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interviewFrançois Ruffin· 14 juin 2024 21 min

Front populaire : bravo, et en avant sur les swing-circo !

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
François Ruffin

C'est un peu énervé, là, c'est le Ruffin. Ouais, salut, c'est François, ça va ? J'ai une question, est-ce que t'as besoin de gens ou pas ? Est-ce que t'as besoin de militants supplémentaires, de bras pour tracter, coller et ainsi de suite ? Toi, t'as gagné à combien de voix ? À 87 voix, oui, donc c'est vraiment pas grand-chose. Si on veut pas que ça bascule les rennes là, eh ben, il faut aller y mettre des bras, quoi. Est-ce que vous auriez des hébergements ? On aura des hébergements militants. On vous met dans les prios, d'accord ?

0:27
Présentateur

Ok, ça marche. On t'avait parlé à ton équipe à joint ?

0:31
François Ruffin

Moi, j'ai 18 points à remonter. Je vais me concentrer pas mal sur chez moi, mais ça donne envie d'avoir Marie-Caroline Le Pen en face. Eh ben, bon courage à toi, et puis j'espère qu'on se revoit dans 3 semaines à l'Assemblée, qu'on sera sauvés tous les deux. Allez, bon courage ! Bravo, bravo parce que dimanche soir... Excuse-moi, j'ai pas commencé, j'ai pour l'accord. Putain, on y est arrivé. Ça va être dur derrière, vous allez pouvoir rigoler. Bon, bravo, bravo parce que dimanche soir, on jetait comme une bouteille à la mer l'idée du Front populaire, de se mettre tous sur une même bannière en disant au parti « Soyez unis, arrêtez vos conneries ».

Au fond, je savais qu'il y avait une chance parce que je me disais que c'était une envie qui grossissait dans le peuple de gauche depuis des semaines, des mois, qu'il était assez déprimé de voir comment on s'insultait, s'injurait, se déchirait et qu'il y avait comme un besoin d'une grande réconciliation. Donc je comptais sur ça et en fait, je comptais sur vous. Ça a marché puisque dès le lendemain, ça a eu un écho. Quand on a lancé la pétition et qu'il y a eu comme ça 100 000 signatures, je crois, en 2 heures, puis qu'on est arrivé là aux 400 000 signatures, c'est ça qui a fait pression sur évidemment les appareils pour leur dire « Soyez unis ».

Et c'est déjà ce qui s'était passé au moment du Front Populaire. Si on se souvient, alors ça y est, il faut toujours que je fasse les histoires du père Castor. Le 12 février 1934, qui était la manifestation, qui répondait à la manifestation fasciste du 6 février, eh bien dès ce moment-là, il y avait des cortèges qui étaient différents de CGT et de CGTU, l'un étant communiste, l'autre socialiste. Et des deux côtés, c'est le peuple, ce sont les gens, ce sont les manifestants qui ont crié « Unité, unité, unité ». Et c'est comme ça qu'est né le Front Populaire ce 12 février 1934. On est à l'ère numérique.

Et donc c'est vous, par les tweets, par les pétitions, par les appels et par quelques manifestations aussi physiques devant le siège de parti ou à République, qui avaient crié « Unité, unité, unité », tous derrière la bannière du Front Populaire. Et on a réussi cette étape. Et je le dis à tous les militants, puisque je suis là pour faire des signataires de pétitions, je veux dire la vérité. C'est que quand mon équipe m'a proposé de faire une pétition en ligne, je me suis dit « C'est quoi ça ? C'est quoi ce truc maintenant, militer ? » C'est à buétiller sur un bouton où on marque « Je soutiens ». C'est ça ? Bon, eh bien, apparemment, ça marche. Donc voilà.

