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interviewLCP (sur YouTube)· 23 avril 2025 17 min

Hausse des droits de douane suspendue pour 90 jours : un accord avec Trump est-il possible ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bonjour, bonjour à tous et merci de nous rejoindre pour ce débat d'ici l'Europe. Un débat consacré aux tensions commercielles entre les États-Unis et l'Union européenne après la hausse des droits de douane décidé par Donald Trump début avril et puis hausse finalement suspendue pour 3 mois par le locataire de Washington à la stratégie si imprévisible même si finalement et bien on va la voir l'acier, l'aluminium et le secteur automobile européen continuent de faire les frais de droits de droine américain à hauteur de 25 %. Alors s'ouvre désormais une période de négociation entre américains et européens pour s'accorder sur de futurs tarifs commerciaux.

Donald Trump qui a reçu la dirigeante italienne d'extrême droite Georgia Meloni à la maison Blanche se dis à 100 % qu'il trouvera un accord avec l'Europe. Les Américains souhaitent en réalité que Bruxelles supprime certaines barrières commerciales non tarifaires. Autrement dit nos normes européennes écologiques, sanitaires ou encore numérique qui s'imposent aux entreprises américaines sur notre sol.

Et puis enfin, malgré cette suspension de la hausse des droits de douane pour l'Union européenne, et bien la guerre commerciale est à son comble entre Washington et Pékin. Et l'Union européenne pourrait en faire les frais en voyant marché inondé de produits chinois bon marché. Et pour en parler, trois invités.

Guillaume Closa, à nos côtés, ancien cherpa au Conseil européen, euh fondateur du groupe de réflexion européen Europa Noova qui a publié son rapport Europe 2040. Demain, c'est aujourd'hui, j'imagine qu'on on en parlera. Et puis en duplexe 2 eurodéputés français Jean-Marc Germain, membre du groupe des socialistes et démocrate au Parlement européen et du PS en France bien sûr, Marie-Pierre Vedren également pour le groupe Renu Europe au centre de l'hémicycle et en France membre du modèle le parti du premier ministre François Bou.

Alors Guillaume Closa, cette suspension pendant 3 mois de la guerre commerciale que Donald Trump voulait initialement déclarer aux Européens. Est-ce que c'est une opportunité ou finalement une période d'incertitude qui va fragiliser notre économie européenne ? D'abord, c'est pas une surprise.

Contre toute attente. Dans la stratégie européenne, il y avait l'idée que euh les Américains allaient progressivement euh attaquer d'abord leur leur noyau c'estàdire le Mexique, le Canada et puis leurs premiers alliés, puis les Européens et qui auraient des allers-retours euh et qu'il fallait laisser euh d'abord les premiers attaqués réagir avant d'attendre un statut court où on pourrait négocier. Et donc la situation dans laquelle on se trouve, cette pause de 90 jours quelque part, en tout cas des discussions que moi j'ai eu avec la Commission européenne depuis décembre, janvier même avant l'élection, on s'attendait à ce que les choses se passent à peu près comme ça.

Le sujet c'est que c'est une guerre tarifaire mais pas que. Et c'est pas seulement une affaire de normes parce que les Américains aussi ont des normes, ils ont des normes extraterritoriales qui sont extrêmement invasives aussi, extrêmement problématique. Et si on peut en discuter, pourquoi pas ?

Mais il y a aussi une affaire cette guerre commerciale, c'est beaucoup plus que ça. C'est que c'est l'idée de prendre les Européens en état entre les Américains et les Chinois et forcer les Européens à s'aligner sur les Américains. Et le délai de 90 jours, c'est pas non plus un délai aléatoire.

Il a pas été choisi au hasard. Il englobe en fait le sommet de l'OTAN qui doit avoir lieu fin juin et l'idée c'est de montrer aux Européens combien ils sont dépendants de la de la la sécurité américaine et donc de créer même pas un un rapport de de vassalité, un rapport de domination. Donc on est vraiment la cible et donc il y a un enjeu pour nous essentiel qui est de s'organiser en puissance pour pouvoir être écouté et reprendre l'agenda, reprendre la main dans l'agenda.

Parce qu'aujourd'hui en fait depuis le jour de l'élection de Donald Trump chaque jour il lance un truc et on est réactif donc il faut changer d'attitude et arriver à être proactif et reprendre la main. C'est pas du tout évident. Marie-Pierre Vedrine Donald Trump a préféré négocier avec les Européens les futurs tarifs commerciaux.

