Boulangers, énergie : Macron nous roule dans la farine | Matthias Tavel
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 4:35OuverteRéponse directe
Pourquoi une telle différence de coût de l'électricité entre particuliers et entreprises ?
- 5:34OuverteRéponse partielle
L'État prend en charge 40% de la hausse pour les boulangers, est-ce suffisant ?
- 7:19OuverteRéponse directe
Réagissez au ton du président Macron sur cette crise.
- 8:42OuverteRéponse directe
Votre amendement rejeté aurait-il pu éviter la crise actuelle ?
- 11:52OuverteRéponse directe
Le risque de disparition des boulangeries est-il réel ?
- 14:41OuverteRéponse directe
Le gouvernement fragilise-t-il délibérément les artisans pour favoriser la grande distribution ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:14InvitéChiffre
« Près de 13 000 euros de facture d'électricité en décembre, au lieu de 1 800 euros en temps normal. »
- 3:58PrésentateurPromesse
« « En novembre, j'ai proposé avec le groupe LFINUPS de saisir l'opportunité d'une loi sur l'énergie pour protéger les boulangers des hausses d'électricité qui les étranglent aujourd'hui. » »
- 5:38PrésentateurChiffre
« Selon Elisabeth Borne, il peut prendre en charge 40% de la hausse de la facture d'électricité des boulangers. »
- 9:20InvitéFait
« Ce n'est pas normal que quand les coûts de production augmentent même de 30 %, les prix augmentent de 300, 400, 500, 600 %. »
- 11:14InvitéFait
« Ils ont refusé la taxation des super profits, la taxation des super dividendes. »
Temps de parole
- Invité62 %
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- Invité 210 %
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Oui, il y a une logique où pour eux, tout est une marchandise et que si un boulanger, en fait, il ne s'était même pas posé la question des conséquences de leur politique pour ces gens-là, parce qu'en gros, ils vivent dans un autre monde, je crois que c'est ça la réalité, ils vivent dans le monde des grands groupes privés, des actionnaires de l'énergie, et le reste leur passe au-dessus de la tête, et bien là, le réel les rattrape, et c'est assez symbolique que ce soit sur la question du pain, qu'ils soient en difficulté, parce que dans notre histoire, souvent, quand on en est aussi à mettre en cause le fait que les gens puissent acheter ou là-même produire le pain, c'est que le régime est vraiment au bout et qu'il est temps d'en changer.
L'année 2023 commence de manière terrible pour les très petites entreprises en France, et même pour certaines PME, et pour cause, l'explosion vertigineuse de leur facture d'électricité est beaucoup plus importante que celle que les ménages peuvent subir ou s'attendent à subir. On en est au point où des milliers d'unités économiques sont en train de fermer boutiques, et on pourrait être obligé de le faire, une profession, un type de petite entreprise incarne cette catastrophe, les boulangers, les boulangeries, les témoignages bouleversants se multiplient depuis plusieurs jours.
A l'ouverture du courrier il y a quelques jours, Julien peine à y croire. Près de 13 000 euros de facture d'électricité en décembre, au lieu de 1 800 euros en temps normal. Je paye cette facture-là, je ne peux pas payer ni mes ouvriers, ni mes charges, ni mes fournisseurs. Voilà, c'est la fin de l'entreprise, c'est la fin du mois. Face à la flambée des prix de l'énergie, ce boulanger passionné a pourtant tout mis en œuvre pour garder la tête hors de l'eau. Depuis des mois, il fabrique ses pâtisseries et viennoiseries quasiment dans le noir.
C'est mon travail, c'est ma vie, je passe peut-être 18 heures dans mon labo fermé, parce qu'on ne peut pas payer une facture, alors que nos clients sont là, ils consomment, ils sont satisfaits de nous.
Ce n'est pas possible. Le symbole est fort et ravageur. Si les boulangeries, commerces de proximité, les seules à tisser du lien dans de nombreux territoires connaissent des faillites en série, la panique et la colère ne tarderont pas à se généraliser dans le pays. Ben oui, quand la baguette ne coûte plus 1 euro, mais 1,20 euro, les Françaises et les Français le voient tout de suite. Le sujet est politique. Voilà pourquoi le gouvernement réagit. Il en entête, bien sûr, le mouvement des Gilets jaunes. A l'époque, il ne s'agissait pas du prix du pain, mais du prix de l'essence. Du coup, au sommet de l'État, on s'empresse de communiquer.