Des fois, il faut écouter son équipe. Et je remercie l'équipe de députés aussi autour de moi, communistes, écologistes, générations, qui tout de suite ont dit « Oui, on y va avec toi, François. » On co-signe l'appel. Et il est évident que ça faisait quelque chose de beaucoup plus large et qui vous a mis en appétit. Maintenant, j'ai du mal à crier « Victoire », parce que pour moi, la victoire, ça sera le 30 juin, ça sera le 7 juillet. Aujourd'hui, c'est une condition nécessaire, mais non suffisante. Et si jamais... Ben, c'est pas si jamais, moi, je suis là pour vous transformer en militant, de pétitionnaire à militant.

Demain, quand vous allez aller faire du porte-à-porte, parce que c'est la clé, c'est le porte-à-porte, c'est d'aller voir les gens, vous ne pourrez pas dire « Ah, ben, regardez, on a l'union. » Les gens, ils s'en fichent de l'union. Ce n'est pas leur sujet, l'union. Leur sujet, c'est « Qu'est-ce qu'on met dans le frigidaire ? » C'est la planète. C'est des tas de choses. C'est leur vie. Mais ce n'est pas l'union. Ce n'est pas un sujet. Maintenant, c'est fait. On passe à autre chose. Je vous parle d'ici de ma permanence en Picardie. Ah non, ce n'est plus ma permanence. Ça a été transformé en QG de campagne. Ça y est, on a fait les choses dans les règles de la loi.

Je vous parle d'ici avec beaucoup d'inquiétude. Beaucoup d'inquiétude parce qu'il y a le score de dimanche, 44% pour l'extrême droite, 26% pour le total gauche dans ma circonscription. Donc, si on regarde les mathématiques, je suis éliminé. J'ai beau avoir été un initiateur du Front populaire, je peux être rayé de la carte de l'Assemblée le mois prochain. Voilà. Bon, c'est comme ça. J'en parle avec inquiétude parce que d'habitude, je mène des campagnes qui sont des campagnes longues, qui me donnent le temps, en bête de somme, de retourner le terrain, de le labourer, d'y semer et de récolter.

Et là, en 15 jours, en deux semaines, qui nous restent évidemment, mis dans cette urgence-là, c'est beaucoup plus difficile de mobiliser les forces, d'organiser et de préparer la bataille des âmes et des cœurs parce que c'est ça qu'on fait quand on tente de retourner des gens, de les sortir de l'indifférence, de la résignation. C'est ça qu'on a à faire. Et là, on a à le faire dans une grande urgence. J'ai la chance, moi, d'avoir une équipe déjà constituée. J'ai la chance d'avoir une notoriété qui fait que j'ai des facilités. Mais là, quand je m'adresse à vous, aujourd'hui, c'est pas pour moi.

S'il y a des gens qui veulent venir faire campagne, on a besoin, on manque de gens en ce moment pour mener la campagne chez moi. Mais je veux le dire, c'est encore pire pour d'autres députés sortants qui vont avoir à affronter le Rassemblement National, qui vont avoir à retourner la table en 15 jours et qui n'ont pas le même appui public. Là, je sors d'un appel avec Élise Le Boucher, qui est députée dans la Sarthe, du côté du Mans. Il y a de l'inquiétude, forcément, parce que comment mobiliser beaucoup de monde aussi vite, en si peu de temps, et retourner le résultat des élections européennes ? Ça ne va pas être facile.

Si on veut retrouver Élise Le Boucher à l'Assemblée dans deux semaines, il va falloir apporter des forces là-dedans. Et donc, c'est ce qu'on veut faire. Il y a plein d'initiatives en cours pour essayer de faire face à cette urgence. D'abord, les manifestations de demain. Merci les syndicats, merci la CGT, merci la CFDT, merci les autres de vous être mis ensemble. Et c'est ça aussi le Front Populaire, c'est que ce ne sont pas que les partis. Et donc, il y a des manifestations partout en France demain. Il faut en faire un point d'appui. La manifestation en soi, ce n'est pas ça qui va nous permettre de gagner. Mais en revanche, si on en fait un point d'appui, ça veut dire quoi ?

