L'interview en intégralité d'Hélène Perlant, victime de Bétharram et fille de François Bayrou
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Et bienvenue si vous nous rejoignez dans Newsbox. Le silence de Bétaram, le récit choc du lanceur d'alerte et ancien élève. Le silence de Bétaram, c'est donc le titre poignant et d'utilité publique de ce livre qui vient de sortir aux éditions Michel Laffont. Bonsoir Alain Esquer. Bonsoir. Merci d'être avec nous ce soir dans Newsbox. Vous êtes l'auteur de cet ouvrage avec Clémence Badeau. Bonsoir.
Bonsoir.
Alain Esquer, vous êtes le porte-parole des victimes de Bétaram, plus encore le lanceur d'alerte qui a permis de faire éclater cette affaire, ce scandale de violence physique et sexuelle pendant des décennies au sein de l'établissement catholique Notre-Dame de Bétaram près de Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques. Clémence Badeau, vous êtes journaliste, vous êtes productrice et vous préparez un documentaire sur le système Bétaram. Bonsoir Hélène Perlant. Merci à vous également d'être avec nous. Vous témoignez dans ce livre, dans le livre d'Alain Esquer et Clémence Badeau. Vous êtes l'une des filles de l'actuel Premier ministre François Bayrou. Merci à tous les trois d'être là ce soir.
À mes côtés, Mathias Tesson. Bonsoir Mathias. Bonsoir. Du service police-justice de BFM TV. Le silence de Bétaram, pour qui d'abord ? Pour qui vous l'avez écrit ce livre, Alain Esquer ?
Ce livre, je l'ai écrit pour que ce soit un outil de transmission, que toute la France le lise, parce qu'il est d'utilité publique, comme vous l'avez dit. Bétaram, c'est 200 plaintes à ce jour qui ont été déposées officiellement. J'en ai reçu d'ailleurs quelques unités de plus encore aujourd'hui. Je prépare un septième corpus. C'est des agressions physiques et sexuelles sur des enfants de 7 à 14 ans par un nombre colossal de prédateurs, puisque je suis à plus de 30 adultes, dont 17 qui sont identifiés comme des violeurs. Beaucoup sont décédés, effectivement, puisque l'effet remonte à 1950 pour les premiers, jusqu'à grosso modo les années 2010.
Vous vous sentez investi d'une mission, quelque part, pour quelqu'un qui a failli entrer dans les ordres ?
On peut y voir quelque chose de mystique ? Je pense que je suis un moine soldat. C'est-à-dire que j'ai décidé de rompre le silence de Bétaram, parce que silence des agressés, de ces enfants qui ont subi l'impensable, et également silence des agresseurs qui ne disent rien. Silence tout autour, également, de l'établissement, et silence de tous les politiques.
Le déclic s'est produit il y a un an et demi, lorsque vous tombez nez à nez, vous habitez tout près de Bétaram, vous avez toujours habité tout près de Bétaram, vous continuez d'habiter tout près de Bétaram, on y reviendra, parce que c'est un élément qui me semble intéressant, vous tombez nez à nez avec votre agresseur, il y a un an et demi, et cette fois, vous ne baissez pas la tête. Mais on se demande pourquoi ne lui cassez-vous pas la gueule ? Enfin, pardon, mais, de ce que vous avez subi, et ce que vous savez désormais, de ce qu'on subit, des dizaines et des dizaines d'enfants ?
Alors, je pense que j'ai bien fait de ne pas m'en prendre physiquement à lui, Vous l'expliquez ? Je l'explique dans le livre, et aujourd'hui, cet homme, il est en détention, il est en détention pour viol sur des enfants, donc, entre 8 et 12 ans, sur deux dossiers, donc deux plaintes non prescrites le concernant. Et là-dessus, je voudrais revenir aussi sur cette question de l'imprescriptibilité de ces crimes, Il faut travailler à faire évoluer notre législation sur cette question, parce que l'imprescriptibilité, on peut la comprendre sur ces attaques sur les enfants mineurs, à partir du moment où il y a un groupe de victimes.
Beaucoup de réflexions à mener, évidemment, et notamment sur cette mécanique du silence à laquelle vous faisiez allusion à l'instant. On va y revenir, mais d'abord, ce qui frappe aussi dans ce livre, c'est le côté boîte de Pandore. D'ailleurs, vous renommez la boîte de Pandore, dans votre ouvrage, la boîte de Bétharam, ça ne s'arrête pas. Ça ne s'arrête pas, ça donne la nausée. On en est à combien ? Parce que vous parlez d'un peu plus de 200 plaintes, mais combien de témoignages recueillis par vous-même ?
