Téléphone au volant : «Dès que vous prenez votre téléphone, vous entrez dans une zone de risque» pointe Eric Lemaire, vice-président Assurance prévention
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Oui, bonjour Eric Lemaire. Oui, bonjour. Bonjour Monsieur Lemaire. Alors, nous parlons ensemble ce samedi matin du danger du téléphone en conduisant. On le sait tous, il ne faut pas le faire, il ne faut pas téléphoner. Alors, encore moins, puisque maintenant c'est puni par une forte amende, si on a le téléphone greffé à l'oreille. Un danger qui ne vient pas seulement, par contre, que du téléphone en main, comme le montre une étude d'assurance prévention. Les défauts d'attention ont été à l'origine de 24% des accidents corporels dans notre pays en 2024. Ça a provoqué 419 décès.
Une simple conversation téléphonique, alors donc même via un système intégré au véhicule, qui réduit fortement la vigilance, ça augmente le risque d'accident, le conducteur perdrait deux à trois fois plus d'informations que lorsqu'il discute avec un passager. J'aimerais vous poser cette question à vous, Eric Lemaire, vice-président d'assurance prévention. Pourquoi une simple conversation téléphonique perturbe-t-elle davantage la conduite qu'une conversation, par exemple, avec un passager ?
Eh bien, tout simplement parce que lorsqu'on discute avec quelqu'un au téléphone, on a une sorte d'image mentale de la route qui se crée et vous avez une perte d'informations très importante parce que vous êtes concentré sur autre chose que la conduite. Alors que lorsqu'on conduit, on ne doit faire que ça. Le cerveau ne peut pas faire X choses en même temps et notamment se concentrer sur une conversation téléphonique. Vous devez préparer des réponses, réfléchir, etc. À ce moment-là, vous n'êtes plus du tout sur la route. Enfin, beaucoup moins en tout cas.
Eric Lemaire, c'est donc interdit d'avoir le téléphone en main en conduisant, interdit aussi de porter des écouteurs, des oreillettes. Bref, comme vous le dites, il faut être très attentif à ce qu'on fait et c'est bien normal. Seul un système intégré au véhicule comme par exemple le Bluetooth, c'est donc ça autorisé, c'est toléré. Mais voilà, c'est ce que nous apprend cette étude d'assurance prévention. Ça ne supprime pas le risque de distraction cognitive.
Non, ça ne peut pas. D'ailleurs, aujourd'hui, vous l'avez dit, seul le Bluetooth, donc les systèmes intégrés sont autorisés. Mais le problème, ce n'est pas celui-là. Nous, on a mis dans un simulateur 26 personnes qui ont conduit pendant 2000 kilomètres. Ils ont conduit un trajet départemental national autoroute avec téléphone et un trajet sans téléphone. Et on s'est aperçu en fait que ceux qui avaient le téléphone, ils avaient une attention détournée. D'ailleurs, ça se voit des clignants de yeux. Ils clignent des yeux beaucoup plus souvent. Et c'est un signe notamment de déconcentration. Parce qu'en fait, vous n'avez plus l'image visuelle totale.
Donc le cerveau se dit, il y a un truc qui ne va pas, je vais essayer de le ramener sur la route. Mais vous êtes en train de discuter. Donc c'est vraiment une perte d'informations qui vous amène à faire des choses qui, évidemment, qui ne sont pas convenables, des temps de réaction qui sont beaucoup plus longs, jusqu'à 14%. Vous êtes flashé deux fois plus, beaucoup plus d'excès de vitesse. Oui, et puis vous avez aussi, et ça c'est terrible, un temps de fraîche beaucoup plus important.
Vous avez parlé d'argent, flashé deux fois plus tout de suite, ça fait le PV. Ça, à mon avis, ça peut peut-être être très intéressant. Là, ça ramène attention, effectivement. On a des technologies embarquées, donc les commandes vocales, l'intelligence artificielle, qui prend aussi de la place dans les véhicules. On peut penser que ça va rendre la conduite plus sûre, mais d'après ce que vous nous dites, ça crée un faux sentiment de sécurité, en fait.