Ça veut dire que si jamais des gens se mettent dans la manifestation et disent, voilà, ici, on recrute pour la première circo de la Sarthe, vous voyez, ils se mettent là et ils recueillent des noms. Et à ce moment-là, ça va faire des forces qui vont être entraînées en dehors de la manifestation pour aller mener campagne, concrètement, au porte-à-porte dans les deux semaines qui nous restent. Voilà. Donc, il faut faire de la manif de demain. Partout en France, il faut en faire un point d'appui. Peut-être avoir un petit stand à chaque endroit pour engager vous, aller plus loin. La manif ne suffit pas.

Il y a Caroline Dehasse qui a lancé sur sa chaîne Telegram une carte de France où on peut voir qui est le candidat en campagne et où on peut le contacter sur sa page Facebook pour entrer en relation avec lui et venir lui filer un coup de main. Et on va relayer la carte produite par Caroline Dehasse. On vous suggère de nous aider à mener une campagne numérique sur Facebook, sur Twitter pour se bagarrer contre le Rassemblement National en ligne. Maintenant, c'est aussi un lieu de bataille, même si je pense que dans une élection législative, le principal lieu de bataille, c'est le terrain. C'est d'y aller porte après porte, rue après rue, quartier après quartier, village après village.

Ça prend du temps, ça fait faire plus des 10 000 pas par jour et c'est à ça, sur ça qu'il faut se concentrer. Et ça sera notre stratégie. Vous savez, une campagne, il faut la mener avec joie, il faut faire des matchs de foot, il faut avoir des fanfares, il faut avoir tout ça. Mais une campagne, ça doit être joyeux mais sérieux. Ça suppose donc une stratégie. Là, ce qu'on se propose comme stratégie, nous avons identifié ce que j'appelle les swing circos. Comme il y a les swing states aux Etats-Unis, vous savez, qui sont des états clés et qui font basculer l'élection présidentielle américaine.

Eh bien là, il y a des swing circos, c'est-à-dire des circonscriptions qui, la dernière fois en 2022, ont été perdues à peu de voix ou qui ont été gagnées à peu de voix. Je peux vous en citer. Jean-Marc Tellier, communiste, qui, dans le Pas-de-Calais, a été récupérer une circonscription au Rassemblement National, c'est le seul qui l'a fait. Pour l'instant, c'est le seul qui, dans le pays, a réussi à reprendre une circonscription au Rassemblement National, c'est Jean-Marc Tellier dans le Pas-de-Calais. Eh bien, il faut l'aider. Il avait gagné 71 voix. Ensuite, il y a Élise Le Boucher, je vous l'ai dit, qui avait gagné de 88 voix.

Ensuite, on a Caroline Fiat, vice-présidente de l'Assemblée Nationale, première aide-soignante à devenir députée. Elle a gagné à 148 voix la dernière fois, c'est-à-dire un cheveu. Si on veut qu'elle poursuive son mandat, il faut évidemment lui filer un coup de main. On a, derrière, Philippe Brun, mon collègue socialiste de l'heure qui avait gagné à 348 voix face au Rassemblement National. Sylvain Carrère de la France Insoumise dans l'Hérault qui avait gagné à 458 voix. Florian Choche, mon collègue et camarade qui, sur le territoire de Belfort, avait gagné à 500 voix près. Sébastien Rome qui avait gagné dans l'Hérault lui aussi à 674 voix près.

Charlotte Pluduc qui avait gagné à 797 voix près en Lorraine. Déjà, ces bastions-là, comme le mien, il ne faut pas les perdre. On s'y est installé. Il faut y rester pour aller reconquérir les terres alentours. Mais déjà, on ne doit pas les perdre même quand le Fonds National a le vent en poupe. On identifie ces swing circos et nous, on est en relation avec leur directeur de campagne pour amener du monde, pour qu'il y ait des hébergements, pour que vous puissiez... Alors, je me souviens de Florian qui est dans ma première campagne, était venu en camping-car et qui avait passé des mois à nous aider, notamment sur Avil.