On peut rajouter au moins une cinquantaine de témoignages en plus de personnes qui n'ont pas le courage de déposer plainte ou qui se retrouvent en fait en difficulté sur ce dossier, dans le sens où ils n'arrivent pas à identifier leur agresseur. Parce que, vous le savez, le stress post-traumatique dans le crime pédocriminel, c'est un crime parfait. Les enfants ne parlent pas, et quand ils sont adultes, ils ont des difficultés à se souvenir.
Le silence et le déni des notions, mais qui prennent tout leur sens et qui sont extrêmement concrètes dans cet ouvrage, vous allez droit au but. Vous ne tournez pas autour du pot, il n'y a pas de haine, mais vous ne faites pas de cadeau non plus, si je puis m'exprimer ainsi. Il y a beaucoup de prénoms, beaucoup trop, dans ce livre. Alexandre, Éric, Olivier, Frédéric, Alain, Hélène. Derrière ces prénoms, il y a des histoires, de la souffrance passée, présente aussi avec des traumatismes, des séquelles, des vies brisées.
On a l'impression, et là je m'adresse à vous trois, que lorsque vous parlez de ces échanges que vous avez eus avec les victimes de Bétarame, vous avez parlé à des enfants, pas à des adultes.
Moi je dis souvent que j'ai été fascinée par ces hommes qui ont parfois 60, 70 ans même, qui sont construits, qui sont insérés, qui ont une famille, qui ont un beau job parfois. Et quand on revient sur les événements, ils pleurent, et on revoit le petit enfant de 10 ans, qui n'a pas pu se libérer de ce poids, qui n'a pas pu se libérer de ce traumatisme, qui a été privé de parole. Et c'est vraiment, moi, ce qui m'a sans doute le plus marquée dans ces victimes.
C'est un travail colossal d'enquête. Vous êtes un lanceur d'alerte et un enquêteur, d'une certaine manière. Vous, journaliste, vous aussi, vous êtes penché, c'est le moins que l'on puisse dire, sur Bétarame. Et alors, c'est une vraie boîte de Pandore. C'est-à-dire qu'on n'a pas encore tout découvert loin sans faux.
On peut continuer à enquêter des années, chaque jour. À chaque fois qu'on tire un fil, on trouve une nouvelle pièce d'un puzzle illimité, en fait. C'est vertigineux. C'est vertigineux. C'est la plus grande affaire de pédocriminalité jamais révélée en France. Et plus on avance, plus on découvre des choses. Avec Alain, lors des derniers corpus de plaintes, on s'est rendu compte qu'il y avait un enfant victime d'un viol collectif, avec deux agresseurs. C'est une chose qu'on n'avait pas encore notée.
Aujourd'hui, il y a aussi des questions autour de la mort d'un enfant à Bétarame, un enfant de 12 ans, 1980.
Exactement. Alors là, on passe encore dans une autre strate de l'horreur, mais qui résume aussi ce système, puisque c'est un enfant qui était malade. Il faut savoir qu'à Bétarame, ce sont les élèves de terminal qui assurent la surveillance des dortoirs des mineurs de 17 ans. Et il y en a un en particulier qui témoigne dans notre livre, Jean-Rémy, qui se rend compte que cet enfant est malade. Il essaye de trouver un adulte toute la nuit. Il va toquer aux portes. Il ne trouve personne. L'enfant est conduit ensuite à l'infirmerie. Il va rester toute une journée sans soins. Il va mourir à 21 heures lors de son transport en ambulance à l'hôpital de Pau. Cet enfant, il est mort, faute de soins.
Sa soeur a reconstitué grâce au groupe Facebook.
Il a une famille. Donc, cette famille, aujourd'hui, elle doit se poser encore plus de questions qu'avant.
À l'époque, le père Caricard, qui était donc en charge de l'institution, a organisé en bonne et due forme les obsèques avec tous les prêtres qui étaient présents. Et je pense que cette famille, à ce moment-là, qui était pétrie dans la douleur, elle n'a pas cherché à poser de questions. Elle a accepté. Sa soeur, 40 ans plus tard, elle est en train de reconstituer le puzzle grâce au témoignage des autres élèves et de se rendre compte que son frère est mort faute de soins. Et elle va déposer plainte très prochainement pour non-assistance à personne en danger.
