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interviewRMC — Face à Face· 5 octobre 2022 21 min

Face à Face : François Ruffin - 05/10

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC, RMC jusqu'à 9h, Apolline Matin, face à face, Philippe Corbet. Bonjour François Ruffin, il est 8h33 sur BFM TV et RMC, on va parler ensemble du travail, de la réforme de l'assurance chômage, de la réforme des retraites. Mais d'abord, quelques questions d'actualité, il y a un démantèlement en cours d'un camp de consommateurs de krach dans le nord de Paris, à la limite de Pantin et Aubervilliers. Ça fait un an que les habitants de ces quartiers populaires attendaient cela. Il y a des centaines de consommateurs de krach, certains sont malades, qui ont été restés, qui ont été laissés là pendant un an, sans que la préfecture de police, la mairie de Paris ne trouve de solution.

Qu'est-ce qu'il faut faire de ces consommateurs de krach aujourd'hui, maintenant que ce camp est démantelé ?

0:47
François Ruffin

La réponse est presque dans votre question, M. Corbet, puisque à la fois, évidemment, on ne peut pas accepter qu'il y a un camp qui soit installé de cette manière-là, et on peut comprendre le démantèlement, mais quel soin derrière ? Quel soin il y a eu pendant un an ? Quel soin on a derrière ? Et quel accompagnement on a pour qu'il n'y ait pas à nouveau un camp qui se forme et qu'on aille vers une résolution de ce problème ? Donc là, l'étape, elle est là, mais il y aurait déjà pu y avoir des soins depuis un an. Mais vous avez fait la question et la réponse.

1:13
Présentateur

Non, mais il y a quand même des dizaines de milliers d'habitants de ces quartiers populaires de Pantin et Aubervilliers. Franchement, c'est des gens qui se lèvent tôt le matin, qui vont bosser, qui font des boulots que d'autres ne veulent pas faire, qui vraiment ont vécu une année difficile et qu'on a laissé, mais vraiment tout seul, face à une situation difficile.

1:29
François Ruffin

Oui, alors moi, je ne suis pas francilien, mais je vois comment des gens peuvent être dans d'autres quartiers ou dans d'autres campagnes, laissés dans des situations difficiles durablement. Moi, ce que je dis toujours, j'étais, vous savez, pour un amendement « vis ma vie » quand je suis entré à l'Assemblée nationale. C'est-à-dire que le ministre de la Justice, il va passer un moment en prison. Ce n'est pas une allusion à l'actualité récente, mais pour voir comment ça se passe. Le ministre de la Santé, il va à l'hôpital pour voir comment ça se passe et pour se mettre au travail. Là, il aurait dû y avoir un ministre qui va passer ne serait-ce que 24 heures dans ces conditions-là.

On n'a pas vu beaucoup de candidats à la présidentielle aller. Certains s'y sont allés, mais pas tous. Moi, je suis donné, mais je ne suis pas élu de Pantin. Mais en tout cas, ici comme ailleurs, on doit avoir un traitement. On peut comprendre qu'il y ait la nécessité de la police dans ces situations-là, mais ça doit être doublé d'un traitement social, de traitement de soins, de qu'est-ce qu'on fait derrière.

2:26
Présentateur

Autre question d'actualité, ce qui s'est passé hier après-midi à l'Assemblée nationale. Séance assez tendue, première séance de questions. Ça a été tendu notamment après une question de la chef du groupe Renaissance, Aurore Berger, qui évoquait, sans le citer, votre collègue insoumis, Adrien Quatenas. On l'écoute. Depuis plusieurs semaines, on loue la vertu de celui qui reconnaît des faits de violences conjugales. Depuis plusieurs semaines, on entend ceux qui parlent de leur affection pour un homme qui frappe sa femme. Depuis plusieurs semaines, on fait fi des règles élémentaires de l'État de droit. François Ruffin, est-ce qu'Adrien Quatenas peut rester député ?

