Jean-Luc Moudenc : "[Avec le gouvernement], le bon sens n'est pas au rendez-vous"
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:26OuverteRéponse directe
Les élus se plaignent que la politique d'Emmanuel Macron repose trop sur les collectivités locales. Vous êtes d'accord ?
- 0:55FerméeRéponse directe
La baisse des dotations continue aujourd'hui ?
- 1:32RelanceRéponse directe
Quand on signe un contrat, les deux signataires sont sur un plan d'égalité, normalement ?
- 2:55OuverteRéponse directe
Les collectivités sont à l'os ? On ne peut plus faire d'économie ?
- 3:37OuverteRéponse partielle
Les relations entre l'État et les communes, c'est une recentralisation qui ne dit pas son nom ?
- 4:39OuverteRéponse directe
La conférence concerne les métropoles. Y a-t-il des enjeux spécifiques pour elles ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:56Locuteur 1Fait
« Emmanuel Macron a mis fin à la baisse des dotations. »
- 3:54Locuteur 1Fait
« Lorsque la taxe d'habitation est supprimée, il y a une menace de recentralisation. »
- 6:47Locuteur 1Fait
« J'ai dans ma région, à Pamier, un maire qui a 93 ans, qui s'appelle André Trigano. »
- 7:31Locuteur 1Fait
« Je suis minoritaire. »
Temps de parole
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À 6h19, l'invité du 5-7, bonjour Jean-Luc Moudinck.
Bonjour.
Maire de Toulouse, président de Toulouse Métropole, vous êtes également président de France Urbaine. Et c'est avec cette casquette de France Urbaine que vous allez prononcer ce matin le discours d'ouverture de la 18ème conférence des villes qui se déroule à Paris. Cela concerne les métropoles et les grandes villes, pas les petites communes. Et dans un reportage qu'on a diffusé ce matin, on a entendu des élus se plaindre d'Emmanuel Macron. Ils estiment que la politique du président repose beaucoup trop sur vous, sur les collectivités locales. Vous êtes d'accord ?
Je suis d'accord que les élus sont aujourd'hui un peu là de beaucoup de choses. En réalité, le mal, il est plus profond, il est plus ancien. Les choses ont commencé à se dérégler lors du quinquennat précédent, en 2014, lorsque, juste après l'élection municipale, l'État nous a baissé ce qu'on appelle les dotations, c'est-à-dire les crédits qu'il nous donne pour financer une grande partie de notre budget.
Et ça continue aujourd'hui ?
Alors, Emmanuel Macron a mis fin à la baisse des dotations. Par contre, il nous a demandé, du moins pour les collectivités les plus importantes, de limiter nos dépenses de fonctionnement à travers des contrats. Et nous, on a joué le jeu, parce qu'on préfère contractualiser plutôt que de subir des baisses de recettes. Par contre, dans la pratique, la mise en œuvre de ces contrats sur le terrain n'a pas été vraiment dans l'esprit qui avait été annoncé par le gouvernement, ou voulu par les parlementaires. Souvent, l'État a voulu imposer beaucoup de choses et n'a pas pris en compte un certain nombre de demandes de bon sens que nous avions.
Quand on signe un contrat, c'est que les deux signataires sont sur un plan d'égalité, normalement ?
C'est exactement l'état d'esprit qui était le nôtre. C'était pas l'état d'esprit de tous les préfets. Et c'était pas l'esprit non plus qui animait l'État central. Le problème de ce gouvernement, c'est que souvent, on arrive à se mettre d'accord sur un certain nombre de choses, mais derrière, ça ne suit pas ou c'est pas la même chose qui est faite. Pourquoi ? Parce que le poids de l'administration centrale reprend en permanence la parole politique. Et c'est ça qui introduit un malaise assez profond. Je vais vous donner un exemple. L'année dernière, l'État a transféré aux mairies la gestion des PACS, qui autrefois a été assurée par les tribunaux. Très bien, c'est la loi, on applique.
Ça se traduit par des dépenses de fonctionnement. Je prends mon exemple à Toulouse. J'ai dû, pour cela, créer trois emplois nouveaux, parce que dans une grande ville, il y a pas mal de PACS. Ces trois emplois nouveaux, et ce surcoût, c'est une dépense imposée par l'État. Elle ne m'a pas été compensée du tout. Et dans l'évolution des dépenses de fonctionnement qu'on nous demande de comprimer, le bon sens n'est pas au rendez-vous, puisque quand l'État transfère lui-même une nouvelle dépense, eh bien, il la compte dans la progression qui nous est imputée.
Et les collectivités, là, passez-moi l'expression, mais c'est quoi ? Elles sont à l'os ? On ne peut plus faire d'économie, là, aujourd'hui ?
On a fait déjà beaucoup d'économie. Depuis le début de ce mandat, en particulier avec cette baisse des dotations de l'État imposée par le précédent gouvernement, je le rappelle, nous avons déjà fait beaucoup d'économie.
Donc là, il n'y a plus de réserve pour ces nouvelles missions, comme celle de gérer les Pax. Mais ça devient de plus en plus difficile.
Ça devient de plus en plus difficile. Et c'est la raison pour laquelle nous défendons le contrat, bien sûr, mais à condition qu'il soit assoupli, qu'il soit établi et vécu sur un pied contractuel, c'est-à-dire d'égalité. Et donc, nous allons demander au Premier ministre un certain nombre de modifications pour continuer à pouvoir vivre et à pouvoir soutenir cette démarche.
