ce sont les fraises, les tomates, les salades, les premiers légumes, et très rapidement vont arriver la cerise, les abricots. Voilà, donc, on est malgré tout en période, maintenant, jusqu'au mois de juillet, la période où, effectivement, il faut le plus de travailleurs saisonniers.
Beaucoup de Français se sont proposés.
Et là, il y a carence aujourd'hui.
Oui, beaucoup de Français se sont tout de même proposés, pour venir vous donner un coup de main pendant le confinement, on parle de 300 000 offres. Est-ce que, finalement, est-ce qu'ils vous ont vraiment bien aidé ? Est-ce que ces gens-là sont encore dans les exploitations, aujourd'hui, maintenant que le confinement est terminé ?
Alors, si, au début du confinement, il y a eu un peu un moment de panique au niveau des producteurs, parce qu'effectivement, ils manquaient, on a demandé auprès du gouvernement, qui a réagi immédiatement, à ce que les travailleurs qui sont en chômage technique puissent éventuellement venir nous aider. Et ça a été le cas. Effectivement, il y a eu beaucoup de propositions, et de nombreux travailleurs dans d'autres corps de métier que l'agriculture sont venus nous aider. Alors, ça a été un petit peu compliqué, parce que, malgré tout, la cueillette, c'est une spécialité, un fruit, on le cueille à maturité, les fraises, les tomates et les autres produits.
Donc, ça a été un petit peu compliqué, mais ça a été une aide. Voilà, voilà. Il a fallu quelques jours pour apprendre. En plus, c'est un métier un petit peu pénible, la cueillette, c'est assez pénible, donc c'est de nature différente que ce que faisaient ces ouvriers-là. Néanmoins, l'apport qu'ils ont apporté a été sensible. Donc, ça a pu aider énormément d'exploitations. Mais, maintenant, le confinement étant terminé, rentrant en période de déconfinement, effectivement, ils ont repris leur travail, ce qui est normal, et ils ne peuvent plus donc aider l'exploitation. Donc, on est dans une période, pardon, un petit peu difficile, actuellement.
Et ce que vous attendez, c'est la main-d'oeuvre étrangère, la main-d'oeuvre étrangère qui vient d'habitude vous aider.
Qu'est-ce qui bloque ? Bien sûr.
C'est quoi, ils sont coincés aux frontières ou ils n'ont pas envie de venir ?
Voilà. Envie de venir, ils l'ont, puisque, en général, les pré-contrats pour tous les travailleurs saisonniers se font au mois de septembre, octobre, novembre, en fin d'année précédente, pour leur arrivée à partir du mois de janvier, février, et en suivant, en mesure que le besoin se fait ressentir. Donc, ces travailleurs existent, les contacts sont pris, les pré-contrats ont été signés. Aujourd'hui, il faut qu'effectivement, que l'État français accepte de les laisser venir. Alors, bien sûr, il y avait des contrôles, effectivement, pour être sûr que le côté sanitaire ne pose pas de risques.
Donc, c'est une autorisation de l'État français de les laisser venir pour qu'effectivement, ils puissent remplir la mission qui était prévue, puisque c'est des contrats.
Mais les gouvernements allemands, anglais et italiens ont ouvert ce qu'ils appellent des corridors verts, pour autoriser l'entrée exceptionnelle de travailleurs étrangers sur leur territoire. Pourquoi pas la France ?
Écoutez, je pense que ça devrait se faire assez rapidement. Les demandes sont faites auprès... Excusez-moi, auprès du gouvernement français. Donc, je présume que ça devrait réagir très rapidement, de la même façon qu'ils avaient autorisé les travailleurs à chômage technique. En huit jours, l'affaire avait été réglée. Donc là, il faut aller très très vite, parce que le besoin est immédiat. Alors, il y a une organisation qui se fait exploitation par exploitation, on m'arrête où ? Parce que des exploitations qui n'ont pas de travailleurs saisonniers, il n'y en a pas, puisque une grande partie sont rentrées en janvier, février, jusqu'à début mars.
Mais c'est les travailleurs saisonniers complémentaires qui manquent. Donc, il y a une organisation qui existe. Certains font beaucoup plus d'heures que la normale pour compenser le manque. Mais ça, ça ne peut pas tenir très longtemps. Et vous avez les moyens ?
Oui, vous avez eu des intempéries en plus. Vous avez les moyens de les accueillir avec les conditions sanitaires actuelles ? J'imagine que les gestes barrières, ça complique la tâche ?
Oui, ça complique la tâche. Mais d'une certaine façon, les travailleurs saisonniers, sur une exploitation, vous savez, les exploitations sont forcément en milieu rural, donc il y a très peu de populations, dont sont naturellement confinées. Parce qu'en fait, ils sont accueillis sur les exploitations, ils sont logés sur les exploitations dans des bâtiments, c'est prévu. Ça existe depuis des années. Ce qui fait qu'il y a peu de contacts avec l'extérieur. Donc, quand des travailleurs saisonniers n'ont pas de soucis de virus sur place, du fait de l'organisation même des exploitations, effectivement, ça ne pose pas de problème.
Et puis, la cueillette, vous savez, dans une serre, dans une parcelle, l'écart d'un mètre, un mètre cinquante, ne pose pas de problème. On peut très bien cueillir de la fraise, cueillir de la tomate, que ce soit dans un abri ou en plein air, mais à cette époque, c'est dans des abris, ne pose pas de problème de distance physique ou sociale. Donc ça, ce n'est pas compliqué à organiser. Ce qu'il faut, effectivement, c'est qu'ils puissent venir pour compléter. Et c'est vrai que le temps nous a plutôt aidés. Parce que le problème qui se pose souvent au mois d'avril, mais c'est des pointes de température et de chaleur pendant 8 jours, 15 jours, qui fait qu'il y a une explosion de la production.
Et compte tenu du temps, depuis quelque temps, ça s'est plutôt échelonné dans la durée. Donc ça a été un petit peu plus facile à gérer. Et actuellement, comme le temps n'est pas à la canicule aussi, mais on sait qu'on va vers les beaux jours, donc il faut impérativement que ces travailleurs puissent arriver.
Et le message est passé. Merci Raymond Girardi, vice-président du MoDef. Vous étiez l'invité du 5-7.