3:06
François Ruffin

Il ne s'agit pas là de demander sa démission. Dès le lendemain de son communiqué, j'ai dit que je souhaitais une mise en retrait, qu'elle me paraissait nécessaire, à la fois dans le mouvement et dans le groupe parlementaire, le temps que les esprits s'apaisent, qu'on voit quelle est la nature des faits, et ainsi de suite. Je veux quand même répondre à Mme Berger. Comme aurait dit le Christ, il faut quand même regarder la poutre qu'on a dans son oeil plutôt que la paille dans l'œil du voisin. Quand on a sur les bancs de Renaissance, aux côtés de Mme Berger, Damien Abad, qu'il a été sorti du gouvernement. Oui, d'accord, mais il est là, il est à l'Assemblée.

Et manifestement, sa démission n'est pas posée sur la table. Quatre femmes l'accusent de viol. Il y en a deux qui ont bu un verre avec lui, qui se sont retrouvés avec une substance chimique, et finalement derrière, nus dans une chambre d'hostel, d'après leur dire. Le contrat s'est fait. Et quand on a comme ministre M. Darmanin, quand même, à un moment, des faveurs sexuelles... Qui ont tenu des non-lieux. Oui, il reste des faits. Des faveurs sexuelles, et en échange, qu'est-ce qu'il fait ? Il tente d'influencer la justice. Des faveurs sexuelles, et en échange, qu'est-ce qu'il fait ? Il trouve un logement, il trouve un emploi.

Avec des messages qui sont parus dans la presse, très très insistants sur une femme qui s'est considérée comme violée, et qui lui dit, ne me contactez plus, oubliez mon numéro. La justice a enquêté, et il y a eu des non-lieux dans les deux affaires. Il y a eu des non-lieux. On peut revenir sur la distinction entre sanctions et punition par la loi. Monsieur Darmanin, que dit la psychologue qui observe l'une de sa victime ? Elle dit qu'on est dans une situation de soumission et d'emprise, en état de choc, avec des troubles dissolvés.

4:40
Présentateur

Vous voulez dire qu'il y a une hypocrisie d'Aurore Berger ?

4:41
François Ruffin

Ce n'est pas une hypocrisie, c'est carrément deux poids, deux mesures. Je le dis, il faut qu'elle regarde la poutre qui est dans son oeil. Maintenant, il ne s'agit pas de se jeter des cas comme ça, tous azimuts. C'est un peu ce que vous faites ce matin. Attendez, nous, Adrien, pour l'instant, il n'est pas sur les bancs. Et on a monsieur Darmanin qui est sans difficulté. Maintenant, il faut distinguer deux choses. Il faut distinguer la loi, le tribunal, et il y a des sanctions qui peuvent être prises par des partis politiques, par des groupes.

5:11
Présentateur

Il y a quelque chose de précis dans un cadenas. Il ne s'agit pas d'attendre une éventuelle mise en examen ou condamnation. Il a lui-même avoué avoir frappé sa femme. Il siège aujourd'hui, même s'il ne vient pas physiquement, mais il est dans votre groupe insoumis. Et vous savez ce que les gens qui nous écoutent pensent ? Comment peut-il se mettre en retrait et continuer à être payé comme député ? Si moi, j'avoue que j'ai tapé ma femme, je ne peux pas me mettre en réellement d'entreprise. Et si je me mets en retrait entre mon entreprise, je ne vais pas toucher ma rémunération.

5:37
François Ruffin

C'est un autre problème, mais je veux bien le traiter. Disons quand même qu'avec Adrien Quatennens, on a un homme qui n'est pas devenu député pour faire de l'argent, mais par conviction qu'il devait défendre l'intérêt des gens dans le pays. Ensuite, si on dit, demain, il y a une part de sa rémunération qui décide de se garder le salaire moyen d'un Français et qu'au-dessus, c'est donné à des associations et ainsi de suite, ça peut être une mesure qui complète. Mais le cœur du sujet, pas celui-là, le cœur du sujet aujourd'hui, ce que je veux poser, moi, je pense qu'il nous faut une charte nationale.

Il nous faut une charte nationale parce que vous savez, ce n'est pas seulement les partis, c'est les syndicats, c'est les associations, c'est les entreprises qui fait que quand il y a un cas qui se produit comme ça, l'agresseur ou la personne qui est mise en cause, elle ne se retrouve pas à continuer à être là entre les murs, mais que ce ne soit pas des mesures qui soient prises.

