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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 20 août 2024 22 minContradictoireFond programmatiqueSantéSolidarités & familleInstitutions & élections

Crises dans les hôpitaux : "On se retrouve avec la détresse des patients"

Source d'origine 3 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 50 %Attaque 20 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:11OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous pouvez nous donner un état des lieux un peu global, en cette sortie d'été de la situation à l'hôpital ?

  • 2:04OuverteRéponse directe

    Comment on en est arrivé là ?

  • 3:20RelanceRéponse directe

    On va devoir partout, maintenant, appeler le SAMU pour vérifier si on peut aller aux urgences.

  • 4:09FerméeRéponse directe

    Donc ça, c'est assumé, pour le coup ?

  • 4:44OuverteRéponse directe

    Vous représentez les internes des hôpitaux de Paris. Qu'est-ce qui remonte du terrain ?

  • 6:42OuverteRéponse directe

    Vous travaillez en région parisienne. On sait que les hôpitaux de Paris s'étaient préparés pour les JO en augmentant leur capacité. Est-ce que ça a permis, plus qu'ailleurs, de mieux vivre cet été ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:43InvitéChiffre
    « le nombre de passages aux urgences a doublé en 20 ans »
  • 3:46InvitéChiffre
    « entre 15 et 20% des passages aux urgences pourraient être pris par la médecine de ville »
  • 5:07Invité politiqueChiffre
    « nous, effectivement, on représente 40% du personnel médical »
  • 8:32InvitéChiffre
    « L'activité de l'hôpital a retrouvé son niveau d'avant-Covid en 2019 »
  • 13:31Invité politiqueChiffre
    « plus de 60% ont quand même une anxiété majeure, avec 20% quand même d'idées suicidaires »
  • 13:47Invité politiqueChiffre
    « c'est plutôt environ 1000 internes qui ne se sont pas présentés au concours et qui ont fait le choix de redoubler »
  • 14:28Invité politiqueChiffre
    « les internes, vous êtes 40% du personnel médical »
  • 15:02InvitéPromesse
    « ce sont des internes que l'on va retrouver l'année prochaine »
  • 17:28InvitéFait
    « un manque d'effectifs médicaux et paramédicaux au sein de l'hôpital Nord-Franche-Comté »
  • 17:41InvitéFait
    « des patients qui attendent dans les couloirs, parce que même si on dispose de moins de ressources humaines et de moins de places d'hospitalisation, ça n'empêche pas pour autant le flux important de patients qui transitent par les urgences de l'hôpital Nord-Franche-Comté »
  • 17:57InvitéFait
    « des journées entières sur des brancards, 50, 60 heures, à attendre aux urgences une place d'hospitalisation »
  • 18:35InvitéFait
    « nous ne sommes pas un CHU, donc nous ne sommes pas autant dotés, comme vous pouvez le dire, en interne et en personnel »
  • 19:05InvitéFait
    « le plan blanc, il a été déclenché à quatre reprises l'année dernière »
  • 19:28InvitéFait
    « nous n'avons jamais eu autant de lits fermés et nous n'avons jamais manqué d'autant de personnel dans notre établissement »

Temps de parole

  • Invité39 %
  • Présentateur25 %
  • Invité politique24 %
  • Invité 27 %
  • ?2 %
  • Invité 32 %

1,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistralai/mistral-small-3.2-24b-instruct:floor · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

À l'hôpital, les étés se suivent et se ressemblent. Vous l'entendiez tout à l'heure dans le journal, des services d'urgence contraints de fermer la nuit, une nouvelle fois en Mayenne, en Vendée, dans la Sarthe, à Carpentras ou encore Sarlat, quand d'autres, beaucoup d'autres, instaurent désormais le filtrage de l'accès par le SAMU. Le plan blanc déclenché hier à l'hôpital de Belfort, pas assez de personnel face à l'afflux de patients. Bref, notre système hospitalier semble devoir s'habituer à une crise désormais permanente, alors que d'autres nuages s'amoncèlent à l'horizon, 1500 internes de moins à la rentrée. On en parle ce matin avec Arnaud Robinet, bonjour. Bonjour.