Je ne dis plus, je ne sais pas si vous êtes en camping-car, je ne sais pas si vous comptez faire du camping, mais on va faire pour qu'il y ait des hébergements et qu'il puisse y avoir des militants nomades comme ça. Et ensuite, il y a les circonscriptions qu'on peut aller gratter. Alors, on ne connaît pas encore les investitures, mais la deuxième circonscription de l'Allier, on l'avait perdue face au Rassemblement National à 140 voix. La 16e circonscription du Nord, c'était un communiste qui était à cette époque-là, on l'avait perdue à 225 voix. Dans le Vaucluse, on l'avait perdue à 656 voix. Enfin bon, on a identifié des circonscriptions que la dernière fois, on a perdu de peu.

force sur ces swings circos. Vous êtes l'armée, mais c'est aussi de la logistique, c'est de l'argent. Une campagne, ça coûte des sous et je vais vous dire la vérité. C'est que mes deux campagnes, mais encore plus la première, elle était hyper chère. Je pense que j'étais la campagne la plus coûteuse du pays. Aux alentours de 80 000 euros pour une campagne qui a duré pendant 6 mois où on avait un camion où on fabriquait des pizzas, où on avait des fanfares, où on faisait la fête tous azimuts.

On n'a pas gagné par hasard, on a gagné parce qu'on a eu une stratégie, on avait identifié quels étaient les points clés de la circonscription parce qu'on avait des gens pour mener campagne avec nous, mais aussi parce qu'on avait de l'argent. On n'aurait pas eu l'argent, on ne pouvait pas faire ça. Alors à l'époque, je venais de réaliser Merci Patron, j'avais le vent en poupe et j'ai chopé un César. Ça veut dire que franchement, on a ramassé des dons et j'ai fait un appel et puis dans la semaine, on avait 40 000 euros. Donc c'était facile pour moi d'avoir mon financement. Je n'ai même pas eu à aller faire un prêt à la banque.

Et la deuxième campagne, je n'ai pas fait de prêt à la banque, on s'est autofinancés, mais c'était une campagne qui était coûteuse aussi. Quand on veut retourner une circonscription, ce n'est pas vrai qu'on n'a pas besoin de moyens. Par exemple, moi je suis un maniaque du tract. Avoir des tracts par secteur professionnel, quand on vise l'hôpital, quand on vise les enseignants, avoir des tracts par secteur géographique, c'est-à-dire un tract spécifique sur un village, un tract spécifique sur un bourg, c'est une manière de retourner les gens parce qu'on leur parle en proximité, parce qu'on leur parle de leur métier. Mais évidemment, quand on fait plein de tracts comme ça, ça coûte des sous.

Là, j'ai plein de candidats qui m'appellent et qui me disent François, comment je fais ? Je suis allé voir une banque, elle ne veut pas me prêter. Je vais voir une deuxième banque, elle ne veut pas me prêter. Il va falloir que je recours au médiateur. Mais vous imaginez là, on a 15 jours de campagne et les copains, les copines qui sont nommés pour aller se bagarrer contre le Rassemblement National, ils vont passer leur temps à aller négocier avec la banque avant de pouvoir vraiment commencer à tracter, à diffuser. Ce n'est pas possible. Donc, il faut un financement rapide des campagnes de tous.

Alors, il y a ceux qui sont sortants, qui vont être financés par leur parti sans doute plus facilement. Il y en a où le parti prête sans difficulté. Et puis, il y en a d'autres qui sont des candidats plus société civile, moins identifiés, pour qui c'est plus compliqué. Comment on peut avoir un vrai moment démocratique quand tout se déroule en trois semaines et maintenant qu'il en reste déjà plus que deux à cause de Macron qui a décidé non seulement de faire une dissolution improvisée, mais qui en plus a raccourci les dates qui est vraisemblablement même pas conforme à la Constitution.