6:29
Présentateur

Vous savez comment ça se passe dans l'entreprise ? Si il y a une sanction qui est prise contre un employé en raison de violence, non seulement il est mis en retrait, mais il est suspendu, il ne touche pas sa rémunération et il est limité.

6:39
François Ruffin

Oui, d'accord, mais ça dépend. Derrière, il peut y avoir un retour dans l'entreprise, ainsi de suite. Mais ce que je veux dire, c'est qu'il y a un temps pour les sanctions internes, mais ça, ça doit être cadré juridiquement. Ça doit être cadré. C'est trop flou aujourd'hui. Oui, c'est chacun qui fait sa sauce dans son coin. BFM fait à sa sauce, les Verts font à leur sauce, les Républicains font à leur sauce. Enfin voilà, chacun fait à sa sauce. Non, il doit y avoir une charte nationale de bonne conduite, de qu'est-ce qu'on fait, qu'est-ce que ça veut dire une violence ? Parce que là, on est sur un sujet où on a quelques noms qui ressortent.

Mais en vérité, c'est toutes les entreprises, on a un fait social qui émerge. Parce qu'il a été, vous savez, moi, c'est dans des usines où j'allais et des ouvrières me racontaient comment elles étaient convoquées par le contre-maître et comment ça se passait dans le bureau du contre-maître. Comment elles acceptaient ou comment elles n'acceptaient pas. Mais comment il y avait une pression qui était mise sur des jeunes femmes qui rentraient dans l'usine.

7:30
Présentateur

Ce n'est probablement pas que le contre-maître puisse revenir travailler quelques mois plus tard.

7:33
François Ruffin

Oui, mais pour l'instant, ce qui s'est passé en vérité bien souvent, c'est que le contre-maître, il a continué à travailler pendant des décennies dans l'entreprise. C'est ça qui se passe. Donc aujourd'hui, quel est le chemin ? Il faut poser un cadre national, une charte nationale où on sait comment ça doit se passer et où les femmes, on la garantit d'une protection et où les personnes mises en cause, on la garantit de pouvoir échanger aussi.

7:52
Présentateur

Alors après l'extrait qu'on a diffusé d'Aurore Bagé, il y a eu plusieurs minutes d'agitation dans l'hémicycle où vous y étiez. Notamment, Daniel Bono a été sanctionné pour un rappel à l'ordre. Enfin bref, vraiment l'image était assez terrible. Et quand vous voyez ça, en fait, je pensais à une étude qui a été publiée hier dans Le Monde, une étude Ipsos menée sur 12 000 personnes pour la Fondation Jean Jaurès. Les Français très sévères sur la stratégie d'opposition de LFI. 53% des Français trouvent la forme d'opposition des insommis trop radicale. C'est 20 points de plus que le RN. 59% des Français estiment que LFI attise la violence. 57% des Français jugent LFI dangereuse.

Et en fait, LFI est jugée plus sévèrement que le RN. Quand vous voyez ça, vous ne dites pas « alerte, attention, on est en train de crédibiliser ou d'aider le RN à se crédibiliser ».

8:37
François Ruffin

Des alertes, il se trouve que moi, pour ma part, ça fait quelques temps que j'en lance sur comment on doit mener la bagarre face au RN. Et notamment dans un livre dont on va parler. Maintenant, je ne veux pas surjouer ce qui se passe à l'Assemblée nationale. Ce n'est pas comme si les Français, ils avaient leur oeil rivé. Là, on en cause depuis 11 minutes. Mais au fond, la vie ordinaire des Français, la vie ordinaire des Français, elle n'est pas concernée par ça. Les questions qui se posent, c'est « est-ce que mon train, il va finir par être à l'heure un jour ? Est-ce que je vais avoir de l'essence à mettre dans ma voiture ?

Est-ce que je vais pouvoir remplir mon assiette sans me restreindre ? » Puisqu'aujourd'hui, c'est un quart des Français qui n'ont pas de quoi mettre dans leur assiette. En revanche, il faut quand même dire que l'Assemblée nationale doit être un lieu où apparaissent de la conflictualité. Exprimées d'une manière ou d'une autre, mais apparaissent de la conflictualité. Pourquoi ? Mais pas les insultes. Non, mais pourquoi de la conflictualité ? Parce qu'on est une société qui est traversée par des conflits.

