Premier ministre : ma réaction aux embrouilles
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
François Ruffin, bonjour, merci beaucoup d'être avec nous. Député, ex-insoumis, dissident, vous allez rejoindre le groupe des écologistes. Vous êtes bien sûr de nouveau Front Populaire. Alors, quelle est votre réaction à ce qu'on insiste depuis ce matin ? Est-ce qu'on peut dire que c'est la fin de ce nouveau Front Populaire ? Il est au bord de l'implosion. En tout cas, c'est une honte. Et nos dirigeants, là, ce n'est pas à la hauteur des gens, qui ont glissé un bulletin de gauche dans l'urne en y mettant un peu d'espoir. Donc, maintenant, il faut en cesser avec les apparatchiks et avec les cartels des partis. Il faut sortir de ça. Et qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce que c'est par un chiffoumi ?
Est-ce que c'est en tirant à la courte paille qu'on trouve enfin un nom pour Matignon ? Ou c'est simplement, quand on est en démocratie, par le vote ? Il y a des députés Nouveau Front Populaire. Il faudrait faire ce qu'on a fait au moment de la Révolution française, où on les a réunis, le tiers-État, dans la salle du jeu de pommes, les réunir à part, et qu'eux, au moins, aient la dignité, l'honneur de se mettre d'accord sur un nom pour Premier ministre. Quand on voit ce que font les partis aujourd'hui, c'est à désespérer les gens. Et moi, je le dis avec gravité, vous savez.
J'ai bien senti, dans ma dure, pénible campagne, que finalement, ce qu'on nous a donné, c'était une dernière chance pour la France, que c'était non pas une victoire, mais un sursis, un répit qui était accordé. Et bien, ce répit, ce sursis, il faut le mettre à profit pour les gens, pour améliorer leur quotidien, pour qu'ils vivent un peu en mieux, et non pas pour aller dans des tractations et des négociations infinies derrière des portes closes. François Ruffin, pardon, qu'est-ce qui est une honte ? Je voulais rebondir sur ce que vous avez dit. Qu'est-ce qui est une honte ? À qui la faute, principalement ? C'est le comportement de qui ? Des insoumis ? Des socialistes ?
On voit qu'il y a comme un espèce de ping-pong entre la France insoumise et le Parti socialiste. Et encore, je ne dis pas tous les adhérents de la France insoumise ou tous les adhérents du Parti socialiste, même pas les députés, mais juste leurs dirigeants qui, aujourd'hui, jouent à se renvoyer la balle avec, d'un côté, Huguet de Bello, c'est non, de l'autre côté, Laurence Oubiana, c'est non, et on joue là au tir au pigeon. Donc, ça ne va pas du tout. Je veux dire, aujourd'hui, on doit être habité d'une certaine gravité, d'une responsabilité pour notre pays, et de faire qu'on ne participe pas à une montée du ressentiment qui est déjà là.
Vous savez, pour moi, le Rassemblement national, il n'est plus à une marge du pouvoir, il a une demi-marge du pouvoir. Eh bien, ce temps-là, ce temps qu'il nous est donné, on doit l'utiliser, se rendre utile aux gens, et non pas s'enfermer dans des jeux partisans qui sont complètement stériles. Et je pense que, vous savez, si on demandait aux députés, simplement aux députés, je ne parle même pas des citoyens qui ont voté pour nous, mais si on demandait aux députés, nouveau Front populaire, il serait une majorité à être d'accord là-dessus, et on serait capable de se mettre d'accord sur un non. Donc, il faut maintenant que ça sorte des mains des partis.
Mais vous savez déjà, ce qui s'est passé dans les élections européennes, où on a vu les partis se taper dessus, se déchirer, s'injurier, qui n'étaient pas à la hauteur, et qu'on se retrouvait au soir des Européennes avec une gauche en miettes et le moral dans les chaudes-têtes, il avait fallu une pression des gens, il avait fallu dire Front populaire, il avait fallu des pétitions, il avait fallu des manifestations pour qu'enfin, ils se réunissent et ils se rassemblent. Donc, si jamais il n'y a pas cette pression populaire, on voit ce que font les partis, et excusez-moi, mais c'est lamentable.
François Ruffin, quand vous dites que les députés doivent être sollicités, ça veut dire que vous préconisez éventuellement un vote pour sortir de l'impasse ?
Bien sûr. Vous savez, c'est quand même la démocratie. C'est quand même incroyable que des partis de gauche aient peur du vote, et aient peur du vote en vérité de leurs députés. On en est là. Donc, oui, le vote est quand même un bon moyen de sortir d'une impasse quand on est en démocratie. Donc, ça serait la base minimale de se dire... Il y avait des règles du jeu ? Lesquelles ? Je veux dire, on est dans une situation qui est inédite. Je vous rappelle la situation dans laquelle on se trouve. Le premier parti du pays qui a reçu le plus grand nombre d'électeurs, c'est le Rassemblement National. On a eu des députés de gauche qui ont été élus grâce à des voix macronistes.
Et enfin, troisième point, la gauche a une majorité très relative à l'Assemblée Nationale. Ça nous met dans une situation inédite qui réclame qu'on se dise... Comment on fait pour gouverner ensemble ? Vous savez, il ne s'agit pas de se dire qu'on va changer la vie en général, mais simplement, qu'est-ce qu'on a à faire ensemble ? Moi, je pose au-delà du non, je pose des mesures. Je pense qu'il faut réparer le mal qu'a fait Emmanuel Macron pendant 7 ans. La première chose qui l'a fait de mal, c'est l'injustice fiscale qu'il a installée. On rétablit de la justice fiscale, on va pour taxer les super profits, on va pour rétablir un impôt de solidarité sur la fortune.