Et donc, on a des candidats qui sont complètement pris au dépourvu et qui sont dans une grande difficulté logistique avant même de pouvoir parler idéologie, se bagarrer sur les arguments avant de pouvoir aller chercher qu'est-ce qui peut marcher. Et j'en parlerai après parce qu'évidemment, c'est les balles à tirer, c'est quand même les arguments. Mais ils n'ont pas le socle pour démarrer vraiment leur campagne. Donc, la proposition qu'on fait, c'est que vous pouvez financer directement la France Insoumise, le Parti Communiste, les écologistes, le Parti Socialiste, Génération, et puis il y a plein d'autres partis qui existent.

Mais je crois que pour le financement direct, il ne doit y avoir que ça. C'est une option. Maintenant, on vous propose que Picardie Debout fasse des prêts rapidement de 5 000, 10 000 euros aux candidats pour mener bataille dans leur circonscription, qu'ils puissent imprimer leur traque, qu'ils puissent coller des affiches, qu'ils puissent avoir des camions pizza aussi s'ils le veulent, qu'ils puissent avoir des fanfares, qu'ils puissent mettre de la joie dans tout ça. Sinon, ça va être très sec s'ils se retrouvent avec des tracts en noir et blanc seulement. Bon, évidemment, on n'en est pas là.

Et surtout, surtout, qu'ils soient débarrassés de devoir penser à la banque auprès, à des choses comme ça, qu'ils puissent se concentrer sur ce que doit faire un candidat, c'est comment je parle aux gens, qu'est-ce que j'ai à dire aux gens, comment je vais retourner des gens. Ça doit être ça, l'obsession. Ça ne doit pas être pollué par le Crédit Mutuel, finalement, il ne veut pas, alors je vais aller voir le Crédit Coopératif. Ben oui, mais ça prend des délais. En plus, ce n'est pas la même conseillère bancaire. Voilà les histoires qu'on me rapporte. Ce n'est pas possible.

Donc, on donnera en priorité, évidemment, au Swing Circo parce que c'est là qu'il faut d'abord battre le Rassemblement National et puis ensuite, on élargira. Bon, bref, on a besoin de vous, que vous vous déplaciez, que vous mettiez votre temps, votre énergie, vos bras, vos jambes au service des campagnes et on a besoin de vous et de vos sous parce qu'on ne peut pas faire campagne sans ça. Je veux signaler, à mon avis, deux erreurs ou du moins un espace que nous rouvre la Rassemblement National et qu'on doit aujourd'hui exploiter, à mon sens, en tout cas, moi, c'est ce que je ferai dans le porte-à-porte. J'ai commencé hier, vous savez.

La première chose, c'est de dire, bon, maintenant, on ne veut plus de Macron. Ça, ça fait un point d'accord avec les personnes qui sont en face. C'est important d'avoir un point d'accord, d'entrer par un lieu commun avec les gens en face. Les gens, ils vont en face, ils ne veulent plus de Macron. Ça nous fait un point commun. Après, il y a ce qu'on voit aux sorties. Ça, ce n'est pas pareil. Il n'y a pas toujours un accord. Soit c'est une sortie de gauche, soit c'est une sortie d'extrême droite. Je pense que le Rassemblement National, là, en tout cas, dans des terres populaires comme la mienne, il commet deux erreurs.

La première, je ne sais pas si vous avez entendu cette déclaration de Jean-Philippe Tanguy, un député RN juste à côté d'ici, de la Somme, et qui a dit, ben voilà, bon, plutôt que de donner des millions à la poste, on ferait mieux de donner à Amazon et puis ils gèrent ça. En milieu rural, les gens sont très attachés au service postal. Déjà, c'est en fait une blessure que leur poste ait disparu du village. Et l'idée de remplacer la poste, qui est quelque chose qui appartient au patrimoine national, avec le facteur, avec les boîtes jaunes, vous voyez, c'est tout un imaginaire aussi.

