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interviewC à vous· 9 juillet 2024 13 min

Fabien Roussel prêt à lâcher les insoumis ? - C à Vous - 09/07/2024

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

la proposition d'un gouvernement, des postes stratégiques à l'Assemblée, je pense que la dégustation estivale du barbecue cher à F.Roussel, ce n'est pas forcément pour demain. - A.-E.Lemoine: C'est vrai?

On a entendu O.Faure fixer des échéances. Il promettait le nom d'un Premier ministre pour le Nouveau Front populaire d'ici la fin de cette semaine.

On n'y arrivera pas d'ici vendredi. Si? - F.Roussel: Si...

Mais quand je vous écoute, madame Saint-Cricq...

Quand j'entends tous les commentaires depuis des jours...

La situation est bien plus grave que tout ce que l'on peut dire sur ce que l'on est en train d'écrire. Ils sont où, les gens, dans ce que vous venez de dire? Je pense à ces retraités que j'ai rencontrés chez moi pendant la campagne.

Je pense aux salariés de Duralex. Je voudrais rencontrer les salariés de l'usine de chocolat Poulain. Elle va fermer.

Nous nous sommes rencontrés dans un endroit secret avant-hier. Quand on est sortis, un monsieur nous a dit qu'il fallait tenir bon, car le Smic à 1600, ils y tiennent. C'est d'abord ça qui nous guide.

Vous avez écrit, au lendemain de la dissolution: "A gauche, ils n'arriveront jamais à se mettre d'accord." On s'est mis d'accord. "Ils n'arriveront jamais à écrire un programme." On a écrit un programme.

Oui, écrit en 4 jours... - A.-E.Lemoine: Sur lequel personne n'est tout à fait d'accord. - F.Roussel: Si.

Et: "Ils ne gagneront jamais." Et on est arrivés en tête des législatives. On mesure que ce qui s'est dit dans les urnes le 9 juin, y compris avec un vote en faveur de l'extrême droite très fort, au premier tour, au second tour...

On mesure les attentes des Français, et elles sont énormes, sur les salaires, les retraites, le remboursement des médicaments, sur les services publics! On va réussir à proposer un Premier ministre... - A.-E.Lemoine: D'ici la fin de la semaine?

C'est ce qu'a dit O.Faure. - F.Roussel: On fait tout pour avancer dans ce sens.

On travaille ensemble, dans le respect des 4 forces que nous sommes. On se respecte. En même temps qu'il faut proposer un Premier ministre, s'il n'y avait qu'un nom à sortir du chapeau...

Ce n'est pas que ça. La situation est fragile. Le chemin est très étroit pour gouverner la France dans une Assemblée où personne n'a la majorité absolue.

En même temps, une ligne, un mandat de travail pour faire en sorte...

Comme nous revenons dans un véritable régime parlementaire, c'est à l'avenir que ça va se décider. Donc avec une capacité de dialogue, pour faire en sorte qu'à partir du programme du Nouveau Front populaire, nous arrivions à répondre aux attentes de nos concitoyens. - A.-E.Lemoine: Pourquoi vous ne soumettez pas ça au vote?

C'est ce que suggère la maire PS de Nantes. - F.Roussel: Si on est d'accord...

Nous qui avons construit le Nouveau Front populaire, si nous nous mettons d'accord, il n'y a plus de débat. S'il y a encore des différends, s'il reste encore 2 candidatures à départager...

Nous proposons, l'Assemblée dispose. Derrière, on va construire. - N.Saint-Cricq: On n'est pas totalement dans le fantasme.

Ce n'est pas parce qu'on est des journalistes fouineurs...

Tout le monde nous dit que le problème, c'est LFI, que J.-L.Mélenchon est un boulet... - A.-E.Lemoine: R.Glucksmann refuse de s'asseoir à la même table des négociations. - F.Roussel: Il y a une autre question, avant celle-là: est-ce que le président de la République est d'accord pour laisser un gouvernement du Nouveau Front populaire travailler? - N.Saint-Cricq: Si vous proposez quelqu'un qui n'est pas LFI... - F.Roussel: Est-ce qu'il est d'accord qu'il y ait un Premier ministre issu de nos formations, de nos rangs?

Est-ce qu'il est d'accord pour respecter...

Bien sûr, avec un nom. Mais avant ça, est-ce qu'il est d'accord pour respecter le suffrage et le fait que nous avons été élus sur la base d'un programme et qu'à partir de ce programme, nous pouvons construire des majorités, apaiser la France? Quand il confirme la nomination de G.Attal et qu'aujourd'hui...

Qu'est-ce qui va se passer dans les semaines et les mois qui viennent? G.Attal va nommer des nouveaux ministres? - A.-E.Lemoine: C'est un gouvernement démissionnaire, pour l'instant, qui exécute les affaires courantes. - F.Roussel: Dans les affaires courantes, il n'y a pas que des cadeaux.

Il y a 10 milliards d'euros d'économies sur le budget de l'Etat. Il y a, pour les enseignants qui préparent la rentrée, les groupes de niveaux qui vont se mettre en place, que nous voulons abroger par décret tout de suite, pour que les enseignants n'aient plus ce fardeau. Nous demandons au président de la République de laisser le Nouveau Front populaire gouverner, construire des majorités. - N.Saint-Cricq: La balle est dans votre camp. - F.Roussel: Nous proposerons un Premier ministre et c'est lui qui aura à répondre à la question.