Maire horizon de Reims et président de la Fédération hospitalière de France. Vous êtes en duplex des studios de France Bleu, Champagne et Ardennes. Et Marine Lottie, bonjour. En studio à Paris, vous êtes présidente du syndicat des internes des hôpitaux de Paris. Nous serons aussi en ligne dans quelques instants avec une aide soignante de Belfort. Et on attend bien sûr vos questions, vos témoignages, peut-être en tant que patient aussi, au 01 45 24 7000 et via l'application France Inter. Arnaud Robinet, je viens de donner quelques exemples un peu partout en France. Est-ce que vous pouvez nous donner un état des lieux un peu global, en cette sortie d'été de la situation à l'hôpital ?

1:18
Invité

Alors, même si la saison estivale n'est pas encore terminée, il est encore trop tôt pour fournir des éléments chiffrés sur l'activité hospitalière dans sa globalité cet été. On communiquera bien sûr dès que possible sur l'ensemble de ces chiffres. Néanmoins, vous avez résumé, les années se suivent et se ressemblent, puisqu'à ce stade, la situation estivale est comparable aux années précédentes, avec des situations très hétérogènes suivant les territoires, avec, vous l'avez dit, des difficultés à maintenir des services d'urgence ouverts, et puis la mise en place de régulations de l'accès aux urgences dans certains territoires.

Et donc, nous avons une situation très contrastée et hétérogène en fonction des territoires.

2:04
Présentateur

Mais ce qui est peut-être un peu nouveau, parce qu'en effet, des urgences fermées, on les a eues les étés derniers aussi, c'est ce qu'on a entendu dans le journal de 8 heures, c'est-à-dire qu'on parle désormais d'hôpitaux assez importants. On a parlé de Laval, on n'est pas sur une petite ville. Laval, c'est 40 nuits de fermeture des urgences cet été. En septembre, elles ne seront ouvertes que 6 nuits à Rennes. CHU de Rennes, accès régulé pendant 10 jours début août. Comment on en est arrivé là ?

2:28
Invité

Vous savez, la mer des batailles, ce sont les ressources humaines. Et il faut être clair, nous avons un déficit en termes de personnel, d'agents hospitaliers. Il faut faire face aussi, et je le dis sans polémique, chaque été, bien évidemment, et ce qui est tout à fait normal et légitime, a des fermetures de services dans le secteur privé, dans la médecine de ville. Et l'hôpital public, qui est un établissement qui est ouvert tous les jours de l'année 24-24, compense, entre guillemets, l'afflux de patients. Et ça, vous le rajoutez, avec un déficit et un manque de personnel, on arrive à certains encombrements dans des services d'urgence.

Et la capacité d'assumer un service à 100%, ce que nous observons dans certains territoires, dans certains établissements. Et comme vous le dites, non pas uniquement dans des petits établissements, mais aujourd'hui, sur les établissements de villes moyennes, de villes importantes. Vous avez cité Laval, à titre d'exemple.

3:20
Présentateur

Alors, il y a des fermetures sèches la nuit, voire une partie de la journée dans certains endroits. Et puis, il y a cette régulation par le 15, ce filtrage par le SAMU, qui était, il y a deux ans, quand on a commencé à en parler, expérimental, exceptionnel. C'est en train de devenir la norme. On va devoir partout, maintenant, appeler le SAMU pour vérifier si on peut aller aux urgences.

3:40
Invité

Aujourd'hui, vous le savez, et on le sait, des études ont montré, c'est vrai que le nombre de passages aux urgences a doublé en 20 ans. On estime qu'entre 15 et 20% des passages aux urgences pourraient être pris par la médecine de ville. Et une des solutions, ce n'est pas l'alpha et l'oméga, bien évidemment, pour régler le sujet des urgences, c'est aussi une meilleure régulation à travers le 15, notamment, qui va se généraliser, comme le SAAS d'ailleurs, sur l'ensemble du territoire. C'est une volonté du gouvernement.

4:09
Présentateur

Donc ça, c'est assumé, pour le coup ?

4:11
Invité

C'est assumé. Réguler, c'est une bonne chose. Mais vous savez, d'une manière générale, ce qu'il faut, c'est renforcer cette complémentarité entre le public et le privé, et surtout entre la médecine de ville et l'établissement public de santé. Aujourd'hui, on n'a plus les moyens de se regarder en chien de faïence. Il n'y a pas les gentils, les méchants d'un côté. Nous devons travailler main dans la main, avec nos spécificités. Et avec un seul objectif, c'est bien sûr l'accès aux soins pour le patient. C'est le seul objectif qui doit nous animer.

