🅰️ttentats, état d'urgence, dignité en politique - L'Interview Politique - Bernard Cazeneuve
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 75 %Attaque 5 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:19OuverteRéponse directe
Quelle est votre définition du rôle de l'homme politique ?
- 3:40OuverteRéponse directe
Un manque de pudeur et de retenue explique-t-il la défiance des citoyens envers les politiques ?
- 5:11OuverteRéponse directe
Le président Macron est critiqué pour une vidéo avec des YouTubeurs, cela vous choque-t-il ?
- 5:36OuverteRéponse directe
Les réseaux sociaux sont-ils seulement bénéfiques pour la liberté d'expression ?
- 8:34OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui a évolué depuis 2015 dans la gestion des attentats ?
- 11:36OuverteRéponse directe
Y a-t-il un paradoxe entre sécurité et liberté dans la gestion des attentats ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:26Invité politiqueFait
« La politique n'est pas un art de la séduction par la dissimulation de ce en quoi l'on croit, mais un art de la conviction en assumant ce que l'on est. »
- 3:51Invité politiqueFait
« La défiance vient de la conscience que les citoyens peuvent avoir de la part d'insincérité. »
- 6:00Invité politiqueFait
« Lorsque les réseaux sociaux permettent dans des tweets, des forums, dans l'anonymat des individus de se livrer à la haine antisémite, à la xénophobie, à l'insulte à l'égard de ceux qui exercent des responsabilités publiques ou qui ont telle ou telle appartenance philosophique, politique ou religieuse, avec une violence extrême qui peut conduire à une violence physique. »
- 15:59Invité politiqueFait
« Lorsque l'on m'a demandé de mettre sous bracelet électronique tous les fichiers S, alors même que parmi les fichiers S, il y a des tas d'individus qui sont simplement surveillés ou qui font l'objet d'une mise en attention, non pas parce qu'ils ont commis des crimes ou qu'ils en commettront un jour, mais simplement parce que le service de renseignement est là pour obtenir le maximum d'informations qui permettent de prévenir. »
- 16:43Invité politiqueFait
« L'article 66 de la Constitution qui a fait l'objet de nombreuses interprétations de la part du Conseil constitutionnel vous interdit de mettre quiconque en situation de privation de liberté sans l'intervention d'un juge. »
- 17:30Invité politiqueFait
« Il faut toujours que par la disposition des choses le pouvoir arrête le pouvoir. Le pouvoir du juge arrête le pouvoir de l'exécutif suivi du Parlement également. »
- 19:45Invité politiqueFait
« Nous avons été confrontés là récemment à un précipité de crise depuis la fin des années 2000 : crise économique et financière, la crise de la zone euro, crise terroriste, crise migratoire, pandémie. »
- 23:45Invité politiqueFait
« Je ne pense pas qu'il puisse y avoir à terme de possibilité d'exercer la responsabilité de l'État face aux défis très importants auxquels on est confronté sur le plan des inégalités, sur le plan de l'environnement, pour des raisons qui tiennent aussi à la déstabilisation de l'ordre international sans des organisations au sein desquelles on réfléchisse en associant le plus grand nombre de citoyens possible. »
Temps de parole
- Invité politique70 %
- Présentateur29 %
≈ 0,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Ceux qui s'imaginent que le pouvoir est un parcours jonché de rose se trompent grandement et que si on n'est pas configuré pour affronter toutes les tempêtes, mieux vaut ne pas s'engager dans l'exercice de la responsabilité de l'Etat, on pourrait ne pas résister à l'épreuve des événements.
Attends, pause, c'est quoi le Créomédia ? On a une équipe qui vous propose du contenu vidéo respectant trois piliers, le débat, l'ouverture d'esprit et la pluralité des opinions. Notre but, faire réfléchir et permettre la libre circulation des idées. Bonne vidéo.
Je ne vais pas mal, mais rassurez-vous, un jour je ne manquerai pas de mourir.
Yo c'est Jules pour le Créomédia, nous nous retrouvons aujourd'hui pour une nouvelle interview consacrée au rôle de l'homme politique. Nous sommes avec Bernard Cazeneuve, monsieur le Premier Ministre, bonjour.
Bonjour.