Qui disent qu'il faut remplacer ça par Amazon, en fait, c'est au-delà même du sujet de la poste, c'est la France qui vend aux Etats-Unis. Ça, c'est la première chose. Et je pense qu'on doit marquer ce point-là. Évidemment, le deuxième, vous l'avez tous repéré, c'est qu'il va y avoir les macronistes qui vont être pour la retraite à 64 ans, puisque c'est eux qui l'ont fait, les républicains pour ce qui pèse encore, mais qui vont être pour la retraite à 64 ans aussi. Vous allez avoir le Rassemblement National qui a dit maintenant que non, on n'abrogerait pas la retraite à 64 ans et il y aura nous, les seuls, à être contre cette retraite à 64 ans.

Et c'est quand même ça qui est le grand fait social du début de mandat de Macron. C'est ça qui l'a mis en difficulté. C'est ça qui fait qu'aujourd'hui, il fait cette dissolution. Pourquoi ? Parce qu'il a été mis en minorité dans le pays. Rappelons-nous quand même 8 salariés sur 10 qui se disent non à la retraite à 64 ans. Tous les syndicats unis qui disent non et même une majorité à l'Assemblée qui lui disait non aussi. Et il est passé là-dessus avec autorité et brutalité. Tout le monde s'en souvient. Donc c'est le fait marquant.

Ça, c'est un fait politique qui s'est ancré dans toutes les têtes que le président de la République, il est passé par-dessus le pays, et le corps social pour imposer sa réforme. Et voilà, on a maintenant le Rassemblement national qui dit c'est pas grave, on va laisser comme ça et puis on verra plus tard peut-être que, peut-être si. Les gens, ils ont compris. C'est une forme de trahison. Je pense que là-dessus, on doit appuyer. Ça peut être un enjeu pour refaire basculer des électeurs populaires du côté gauche. Pour terminer, j'ai envie de vous raconter deux anecdotes. Une sur la France qu'on ne veut pas et une sur la France qu'on veut.

Hier, j'étais dans le train et il y a une dame d'origine africaine avec un accent anglais qui avait un problème parce que la dame au guichet de la SNCF s'était trompée, elle avait fait origine noyon plutôt que compienne. Je n'ai pas trop bien compris, mais enfin, c'était un enjeu à quelques euros. et la police ferroviaire est montée dans le wagon. Le train s'est arrêté et ça a duré pendant 20 minutes d'embrouille avec la dame pour une histoire de quelques euros et de manière assez agressive, quoi. Donc, j'ai dit, bon, comme ça montait en tension dans le wagon, je lui ai dit, bon, écoutez, je vais payer le billet comme ça, on n'en parle plus. Donc, avec l'amende, ça faisait 11 euros.

Donc, je règle le truc. Mais ça ne suffit pas. Les mecs et les gars de la police ferroviaire continuent de s'embrouiller avec la dame, alors que, bon, on pouvait dire que le problème était réglé et que le train pouvait repartir. Et puis, il y a un gars d'origine maghrébine qui prend sa défense aussi. Résultat, ça monte en tension complète dans le wagon. Le chef de la police ferroviaire arrive et il faut que je sois quasiment en interposition au milieu et avec à la fin. Et je le comprends parce que, putain, c'était violent. Un gars qui dit au contrôleur, faites pas monter vos chiens comme ça. La sûreté ferroviaire qui remonte dans le wagon et remet une couche en disant qu'on va l'interpeller.

Bon, bref, c'est parti en pâte à caisse. Voilà la France qu'on ne va pas. C'est une France qui a la fièvre pour un billet de train et une amende à 2,80 euros. C'est du délire. Bon, bref, j'étais tellement pas bien que j'ai oublié mon numéro de carte bancaire.

J'ai eu à régler un truc dans le train parce que moi non plus, j'étais pas en règle et j'arrivais plus à me souvenir de mon numéro de carte bancaire tellement cette scène m'a marqué et je me suis dit en fin de compte qui m'inquiète le plus, il faut pas en poser l'hypothèse, mais si jamais ils arrivent au pouvoir, c'est non seulement ce que les décisions qui vont être prises par le sommet, par les ministères, mais ce qui m'inquiète encore davantage, c'est les forces que ça va libérer dans le pays et les forces noires que ça va libérer dans le pays.