4:36
Présentateur

On va revenir sur les raisons de cette problématique devenue permanente. D'abord, un mot avec vous, Marine Lottie. Vous représentez les internes des hôpitaux de Paris. Les internes, évidemment, en première ligne aussi, quand ça va mal à l'hôpital. Vous avez 40% des médecins dans les CHU. Qu'est-ce qui remonte du terrain ? Qu'est-ce qui remonte de vos camarades sur l'été qu'on traverse ?

4:59
Invité politique

Pour le moment, nous, en fait, c'est une situation qui est difficile, effectivement, sur l'été. Mais en fait, chez les internes, qui est déjà difficile sur l'année, on sait que nous, effectivement, on représente 40% du personnel médical, ce qui est relativement non négligeable. Aujourd'hui, la question des internes, en fait, c'est surtout sur le manque, en fait, de seigneurs qu'on peut avoir, nous, dans les urgences et le fait qu'on soit devenus, en fait, indispensables plus qu'en formation dans nos services. Et donc, ça nous met en difficulté, effectivement, sur beaucoup de plans, puisqu'on se retrouve à devoir gérer les problématiques des patients, alors que parfois, on est jeune semestre.

Donc, effectivement...

5:47
Présentateur

Comme un médecin à part entière, finalement, vous allez acquérir le statut de médecin dans quelques années, mais vous l'êtes déjà dans les faits.

5:56
Invité politique

C'est ça, dans les faits, en fait, on est, du coup, dès notre premier semestre projeté comme des médecins. Et donc, on fait notre maximum. Alors, on est, effectivement, en fait, impliqué aussi dans toutes ces fermetures, puisque parfois, c'est aussi, pour nous, très compliqué. Et puis, on est aussi impliqué dans ce flux de patients où on fait notre maximum pour réguler, pour apporter aussi notre pierre à l'édifice. Mais ça demande beaucoup d'énergie, beaucoup de connaissances.

Et puis, de faire au mieux, puisqu'on se retrouve avec la détresse des patients, puisque, finalement, ces patients qui ont de nombreux centres fermés, quand ils arrivent à trouver un centre d'ouvert, ils ont beaucoup de demandes. Ils sont souvent en détresse, puisqu'ils ont essayé beaucoup d'endroits avec leurs problématiques et que, parfois, ça fait très longtemps qu'ils cherchent un médecin. Donc, ça fait beaucoup de choses pour une seule personne à régler.

6:41
Présentateur

Vous, vous travaillez en région parisienne. On sait que les hôpitaux de Paris s'étaient préparés pour les JO en augmentant leur capacité. Est-ce que ça a permis, plus qu'ailleurs, de mieux vivre cet été ? Arnaud Robinet parlait de situations assez hétérogènes. Est-ce que ça va mieux en Ile-de-France qu'ailleurs sur le territoire ?

6:58
Invité politique

En fait, effectivement, il y a eu un nombre de lits ouverts qui étaient assez importants. Et finalement, ça a pu permettre pour des personnes venant pour les JO d'avoir ces places. Mais en fait, ça a surtout permis d'éviter tout ce qu'on appelle les lits brancards aux urgences. Quand on a ouvert des places dans des services de gériatrie, c'était pour nous l'occasion, surtout en tant qu'urgentiste, de me dire, en fait, ma personne âgée, le petit papi de 90 ans que j'ai en face de moi, en fait, cette nuit, il ne va peut-être pas dormir sur un brancard. Cette nuit, il va avoir un lit. Donc, en fait, on s'est retrouvés avec, effectivement, beaucoup de lits ouverts. Et ça a été un peu l'opulence.

C'était super.

7:33
Présentateur

Comme pendant le Covid, ce qu'on avait vécu, finalement, où les personnels soignants trouvaient que les conditions d'accueil étaient meilleures. C'est finalement une situation qui devrait être normale, ce que vous avez vécu ?

7:44
Invité politique

C'est exactement ça, en fait. C'est une situation qu'on a trouvée vraiment avec plein de lits, plein de possibilités pour les patients. Pour nous, c'était vraiment beaucoup plus confortable. Et c'est vrai que c'est très difficile, là, de se dire que, finalement, ces lits vont être refermés puisqu'il n'y aura pas assez de personnel pour les maintenir.

7:58
Présentateur

Alors, les raisons de cette crise, Arnaud Robinet, vous l'avez déjà un peu dit, multiples facteurs. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est à la fois en aval, en amont et en aval des urgences que se pose le problème.