Merci d'avoir accepté l'invitation du crayon. Permettez-moi de présenter quelques aspects de votre riche carrière en introduction. Vous avez étudié à Sciences Po Bordeaux, vous êtes investi chez les jeunes radicaux de gauche, vous avez rejoint ensuite le Parti Socialiste, vous avez travaillé dans des cabinets ministériels avant de vous présenter en 1994 à la mairie d'Octeville, une commune qui a été depuis rattachée à Cherbourg, dans laquelle vous avez été élu maire en 1995. Vous avez également été élu député de la Manche, le même département dans lequel est située cette commune en 1997, et ce jusqu'en 2017.
Vous vous êtes fait remarquer en tant que député, notamment dans le cadre d'une mission sur l'attentat de Karachi. Et puis, du fait de votre engagement au Parti Socialiste, vous êtes devenu l'un des proches de François Hollande et son porte-parole en 2012, jusqu'à devenir ministre. D'abord, ministre des Affaires européennes, puis ministre du Budget, à la suite de Jérôme Cahuzac, et enfin ministre de l'Intérieur, au sein du gouvernement de Manuel Valls, avant de prendre, pour les six derniers mois de la présidence de François Hollande, le poste de chef du gouvernement, de premier ministre.
J'aimerais citer une phrase de vous que j'ai entendue dans une émission de 2017, Thé ou Café, dans laquelle vous vous dites « La politique n'est pas un art de la séduction par la dissimulation de ce en quoi l'on croit, mais un art de la conviction en assumant ce que l'on est. » C'est une définition que j'adore de la politique. J'aimerais vous demander quelle est une définition du rôle dans cela de l'homme politique.
L'homme politique, c'est d'abord un personnage qui intervient dans la scène publique, dans la sphère publique en raison des convictions qu'il anime, qui a une vision de ce que doit être le vivre-ensemble, qui a une vision de ce que doit être l'organisation de l'État, et qui s'engage dans la vie politique par passion de son pays pour faire en sorte que ce à quoi il croit puisse un jour ou l'autre advenir. Donc la politique, c'est en cela que j'avais prononcé ces mots, est un exercice qui consiste, si on veut toutefois avoir quelque chance de le réussir, dans un contexte où il est difficile d'y parvenir, c'est un exercice qui consiste à essayer, avec la plus grande sincérité, de convaincre.
Et c'est donc effectivement très différent de l'exercice qui consiste à séduire le temps d'une élection ou le temps d'une campagne, parce que la séduction ne dure pas. La conviction emporte avec elle ses effets pendant une période plus longue. Et puis encore une fois, la conviction a quelque chose à voir avec la sincérité. Et même si les Français peuvent se tromper, je les crois bons juges de ceux auxquels ils donnent leur confiance. Et par conséquent, je pense qu'ils savent discerner la sincérité du reste.
Est-ce qu'un manque de pudeur et de retenue que parfois vous critiquez sont des explications à une certaine défiance que l'on connaît aujourd'hui de la part des citoyens à l'égard des représentants politiques ?
Je crois que la défiance vient de la conscience que les citoyens peuvent avoir de la part d'insincérité, qui s'attachent au comportement de ceux qui construisent toute leur stratégie pour accéder au pouvoir, sans nécessairement d'ailleurs savoir ce qu'ils en feront au moment où le pouvoir leur échouera. Donc je pense que c'est de là que vient la défiance.
Je pense que les Français sont assez indulgents à l'égard de ceux qui essaient de faire le mieux possible, sans être d'ailleurs toujours sûrs d'y parvenir, à condition que ceux-là soient capables de rendre compte des contraintes, des difficultés, qui peuvent parfois se dresser sur un chemin et contrarier la réalisation des objectifs sur lesquels on s'était engagé sincèrement. Ce que les Français savent par ailleurs discerner, et qui les met parfois dans la plus grande suspicion ou la plus grande réserve à l'égard de la politique, c'est la manipulation.
C'est-à-dire le fait, à partir de considérations exclusivement tactiques, d'essayer d'acquérir le pouvoir, et une fois qu'on y est, d'oublier ce pour quoi on s'y trouve.