Le rôle de la démocratie, c'est d'institutionnaliser, de verbaliser, de mettre en scène le conflit pour qu'il se passe de manière non violente, de manière avec des mots et non pas avec des gestes, mais qu'il y ait des lieux de représentation, d'incarnation des conflits qui traversent la société. Et l'Assemblée est un lieu pour ça. Donc, je ne voudrais pas qu'on, sous prétexte qu'il peut y avoir des excès, on se dit « Ah ben non, mais il faut une chambre au consensus ». Non, ce n'est pas ça. Il faut incarner une franche opposition à Macron et à son monde. Donc, ça, il n'y a pas de doute là-dessus.

9:52
Présentateur

Justement, Emmanuel Macron, son secrétaire général de l'Élysée, donc son bras droit, certains le décrivent comme son deuxième cerveau, Alexis Collère est mis en examen pour prise illégale d'intérêt dans l'enquête sur ses liens et son cousin de sa mère. Sur ce plateau, hier matin, au micro d'Apolline de Malherde, Marine Le Pen a dénoncé le pantouflage et elle a annoncé qu'il y aurait une... Alors, le pantouflage, en fait, c'est des hauts fonctionnaires qui vont travailler dans le privé.

10:18
François Ruffin

Comme M. Macron, quand il était dans le public, qui est parti dans une banque d'affaires et qui revient d'abord à l'Élysée pour conseiller François Hollande et maintenant comme président de la République. C'est ça du pantouflage et du rétro-pantouflage.

10:29
Présentateur

Donc, Marine Le Pen dit qu'elle va déposer une proposition de loi pour encadrer plus sévèrement ce pantouflage. Est-ce que vous pourriez la voter ?

10:35
François Ruffin

En tout cas, ce qu'il nous faut aujourd'hui, c'est une loi de séparation de l'État et de l'argent. Vous savez, on parle de lobby. Mais lobby est un mot trop faible aujourd'hui. Lobby suppose une pression de l'extérieur sur les institutions, sur l'État. Mais non, ce n'est pas ça qui se passe. Le lobby est à l'intérieur, aujourd'hui ? Aujourd'hui, c'est une colonisation par l'intérieur de l'État. Colonisation ? Ils ont été élus. M. Collard n'a pas été élu. Non, mais Emmanuel Macron a été élu. Il a été élu. Je dirais même que dans le cas de M. Macron, avant son élection, il y a déjà eu un premier tour qui fait qu'il a été adoubé par des intérêts privés.

Il est allé voir un certain nombre de grands patrons et qui ont misé sur lui. Et ensuite, il y a eu un premier tour devant le peuple et un deuxième tour devant le peuple. Mais il y a eu un tour avant. Et c'est d'abord par des intérêts privés. C'est-à-dire que c'était le candidat choisi par les patrons ? Oui, oui, tout à fait. Et ça, je l'ai documenté. Toutes les semaines, il allait dîner chez M. Bernard Arnault la première fois en du pays. En 2017. En 2017. Tout à fait. En 2022, il n'avait plus les mêmes besoins. Et ce que je veux dire, c'est que là, ils sont accusés de prise illégale d'intérêts. Mais c'est leur métier. C'est leur métier. De quoi ?

C'est leur métier de livrer le pays à des intérêts privés.

11:42
Présentateur

Je veux dire... Non, ce n'est pas leur intention première. Leur intention première, c'est de faire en sorte que la vie du français soit meilleure, que la France soit plus puissante

11:48
François Ruffin

et plus prospère. Je conteste absolument l'intention première de M. Macron est d'abord de faire profiter les intérêts de ses amis financiers. Mais vous vous rendez compte de ce que vous êtes en train de dire que son intention première est criminelle d'une certaine manière ? Non, je dis son intention première est d'abord de satisfaire les financiers de ce pays. Oui, je le dis, M. Corbet. Mais je le dis, vous savez que M. Collaire a agi dans ce sens dans plein de dossiers. Général Electric, quand il rachète Alstom, est-ce que vous croyez que c'est dans l'intérêt des Français ? En tout cas, lui, peut-être qu'il avait tort.