La deuxième chose qui a fait de mal, c'est que, je l'ai vu pendant toute ma campagne, les gens sont sous l'eau, ils n'arrivent plus à vivre de leur travail. Là, j'avais des éboueurs qui, pendant l'été, pour la première fois, vont aller faire forain sur les manèges pour les aider à monter et démonter les manèges pour avoir un peu de blague, parce que sinon, ils ne s'en sortent pas. Ce sont des soignantes à l'hôpital d'Abbeville qui vont, là, ne plus partir en vacances. Depuis 3 ans, elles ne partent plus en vacances, parce qu'elles n'ont plus la maille pour emmener leurs enfants dans le sud, louer un petit truc et avoir ce temps à part. Voilà, les gens sont sous l'eau.
Nous, on doit répondre à ces urgences-là. On ne doit pas s'enfermer dans ces jeux à la noix. Vous voyez que j'essaye de rester poli, mais croyez-moi que la colère est grande. Vous appelez de vos voeux à un vote, mais un vote sur quel nom ? Est-ce que ce serait sur celui de Laurence Toubianna ? Écoutez, qu'on permette aux députés de se réunir, mais on en est dans cette situation incroyable où on ne va même pas pouvoir se réunir, et vous verrez qu'il y aura des solutions qui seront proposées par les députés et qui recueilleront une majorité. Je n'ai pas de doute là-dessus.
Maintenant, qu'on fasse ça, mais on voit très bien, aujourd'hui, ce que ça donne quand ça reste entre la main des partis, c'est-à-dire de 4 personnes qui se réunissent. Ça ne va pas. Il faut rouvrir le jeu. Quand ça coince, il faut rouvrir le jeu. Et un bon moyen de rouvrir le jeu, c'est le vote. Mais je le dis, je sens... Vous savez, je croisais un jeune hier soir à Paris qui me disait « J'ai tracté pendant un mois pour la gauche et déjà je le regrette ». Mais c'est des gens, moi, dans ma circonscription, qui me disent « Mais qu'est-ce que vous faites ? À quoi vous servez ? Qu'est-ce que c'est que ce cirque ? » Bon, voilà. Donc ça veut dire qu'on n'est déjà pas en majorité dans le pays.
On doit trouver le moyen de faire cheminer, de faire sortir du ressentiment, de faire sortir du découragement. Et à la place, ce qu'on fait depuis une semaine, on l'enterrine. Quand vous pensez qu'on s'appelle Nouveau Front Populaire et que le Front Populaire, lui, en un mois, grâce à Léon Lagange, grâce à Léon Blouge, avait permis aux ouvriers de partir à la mer pour la première fois, nous, on n'est même pas fichus de se mettre d'accord sur un nom pour Matignon. Et nous, enfin, je dis nous, mais je tiens à me dédouaner de ça et je tiens à dédouaner les députés Nouveau Front Populaire qui, pour l'essentiel, ne sont pas d'accord avec ce qui se passe. Donc c'est pas nous, quoi.
Là, c'est eux et c'est les partis, très clairement.
— François Ruffard, vous évoquez le Front Populaire, 36. Peu de temps après, il y avait eu aussi le gouvernement d'Union Nationale au sortir de la guerre, où un certain nombre de figures de gauche, Ambroise Croizat qui a créé la Sécurité Sociale, et d'autres avaient siégé avec des élus qui n'étaient pas forcément de leur camp. Quand vous dites « il faut qu'on parle programme et il faut qu'on mette des textes sur la table », est-ce qu'il peut s'agir d'une forme d'Union Nationale qui dépasserait le nouveau Front Populaire ?
— En tout cas, la première chose, c'est de se mettre d'accord sur comment on fait pour rétablir de la concorde nationale dans le pays. Et je vous le dis, moi, je vois très bien ce qui peut être reçu par les gens, qui feraient consensus chez les gens à 80%, mais qui feraient consensus aussi à l'Assemblée très largement. Quand vous pensez à la réforme des retraites qui s'est faite contre 8 salariés sur 10, contre tous les syndicats unis et contre une majorité de députés à l'Assemblée, je pense que dire « voilà, on abroge cette réforme des retraites à 64 ans », c'est un élément qui permet de détendre dans le pays.
Ça inscrit pas le programme avec un horizon dans le temps long, non, mais ça répond à « on détend le pays ». Quand on dit « voilà, Emmanuel Macron a supprimé l'impôt de solidarité sur la fortune », bon, on rétablit quelque chose qui est de cette nature-là et qui vient taxer les milliardaires comme le sont les Français moyens, je pense que c'est de nature à rétablir un sentiment de justice dans le pays. Quand on dit que les salariés du privé, ils ont perdu 5% de leur pouvoir d'achat ces dernières années et qu'ils le sentent, qu'ils sont en train de passer sous l'eau, dire qu'on réévalue ça de moins 5% qu'on indexe sur l'inflation, c'est de nature à redonner du souffle.
Parce que là, je dis, la priorité c'est de prendre soin des gens pour prendre soin de la République. Et là, ça c'est le programme. Mais après, il y a une question de méthode. On peut pas faire comme si on avait été en super majorité dans les urnes et qu'on était en super majorité à l'Assemblée et gouverner comme l'a fait Emmanuel Macron pendant 2 ans, c'est-à-dire avec brutalité. Il faut le faire en ayant conscience que c'est très relatif la confiance qui nous est accordée. Et que du coup, de ce point de vue-là, il faut le faire, je dis avec prudence, avec mesure et je dis avec tendresse pour les Français.
On a bien entendu en tout cas, François Ruffin, ce matin sur l'antenne de BFM TV, votre colère.
François Ruffin