On entend en ce moment des critiques justement en manipulation de la part du président Emmanuel Macron, suite à la vidéo qu'il va produire sur des anecdotes avec deux Youtubers, McFly et Carlito. Le président veut vous faire un défi, que certains critiquent justement pour peut-être soit un jeu à destination de la prochaine échéance présidentielle, soit un manque de puteur et de retenue de la part du chef de l'État. Vous avez parfois émis des critiques aussi à l'égard des réseaux sociaux. Je vous entendais en octobre sur France Inter parler des réseaux sociaux comme le creuset de l'abjection.
Est-ce que spécifiquement le cas de ce concours d'anecdotes entre des Youtubers et un président vous choque ? Est-ce que les réseaux sociaux sont aujourd'hui, ne permettent pas seulement une liberté d'expression bénéfique ?
Non mais il y a sur les réseaux sociaux une liberté d'expression bénéfique. Comme en toute chose, tout dépend de ce que l'on fait des réseaux sociaux. Si les réseaux sociaux sont une occasion comme nous le faisons à l'instant, puisque cette interview à vocation comme d'autres que vous avez réalisées, être diffusée, peut-être être regardée, a suscité le débat. Il n'y a rien à dire contre les réseaux sociaux qui soit maître à leur débit.
En revanche, lorsque les réseaux sociaux permettent dans des tweets, des forums, dans l'anonymat des individus de se livrer à la haine antisémite, à la xénophobie, à l'insulte à l'égard de ceux qui exercent des responsabilités publiques ou qui ont telle ou telle appartenance philosophique, politique ou religieuse, avec une violence extrême qui peut conduire à une violence physique. On a vu ce qui s'est passé à partir de la haine diffusée sur les réseaux sociaux à l'encontre d'un enseignant il y a de cela quelques mois. Donc là, effectivement, les réseaux sociaux deviennent le creuset de l'abjection et de l'abjection parce qu'ils sont le creuset de la lâcheté.
Car lorsque vous dites déverser votre haine sans avoir le courage de dire qui vous êtes et à partir de quel endroit vous parlez, alors tout est possible. Donc les réseaux sociaux sont comme toute modalité d'expression porteurs du pire comme du meilleur. Et tout dépend de l'utilisation qu'on en fait, de la conception qu'on en a et des dispositions qu'on prend pour les réguler. Quant au président de la République qui communique avec des youtubeurs, j'ai vu ça de loin, bon, chacun a la modalité d'expression de son choix.
Je pense que la meilleure modalité d'expression pour un président de la République, c'est l'extrême sobriété de l'adresse aux français, dans sa forme la plus classique, qui n'empêche pas de dire des choses sincères, qui ont du fond et du contenu. Le reste privilégie la modalité de communication sur le fond. C'est une manière, paraît-il, moderne de faire les choses. Mais pour moi, la modernité a quelque chose, encore une fois, à voir avec le contenu, la sincérité, la sobriété, la simplicité. Regardez la manière très institutionnelle, et somme toute très classique, qui préside à la communication de la chancelière Angela Merkel, elle n'en est pas moins populaire.
Donc, tout ça doit être gardé avec distance, et avec sagesse, me semble-t-il.
J'aimerais rebondir sur ce que vous évoquez, l'assassinat d'un enseignant qui a eu lieu il y a quelques mois, Samuel Paty. Durant vos années au ministère de l'Intérieur, vous avez été confronté à une vague d'attentats absolument marquante, à la fois pour la communauté nationale, et puis pour vous-même en tant qu'être humain, évidemment, et que français. Qu'est-ce qui a évolué depuis l'année 2015 et l'année 2016 ? On a eu, outre le mode opératoire qu'on retrouve dans l'attentat de Saint-Quentin Falavier de 2015, où on avait connu une décapitation. Que signifie, pour vous qui êtes fils et frère d'enseignants, si je ne me trompe pas, un attentat contre un enseignant ?
D'abord, cette violence, elle est la violence abjecte d'individus qui ont perdu toute humanité, quelles que soient les modalités de cette violence, quelles que soient ceux auxquels elle s'adresse, dès lors qu'on peut, par le dévoiement d'une religion, et par bêtise, par méchanceté, parce qu'on est guidé par la haine, porter atteinte à l'intégrité physique de son prochain, au motif qu'il n'a pas la bonne religion, ou qu'il ne la pratique pas comme il devrait la pratiquer, c'est qu'on est dans un abaissement de l'esprit, et dans une faiblesse considérable face aux instincts qui peuvent présider à un moment ou à un autre, précisément lorsque l'esprit s'est affaibli, aux pires violences.