Mais du point de vue à ce moment-là du ministre des Finances, c'était dans l'intérêt de la France ? Non, absolument pas. Ça a été documenté. C'est dans l'intérêt de plein de cabinets de conseil. C'est dans l'intérêt de M. Bouygues. C'est dans des tas d'intérêts privés. Mais ce n'est pas dans l'intérêt des Français. Quand Nokia a Alcatel qui est bradé, est-ce que c'est dans l'intérêt des Français qu'on laisse partir un pan de notre industrie comme ça ? Quand aujourd'hui, on a un enrichissement absolument prodigieux, les cinq premières fortunes françaises ont vu leurs fortunes tripler sous l'ère Macron. Est-ce que c'est dans l'intérêt des Français ?

Quand on a Total qui fait des profits, des surprofits, des sur-surprofits et que, alors que l'Europe le dit, alors que le Royaume-Uni le fait, alors que l'Espagne le fait, on a M. Macron qui ne bouge pas le petit doigt, est-ce que c'est dans l'intérêt des Français ?

13:05
Présentateur

François Riffin, je voudrais qu'on parle du travail parce que c'est aussi ce qui préoccupe les Français en ce moment. Première chose, l'assurance chômage. Non, d'abord, on va parler de l'Espagne. Non, mais vous savez, je voudrais dire plus simplement... Je voudrais terminer. Juste un mot. Terminer parce que j'ai une affirmation

13:20
François Ruffin

qui est forte, mais je veux vous dire que c'est presque toutes les semaines qu'il y a des choix qui sont effectués pour les intérêts des financiers et contre les intérêts des Français. La semaine dernière, est-ce que vous avez vu ce qui s'est passé sur la pêche dans la Manche ? Non, vous n'avez pas vu ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Il y avait déjà eu la pêche électrique il y a quelques années qui avait laissé faire le président Macron. Ça avait profité aux financiers néerlandais de la pêche et pas du tout aux pêcheurs locaux qui avaient été atomisés tout comme les ressources en poisson avaient été atomisées dans la mer du Nord. Maintenant, c'est dans la Manche que ça se passe.

Et de la même manière, là, il y a eu un choix fait par le gouvernement de soutenir les financiers néerlandais de la grosse pêche plutôt que les pêcheurs artisanaux. François Ruffin,

13:58
Présentateur

pour parler du travail, d'abord... C'est du travail, là. Ce sont les pêcheurs artisanaux. On sacrifie les pêcheurs artisanaux

14:05
François Ruffin

au profil de la fédération néerlandais. La réforme de retraite,

14:07
Présentateur

c'est un sujet important. Vous souhaitez que la réforme de retraite passe par référendum. Dans cette campagne présidentielle qui a été perturbée par la guerre en Ukraine, il y a peu de propositions qui ont vraiment émergé dans la campagne d'Emmanuel Macron ou en tout cas qui ont été vraiment identifiées par les Français, mais il y en a bien une. C'est le passage de l'âge égal à 65 ans. En quoi Emmanuel Macron n'a, selon vous, pas le mandat donné par l'élection présidentielle pour mener cette réforme et pourquoi faudrait-il la passer par référendum ?

14:30
François Ruffin

Moi, je vais vous dire, dans quel moment on se trouve ? Dans un moment où le pays est exaspéré par deux ans de crise du Covid. Il est fatigué, il est usé. Derrière, on a une élection d'Emmanuel Macron qui, excusez-moi, se fait quand même au raccord, sans élan, sans enthousiasme. On a bien parlé de l'âge égal à 65 ans. Tous les Français l'avaient bien entendu. Je ne le conteste pas. Donc il a le mandat ? Non, il peut essayer, mais non. Ce que ça va produire, il le fera. Il le fera. Il n'essaye pas sans force. Il le fera seul. sans les syndicats. Il le fera seul sans... Il a le mandat des Français ? Il a été élu là-dessus.