Hélène Perlant, vous êtes donc la fille aînée de François Bayrou. Vous témoignez dans ce livre. Vous révélez les violences physiques que vous avez subies lorsque vous étiez scolarisé à Bétarame, il y a une trentaine d'années. Ça vous est tombé dessus.
Ce qui m'est tombé dessus.
Avec une violence aussi soudaine que monstrueuse. Et alors, quand on lit le passage qui vous est consacré dans ce livre, il y a l'agression et il y a l'agression devant toute la colo.
Oui, mais moi je veux faire une précision. Mon témoignage, c'est une séquence. C'est-à-dire que, en fait, pourquoi je viens rejoindre Alain ? Je viens rejoindre Alain d'abord parce que depuis le début, c'est mon lycée. Et que ce qu'il est en train de découvrir me supéfait. Mais j'ai envie de dire, il découvre ce que j'avais à côté de moi, ce qu'on avait à côté de nous, là à 10 mètres. Et là, on a envie d'y être et de dire, vous n'avez pas fait ça à côté de moi, là ? Sans que je bouge. Désolée. Et deuxièmement, ils découvrent quelque chose. Et moi, j'entends la colère jusqu'à ce que j'ose rentrer. Et je peux vous dire que ça a été difficile.
Et qu'au quotidien, ce n'est pas facile, ils se comprennent. J'entends la colère de toutes ces victimes qui croient qu'ils ont leur malheur, qu'ils ont la colère contre Bétarame. Mais finalement, ce n'est pas ça la vraie colère. C'est qu'ils croient que tous les notables de la classe, ceux qui n'avaient pas simplement un prénom mais un nom, étaient protégés, n'ont rien subi.
C'est ce qui revient beaucoup dans vos déclarations. Et on sent que c'est une envie très forte que vous avez de dire, mais moi aussi, j'ai été victime. Et pourtant, j'étais la fille d'un notable du coin, devenue Premier ministre. Mais vous, Hélène Perlant...
Des autres fils de... Mais je vous dis, je voulais leur relever cette... Que dans leur douleur, au moins, ils n'aient pas en plus la douleur supplémentaire de se dire qu'il y avait une espèce d'élite protégée, qui les regardait, là, viens, continuez, amusez-vous, souffrez. Et donc je viens, moi, je sors mon nom, parce que vous dites qu'ils ont un prénom. Je voulais dire, attention, il y a quelque chose de très, très dur que vous comprenez pas, on y est tous, mais je vais me fracasser avec mon nom, là. Je vais vous le sortir, vous allez voir ce que ça fait comme buzz.
Et les autres, puisque depuis, j'ai eu plein de témoignages, et tu sais que je suis contactée tous les jours par des gens qui nous disent, qui me disent, mais tu dis la vérité, sauf que moi, je ne peux pas sortir mon nom, je voudrais mon expérience, mon chagrin, mais ce qui sort sur le nom de famille avec.
Donc je représente plusieurs personnes, plein de personnes qui me disent, dis-leur qu'on y est aussi, aussi bien fracassé que violé, que même, il y en a un qui me raconte, qui est violé, qui me raconte que lui pensait être d'abord violé à cause de son nom, que les prêtres se refilaient son nom comme un trophée, je me suis fait le petit machin, c'était dur à porter pour lui, il croyait être le seul. Et donc, en fait, faire tomber au moins cette dimension du problème qui est, non, on y est tous, et dans la société française, on y est tous, à égalité, première chose.
Je comprends ce que vous dites. Et on reviendra sur le silence de tout le monde et celui des victimes, notamment à qui l'on dit très maladroitement, régulièrement, et pourquoi tu n'as pas parlé plus tôt, le vôtre, de silence. 30 ans à qui vous n'avez rien dit, à personne, 30 ans après une agression affreuse de l'abbé Lartiguet qui vous a roué de coups, le mot est faible, devant toute la colo, enfant et adulte, 30 ans plus tard, vous parlez. Quel a été le déclic, là, très récemment ? Non, il y a 4 ans. Deux mois ? Il y a 4 ans. Il y a 4 ans, pour la première fois. Voilà, il y a 4 ans. Expliquez-nous.
Ce sont, je pense, des changements, enfin, une réflexion personnelle qui aboutissait, qui faisait que ça ne me pesait plus, que je pouvais en faire quelque chose. Voilà. Partager, enfin, dit dans l'intimité, ou avec 2-3 copains, quand on se rencontre, qu'est-ce qu'ils t'ont fait, toi, moi ? Mais pas encore un matériau à transmettre. Et donc, ce que je voulais souligner, c'était que dans ce livre, je ne viens pas juste rajouter mon témoignage. Voyez, j'ai été passé à tabac devant tout le monde. Je viens faire une séquence pour changer. Jusqu'à ce que je rencontre un linge, j'avais plutôt l'impression que son discours, c'était l'entourage ne parle pas ou les gens n'osent pas parler.
Moi, je voulais commencer à faire parler ce silence en disant, attention, les témoins ne parlent pas, pas parce qu'ils sont lâches. Les témoins ne parlent pas, les victimes ne parlent pas. Pensons le silence de l'intérieur pour se donner de nouveaux outils d'interrogation.
Il y a une expression très forte dans le livre. Vos mots à vous, Hélène Perlant, ces regards, parlant de ceux qui ont assisté à votre agression il y a 30 ans, ces regards épinglés au mur comme des papillons morts. Ce regard-là, d'ailleurs, qui sera le vôtre.
Qui sera le mien.
Quelques temps plus tard, preuve de l'infinie complexité de cette notion de silence et de déni.
Et on est tous, la société française découvre toutes les formes de violences partout, toujours. J'ai envie de leur dire, quand quelqu'un ne peut pas regarder ce que vous vivez, c'est peut-être d'abord, avant de penser à l'indifférence, que ça le renvoie à quelque chose qu'il a vécu lui-même. On est dans des intrications de violences terribles. Changeons de regard aussi sur ce qu'on attend comme type de compassion, de compréhension. Ceux qui ne peuvent pas suivre sont peut-être ceux qui ne peuvent pas nous dire que ça les renvoie à quelque chose de très profond. et on n'a pas d'injonction à poser aux uns et aux autres pour qu'ils viennent dire « oui, je suis victime » ou pas.
Changeons, avançons tous ensemble, en changeant un peu de regard sur ce qu'on attend dans la réaction des gens autour de ce qu'on montre.
L'affaire Bétarame, c'est donc l'affaire du déni. Entre autres, le déni Bétarame, c'est une chambre d'interrogation du déni de tous, du déni, pas du mensonge. Nuancez-vous dans ce livre, Hélène Perlan. Vous, Alain Esquière, vous parlez d'un déni collectif. Alors, je suis peut-être le seul, mais quand j'ai lu ce livre, j'ai quand même eu l'impression que le déni, parfois c'était un peu facile. Je ne parle pas du déni chez les victimes, évidemment, mais ceux qui ont vu ou ceux qui ont su mais n'ont pas parlé. Le déni, c'est un peu pratique, quoi. On se retranche derrière le déni, puis on s'exonère d'une forme de responsabilité, ou sinon, je ne sais pas.
On est bien d'accord, il y a un grand nombre de personnes qui gravitaient sur Bétarame. Et d'abord, les enseignants. Est-ce qu'on a entendu les enseignants jusqu'à présent, après, seule la Françoise Gulug, en 1996, professeure de mathématiques, va porter une estocade, d'ailleurs, que je vais suivre à cette période. Mais où sont les enseignants de Bétarame ? Où sont tous les agents de service, tous les gens qui ont travaillé dans cet établissement et qui voyaient les violences au quotidien et notamment ce supplice du perron ? Parce que le perron, qu'est-ce que c'est ? C'est ce promontoire en mesure du Gave, là où on punissait les élèves et qui attendaient pendant des heures la punition.
Et dans le meilleur des cas, ils avaient une paire de gifles et au pire, ils étaient passés littéralement à tabac dans le bureau du surveillant général. Il faut imaginer à la fois la nuit et le jour.
Ceux qui savaient et n'ont pas dit, c'est parfois du déni, c'est parfois aussi peut-être de la lâcheté. Mais c'est quoi, d'après vous, qui connaissez parfaitement le sujet, c'est quoi le mécanisme psychique ? C'est trop violent, c'est trop insupportable d'être à ce point bousculé dans ses certitudes, dans son désir d'idéal ? C'est quoi ?
Moi, j'ai une autre approche qui est que je pense que plus on en a sous les yeux, moins on voit. C'est-à-dire qu'il fallait être capable de comprendre avec tout ce qu'on avait sous les yeux qu'en fait, il y avait dans l'établissement, que tous les adultes religieux étaient des violeurs, en fait, tous, on n'avait jamais vu nulle part ça en France.
C'est trop énorme.
C'est incroyable. Si on vient vous dire dans un lycée, en fait, non, là, là, là, là, c'est des violeurs, ça aussi. Il fallait être capable et Bétaram est la première structure grâce à Alain que l'on découvre comme ça et à tous ensemble, on peut la regarder à condition de se décharger, je pense, de la culpabilité de ne pas avoir vu. Moi, j'ai vu, par exemple, quand il découvre ça, je me dis, alors, je n'ai aucune image des enfants du collège frappés. Mais par contre, j'ai dans le lycée que je fréquente beaucoup de signaux de sexualité qui ne vont pas. Ça parle de sexe, ça regarde bizarrement, etc. Ça en fait tellement trop que nous, on pense qu'ils ne passent pas à l'acte.
Ce n'est pas possible, c'est trop gros. C'est trop gros. J'imagine... Arriver à comprendre qu'en fait, non, ce qu'on a sous les yeux, ça fait sens et que oui, c'est possible que des adultes, plusieurs, plein, tous, passent à l'acte et que peut-être quand on a des sensations qu'il y a un peu de regard de pédophile, il y a aussi des actes, peut-être. Pour moi, c'est un champ complètement nouveau, complètement énorme.
Est-ce que selon vous deux, cette omerta était organisée par les religieux et les laïcs en charge de Bétaram à l'époque ? Comment ce système et ce silence a perduré autant d'années ? Il a perduré avec la bonne volonté de tous ceux qui sont aujourd'hui mis en cause et parfois décédés.
Nous, on pense et on est en train d'avancer sur ce terrain, tous les trois, Clémence, Alain et moi, qu'il faut expliquer la différence entre des individus et leur intelligence moyenne. Ce n'est pas capable d'inventer un système à 18 verrous de sécurité et de dire voilà comment il faut les frapper pour qu'en fait personne ne parle. Non, et la structure, ce qu'on appelle le dispositif, c'est-à-dire si on a un milieu totalement clos, un huis clos, des attentes disciplinaires, en tout cas un mythe de la discipline, on va les mater, on va les recadrer.
Et il faut le dire, du religieux, c'est-à-dire des prêtres qui sont tous ici devenus violeurs et ça, c'est la théorie d'Alain, ça rend pervers, la structure les rend pervers, ils n'auront peut-être pas été ailleurs. Si on a ces trois ingrédients, il y a quelque chose qui se passe et finalement, indépendamment de l'intelligence ou de la conscience des gens de participer à ça.
Transparait aussi dans ce livre le poids de l'introspection des années plus tard, parfois des décennies, au sein de la cellule familiale notamment, la vôtre, mais toutes les autres, Hélène Perlant, alors bon, la vôtre, on parle un peu plus parce que forcément, aujourd'hui, votre père est le Premier ministre de la France. Il y a deux mois, François Bayrou a assuré devant les députés qu'il ignorait toutes les violences physiques comme sexuelles à Bétharam. Réécoutons d'abord François Bayrou à l'Assemblée en février.
Mes enfants y ont été scolarisés et les accusateurs disent qu'ils ne pouvaient pas ignorer. Alors j'affirme que j'ai évidemment, je n'ai jamais été informé de quoi que ce soit de violence ou de violence a fortiori sexuelle. Jamais. Je peux vous assurer que tout est faux.
Hélène Perlant, quand vous voyez votre père dire cela devant les députés, qu'est-ce que vous vous dites ?
Je n'ai aucun problème parce que maintenant, on le sait, ça a été ma grosse difficulté, sa chose dure, qu'il l'avait appris au moment de l'arrestation de Caricard, une fois Caricard en prison, qu'il y avait cette accusation de viol pour laquelle il était d'abord arrêté puis relâché avant de se suicider. qu'il avait appris. Là, le cas Caricard, l'hypothèse du cas Caricard, une fois Caricard arrêté. Mais je n'ai aucun souci avec ça parce que des violences sexuelles, d'autres possibles, jamais la moindre rumeur et effectivement, jamais la moindre info qu'il restait des violeurs dans l'école. Alors ça, sûr et certain, et Alain,
oui, c'est ça qui est. Ça donne l'impression, pardonnez-moi, mais que malgré son statut, finalement, c'était un père comme les autres.
Bien sûr, tout le monde est comme les autres et il faudrait que, c'est ce que j'ai essayé de développer sur Mediapart dans la première partie, qu'on comprenne que tout le monde est intriqué, qu'il n'y a pas des gens qui voient en surplomb de loin et qu'au contraire, quand on y est et quand les gens qu'on croise nous paraissent normaux et tout, c'est encore plus difficile, c'est encore plus incompréhensible et que non, il n'y a pas quelqu'un qui savait qu'il y avait des violeurs et se disait « laissons-les tranquilles ».
