Iran : les mots de la guerre : Missiles balistiques : la stratégie de dissuasion iranienne
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« Ces missiles balistiques, ce sont pour faire simple les versions très modernisées des fameuses V2 allemandes de la Deuxième Guerre mondiale ou des missiles Scud russes qui ont été utilisés pendant toute une série de guerres périphériques et notamment la guerre en Irak. »
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« On en a beaucoup parlé, on en avait parlé aussi pendant la guerre du Koweït lorsque Saddam Hussein avait envahi le Koweït et menacé de tirer ces missiles Scud sur tous les pays de la région. »
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« Ce sont des fusées qui sont tirées en direction de l'espace, qui ont une trajectoire balistique qui, sur la phase descendante, leur permet d'avoir une vitesse extrêmement élevée et donc d'être très difficiles à intercepter. »
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« Alors ce qu'il faut bien préciser aussi et bien comprendre dans la guerre actuelle qui oppose les Etats-Unis, Israël à l'Iran, c'est que l'arsenal classique iranien, pour faire simple, les avions, les navires, l'artillerie, tout ce qui est capable de tirer des projectiles à distance, est totalement obsolète. »
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« C'est-à-dire que si, même si Israël laissait faire, l'Iran serait incapable de monter un raid aérien classique contre Israël qui est à plus de 1600 km de portée. »
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« Donc en fait, aujourd'hui, les missiles balistiques iraniens sont le seul moyen pour l'Iran de frapper en profondeur, loin, ses adversaires, donc aujourd'hui clairement Israël, mais aussi les bases américaines de la région. »
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« Même avec des boucliers antimissiles performants, le calcul, c'est qu'il y en aura toujours de 10 à 20% qui passeront et qui produiront des dégâts, qui affaibliront le moral de la population. »
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« Et donc, c'est vécu, finalement, c'est perçu comme une arme, certes offensive, mais surtout défensive, c'est-à-dire qui leur permet d'exercer encore, à minima, une certaine forme de dissuasion. »
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« Des missiles qui sont stockés, cachés très profondément dans des montagnes, vous pouvez en avoir des milliers. Mais si vous n'êtes pas capable de les mettre sur un véhicule lanceur qui va sortir de la caverne, qui va se mettre en position de tir, qui va lever son missile, puis le tirer, ça ne sert à rien. »
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« Ce qui est crucial, c'est le nombre de lanceurs dont l'Iran dispose encore et le fait que, bien évidemment, l'Iran qui a probablement construit et qui a un stock de missiles d'avance avant la guerre du 28 février. »
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« Le deuxième, c'est une logique économique, c'est-à-dire que pour fabriquer un missile balistique, d'après les experts occidentaux, coûte autour de 1,5 million entre 1 à 1,5 million de dollars. »
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« Les missiles anti-missiles extrêmement performants fabriqués aux Etats-Unis et en Israël coûtent chacun, au bas mot, 2,5 millions de dollars. »
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« Ça veut dire que, en fait, le coût, il est quatre fois supérieur. Donc, il y a, bien sûr, il y a aussi cette logique économique. »
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Iran, les mots de la guerre. Épisode 7, missiles balistiques. Pierre Razou, vous êtes directeur académique de l'Institut Fondation Méditerranéenne d'études stratégiques. Que sont ces missiles balistiques que produit et lance l'Iran ?
Ces missiles balistiques, ce sont pour faire simple les versions très modernisées des fameuses V2 allemandes de la Deuxième Guerre mondiale ou des missiles Scud russes qui ont été utilisés pendant toute une série de guerres périphériques et notamment la guerre en Irak. On en a beaucoup parlé, on en avait parlé aussi pendant la guerre du Koweït lorsque Saddam Hussein avait envahi le Koweït et menacé de tirer ces missiles Scud sur tous les pays de la région. Ce sont des fusées qui sont tirées en direction de l'espace, qui ont une trajectoire balistique qui, sur la phase descendante, leur permet d'avoir une vitesse extrêmement élevée et donc d'être très difficiles à intercepter.
Donc ça, c'est pour bien expliquer à nos auditeurs ce que sont ces missiles balistiques. Alors ce qu'il faut bien préciser aussi et bien comprendre dans la guerre actuelle qui oppose les Etats-Unis, Israël à l'Iran, c'est que l'arsenal classique iranien, pour faire simple, les avions, les navires, l'artillerie, tout ce qui est capable de tirer des projectiles à distance, est totalement obsolète. C'est un arsenal qui date pour l'essentiel de la période du Shah, donc qui a aujourd'hui plus de 60 ans, et qui n'a plus de valeur réellement militaire.
C'est-à-dire que si, même si Israël laissait faire, l'Iran serait incapable de monter un raid aérien classique contre Israël qui est à plus de 1600 km de portée. Donc en fait, aujourd'hui, les missiles balistiques iraniens sont le seul moyen pour l'Iran de frapper en profondeur, loin, ses adversaires, donc aujourd'hui clairement Israël, mais aussi les bases américaines de la région. Et donc, ce qui est fondamental d'un point de vue, on va dire, stratégique iranien, c'est que comment dissuader aujourd'hui les adversaires de l'Iran d'attaquer l'Iran, et on voit bien ce qu'il en est, c'est de les menacer de riposte en leur tirant des missiles balistiques.