Aujourd'hui, les relations entre l'État et les communes, c'est quoi ? C'est une recentralisation qui ne dit pas son nom ?
Alors, ça, c'est le ressenti de certains.
Pas vous ?
Vous savez, moi, j'ai une vision plus contrastée, parce que les choses ne se passent pas partout de la même manière. Mais lorsque la taxe d'habitation est supprimée, il y a une menace de recentralisation. Pour le moment, on a obtenu ce qu'on voulait, c'est-à-dire ce qu'on appelle le dégrèvement, qui est une technique fiscale qui nous permet d'encaisser le produit que nous aurions encaissé si jamais la taxe d'habitation avait été maintenue. Mais on sait que cette technique fiscale ne va durer que quelques années. Donc, le gouvernement a ouvert le débat pour réformer la fiscalité locale. Nous avons fait des propositions pour, justement, maintenir notre autonomie.
Ces propositions, jusqu'ici, elles ont été enregistrées, mais le gouvernement ne s'est pas prononcées. Donc, c'est les mois à venir qui diront s'il y a recentralisation ou pas à travers la réforme de la taxe d'habitation.
La conférence qui se tient aujourd'hui à Paris, c'est une conférence pour les grandes villes et les agglomérations, les métropoles. Il y a des enjeux spécifiques pour les grandes villes par rapport aux petites ?
Vous savez, on a les enjeux de la croissance à gérer, on a des enjeux de mobilité. Souvent, la grande ville, elle est dynamique. La contrepartie négative de la dynamique, c'est les embouteillages. Donc, nous avons besoin d'être aidés par l'État sur nos politiques de mobilité. Lorsqu'on développe les transports en commun, jusqu'ici, l'État n'a pas été tellement au rendez-vous ces dernières années. Et nous attendons de la loi mobilité qui est annoncée un changement dans ce sens-là.
Jean-Luc Moudinque, votre interlocuteur au gouvernement, l'interlocuteur des collectivités locales, c'est le ministre de l'Intérieur, en l'occurrence Gérard Collomb, qui a annoncé qu'il allait quitter le gouvernement après les Européennes. Comment on fait pour travailler avec un ministre qui est sur le départ, mais qui reste encore pendant huit mois ?
La réponse lui appartient. Soit dans sa tête, il est déjà ou il sera déjà parti, soit au contraire, comme il a annoncé qu'il ne partirait que dans dix mois, il va être pleinement dans sa mission. Je connais depuis longtemps Gérard Collomb. Je pense que quand il fait quelque chose, il le fait avec rigueur, avec sérieux. Donc je n'ai pas de raison de douter qu'il sera pleinement ministre de l'Intérieur d'ici le mois de juin. S'il en allait différemment, évidemment, ça poserait problème.
Vous serez content de le retrouver à vos côtés au sein de France Urbaine, cette association, dans deux ans, s'il est réélu à la mairie Lyon comme il le souhaite ?
Nous avons fondé ensemble France Urbaine il y a trois ans. Et quelles que soient les différences de sensibilité politique, on a toujours veillé, lui et moi, à faire en sorte de dépasser les clivages politiques pour aller sur le fond des problèmes. C'est la raison pour laquelle, à France Urbaine, on est peu adepte des postures, des petites phrases qui fâchent ou qui ont pour but d'exagérer les problèmes. C'est ça que nous partageons, lui et moi.
Gérard Collomb, on va dire les choses clairement, aura 73 ans lors des prochaines municipales. Il y a certains habitants qui ont déjà témoigné hier et qui ont dit « ça suffit, 73 ans c'est trop vieux ». Il y a une limite d'âge pour être maire d'une grande ville.
Écoutez, ça, vous savez, la réponse appartient aux électeurs. J'ai, dans ma région, à Pamier, un maire qui a 93 ans, qui s'appelle André Trigano. Il a fait des choses formidables pour sa commune. Et quand on va à Pamier et qu'on demande si le maire est pertinent ou pas, on n'a que des réponses positives. Donc, vous savez, l'âge, je sais bien, quand on présente des choses comme ça, on a une perception négative. Mais là, à mon avis, ce n'est pas ce qui compte. Ce qui compte, c'est la compétence, l'implication, le dynamisme, la pertinence des choix que l'on fait pour une ville.
Une dernière question, Jean-Luc Moudin. Vous êtes membre du parti Les Républicains, parti pour le moins JT en ce moment. Tout le monde n'est pas d'accord sur la stratégie, sur la ligne politique. Vous êtes à l'aise dans ce parti ?
Je suis minoritaire. Je suis dans le parti parce que c'est ma famille politique et que j'ai l'habitude d'être fidèle à ma famille. Et puis, quand je suis à Toulouse, avec les militants qui m'ont soutenu lors de toutes les campagnes électorales, je ne me vois vraiment pas leur tourner le dos. Pour autant, je défends une ligne qui est une ligne très clairement pro-européenne, qui est une ligne modérée, qui n'est pas une ligne d'ultra, une ligne également favorable au territoire et donc favorable à l'urbain. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce n'est pas le discours dominant.
Et l'union des droites jusqu'à Marine Le Pen, ça s'est totalement exclu pour vous ?
C'est totalement exclu, évidemment. Et je ne pense pas que nos électeurs attendent ça. Ils attendent des réponses de fond et du sérieux.
Merci beaucoup, Jean-Luc Moudinque, maire de Toulouse et président de France Urbaine, l'association qui organise donc aujourd'hui la conférence des villes à Paris. Vous étiez en direct sur France Inter, notre invité. Merci beaucoup.
Jean-luc Moudenc