Je propose dans le même temps qu'il y ait un programme qui aille avec, issu du Nouveau Front populaire, avec un calendrier de mise en oeuvre. Et on ira discuter avec les parlementaires et retrouver le sens du travail parlementaire. - A.-E.Lemoine: En s'ouvrant aux élus macronistes? 180 députés, c'est loin de la majorité absolue.

Il va falloir s'ouvrir. - F.Roussel: S'ouvrir, dialoguer, construire...

Il faut convaincre. Si, demain, nous soumettons à l'Assemblée nationale l'abrogation de la réforme de la retraite à 64 ans, et c'est une des 1res choses que nous voulons mettre en oeuvre, pour tout de suite libérer des centaines de milliers de salariés qui veulent partir en vacances...

Sur un tel texte, ceux qui ont défendu ce texte dans le camp présidentiel refuseront de le voter. Mais les députés du RN seront devant leur but, eux qui ont été un peu piqués...

Ils vont pouvoir se prononcer. Si, demain, nous proposons tout de suite de mettre en place un plan de recrutement d'enseignants et de soignants pour nos hôpitaux et nos écoles pour pouvoir parer à la rentrée et répondre aux besoins de nos concitoyens, on va mettre un budget en face. Qui va voter contre et pour?

J'imagine que des députés du camp présidentiel pourraient voter pour, car il semble bien qu'il faut lâcher du lest. - A.-E.Lemoine: Et gouverner avec des personnalités issues du camp présidentiel, c'est oui ou c'est non? - F.Roussel: Si, demain, y compris moi, si je disais "on va faire un gouvernement avec des ministres du camp d'E.Macron", on ne serait pas crédibles.

Ils ont été défaits, battus. - A.-E.Lemoine: Vous pouvez faire voter des textes avec des ministres devenus députés, mais gouverner avec d'anciens ministres, non? - F.Roussel: Le camp présidentiel a perdu la confiance du pays.

E.Macron n'a plus la confiance du pays. Il est très orgueilleux.

Il faut qu'il admette qu'il a perdu. Entre mettre en oeuvre tout le programme, rien que le programme, tout de suite, comme si on avait la majorité absolue...

Je pense que ce n'est pas faisable. Nous n'avons pas la majorité pour le faire. Mais en même temps, dire "on va faire une coalition avec le camp macroniste pour faire un programme bique et bouc", ça ne passera pas.

Les Français vont dire qu'on se moque d'eux. Nous devons respecter ce que les Français ont dit pendant cette élection. - A.-E.Lemoine: Il y a beaucoup d'électeurs qui ont reporté leur voix sur des candidats du Nouveau Front populaire. - F.Roussel: Il y en a aussi beaucoup qui ont voté à l'extrême droite.

Vous avez entendu leur colère. Ils ont exprimé cette colère par rapport à leur pouvoir d'achat, à la sécurité...

On ne fera pas de coalition avec l'extrême droite. C'est contre-nature. Il faut connaître le travail parlementaire et comment il se construit, et comment on peut construire des majorités, convaincre, devant les Français.

J'appelle à l'intervention citoyenne, par exemple. Les citoyens doivent s'en mêler. - A.-E.Lemoine: Qu'est-ce qu'ils peuvent faire? - F.Roussel: S'il y a un gouvernement du Nouveau Front populaire et que nous sommes en place, avec un calendrier de mesures que nous annonçons, public, j'avais demandé à ce que chaque citoyen aille voir ses députés pour leur dire: "S'il y a ça qui passe demain, on compte sur vous pour le voter." C'est comme ça qu'on pourrait s'en sortir. - N.Saint-Cricq: Il n'y a rien à faire avec LFI? - F.Roussel: C'est peut-être un peu prématuré.

On va finir nos discussions, proposer un Premier ministre, rencontrer le président de la République. La 2e chose...

Nous devons construire avec les responsables syndicaux, avec les forces sociales de la démocratie. L'intersyndicale attend qu'il y ait des mesures qui soient mises en oeuvre tout de suite. On doit faire avec eux.

Si les syndicats et l'intersyndicale se rendent compte qu'ils se font avoir, qu'E.Macron maintient son gouvernement ou construit un gouvernement technique pour gérer les affaires courantes, je ne vais pas dire à leur place ce qu'ils vont dire, mais j'imagine qu'ils ne seront pas contents. - A.-E.Lemoine: Les négociations à gauche s'enchaînent depuis dimanche soir dans des lieux tenus secrets.

Vous faites attention quand vous passez des coups de fil dans les rames des TGV que vous prenez entre Lille et Paris? Un compte X a publié des extraits d'une conversation téléphonique alors que vous étiez sur le quai d'un TGV. Ca datait de l'entre-deux-tours.

A l'époque, vous étiez prêt à lâcher LFI? - F.Roussel: Ca date d'avant le premier tour.

Je suis vraiment transparent...

Je passe des coups de fil...

J'échange avec des collègues. A cette époque, au moment où je passe ce coup de fil, il y avait une majorité presque absolue donnée au RN. Chacun échafaude des scénarios.

Comment on fait demain? Ce n'est rien d'autre que ça. Concernant les insoumis...

Depuis le début, le 9 juin, l'annonce de la dissolution, on est 4 mousquetaires, 4 acteurs à construire ce Nouveau Front populaire. On le fait dans le respect des uns et des autres. On n'a rien lâché entre nous dans ce respect, dans le fait qu'on travaille au consensus, c'est-à-dire jamais l'un sans l'autre.

Il faut l'entendre.