Oui, en fait, ce qui est dans cette étude, la première en France sur le sujet, et on s'aperçoit bien que le conducteur, il n'est pas tout à fait là quand il conduit. Mais ce qu'il est pire encore, c'est qu'il ne regarde pas les informations essentielles. Par exemple, le GPS, vous avez 84% d'erreurs supplémentaires. Alors on va dire, ce n'est pas très grave, je ne vais pas tourner à droite ou à gauche, etc. Oui, et ce n'est pas ça le sujet. Le sujet, c'est que souvent, ça implique des comportements à risque qui sont beaucoup plus importants. Je vais faire demi-tour en pleine route, je vais freiner brutalement.
On a un homme qui s'arrête et qui freine sur l'autoroute pour faire une marche arrière et prendre la bonne sortie. Donc ça devient parfois très pénible et surtout très très dangereux.
Oui, heureusement qu'il n'apprenne pas à contresens, vous me direz. Bon, c'est déjà ça. Mais vous voyez, c'est un sujet qui est, en fait, sur tout un tas de risques et une augmentation qui est très importante. Et c'est pour ça qu'on essaie d'interpeller aujourd'hui, et notamment au moment où on part en vacances, parce que ça va être des trajets qui sont longs et qui sont souvent fatigants. Donc on voudrait vraiment transmettre, comme on dit, la bonne attitude. Et aujourd'hui, on prouve scientifiquement qu'il y a beaucoup plus de risques, effectivement, lorsqu'on a une conversation téléphonique.
Alors la bonne attitude, Eric Le Maire, qui est vice-président d'assurance prévention, la bonne attitude, selon vous, c'est quoi ? C'est on met le téléphone dans la boîte à gants, enfin surtout, on ne le met pas en lien avec le kit Bluetooth, on s'affranchit totalement du téléphone.
Ce qu'il faudrait faire, en fait, c'est fermer le téléphone, tout simplement le mettre en mode avion. Alors vous avez d'autres techniques, vous pouvez le confier à un passager qui est avec vous, par exemple. Mais je crois que c'est important, c'est de s'arrêter, comme on dit tout le temps, toutes les deux heures, par exemple, pour s'hydrater, se dégourdir les jambes. Et là, vous pouvez prendre votre téléphone, passer un appel, regarder les notifications, parce que vous êtes à l'arrêt, tout simplement. Mais dès que vous le prenez, vous entrez dans une zone de risque qui, malheureusement, peut devenir très grave.
Parce que vous l'avez d'autres heures, l'inattention au volant, ce n'était pas le cas il y a quelques années. C'est la troisième cause d'accidents corporels, c'est plus de 400 morts, mais c'est surtout des milliers de blessés, parce qu'on oublie toujours les blessés. Mais des milliers de blessés et souvent des blessés très graves.
Europe 1 matin, nous sommes avec Éric Le Maire, vice-président d'Assurance Prévention, et nous parlons ensemble de cette étude réalisée par Assurance Prévention sur le fait de téléphoner en conduisant, alors pas avec le téléphone à l'oreille directement, mais même avec un kit main libre, des défauts d'attention qui ont été à l'origine de 24% des accidents corporels en France en 2024, et on parlait des nombres de blessés. Eh bien, ça a fait 419 décès, là, pour le coup, en 2024.
Est-ce que, alors là, vous faites appel au bon sens des conductrices, des conducteurs, est-ce qu'il ne faudrait pas, malgré tout, carrément interdire toutes les conversations téléphoniques en voiture, même avec un système main libre intégré ?
Écoutez, chacun prend ses responsabilités. Moi, je fais de la prévention. Je rappelle juste qu'en 1972, il y avait 16 000 morts sur la route. Il y en a 3 200 aujourd'hui, malheureusement hausses, 235 000 blessés, dont 16 000 graves. Donc je pense que chacun peut prendre, effectivement, ses responsabilités en réfléchissant à ce que ça peut causer à soi, à ses passagers, et aux personnes qui arrivent en face. Donc je pense qu'interdire, on a interdit beaucoup de choses, et ça a amélioré, c'est vrai.
Mais nous, on est juste là pour passer un vrai message de prévention à partir de la première étude en France qui prouve, effectivement, que vous avez 3 fois plus d'accidents lorsque vous avez une conversation téléphonique et que vous conduisez.