Euh il a aussi félicité euh l'Europe qui considère que l'Europe a eu une bonne réponse. Est-ce qu'il faut s'en féliciter ou au contraire se méfier ? dire que il y a quelque chose qui cloche quand Donald Trump félicite l'Union européenne.

Il faut effectivement tout simplement défendre nos intérêts, défendre nos législations, défendre nos entreprises. Je rejoins ce qui a été dit par Guillaume Closa. Il y a pas de surprise.

Il y a une idéologie qui est défendue par Donald Trump et par son administration. Il s'attaque à l'ordre international, il s'attaque aux intérêts européens. à nous de rester calme, à nous surtout de rester uni parce que la vraie force de l'Union européenne c'est son unité.

Alors que des chefs d'état et de gouvernement a discuté avec l'administration Trump, c'est une chose, mais il ne faut pas oublier que l'interlocuteur, ça doit être la Commission européenne et que nous devons être unis et déterminés derrière la Commission européenne et nous devons créer un rapport de force qui est favorable également à aux intérêts européens. Donc moi, je pense que nous devons aussi utiliser tout notre arsenal juridique que nous avons contribué à façonner dans le mandat précédent. Taxer là aussi où ça peut faire mal au du côté États-Unis, que ça soit du côté des services, utiliser l'instrument sur la coercition économique, on a un panel lâche, on doit être prêt à l'utiliser, à avoir une vraie volonté politique pour cela.

Reste à savoir jusqu'où finalement peut aller cette cette ripost européenne et jusqu'où on veut aller. Je vais me tourner vers vous Jean-Marc Germain. Une suspension de la guerre commerciale ouf de soulagement pour les Européens.

Mais finalement quand les droits de douane s'élèvent à 10 % qu'ils sont encore à 25 % sur l'acier, sur l'aluminium, sur l'automobile, la Commission européenne finalement a-t-elle été plutôt naïve en suspendant elle aussi les mesures de de rétorsion par les 27 juste avant ce revirement américain ? Après vous, d'abord dans votre question, il y a le fait que il n'y a pas de de suspension de la guerre commerciale. Il y a simplement une pause qui est faite à un niveau intermédiaire de 10 % mais rappelons que les droits de douine étaient de 1,97 % avant cette hausse.

Donc on fait bien face à une hausse sans précédent des droits de douane même si elle est pas aussi élevée que ce qui était prévu. Deuxièmement, il faut avoir pour juger les mesures de rétorsion que prend la Commission européenne, bien percevoir quelle est la stratégie de Trump. Et pour moi cette stratégie, c'est une stratégie de long terme qu'il a énoncé à Davos.

Il veut que les entreprises qui souhaitent vendre des produits sur le sol américain les produisent sur le sol américain. Il l'a énoncé très clairement en ces termes. D'où ces droits de douanes très violents, très important et imposé sur tous les continents.

Ensuite, il a fait face à une réalité qui est que la hausse des droits dou sans conséquence non plus sur l'économie américaine. Peut-être que ça c'est pas sa principale préoccupation, mais ce qui a dû le faire changer ou en tout cas temporiser, c'est le fait que les bourses se sont effondrées. Et n'oublions pas que l'administration Trump, c'est une administration d'oligarque. 13 milliardaires qui sont dans son administration, dans son gouvernement.

Et ça ça a un impact fort. Et donc que euh l'Union européenne prenne son temps pour prendre les mesures adéquates. Certes, mais la réponse doit être ferme.

C'était d'ailleurs le premier mot du Ursula Vayenne. Les mesures qui sont prises doivent être adéquates pour minimiser les dommages sur l'économie européenne et sur les différents pays européens. Et puis surtout, j'imagine qu'on y reviendra, mais il faut se préparer à ce que cette nouvelle situation avec des barrières douanières bien plus élevées que par le passé dure et donc que l'Europe soit davantage en maîtrise de sa propre production euh et donc augmenter et stimuler le made in Europe.

Guillaume Clossa, les négociations, ça y est, on commencé entre Bruxelles et Washington. Est-ce que les Européens peuvent espérer au terme de cette crise et bien finalement déboucher sur un accord de libre échange transatlantique entre l'Union européenne et les États-Unis ? La vérité c'est qu'il y a eu des discussions sur un accord de libre échange la dernière décennie que beaucoup d'Européens étaient sceptiques mais que le blocage a eu lieu parce que c'est les Américains qui n'en voulaient pas.