Le mandat des Français, quand on a aujourd'hui 70 à 80% des Français qui se déclarent opposés à cette réforme, c'est ça que vous appelez le mandat des Français ? Ils étaient déjà au printemps et malgré tout l'élu président de la République. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que ça va accroître un sentiment pour les Français dans la durée, c'est que la démocratie se fait sans le peuple, voire contre le peuple. C'est déjà été le cas au moment du traité constitué européen. En 2005, oui.

Ça a été le cas au moment de la crise des Gilets jaunes où il n'y a pas de compromis social qui est passé et ça va accroître le sentiment qu'à quoi bon être en démocratie si jamais, quand on est 70 à 80% à penser qu'il ne faut pas ça ? Et vous savez, en plus, le premier adversaire de cette réforme, pour moi, c'est Emmanuel Macron lui-même. Vous avez vu ce qu'il disait à propos de la retraite à 62 qui serait rallongée ? Il disait que ce n'est pas possible d'aller faire ça. Jamais les Français n'accepteront ça. Pourquoi ?

Parce que quand on n'est pas banquier d'affaires ou conseiller chez McKinsey, quand on arrive à 60 ans, déjà, on a plus de la moitié des Français qui ne travaillent pas parce qu'ils se sont fait opérer du poignet, se sont fait opérer du coude, se sont fait opérer des épaules et donc tenir deux années supplémentaires, ce n'est pas possible. C'est Emmanuel Macron lui-même qui le disait.

16:15
Présentateur

François-Léphine, cette nuit, l'Assemblée nationale, et vous êtes évidemment député, l'Assemblée nationale a adopté la mesure clé de la réformation au chômage. Je résume, pour simplifier, c'est une sorte de... Les indemnisations seraient plus élevées quand le chômage est élevé et les indemnisations seraient plus faibles quand il y a un chômage plus faible et quand, en fait, il y a des postes non pourvus. En ce moment, il y a des centaines de milliers de postes non pourvus. Il y a plein de gens qui nous écoutent, qui sont boulangers, restaurateurs, menuisiers, qui ont du mal à trouver des salariés pour les postes et ça met en danger leur entreprise.

En quoi ce principe vous semble détestable, cette idée d'une modulation des indemnités en fonction du marché du travail ?

16:55
François Ruffin

Je veux dire déjà qui s'affrappe concrètement. Moi, j'avais une assistante maternelle qui s'appelle Cindy, de nom son prénom, qui a travaillé pendant la crise Covid, qui, bien que souffrant d'obésité, a pris des enfants de soignants avec angoisse. Elle a fait le boulot. C'est d'elle dont Emmanuel Macron disait qu'il faudra se rappeler que notre pays tout entier repose aujourd'hui sur ces hommes et ces femmes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. Est-ce qu'elle a sorti de la crise Covid ? Il y a eu une amélioration de son salaire, une amélioration de ses horaires, de son statut, de ses revenus. Rien. Elle n'a rien vu. En revanche, là, elle perd deux contrats.

Vous savez, elle avait quatre enfants, il y en a deux qui entrent à l'école, elle perd deux contrats. Elle se dit « Bon, alors, je vais aller me tourner vers Pôle emploi pour avoir un complément de revenu. » Eh bien non, Pôle emploi, il n'y a plus rien avec la première réforme qui a eu lieu l'année dernière. La nation en chômage. Eh oui. Et donc, elle passe de 1700 euros à 1000 euros par mois. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que ses enfants, elle ne les met plus à la cantine. Ça veut dire qu'elle, elle se restreint. Il n'y a plus de légumes sur le marché, il n'y a plus de viande rouge. Ça veut dire qu'elle ne fait pas d'activité Zumba.