8:10
Invité

Ah, mais bien évidemment, c'est bien sûr déjà l'accueil aux urgences. C'est ce flux de patients extrêmement important et qui ne cesse d'augmenter au fil des années. Et ensuite, derrière, c'est bien évidemment l'aval. Parce que lorsque vous avez des difficultés dans l'aval, forcément, vous ne désengorgez pas les urgences. Et aujourd'hui, c'est une vraie difficulté. Alors, attention. Vous savez, moi, je suis de nature optimiste. Et la FHF a fait une étude relativement importante et intéressante au début de l'année 2024. L'activité de l'hôpital a retrouvé son niveau d'avant-Covid en 2019. Malgré ça, il y a des spécialités. Il y a des thématiques qui sont moins...

Où il y a une sous, pas consommation, mais en tout cas, des patients qui ne viennent pas. Et c'est là le objectif que le gouvernement doit avoir. C'est de mettre les moyens sur ces spécialités qui sont aujourd'hui... Ne sont pas, entre guillemets... Je cherche mes mots, excusez-moi. Mais en tout cas, qui ne sont pas pris par les patients. Donc là, c'est une vraie difficulté. Il y a des priorités à mettre en place. Mais encore une fois, le vrai sujet, c'est une réorganisation interne des hôpitaux. Et c'est surtout améliorer l'attractivité de nos établissements. Et surtout, la fidélisation des agents hospitaliers. Des choses ont été faites. Il faut être objectif.

Il faut aller beaucoup plus loin aujourd'hui.

9:29
Présentateur

À ce sujet, on a une question au standard sur l'attractivité de ces carrières hospitalières. Bonjour Clémentine.

9:35
Invité

Bonjour, merci de prendre ma question. Oui, effectivement, ma question concernait l'attractivité du métier. de médecin urgentiste, qui n'est pas la première spécialité qui est choisie par les internes. Et puis aussi l'attractivité des hôpitaux de périphérie pour les médecins seniors, dont parlait votre interne intervenante, qui est plafonnée, en fait, leur rémunération est plafonnée par la loi RISTE. Et donc, ils ne vont plus faire des centaines de kilomètres pour aller faire les remplacements dans ces petits hôpitaux, notamment Farla. Et enfin, pourquoi on n'accorde pas la reconnaissance de la pénibilité aux médecins urgentistes ?

10:07
Présentateur

Merci beaucoup Clémentine. Arnaud Robinet, sur cette question, et plus largement, pourquoi on n'arrive pas à inverser la courbe des recrutements ? Il y a eu, vous l'avez dit, les revalorisations des gardes, il y a eu les Ségur, ça ne marche pas ?

10:20
Invité

Alors, attention, de quel agent nous nous parlons ? Aujourd'hui, concernant les infirmières, les aides-soignantes, il y a un frémissement en termes d'attractivité, nous le voyons dans les salons qui sont organisés, les job dating, etc. Il y a une augmentation du recrutement et de l'attractivité pour les infirmiers ou infirmières et aides-soignants. Il y a le vrai sujet qui est celui des médecins. Aujourd'hui, il y a une forte concurrence, bien évidemment, entre les établissements, mais l'attractivité ne va pas uniquement concerner la rémunération, parce qu'aujourd'hui, nous travaillons notamment en direction des jeunes médecins, avec des organismes logeurs.

Il y a la question du logement pour ces jeunes médecins, la question des transports, la question de la vie de la ville où se situe l'établissement. Donc, c'est multifactoriel. Et derrière tout ça, c'est vraiment une chaîne qui se met en place entre les établissements de santé, entre les collectivités, les villes, qui jouent un rôle important, et divers organismes pour renforcer l'attractivité des villes et donc des établissements. Et derrière, il y a le projet d'établissement, qui doit être aussi attractif pour les jeunes praticiens, que ce soit en termes de recherche, en termes d'innovation, en termes de travail en équipe et de conditions de travail.

11:29
Présentateur

Marine Lottier, avec votre regard de médecin en formation, comment on peut redonner de l'attractivité à ces carrières hospitalières parmi les médecins ?

11:37
Invité politique

Je rejoins le fait qu'effectivement, c'est multifactoriel. La rémunération, effectivement, c'est quelque chose dont beaucoup de monde parle, mais finalement, ce n'est pas du tout le seul facteur pour l'attractivité des médecins. Alors, même en étant urgentiste, c'est vrai qu'effectivement, avant, il y avait des médecins qui allaient remplacer parfois sur juste une garde dans des CH qui sont en périphérie, qui manquaient et qui le font moins. En fait, à aujourd'hui, il manque de monde partout. Donc finalement, ce qu'on a besoin, en étant par exemple urgentiste, c'est de se dire dans quelles conditions on va travailler dans les urgences, où on va arriver, comment elles sont faites.