Les Américains n'en voulaient pas parce que euh dans leur compréhension des choses, l'Europe était la première puissance commerciale mondiale, industriel, mais aussi à l'époque en matière de service et que cet accord allait profiter massivement aux Européens. Et donc il a été bloqué en fait et on a vu les dynamiques dès 2013 parce que euh la population américaine euh les dirigeants américains, on se rappelle à la fois que Donald Trump et Madame Clinton avait dit qu'elle mettrait fin aux discussions parce qu'il considérait que c'était pas favorable aux Américains. La réalité c'est que c'est toujours pas favorable aux Américains.

Et donc oui, nous on a intérêt à un accord de libre échange. En fait, on a même intérêt euh à étendre nos accords de libre échange parce qu'on reste la première puissance euh exportatrice mondiale et de loin et que la moitié euh de notre la création de richesse dépend pour nous du libre échange. Le temps d'assurer la transition vers une autonomie, euh ça va durer euh une de décennies.

Donc il y a il y a et et il y a beaucoup de choses pourquoin de ce libre échange. On en a absolument besoin. Alors le fait que on dopte notre marché intérieur et qu'on a une vraie stratégie de croissance, ce qui est pas le cas.

On a un agent comme compétitivité, mais compétitivité ne veut pas dire croissance et les Européens ont besoin de croissance interne et d'augmenter leur potentiel de croissance. Et pour ça, il faut sans une relance, mais il faut aussi augmenter la population active. Alors, on a grandi avec l'idée d'un d'un marché qui bah permettait des rapports commerciaux qui adoucissaient les mœurs, un peu comme la musique ou la danse, mais pour danser, il faut être deux.

La guerre commerciale, elle est suspendue mais elle est là. Euh Maros Sevkovic, le commissaire européen au commerce, l'a clairement dit. Pour lui, l'Union devra faire des des efforts importants.

Marie-Pierre Vedren et Jean-Marc Germain, l'Union européenne doit-elle faire des efforts assouplir ses normes euh pour trouver un accord avec les États-Unis et finalement renier à à ce principe de cette de cette Europe qui protège, qu'on vote en permanence dans nos émissions ? Marie-Pierre assouplir ses normes. Non, assouplir ces normes, c'est pas c'est pas c'est pas notre notre objectif et c'est pas notre rôle.

Par contre, il est certain que la la politique commerciale est en fait la projection de nos normes intérieures. Donc je rejoins ce qui a été dit. On doit renforcer notre marché intérieur, véritablement mettre en œuvre ce qui a été prené dans le rapport Dragy, dans le rapport l'État et effectivement multiplier des accords de partenariat avec d'autres pays du monde.

Mais pour autant, ces accords de libre échange tels qu'on doit les concevoir ne doivent pas abaisser nos normes. Ça doit être complété par d'autres législations tel que la réforme des douanes, tel que d'autres enjeux, mais multiplier, diversifier en tout cas nos sources d'approvisionnement pour les rendes plus durables, c'est un élément indispensable. Jean-Marc Germain, un mot de Georgia Méloni, la dirigeante italienne d'extrême droite qui a été reçue à la Maison Blanche par Donald Trump.

D'ailleurs, Donald Trump se dissure à 100 %. Je cite qu'il y aura un accord avec l'Europe sur ses tarifs douers. Est-ce que sur ce dossier Georgia Meloni par sa proximité politique avec Donald Trump est un atout pour l'Union européenne ?

Je crois pas d'ailleurs, elle l'a dit elle-même qu'elle était pas là au l'Union européenne. En revanche, qu'elle ait des rapports diplomatiques avec Donald Trump, c'est tout à fait normal. Mais je crois que ce qu'il faut vraiment comprendre puisque la question de base effectivement vous avez raison de le soulever, c'est est-ce que nous dans cette période où on temporise, dans cette période où on cherche des solutions euh qui sont multiples, est-ce qu'on doit au fond faire ce que souhaite sans doute Trump le plus et avec lui ceux qui l'entourent qui est renoncé à nos normes ?