Ce matin, Emmanuel Macron recevait les artisans boulangers, histoire de partager, comme chaque année, la galette des rois. Alors, bien entendu, il n'a pas renoncé au jeu des blagounettes, en dépit de la gravité du moment.
Je veux d'abord vous remercier d'être là et avec une gratitude particulière pour Jean-Yves Boulier, à qui on doit ses chefs-d'œuvre de frangipane et tous ceux qui ont mis, si je puis dire, la main à la patte pour l'aider. Nous aurons tout à l'heure l'occasion d'abord de découper la galette. Et là, aussi conforme à une tradition, ou devrais-je dire une superstition républicaine, il n'y a pas de fèves dans cette galette. Je le dis tout de suite à toutes et tous, parce qu'il se trouve qu'il n'y a pas de roi à l'Élysée, ici.
C'est vrai qu'en cette période de gouvernance par 49-3, le doute était légitime. Et Emmanuel Macron a également, comme il le fait souvent quand les fruits de sa politique suscitent la colère légitime de l'opinion, fait mine de taper du poing sur la table et de s'agacer de l'attitude de certains énergéticiens.
Il y en a qui ont négocié des contrats qui augmentent, et je vous le dis tout de suite, ça augmentera pour tout le monde parce qu'il n'y a pas d'autres possibilités, il n'y a pas de miracle. Mais qui ont des contrats qui ont augmenté, mais dans des proportions raisonnables et qui peuvent absorber. Et il y en a d'autres, c'est ce qu'on entend tous les jours, qu'on lit dans notre presse quotidienne, et je sais que parmi les vôtres aussi, il y en a, qui ont eu des x5 ou x10. Et ça, ce n'est pas normal. Ça, c'est abusif et aberrant.
Cette situation était pourtant à la fois prévisible et évitable, selon Mathias Tavelle, député LFINUPS de la 8e circonscription de Loire-Atlantique. Dans un tweet récent, il dit, et je le cite, « En novembre, j'ai proposé avec le groupe LFINUPS de saisir l'opportunité d'une loi sur l'énergie pour protéger les boulangers des hausses d'électricité qui les étranglent aujourd'hui. Mon amendement a été jugé irrecevable. Le gouvernement n'a rien anticipé. Nous avons voulu qu'il nous en dise plus sur ce qu'il semble considérer comme de la négligence, de l'aveuglement ou du « je m'en foutisme » du gouvernement. Et nous l'avons joint par les moyens de la visio. » Bonsoir Mathias Tavelle.
Bonsoir.
Super, la connexion est bonne, vous m'entendez bien ?
Parfait.
Parfait. Alors avant toute chose, nous aimerions que vous nous expliquiez, pour celles et ceux d'entre nous qui ne le savent pas, pourquoi il y a une différence aussi grande entre le coût de l'électricité pour les particuliers et celui appliqué aux entreprises, même de petite taille.
Alors en fait, ce n'est pas une différence uniquement entre les particuliers et les entreprises. Vous avez aussi, parmi les entreprises et parmi les particuliers, des différences, notamment parmi les toutes petites entreprises qui n'utilisent pas beaucoup d'énergie. C'est un peu compliqué, mais la raison principale, elle tient en un mot, c'est la marchandisation de l'énergie et la suppression qui a été imposée pour toute une série notamment d'entreprises d'avoir accès aux tarifs réglementés de l'électricité et du gaz sur l'autel de la libéralisation de l'énergie à l'échelle européenne, où on les a obligés à recourir à des contrats de marché.
Les particuliers, eux, ont la possibilité de le faire, mais n'y sont pas encore obligés.
Alors l'État, aujourd'hui, multiplie les gestes et les dispositifs. Selon Elisabeth Borne, il peut prendre en charge 40% de la hausse de la facture d'électricité des boulangers. Le gouvernement fait aussi pression sur les fournisseurs d'énergie. Les boulangers pourront résilier sans frais leurs contrats d'électricité en cas de hausse prohibitive. Le gouvernement fait tout pour montrer qu'il ne lâchera pas ses commerçants.
Donc on va accompagner toutes les TPE, tous les moines dits salariés, sur cette affaire. Alors, on m'avait donné un numéro vert, mais il se trouve que j'ai eu un bon réflexe. J'ai testé le numéro vert qu'on m'a donné avant. Non, ça ne marche pas. Donc on va s'organiser d'ici lundi. