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interviewEurope1fr· 14 juillet 2026 6 min

Une Europe de la défense est-elle possible ? pour Jean-Louis Thiériot «la grande illusion serait de croire au tandem franco-allemand»

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Toujours à mes côtés, Alexandre Malafaille, Arthur de Vatrigan et Jean-Louis Thiriot, député DR et ancien ministre aux armées. Arthur de Vatrigan, vous aviez une question pour le député.

0:15
Invité

Oui, Jean-Louis Thiriot, vous nous disiez que vous ne croyez pas à l'Europe de la défense, je partage votre avis, mais en revanche, est-ce qu'on peut réfléchir ou penser à une coopérative ou une coopération, disons, de l'industrie allemande, française et anglaise ?

0:29
Jean-Louis Thiériot

Je n'ai pas dit que je ne croyais pas à l'Europe de la défense, j'ai dit que je ne croyais pas à la défense européenne avec un commandement européen. Après, que les nations coopèrent ensemble et soient interopérables, c'est absolument vital. Le sujet industriel, vous l'avez posé la bonne question, la première des armées, c'est l'industrie. On ne gagne des batailles dans la durée que si on est capable de produire. Et tout le discours sur l'autonomie stratégique qu'on porte, c'est un long chemin.

On a des partenaires, les Allemands au premier rang, qui ont toujours eu l'habitude de sous-traiter leur défense aux Américains, qui ont des industriels, Rheinmetall au premier rang d'entre eux, qui se satisfont très bien d'être les sous-traitants de l'industrie américaine et de ne pas avoir une capacité ni de conception ni d'indépendance dans la production. On aboutit, on l'évoquait dans les F-35, le choix allemand du F-35, alors qu'il y a des avions européens. C'est la raison pour laquelle je crois que la grande illusion, c'est de croire au tandem franco-allemand. L'Europe, ça n'est pas que la France et que l'Allemagne. L'Europe, c'est des grands pays comme la Pologne, comme la Suède.

Et vous voyez, je crois que le côté positif, c'est ce qu'on vient de faire avec la Suède, où on a acheté les avions détecteurs Global Eye à la place d'Awax américain, nous Français, et les Suédois ont acheté quatre frégates à Naval Group, et les marins suédois navigueront sur des frégates françaises. Ce sont les premières pierres à poser. On est encore très loin d'aller assez loin, mais un certain nombre de pays, et la France est leader sur ce sujet-là, se bat pour un European by Act, c'est-à-dire, vous voulez des fonds européens, vous achetez européens et pas sous-traiter aux Américains.

2:15
Présentateur

Alexandre Malafaille.

2:16
Invité

Oui, ça c'est sans doute un point fondamental, c'est certainement ce qui aidera quand même à faire en sorte qu'on commence à vraiment structurer une filière de défense à l'échelle européenne, en ce qui concerne l'industrie. Après, il faudra sans doute inventer d'autres formats, les coopérations entre certains pays. Il y a besoin d'aller dans des directions différentes, et je pense qu'il ne faut pas compter trop sur les Allemands sur les prochaines années. Alors, vous disiez qu'effectivement, l'industrie, c'est la clé. Il y en a une deuxième qui est tout aussi essentielle, c'est le volet humain.

Si on veut avoir l'armée de demain et d'après-demain en capacité de faire le job, comme on dit, est-ce qu'aujourd'hui, on a une dynamique de recrutement qui est toujours là ? Est-ce qu'on pense que demain et après-demain, le métier des armées restera attractif pour qu'on soit certain d'avoir les soldats qui, aujourd'hui, que l'on voit, on les a vus défiler ce matin, qui sont dans l'excellence absolue ? Est-ce que dans dix ans, on sera toujours capable d'assurer ça ?

3:00
Jean-Louis Thiériot

La dynamique de recrutement est objectivement bonne. À ce stade, que ce soit pour l'armée d'actifs ou pour les réservistes ou même pour le nouveau service national volontaire, on a dépassé le nombre qu'on espérait. Ce qui fonctionne moins bien et ce qui est plus inquiétant, c'est la fidélisation. C'est qu'aujourd'hui, dès que vous avez acquis une technicité que donnent les armées et qui font des réussites exceptionnelles, c'est vraiment l'escalier social par excellence. Quand vous êtes bon et que vous êtes sous-officier, au bout de quelques années, vous serez beaucoup mieux rémunéré dans le privé. La question se pose de savoir si vous restez.

Le vrai sujet qui se pose, c'est celui de l'évolution démographique. Dès maintenant, et c'est la grande qualité de nos armées d'anticiper, quand on voit le baisse du nombre de naissances et le baisse d'une classe d'âge, on a un vrai problème de recrutement qui se posera. Et l'une des réflexions sur la robotisation du combat terrestre, c'est évidemment pour moins exposer les hommes, mais qu'on se dit à un moment, de toute façon, on aura des armées moins nombreuses et on sera bien obligés d'avoir un certain nombre de technologies qui le remplacent.

Et vous voyez, ce qu'ont réussi à faire les Ukrainiens, où aujourd'hui, d'après ce qu'on sait, et tout le monde est à peu près d'accord là-dessus, le ratio de perte entre les Russes et les Ukrainiens, il est de 1 à 8, c'est-à-dire un Ukrainien tué pour 8 Russes tués. Les Ukrainiens ont fait ce choix de ne plus envoyer ou d'envoyer moins d'hommes en première ligne, et d'essayer de confier aux technologies le soin de remplacer les vagues du même, parce qu'aussi, ils ont un problème démographique. Donc moi, je crois, à court terme, il n'y a pas de menace, à long terme, c'est évidemment un problème.

Et puis, j'ajoute une chose, l'élément essentiel pour qu'une armée soit forte, vous savez, une armée, c'est trois choses. Ce sont des hommes, des armes et la force d'armes. Et ce qui est vital pour notre pays, c'est de retrouver la volonté d'une nation, parce que ce sont les armées qui se battent, mais c'est les nations qui les soutiennent. Et donc, on retombe sur ce sujet clé, qui est comment faire que la France se retrouve derrière son drapeau.

5:22
Présentateur

On va parler du leadership militaire d'Emmanuel Macron, mais d'abord Alexandre Malafaille.

5:25
Invité

Juste avouer un rebond sur ce que vous évoquiez, vous pensez vraiment qu'on se dirige vers des guerres de robots, uniquement des robots les uns contre les autres ? Non, pas uniquement, c'est pas du tout ce que je voulais dire.

5:33
Jean-Louis Thiériot

Je veux dire simplement, la guerre est en train de changer de visage. Et on exposera moins, on essaiera d'exposer moins nos personnels. Je prends un exemple, l'évacuation des blessés, qui dans le cadre d'un conflit de haute intensité est absolument vital pour sauver des vies. Aujourd'hui, pour évacuer un blessé, vous avez besoin de quatre ou cinq personnes pour le faire. Ce qu'ont réussi à faire les Ukrainiens, c'est des robots terrestres sur lesquels vous chargez le blessé et qui sortent de la killzone pour les récupérer derrière. Voilà typiquement un moyen d'épargner des vies humaines. C'est pas du tout une guerre de robots.

La guerre, ça sera toujours des hommes en première ligne, le sang, la peur, la sueur et la mort. Mais on peut limiter les personnes.