12:14
Présentateur

Ce n'est pas qu'une question de salaire.

12:15
Invité politique

Non, en fait, c'est une question avec beaucoup de choses. Le matériel aux urgences, est-ce qu'on a accès à de la biologie facilement ? Est-ce qu'on a accès à de l'imagerie ? Est-ce qu'il y a des lits, en fait, effectivement, d'aval pour nos patients ? Donc ça, c'est une grosse question. Les transports, effectivement, ça marche beaucoup. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a envie d'être proche d'un transport. Nous-mêmes, les internes, on voit qu'ils vont facilement à des endroits, peut-être loin, mais où il y a un accès avec le RER. Quand il faut prendre quatre bus différents, effectivement, ça pose beaucoup de questions.

12:40
Présentateur

Et pourtant, il faudra faire, dans ce contexte, avec 1500 postes d'internes en moins à la rentrée. Que s'est-il passé, Marine Lottil ? Le gouvernement dit non, on n'y peut rien. Il y a 1500 candidats de moins au concours de l'internat.

12:53
Invité politique

Alors, c'est une question qui est un peu plus complexe que ça. En fait, c'est lié à la réforme. Donc, il y a eu une réforme dans l'accès au concours de l'internat, donc l'accès au troisième cycle. Effectivement, cette réforme, elle a été discutée à partir de 2020. Le fait est que ces étudiants qui ont passé le concours là, actuellement, ils ont trois années pour préparer ce concours, qui maintenant ne sont plus que deux. Et au milieu de leur cursus, ils avaient déjà débuté. On leur a dit que les modalités changent. Et en fait, les modalités ont beaucoup changé. C'est-à-dire qu'on a changé les épreuves.

Il y a eu des nouvelles épreuves d'ajoutés, ce qui, pour eux, a été une charge de stress supplémentaire, en sachant que quand on est étudiant en médecine, des études qui le montrent, plus de 60% ont quand même une anxiété majeure, avec 20% quand même d'idées suicidaires. Donc aujourd'hui, c'est des étudiants qui sont dans un état mental très compliqué, à qui on a dit que tout va changer en milieu de votre cursus. Donc effectivement, il y a 1500 postes en moins. C'est plutôt environ 1000 internes qui ne se sont pas présentés au concours et qui ont fait le choix de redoubler. Effectivement, c'est des internes qui ont fait le choix.

13:55
Présentateur

Mais ça, c'est une conséquence de la réforme qu'on n'avait pas vue venir ?

13:59
Invité politique

Je pense qu'on ne s'attendait pas à ce qu'il y en ait autant. Et en fait, là, effectivement, ce qui est difficile est le fait qu'on en parle. Parce qu'en fait, des étudiants qui redoublent, moi, je l'ai fait, on n'en a pas parlé autant. En fait, des étudiants qui redoublent, il y en a tous les ans. Là, ils se sont beaucoup mobilisés en disant « En fait, vous ne nous avez pas prévenus, c'était hyper précipité, on n'a pas eu le temps de se préparer, on préfère redoubler. » Et en fait, on en parle beaucoup parce que ce sont les conséquences, finalement, qui nous inquiètent sur ces 1 000 internes. Parce qu'on dit « Oui, les internes, vous êtes 40% du personnel médical.

» Ce qui est vrai, mais normalement, on est censé être en formation et on n'est pas censé être indispensable au fonctionnement de l'hôpital. Donc, on fait notre travail sur le soin, mais on n'est pas censé être indispensable. Aujourd'hui, on est devenu indispensable. Et le fait qu'il en manque 1 000, maintenant, on le voit.

14:41
Présentateur

Arnaud Robinet, comment on va pallier ces manques, ces internes en moins, à la rentrée à l'hôpital ? Notamment dans les CHU, où ils sont très nombreux.