Même avec des boucliers antimissiles performants, le calcul, c'est qu'il y en aura toujours de 10 à 20% qui passeront et qui produiront des dégâts, qui affaibliront le moral de la population, c'est en tout cas ce que pensent les dirigeants iraniens. Et donc, c'est vécu, finalement, c'est perçu comme une arme, certes offensive, mais surtout défensive, c'est-à-dire qui leur permet d'exercer encore, à minima, une certaine forme de dissuasion.
Bernard Ocad.
Oui, ces missiles, c'est très important, parce que Téhéran a été, Pierre Razou le rappelait, la seule ville du monde avec Anvers et Londres victime de missiles pendant la guerre à l'Iran. Autrement dit, pour l'armée iranienne, pour la défense nationale iranienne, les missiles sont un élément très symbolique. Les Irakiens avaient des missiles Scud qui marchaient comme ils pouvaient, mais ils en avaient des centaines. L'Iran n'en avait pas. Autrement dit, la bombe atomique étant un projet pour le futur, n'était pas opérationnelle. Et Pierre Razou vient de le signaler, l'aviation iranienne n'existe pas, concrètement.
Donc, les missiles sont le seul moyen pour l'Iran de pouvoir se défendre et de façon rationnelle. D'où les investissements considérables et avec succès qu'ils ont réalisés dans ce domaine-là. Donc, symboliquement, c'est un élément important. La légende veut que lorsque Pierre Le Drian est allé à Téhéran, il a rencontré l'amiral Chamrani, qui était le chef de la défense iranienne en quelque sorte, et le ministre français demandait à ce qu'ils abandonnent leur politique de missiles. Et la légende veut que Chamrani disait, mais je suis entièrement d'accord, vous me livrez tout de suite 250 arafales et les exocètes qui vont avec, j'abandonne les missiles. Donc, c'est un élément très sensible.
Et dans les négociations actuelles, il ne faut pas oublier que l'Iran et les Etats-Unis étaient en discussion sur ces questions-là. Le nucléaire, la question pouvait être résolue diplomatiquement, c'est une question technique. Les proxys, on l'a vu, sont en voie de disparition. Mais les missiles restaient le cœur du sujet. Et donc, le cœur contentieux entre l'Iran et les pays voisins, c'est effectivement la gestion de ces missiles.
Pierre Razou, qu'est-ce que vous pensez de l'avenir, justement, de ces missiles iraniens ?
Je crois qu'il y a deux choses. D'abord, les Israéliens et les Américains essayent bien évidemment de détruire un maximum de missiles, mais concentrent leur feu aussi sur les lanceurs parce qu'en fait, les lanceurs sont les éléments les plus importants du système d'armes. Des missiles qui sont stockés, cachés très profondément dans des montagnes, vous pouvez en avoir des milliers. Mais si vous n'êtes pas capable de les mettre sur un véhicule lanceur qui va sortir de la caverne, qui va se mettre en position de tir, qui va lever son missile, puis le tirer, ça ne sert à rien.
Donc en fait, aujourd'hui, ce qui est crucial, c'est le nombre de lanceurs dont l'Iran dispose encore et le fait que, bien évidemment, l'Iran qui a probablement construit et qui a un stock de missiles d'avance avant la guerre du 28 février, on parlait d'un stock de 2500 missiles, probablement la moitié à courte portée, 300-500 kilomètres, c'est-à-dire capables de frapper les bases américaines dans la région du Moyen-Orient et les voisins de l'Iran, et une autre moitié, donc à longue portée, à plus de 1600 kilomètres de portée, capables de frapper Israël.
Mais si, malgré tout ce nombre de missiles, les Iraniens n'ont plus que, par exemple, une centaine de lanceurs, ça vous donne la capacité de frappes réelles de l'Iran. Donc, aujourd'hui, ce point-là est très important. Le deuxième, c'est une logique économique, c'est-à-dire que pour fabriquer un missile balistique, d'après les experts occidentaux, coûte autour de 1,5 million, entre 1 à 1,5 million de dollars. Les missiles anti-missiles extrêmement performants fabriqués aux Etats-Unis et en Israël coûtent chacun, au bas mot, 2,5 millions de dollars.
Ce qui veut dire que, pour faire simple, un missile intercepteur coûte presque deux fois plus cher que le missile balistique qu'il est censé détruire. Et comme il faut souvent en tirer deux pour être certain de détruire le missile balistique qui atteindrait ou qui menacerait d'atteindre une cible importante sur l'objectif, ça veut dire que, en fait, le coût, il est quatre fois supérieur. Donc, il y a, bien sûr, il y a aussi cette logique économique.
Et c'est ce qu'on voit, ce qui fait que si les Etats-Unis et si Israël ne tirent pas systématiquement de missiles intercepteurs aujourd'hui sur les missiles qui leur arrivent dessus, en quelque sorte, c'est parce qu'ils savent qu'ils doivent économiser, il y a une logique de stock, ils doivent économiser leurs missiles intercepteurs. Et la stratégie iranienne peut être, évidemment, à l'inverse, d'essayer d'épuiser les stocks de missiles intercepteurs à la fois des Etats-Unis présents sur place, des Israéliens en Israël et des monarchies du Golfe qui sont leurs voisins immédiats.
Merci Pierre Razou, directeur académique de l'Institut Fondation Méditerranéenne d'Études Stratégiques. Merci Bernard Ourcade, géographe et membre de la rédaction d'Orient 21. Sous-titrage Société Radio-Canada