Et j'ai vu cette violence à l'œuvre, lorsque j'étais ministre de l'Intérieur, des attentats de Charlie, jusqu'à l'épouvantable tragédie de Nice, en juillet 2016, en passant par l'assassinat d'un prêtre égorgé dans son église, à Saint-Etienne-du-Rouvray, l'assassinat de Saint-Quentin Falavier, d'un chef d'entreprise, Hervé Cornara, et je pense bien entendu à l'épouvantable tuerie de Saint-Denis, du Bataclan, des terrasses de café à Paris, dans cette nuit sombre et à tout jamais inoubliable du 13 novembre 2015.
Toute cette violence finalement est une violence dictée par le fanatisme, par une idéologie totalitaire, par l'islamisme qui est une idéologie totalitaire, et qui doit être combattue au même titre que d'autres idéologiques totalitaires le furent, par le passé, qui par la violence qui présidait à une vision du monde a conduit au pire crime. Donc l'idéologie totalitaire ne change pas de nature selon la nature des crimes qu'elle commet, elle exprime à l'occasion de chaque crime ce qu'est sa vraie nature.
Justement, cet attentat de Nice, ainsi que les autres d'ailleurs, a suscité au sujet de la gestion par le gouvernement de la prévention des attentats, des critiques. Certains ont loué d'ailleurs aussi, il faut le préciser, la gestion par le gouvernement de la crise. Mais il y a eu des critiques, notamment de la part de Mediapart, le terroriste aurait eu l'occasion à plusieurs reprises de se rendre sur la promenade des Anglais et d'y circuler pour préparer son acte.
A-t-on un paradoxe entre une exigence de sécurité et une exigence de liberté, puisqu'on a connu également des critiques à l'encontre de l'état d'urgence, donc vous avez fait les frais, ou est-ce qu'on a simplement le droit d'être exigeant en tant que citoyen envers son gouvernement ? Et je lis ça à la crise Covid actuelle, où beaucoup se plaignent des restrictions qui nous sont imposées en tant que citoyen français, et en même temps, il y a un devoir de protéger des vies.
Je ne sais pas si ça vous a échappé ou pas, mais moi je ne m'exprime pas sur la manière dont le gouvernement gère la crise sanitaire. J'ai été confronté à des crises extrêmement difficiles. Je sais l'extraordinaire complexité de la direction d'un pays lorsqu'il est confronté à des épreuves comme la crise terroriste ou la crise sanitaire actuelle.
Et donc, je ne fais pas de commentaires non pas parce que je pense qu'en démocratie, il est interdit d'en faire, mais parce que je pense que lorsqu'on a exercé les responsabilités qui étaient les miennes, la décence consiste à attendre que la crise soit terminée pour émettre des commentaires, éventuellement des commentaires qui résultent du retour d'expérience. Et moi, je n'ai pas vocation, par des commentaires intempestifs, à compliquer la tâche de ceux qui gouvernent et dont je sais à quel point elle est difficile. D'autres le font, c'est leur affaire, mais moi je sais ce que c'est, et par conséquent, je ne fais pas à autrui ce que j'ai parfois souffert qu'on me fie à moi-même.
Deuxièmement, il est tout à fait normal en démocratie qu'on demande des comptes. Et il est particulièrement étrange qu'on s'indigne de devoir en rendre lorsqu'on exerce une responsabilité publique, y compris lorsque l'on est au cœur de la crise. Et d'ailleurs, lorsque j'ai été confronté à la crise terroriste, j'ai été mis en cause au Parlement, dans la presse, par certains élus qui ne reculait devant aucune tentative démagogique, parfois outrancière, lorsqu'il s'agissait de se trouver garantie de leurs quelques minutes sur BFM en mettant en cause le gouvernement.
Et je considérais que tout cela faisait partie du jeu démocratique, même si la conception que j'en ai me dispense d'avoir à me comporter de la sorte. Bien sûr qu'il y a eu des débats sur la liberté et la sécurité. Je remarquais d'ailleurs, vous avez cité quelques organes de presse tout à l'heure, que ceux qui étaient les plus enclins à dénoncer les failles des services de renseignement étaient les premiers à s'indigner des moyens supplémentaires qu'on leur donnait lorsqu'on faisait passer des dispositions législatives pour renforcer leurs moyens.