14:48
Invité

Alors, il est vrai, je rejoins ce qu'a dit la représentante des internes. C'est vrai qu'il y a cette année un effet conjoncturel, comme cela a été précisé, lié à la réforme des études voulue par le gouvernement. Un certain nombre d'étudiants ont fait part de leur souhait de redoubler volontairement. Alors, autrement dit, ce sont des internes que l'on va retrouver l'année prochaine. Alors, attention à cette dynamique ne doit pas cacher la très forte augmentation d'internes qui est prévue pour l'année 2025. Alors, cette baisse, bien évidemment, elle peut inquiéter, et je le comprends totalement.

Et nous avons aussi des remontées, des inquiétudes, interrogations de la part de nombreux établissements. Mais ce n'est pas un effondrement en tant que tel. C'est déjà un chiffre qui est déjà en hausse par rapport à 2023 et qui, normalement, va se rétablir sur les prochaines années et notamment l'année prochaine. Donc, soyons optimistes. En attendant, je sais, en attendant, et ça, c'est encore une fois, je dirais, l'adaptabilité du service public qui va être mise à l'épreuve, la réactivité. L'ensemble des agents, l'ensemble des internes dans nos différents services, il va falloir pallier, et alors, entre guillemets, à ce manque d'interne cette année.

Mais aujourd'hui, il est trop tôt pour faire un diagnostic. Mais avec des médecins étrangers, par exemple ? Alors, cela a été dit, il y a des médecins étrangers qui vont être recrutés de façon temporaire, de façon conjoncturelle. Mais l'objectif, bien évidemment, du gouvernement, alors moi, je ne suis pas porte-parle du gouvernement, je suis là pour défendre l'hôpital public, et c'est bien évidemment, et nous faisons pression, c'est d'avoir un nom d'interne suffisant l'année prochaine, dans les années qui suivent.

Alors, ce qui est intéressant également, et ce qu'il faut savoir, c'est qu'aujourd'hui, on n'a que des données, on devait dire techniques, et un chiffre par rapport à ce nombre d'internes pour la rentrée. Nous attendons, nous, d'avoir quelque chose de beaucoup plus affiné, en termes de par spécialité, et notamment dans les spécialités qui se font l'objet de sous-recours, comme je disais il y a quelques instants, dans nos établissements. Donc, nous allons mettre en place une étude très précise sur le sujet, que nous allons présenter lors de nos conférences de presse de rentrée, et en septembre prochain.

16:56
Présentateur

Alors, autre situation locale, très tendue, un autre exemple ce matin sur le terrain, c'est l'hôpital Nord-Franche-Comté, qui couvre toute la zone Belfort-Montbéliard. Bonjour Mélanie Meyer. Bonjour. Vous y êtes aide-soignante, représentante du syndicat CFDT. Votre hôpital a déclenché son plan blanc hier, pour tenter de mobiliser des moyens supplémentaires, face, je cite, à la saturation des capacités d'hospitalisation. Ça veut dire quoi concrètement ? Ça se traduit comment chez vous, cette saturation cet été ?

17:22
Invité

Alors, la saturation des capacités d'hospitalisation, elle est due surtout à un manque d'effectifs médicaux et paramédicaux au sein de l'hôpital Nord-Franche-Comté. Donc, par manque de personnel, on est contraint de fermer des lits d'hospitalisation, et notamment en médecine, ce qui provoque un embouteillage aux urgences, des patients qui attendent dans les couloirs, parce que même si on dispose de moins de ressources humaines et de moins de places d'hospitalisation, ça n'empêche pas pour autant le flux important de patients qui transitent par les urgences de l'hôpital Nord-Franche-Comté.

17:50
Présentateur

Mais ça veut dire des journées entières sur des brancards, par exemple, pour des patients ?

17:55
Invité

Oui, ça arrive, des journées entières sur des brancards, 50, 60 heures, à attendre aux urgences une place d'hospitalisation.

18:02
Présentateur

60 heures, on peut aller jusqu'à 60 heures ?

18:04
Invité

Oui.

18:05
Présentateur

Et c'est un peu un effet ciseau, vous le disiez, afflux de patients, moins de personnel. Comment vous l'expliquez aussi, cet afflux de patients cet été ? Parce que vous êtes le seul et ultime recours, l'hôpital ?

18:15
Invité

Alors, malheureusement, l'afflux de patients beaucoup trop important pour notre établissement n'est pas que l'été. J'entendais tout à l'heure dire que l'hôpital doit pallier aux fermetures d'établissements privés, qu'on est le seul à assurer ce qu'on appelle la permanence des soins. Mais nous, c'est notre quotidien, en fait, puisque l'hôpital a beau être situé sur un tout petit territoire, il draine un bassin de population de 350 000 habitants. Nous ne sommes pas un CHU, donc nous ne sommes pas autant dotés, comme vous pouvez le dire, en interne et en personnel.