Maintenant, je vous dis, la France que je veux, là où j'ai lancé ma campagne à Amiens-Nord, c'était devant le Safran et c'est à l'intérieur la semaine dernière que ma fille faisait un spectacle de hip-hop avec ses copains du quartier, du collège et tout ça et c'était très mélangé, il y avait même des adultes handicapés qui faisaient un bout de spectacle et à la fin, je vais voir une dame, maintenant je sais qu'elle s'appelle Justine qui est une maman célibataire et je lui dis, voilà la France qu'on veut et elle me répond, non, c'est pas la France qu'on veut, c'est la France qu'on a et de toute façon, ils ne nous l'enlèveront pas.

Je pense que Justine, c'est un visage de notre Front populaire. Voilà. Et à la fin, c'est nous qu'on va ? C'est nous qu'on va ? C'est nous qu'on va ? Et à la fin, c'est nous qu'on va ? Ouais, salut Florian, ça va ? Écoute, je t'appelle pour savoir comment s'annonce ton début de campagne.

19:13
Présentateur

On n'avait jamais vu avant qu'ils viennent nous rejoindre, qu'ils disent là, il faut qu'on y alle, il faut qu'on pouvoir, donc il y a vraiment une grosse mobilisation, les gens sont prêts à donner de leur temps et c'est vraiment enthousiastant.

19:30
François Ruffin

C'était un gros sursaut, quoi.

19:31
Présentateur

Bon, on ne sait jamais. Moi, je ne suis passé qu'à 500 voix aux dernières élections législatives, donc ça va être très serré. Le Rassemblement national a fait un gros score, mais en attendant, cette union du nouveau Front populaire, c'est vraiment une très bonne nouvelle et je pense que ça va motiver les gens à donner encore plus de leur temps et de leur énergie.

19:49
François Ruffin

Est-ce que tu as besoin qu'on t'envoie des militants ? Tu sais, j'ai eu 300 000 signatures sur la plateforme. Est-ce que tu as besoin qu'on envoie des militants chez toi ou bien du coup, tu dis j'en ai assez ?

19:59
Présentateur

Franchement, il n'y en a jamais assez. Si tu as des gens qui sont motivés à venir faire campagne avec moi dans le territoire de Belfort, ils seront les bienvenus. J'ai besoin d'un maximum de bras et de gens motivés pour faire campagne.

20:09
François Ruffin

Ok. Bon, bah écoute, on invite les gens à aller vers ton directeur de campagne, d'accord ?

20:14
Présentateur

C'est super gentil, je te remercie, François.

20:16
François Ruffin

Je t'en prie, c'est moi qui te remercie, Florian. Bon courage à toi. Surtout, et j'espère qu'on se retrouve dans 15 jours. Oui, Charlotte, c'est François, ça va ? Juste en un mot, est-ce que tu as besoin qu'on t'envoie des militants ou pas ? C'est juste pour savoir si on t'envoie, tu sais, sur les 300-400 000 signataires il doit y avoir des Lorrains d'une part, si on te les envoie avec Caroline peut-être, et puis par ailleurs, si jamais il y a des gens d'ailleurs, si vous avez des hébergements pour... Vous avez des hébergements ? Bah, je pense qu'on peut. Ouais, d'accord.

Bah, écoute, on a identifié, si tu veux, une vingtaine de circonscriptions où ça s'est joué à peu entre le RN et la gauche la dernière fois, dans un sens ou dans l'autre, gagné ou perdu, et on va envoyer en priorité sur vos circos, quoi.

21:00
Locuteur

Super.

21:00
François Ruffin

Enfin, et la mienne d'ailleurs, aussi. Merci beaucoup. Bah, je t'en prie.

21:05
Locuteur

Je t'en prie.

Front populaire : bravo, et en avant sur les swing-circo ! — François Ruffin · Pourquijevote