Et ça veut dire que, très concrètement, elle me dit « Moi, j'ai des insomnies, je ne dors plus la nuit. » C'est-à-dire que la réforme qui a été mise en œuvre les dernières et qui est complétée cette année, finalement. Prolongée, oui. Eh bien, qu'est-ce qu'elle fait ? Elle fait que ceux qui sont frappés aujourd'hui, c'est ce qu'on peut appeler les permitants. C'est-à-dire des gens qui, parfois travaillent, parfois ne travaillent pas. C'est exactement ceux qui étaient... Les travailleurs de la deuxième ligne, ils étaient au cœur de ça. Les ouvriers de l'infrastructure

18:19
Présentateur

alimentaire. Dans votre livre, je vous écris du Front de la Somme que vous venez de publier. Vous racontez notamment ce que vous avez entendu pendant la campagne électorale dans votre département de la Somme. Je cite ces paroles de français que vous mentionnez dans votre livre. Je cite un. « Des assistés, des cassos, ceux qui ne se lavent pas le matin, ceux qui ne lèvent pas le matin, qui touchent des aides, nous on n'a droit à rien, des feignasses, la France subventionne les bons à rien. » Vous les avez croisés, ces gens-là, ces Français, qui voudraient que certains soient incités de façon un peu plus forte à retrouver du travail et à chercher du travail. Ça existe, ça.

18:52
François Ruffin

C'est vous-même qui l'écrivez. Aujourd'hui, vivre avec le RSA, parce que vous savez, la plupart des chômeurs, la très large majorité des chômeurs, ne sont pas indemnisés aujourd'hui en notre pays. Il y en a même plein, une étude est tombée, qui ont des droits au chômage et qui n'y font même pas appel. Et aujourd'hui, personne ne dira, je pense que vous ne le direz pas, je pense qu'aucun ministre ne voudra ça, se dire « moi, je vais aller vivre avec les 500 euros du RSA. » Non, bien sûr.

19:15
Présentateur

Mais en même temps, il y a des Français qui vivent avec peu, qui sont agacés

19:18
François Ruffin

et en colère. Vous savez que moi, je défends le travail, la valeur du travail et la valeur du travail. La question, c'est aujourd'hui, comment on fait pour vivre de son salaire ? Moi, je viens avec une chose simple. Mais ceux qui ne veulent pas retrouver le travail,

19:31
Présentateur

ceux qui ne cherchent pas suffisamment de travail, ceux qui vous parlent et dont vous écrivez

19:36
François Ruffin

les paroles. Par exemple, vous savez, il y avait une mesure qui s'appelait les contrats de l'emploi solidarité. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, il y a des gens qui sont détruits par le travail, détruits par l'univers du travail, parce que c'est un univers qui peut être difficile.

19:48
Présentateur

Mais personne ne le conteste. Mais quand vous avez, par exemple, Sandrine Rousseau qui dit que la valeur du travail, c'est une valeur de droite, qui a un droit à la paresse. Vous, vous dites, le travail, c'est le travail qui fait une vie,

19:57
François Ruffin

au fond, qui donne une dignité à la vie. Je pense que le travail est un identifiant social vachement important qu'on se réalise en réalisant. C'est comme ça qu'on s'émancipe. Et donc, moi, je suis partisan aujourd'hui de ce que Roosevelt 1942, c'est-à-dire de, voilà, on met toute notre énergie, tous nos capitaux, tout notre savoir-faire au service d'une cause aujourd'hui qui est l'économie de clair climatique. Et là-dedans, il n'y a pas une paire de bras, il n'y a pas un cerveau qui doit ne pas être indispensable. Maintenant, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on donne une fierté du travail et ce n'est pas quelque chose parce que le travail, il est maltraité depuis 40 ans.

Il est maltraité par des gens qui délocalisent à l'autre bout du pays, il est maltraité du monde, il est maltraité par des... Le salaire d'un ancien an, c'était 2,3 fois le SMIC en 1980. Aujourd'hui, c'est 1,2 fois le SMIC. Aujourd'hui, on a une maltraitance du travail et pourquoi aujourd'hui, c'était votre question initiale, les postes ne sont pas pourvus ? Il y a des études du ministère de la Dares, donc du ministère du Travail et des Affaires Sociales qui montrent très bien qu'à 80%, il y a des gens qui ne sont pas formés. Donc, il y a une question de formation.

Si vous voulez demain faire de la rénovation thermique, parce qu'on a besoin de rénover des centaines de milliers de bâtiments, ça veut dire qu'il faut des centaines de milliers de personnes. Aujourd'hui, est-ce qu'on les forme ? François Ruffin,

21:06
Présentateur

député de la Somme, député insoumis, était sur BFM TV RMC ce matin. Il est 8h presque 54.

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