C'est-à-dire que les services de renseignement ne méritaient d'être mis sous les lumières des caméras, que dès lors qu'ils commettaient une faute, rarement quand ils obtenaient des résultats, et toujours pour pointer leurs failles, ou alors pointer leur tendance à organiser la surveillance de masse lorsqu'on s'employait par la loi à leur donner des moyens dont ils ne disposaient pas pour prévenir les attentats.
C'était très intéressant à regarder d'un point de vue entomologique que ce jeu de réaction de la part d'un certain nombre d'observateurs qui était à ce point prévisible qu'il m'arrivait de dire à mon cabinet voilà l'article que vous allez lire demain, non pas parce que je l'avais écrit moi-même, mais parce que j'avais réussi à le lire avant même qu'ils ne l'écrivent, tellement les critiques étaient prévisibles et les comportements dictés par des postures. Mais ceci étant, une question de fond se pose qui est la question de l'articulation entre liberté et sécurité.
Et pour ne pas sortir de l'équilibre, il faut rester dans les dispositions rigoureuses de l'état de droit et les principes constitutionnels. Et je vais prendre quelques exemples concrets. Lorsque l'on m'a demandé de mettre sous bracelet électronique tous les fichiers S, alors même que parmi les fichiers S, il y a des tas d'individus qui sont simplement surveillés ou qui font l'objet d'une mise en attention, non pas parce qu'ils ont commis des crimes ou qu'ils en commettront un jour, mais simplement parce que le service de renseignement est là pour obtenir le maximum d'informations qui permettent de prévenir.
D'ailleurs, si vous mettez avec des bracelets électroniques tous ceux que vous surveillez, vous rendez votre surveillance singulièrement inefficace. outre le fait que vous remettez en cause les principes généraux du droit et des libertés fondamentales. Mais là, c'est les principes de droit. La Constitution qui vous dicte quel doit être le comportement. L'article 66 de la Constitution qui a fait l'objet de nombreuses interprétations de la part du Conseil constitutionnel vous interdit de mettre quiconque en situation de privation de liberté sans l'intervention d'un juge. Il y a eu un contrôle juridictionnel très fort au moment de l'état d'urgence.
Il y a eu au moment de l'état d'urgence un contrôle parlementaire puissant avec la Commission des lois de l'Assemblée nationale et du Sénat s'érigeant en commission d'enquête parlementaire permanente traçant sur chacune les mesures de police administrative prises par l'État un contrôle.
Donc nous étions vraiment dans un contexte et c'était très bien ainsi de surveillance de l'action de l'exécutif parce que pour reprendre l'expression de Montesquieu qui est simple et que j'utilise souvent parce qu'elle m'apparaît juste en l'occurrence dès lors qu'il s'agit de déterminer la proportionnalité des mesures que l'on prend pour lutter contre le terrorisme au regard des libertés il faut toujours que par la disposition des choses le pouvoir arrête le pouvoir. Le pouvoir du juge arrête le pouvoir de l'exécutif suivi du Parlement également. Sinon nous sommes dans un régime qui cesse d'être un État de droit et qui cesse d'être un État de droit arrimé aux valeurs de la démocratie.
Et puis tout homme ayant du pouvoir est tenté d'en abuser.
Toujours, systématiquement. Et même s'il est très autodiscipliné on n'a pas la garantie qu'il y parviendra. Donc il faut que ce soit les institutions qui garantissent le fait que quiconque est investi du pouvoir ne sera pas en situation d'en abuser. Non pas parce que son tempérament lui interdira de le faire mais parce que même si son tempérament l'incitait à le faire les institutions le bloqueraient. Et c'est la raison pour laquelle il faut être très prudent lorsqu'on joue avec les institutions. Parce que les institutions finissent toujours par se venger de la maltraitance qu'on leur a fait subir. Par la transgression notamment.