Mais il faut bien entendre ce que ça veut dire concrètement. c'est est-ce que on est prêt à accepter le poulet lavé au chlore concrètement ? est-ce que on est prêt à accepter le bœuf aux OGM euh et cetera et cetera et sur le numérique qui évidemment l'intérêt de son plus proche Elon Mosque, est-ce qu'on est prêt à accepter que ces réseaux sociaux ne soient pas régulés et puissent par exemple influencer échanger des résultats d'élection ou propager la haine en ligne ?

La réponse, elle est claire quand on la pose comme ça, elle est non. Donc négocier on tant qu'on le peut mais vraiment j'insiste là-dessus en fait le dou commerce c'était l'expression de montique c'est les le fait que d'échanger les uns entre les uns et les autres ce qu'on sait le mieux le faire effectivement aboutit à une baisse des prix à une amélioration du bien-être des consommateurs. à terme, ça nous met dans une situation de dépendance absolue et on le voit bien, le partenaire commercial peut nous faire beaucoup de mal et donc ça repose sur un autre pilier qui est que il y ait des démocraties qui soient à la tête des continents avec lesquels on commerce et aujourd'hui le fait que 70 % des gouvernements soient dans des situations qu'on appelle de démocratie illibérale est devenu un problème pour le commerce international parce que cette arme de bien-être se retourne comme une arme économique contre nous.

C'est pour ça que j'insiste sur le fait que il on doit de toute urgence d'abord protéger les entreprises qui seront concernées. Il doit y avoir un plan massif de l'Union européenne comme ça a été le cas pour le Covid pour qu'il y ait aucune perte d'emploi dans les secteurs qui sont soi concernés et de toute urgence mettre en place à la fois un buy European Act, c'est-à-dire favoriser par exemple dans la commande publique l'achat européen et un soutien massif à nos entreprises. Malgré cette suspension des tarifs doués pour l'Union européenne, et bien la guerre commerciale est à son comble entre Washington et Pékin.

Et est-ce que l'Union européenne, Guillaume Closa, doit s'en inquiéter économiquement ? Est-ce que ça ça va retomber sur nous cette guerre ? Bien sûr que ça peut retomber sur nous dans la mesure où on a on a besoin à la fois du marché américain et du marché chinois et il faut pas du tout qu'on soit amené à choisir entre l'un ou l'autre des marchés.

La stratégie des Américains, c'est nous obliger à choisir pour le marché américain en disant "Vous comprenez, on vous apporte la sécurité et donc vous pouvez pas avoir le beurre et l'argent du beurre, c'est-à-dire l'accès au marché chinois et la sécurité. D'où cette deadline veulent nous intégrer dans cette guerre contre la Chine ?" Mais complètement et cette guerre tarifaire est aussi un instrument dans cette perspective et c'est pas caché hein, il suffit de discuter avec les responsables de la fondation Heritage qui conseille Donald Trump.

C'est l'objectif stratégique de faire que les Américains, les Européens se rallent ou acceptent finalement d'être sous la domination américaine et euh fasse bloc avec eux contre la Chine. Et c'est pas du tout notre intérêt, c'est pas notre vision du monde. On est pour un monde multipolaire, on n'est pas pour un monde complètement déséquilibré et qui plus il est hors de question pour nous de nous mettre sous la domination d'une démocratie presque illibérale parce que c'est c'est en train de se passer au au aux États-Unis.

Et l'autre risque évidemment c'est c'est la menace que brandissent indirectement les Américains. C'estàd mais bon s'il y a pas d'accord vous allez être submergé de produits de produits chinois. Il y a une alternative parce que c'est discuter avec les Chinois sur et on l'a déjà fait dans le passé sur un package quantité qualité de produits qui sont acceptés en Europe.

Mais il nous faut une grande discussion à l'échelle globale et je pense qu'il faut créer un rapport de force, un rapport de puissance qui nous permette de discuter avec les Américains parce qu'aujourd'hui on n'est pas audible. Ce qui est bien c'est que c'est un sujet qui est mouvant. On aura l'occasion d'en débattre et d'en redébattre.

Merci à vous trois. Merci Alexandre. Merci à vous trois d'avoir participé à cette émission.

Merci à vous qui nous avez suivi dans ce débat qui agitera encore l'avenir de l'Union européenne. Merci de votre fidélité et à bientôt. rester avec nous pour d'autres informations. [Musique]

Hausse des droits de douane suspendue pour 90 jours : un accord avec Trump est-il possible ? — François Bayrou · Pourquijevote