Alors, avec le maire, justement, vous parliez des plus de 16 000 morts qu'il y avait dans les années 70 par an sur les routes de France. On parle d'adoption aussi de règles de bon sens. On se souvient, certainement, il y a plusieurs décennies, c'était très difficile de pouvoir faire porter la ceinture de sécurité aux Français. Maintenant, viendrait personne à l'idée de rentrer dans un véhicule sans s'accrocher, je pense, directement. Est-ce que, justement, il faut encore une période d'adaptation pour les Françaises et les Français pour dire non ? En fait, ce serait du mauvais sens, justement, que de téléphoner ou de passer un appel en conduisant.
Nous, on ne cède de le répéter. On est là pour passer des messages. On a, d'ailleurs, une grande campagne qui commence sur le sujet. Mais, vous savez, le sujet, il est très grave sur le téléphone parce que vous avez 85% des conductrices et des conducteurs qui reconnaissent utiliser au moins une fonctionnalité du smartphone au volant. C'est un fléau de la route. Il faut bien l'avoir en tête. C'est un chiffre énorme parce qu'aujourd'hui, on ne s'arrête plus. On passe de la vie privée à son véhicule, de la vie professionnelle à son véhicule. On continue les réunions. On veut parler. C'est un tourbillon, vous voyez ?
Et donc, oui, il faut passer des appels et merci de le faire aussi par cette interview. Mais il faut que chacun réfléchisse aujourd'hui aux conséquences du téléphone au volant.
Alors, justement, vous nous le disiez, vous faites juste un constat. Moi, j'aimerais quand même votre regard, peut-être de conducteur, je ne sais pas, mais les sanctions actuelles contre l'usage du téléphone au volant sont-elles suffisantes pour vous ? Est-ce qu'il faudrait peut-être durcir ou mieux peut-être informer, éduquer ou peut-être durcir, peut-être avec des points en moins sur le retrait de permis, plus rapide, des amendes plus élevées, voire même l'immobilisation du véhicule pour faire comprendre qu'on ne téléphone pas en plus.
Oui, on a vu que certains préfets ont pris des mesures très importantes sur le sujet. Moi, écoutez, je ne suis pas là pour faire de la répression. Je trouve que la répression, il en faut, bien évidemment. Regardez lorsque la sécurité routière est devenue une des grandes causes nationales en 2002 avec Jacques Chirac. On était encore à 8000 morts. Donc c'est sûr que les radars multipliés sur les routes, ça aide. Moi, je suis pour la prévention, pour la sensibilisation, pour le fait qu'on le fasse très jeune, pour que les gens aient des réflexes le plus tôt possible et que chacun, aujourd'hui, effectivement, se responsabilise. Parce que 85% des Français qui téléphonent, ça ne peut pas durer.
Ce n'est pas possible.
C'est surtout qu'on le disait, la vigilance, l'attention est divisée par trois lorsqu'on conduit. Alors, vous le disiez, cher Éric Le Maire, plusieurs conseils de base, couper appel et notification, confier le téléphone, pourquoi pas, à un passager. On règle le GPS une bonne fois pour toutes au départ et après, on ne le consulte plus. On fait des pauses pour consulter son téléphone toutes les deux heures. Mais il y a aussi quelque chose d'important qu'on ne pense pas, c'est nous, quand on va appeler quelqu'un, se demander si cette personne est sur la route.
Et là, aujourd'hui, on a pas mal de gens qui vont partir à la mer, par exemple, des personnes qui vont passer 7, 8, 9 heures dans leur véhicule. Si on sait qu'ils sont sur les routes, on ne prend pas le temps de les appeler pour ne pas risquer, justement, de créer du sur-accident.
Vous l'avez dit, c'était exactement ça. Quand on sait qu'une personne est sur la route, on essaie de ne pas l'appeler. Alors, dans la vie privée, bien sûr, mais aussi dans la vie professionnelle. Et vous savez qu'il y a beaucoup d'entreprises qui ont signé des chartes de sécurité routière pour leurs collaboratrices et collaborateurs. Et notamment, dans ces chartes, il y a quelque chose qui dit si votre commercial, par exemple, est sur la route, après un rendez-vous, ne lui téléphonez pas pour lui demander si le rendez-vous a été bien. C'est ça que c'est. Voilà, il faut que... Exactement. Et tout le monde doit se responsabiliser pour ça, tout à fait.
Merci beaucoup, Éric Le Maire. Je rappelle que vous êtes le vice-président d'assurance-prévention. Je vous souhaite une excellente journée avec nous sur Europe 1.