C'est une sage parole à méditer. Vous aviez mentionné effectivement que chaque président, en tout cas chaque personne aux responsabilités a son lot de crises ou en tout cas de sujets de grandes responsabilités à gérer. On se souvient du président Sarkozy qui avait eu une crise financière et économique très importante. Vous-même et le président Hollande qui avait connu notamment une vague terroriste. aujourd'hui même si on ne s'exprime pas sur le sujet de la crise sanitaire.
Est-ce que c'est le lot tout simplement du plus haut niveau de l'État que d'avoir à faire face à ce toujours des signes noirs pour reprendre Nicolas Staleb ou est-ce qu'il y a un moment peut-être plus propice à un moment de repos de quiétude dans l'action publique qui permettra peut-être de réduire la dette un jour
La politique a ses cycles. Nous avons été confrontés là récemment à un précipité de crise depuis la fin des années 2000. Crise économique et financière, la crise de la zone euro, crise terroriste, crise migratoire, pandémie. Donc nous avons un précipité de crise de toute nature qui mettent à l'épreuve les nations et mettent aussi à l'épreuve leur capacité de résilience. c'est un phénomène qui n'a pas vocation à se produire à l'infini même si on voit beaucoup de sujets et beaucoup de défis apparaître qui ont toutes les raisons de nous inquiéter. Je pense notamment au défi climatique qui peut avoir des conséquences absolument majeures sur l'avenir de nos enfants et par-delà les institutions.
Donc je ne pense pas qu'il y ait une consubstantialité de la tragédie à l'exercice du pouvoir même si l'histoire est souvent tragique et je ne pense pas que ceux qui sont portés à la tête de l'État soient systématiquement des chats noirs dont il faudrait se méfier. Ce que je sais en revanche c'est que ceux qui s'imaginent que le pouvoir est un parcours jonché-le-rose se trompent grandement et que si on n'est pas configuré pour affronter toutes les tempêtes mieux vaut ne pas s'engager dans l'exercice de la responsabilité de l'État on pourrait ne pas résister à l'épreuve des événements.
Je crois que vous disiez vous-même avoir été sujet à des insomnies lors de la crise au plus fort de la crise terroriste.
J'étais sujet à des insomnies avant la crise donc ça ne s'est pas arrangé pendant. Je ne dors toujours pas.
la gestion en tant qu'être humain comment gère-t-on sa vie personnelle lorsqu'on est confronté à autant de pression de responsabilité comment le cerveau peut-il décloisonner une vie privée je crois que vous êtes marié à l'été 2015 comment réussir à profiter Cédric Villani que nous avons reçu en interview nous disait qu'en politique on n'est jamais off quel est-vous votre votre recette là-dessus
Pour moi c'est très simple j'étais entièrement consacré à ma tâche donc je n'avais pas d'autre sujet en tête quand vous avez une crise terroriste comme celle à laquelle on a été confronté il ne faut pas s'imaginer pouvoir organiser ses loisirs
donc on décloisonne jamais on est pendant des années
comme dans un tunnel on est dans l'exercice de sa responsabilité pleinement entièrement et tout moment où on s'en éloigne est un moment où on peut commettre une faute donc mieux vaut ne pas s'en éloigner de ce métier qu'est l'exercice de l'état
J'aimerais vous poser une question sur un autre sujet sur l'actualité et l'avenir de la gauche de la gauche universaliste la gauche socialiste nous en avons parlé à plusieurs reprises dans différentes interviews je pense à un oeil pour oeil avec contre-courant des députés que nous avons reçus ou des sénateurs sénateurs socialistes Rémi Cardon par exemple les deux partis qui ont fait la 5ème République le parti gaulliste qui a eu différents noms RPR, UMP les républicains et le parti socialiste ont tous les deux subi un coup en 2017 Aujourd'hui j'ai l'impression qu'avec l'émergence de plus en plus forte des réseaux sociaux des militantismes alternatifs aux militantismes partisans traditionnels se développent y compris on retrouve beaucoup de militantismes de gauche intersectionnel antiraciste etc écologiste sur les réseaux sociaux dans des nouveaux médias digitaux Quel est pour vous l'avenir d'une gauche universaliste et du parti socialiste et d'une gauche partisane en particulier ?