À part les violeurs eux-mêmes ? À part les violeurs eux-mêmes ?
Il faut peut-être aussi replacer les choses dans leur contexte. On est en 96 ou 98, on n'est pas en 2025, on est dans une société qui n'a pas les moyens de voir, qui n'a pas les outils qu'on a aujourd'hui. Nos enfants, on les éduque totalement différemment aujourd'hui que l'éducation que nous-mêmes, on a reçue. Donc je pense aussi que c'est différent. Et il ne faut pas oublier, il ne faut pas regarder avec nos lunettes d'aujourd'hui ce qui s'est passé il y a 30 ans. C'est aussi tout un contexte en fait qu'il faut expliquer.
Et à la fois, ce livre, il est censé parler aux générations actuelles et futures. Absolument. Un petit ajout,
parce qu'un copain m'a envoyé tout à l'heure une vidéo qu'il a retrouvée de Lina François, je crois, après le suicide de Caricard où le reportage disait il s'est suicidé donc il était innocent, faisant attention aux accusations qu'on fait circuler. Donc ça veut dire que la société n'était pas prête à découvrir ce qu'il y avait dans le fond des écoles collectivement
il est dit dans le reportage l'honneur d'un homme je crois qui n'a pas supporté le mensonge et qui a préféré le suicide. C'est vrai que ça dit beaucoup de choses de cette ambiance à l'époque.
En fait ça dit un truc que je trouve génial c'est que la réalité pour la comprendre il faut être tous ensemble il faut y être prêt il faut être solidaire il faut être tranquille on peut la regarder la découvrir que si on est tous ensemble que tout seul on fera rien tous ensemble on peut s'apprendre les uns les autres à accepter qu'il y a eu de l'innommable.
ça se fait tout de même pas d'un claquement de doigts mais pour reprendre une expression de votre livre Alain Esquerre que pouvons-nous faire différemment et mieux ? Alors vous l'avez vous
la réponse à votre question ? Alors en tout cas qu'est-ce qu'on peut faire ?
je pense que c'est pas très compliqué je pense que c'est pas très compliqué de faire mieux d'être plus vigilant parce qu'on nous dit tout va bien aujourd'hui non tout ne va pas bien dans les établissements scolaires c'est pour ça aussi que j'ai prêché auprès d'Elisabeth Borne de faire des contrôles inopinés et elle en a diligenté la semaine d'après ma rencontre notamment à Neuilly-sur-Seine mais c'est très important que tous les établissements de la République qu'ils soient privés ou publics dès lors qu'ils reçoivent des subventions et des financements importants de la collectivité rendent des comptes et qu'il faut en terminer avec la toute puissance des chefs d'établissement et l'omerta des OGEC parce que les OGEC qui sont les structures administratives de ces établissements ont la main sur les chefs d'établissement et par exemple sur Bétarame nous n'avons jamais entendu le président du conseil d'administration de l'OGEC prendre la parole sur ce dossier qui est quand même assez conséquent on n'a pas entendu l'association de parents d'élèves locale rien n'a été dit et je rappelle que je suis toujours personnel non grata à Bétarame j'ai voulu m'y présenter le jour des portes ouvertes on m'a refusé l'accès j'y allais justement pour dire que l'établissement avait changé visiblement il n'a pas changé il nous reste une minute quel adulte
seriez-vous devenu sans Bétarame Hélène Perlon
j'en sais rien
vous n'êtes jamais posé la question ?
non moi je ne me suis pas posé la question c'est une autre problématique j'en sais rien
Alain Esquerre vous l'êtes posé non cette question ?
oui je me suis posé il n'y a plus confiance dans les autres dans le groupe je pense
et il n'aurait pas été lanceur d'alerte
Alain Esquerre ? ça c'est sûr je pense que nos vies auraient été meilleures enfin moi je veux juste faire passer ce message c'est que les châtiments corporels sur les enfants ça ne marche pas si c'était aussi simple c'est une question qui revient souvent dans l'actualité en disant il faut revenir un petit peu à la trique mais la trique ça brise des vies ça abîme ça altère la confiance en soi et quand on a un enfant ce qu'on a envie c'est de le protéger et de l'aimer
merci à tous les quatre merci d'avoir accepté l'invitation de Newsbox ce soir sur BFM TV
François Bayrou