Donc, effectivement, c'est toute l'année que c'est compliqué, avec un nombre de passages trop importants aux urgences, et être le seul à assurer la permanence des soins sur le territoire.

18:51
Présentateur

Ce plan blanc déclenché, ce n'est pas la première fois chez vous. Je crois qu'il a déjà été déclenché l'an dernier. Est-ce qu'au moins, à court terme, c'est efficace, ça soulage un peu le personnel et les services ?

19:01
Invité

Si vous voulez, c'est un pansement sur une jambe de bois, puisque le plan blanc, il a été déclenché à quatre reprises l'année dernière. Si vous voulez, c'est la seule arme, le signal de détresse, finalement, envoyé par l'hôpital pour dire qu'on ne s'en sort plus, ce n'est plus possible. J'ai aussi entendu dire tout à l'heure que la situation, elle est comparable aux autres étés. Eh bien, chez nous, ce n'est pas le cas. On a pu voir que ça dépendait selon les territoires. Eh bien, chez nous, la situation est pire que les autres étés. Nous n'avons jamais eu autant de lits fermés et nous n'avons jamais manqué d'autant de personnel dans notre établissement.

19:32
Présentateur

Merci pour ce témoignage, Mélanie Meyer, représentante CFDT à l'hôpital Nord-Franche-Comté. Arnaud Robinet, ce contexte de crise, sans gouvernement, sans ministre de la Santé, sans nouveau ministre de la Santé en face de vous, ça va devenir urgent d'en avoir un ?

19:49
Invité

Ça devient très urgent parce que normalement, à l'époque où on se parle, c'est aussi les négociations, les échanges dans le cadre du projet de finance de la sécurité sociale. Aujourd'hui, aucun échange, aucune négociation, entre guillemets, n'a pu être fait, à part avec les parlementaires qui ont été élus ou réélus récemment. Et c'est vrai que cela devient urgent. Derrière, nous demandons aussi symboliquement, et je ne remets pas du tout en cause le travail qui a été fait par nos deux ministres, Catherine Vautrin et Frédéric Valtoux, qui ont fait avec les moyens du bord et qui ont été réactifs et qui ont pu mener un nombre de choses.

Mais derrière, nous souhaitons aussi symboliquement avoir un ministre de la Santé de plein exercice. La Santé le mérite, la situation, elle est critique. Il y a de nombreux défis pour l'hôpital public et pour le système de santé dans sa globalité.

20:35
Présentateur

Et puis, il y a cette nouvelle menace, celle du Mpox, la variole du singe, son nouveau variant, plus dangereux, plus contagieux. Les autorités sanitaires s'attendent à voir émerger des cas sporadiques en France, ont-elles dit ? Ces cas, il faudra les gérer à l'hôpital. Est-ce qu'on est prêts dans ce contexte à le faire ? Oui,

20:49
Invité

alors il va falloir les gérer, bien évidemment. L'OMS, vous l'avez dit, a déclenché une urgence de santé publique. Le Premier ministre des missionnaires a placé le système de santé français en état de vigilance. Le risque, il est réel. Des premiers cas ont été enregistrés en Europe. il nécessite que tous les acteurs fassent preuve de vigilance et les hôpitaux publics sont comme lors de l'épidémie de Covid en pointe dans ce combat étant le plus souvent les acteurs de référence dans leur territoire. Alors il y a la collaboration avec les ARS dans tous les territoires. Les agences de santé.

Avec notamment des dépistages, des prises en charge, une veille renforcée, déclaration systématique auprès des ARS en cas de cas suspects, définition des conduites à tenir. Mais c'est vrai que malgré un contexte estival comme chaque année compliqué, les hôpitaux publics informeront et assureront la prise en charge de l'ensemble des patients atteints par le MPOX.

21:47
Présentateur

Merci Arnaud Robinet, président de la Fédération Hospitalière de France, Marine Lottie du syndicat des internes des hôpitaux de Paris. Merci aussi à vous et merci à France Bleu Champagne-Ardenne pour la réalisation du duplex. Avec Reims, bonne journée. Merci.

22:00
Locuteur

Merci. Sous-titrage ST' 501

Crises dans les hôpitaux : "On se retrouve avec la détresse des patients" · Pourquijevote