Bon d'abord même s'il peut y avoir des modalités très nombreuses d'action politique et des modalités multiples d'intervention dans le champ politique je ne pense pas qu'il puisse y avoir à terme de possibilité d'exercer la responsabilité de l'État face aux défis très importants auxquels on est confronté sur le plan des inégalités sur le plan de l'environnement pour des raisons qui tiennent aussi à la déstabilisation de l'ordre international sans des organisations au sein desquelles on réfléchisse en associant le plus grand nombre de citoyens possible au sein desquelles on tranche des débats pour pouvoir dire ce que l'on fera une fois qu'on sera au pouvoir et au sein desquelles on organise les comptes rendus des responsabilités qu'on exerce parce qu'il est toujours bon même si cela peut apparaître démodé comme le faisait Pierre Mendès France de rendre compte de l'action qu'on conduit lorsqu'on a été investi une responsabilité publique la politique applique un minimum d'organisation et peut-être même un peu d'ordre un pays n'est pas une ruche même si on a besoin de lieux de réflexion de confrontations de débats d'imagination etc.
et donc je crois beaucoup à la nécessité pour les partis de se renouveler de s'ouvrir d'être attentif à toutes les formes d'expression sociale qui peuvent s'épanouir et naître dans la société je ne crois pas que on puisse diriger un pays si l'on ne peut pas un peu d'ordre dans sa pensée si l'on ne dit pas dans quelle direction on s'engage et si on ne rassemble pas des forces pour créer une force car le rassemblement l'unité implique qu'une force à un moment donné soit capable d'emporter avec elle des convictions et d'agréger des organisations donc je pense qu'il est toujours bon d'être sensible à la dimension vibronnante de la réflexion politique et de ne pas se tenir systématiquement éloigné de ce que sont les mouvements à la mode mais on aurait tort de se soumettre à leur seul diktat et je pense qu'il y a des lignes de force en politique qui par-delà les périodes demeurent et notamment la nécessité de la réflexion de la pensée de fond de l'arbitrage entre les solutions de la définition d'une stratégie de l'agrégation de force pour conquérir le pouvoir et une fois qu'on l'a conquis pour l'exercer correctement
il faut notamment réussir à s'extraire du timing imposé par les réseaux
il faut surtout parvenir à s'extraire de ce qu'est le grégarisme de l'époque parce qu'il y a des moments dans l'histoire de notre pays où les français ont tendance à s'organiser en meute sans nécessairement que la meute ne conduise l'ensemble de ceux qui la composent dans la bonne direction et à un moment donné il faut être capable de réfléchir par soi-même et de s'extraire de la meute pour montrer le bon chemin ne pas perdre sa boussole
pour aller vers la fin de cette interview monsieur Cazeneuve j'aimerais vous demander qui vous souhaiteriez voir assis à votre place dans cette interview politique pour le crayon
oh là là il ne manque pas d'acteur pour pour dire des choses sensées mais vous qui êtes jeune allez interviewer un grand ancien par exemple comme Robert Badinter il aura des choses à vous dire
avec grand plaisir monsieur Badinter si vous voyez cet extrait pour conclure je vais vous poser la question que nous posons à tous nos invités que vous inspire le crédo du Notre Média Le Crayon la phrase trace tes contours
je préfère trace ton chemin parce que trace tes contours c'est un peu auto-centré ça renvoie au narcissisme de l'époque ce sont ses propres contours que l'on trace moi je préfère qu'on trace un chemin une direction dans laquelle on peut s'engager soi-même mais pas seul et qui va bien au-delà de son propre contour qui montre une direction pour le plus grand nombre qui peut être d'ailleurs une direction à ce point enthousiasmante galvanisante des énergies qu'on finisse par oublier que cette direction a été montrée par soi-même à un moment donné parce que finalement les directions qui comptent sont les directions qu'on trace à plusieurs et donc aucune personnalité qui s'imaginerait pouvoir être faire oeuvre utile en se contentant d'avoir tracé son propre contour ne pourrait être utile dans un moment où nous avons besoin d'enthousiasme collectif
Monsieur le Premier ministre Bernard Cazeneuve merci merci à vous c'est la fin de cette interview j'espère qu'elle vous a plu n'hésitez pas à nous dire en commentaire ce que vous en avez pensé à la partager autour de vous à la relayer à vos proches à votre entourage et puis on se retrouve mardi prochain pour une prochaine interview ciao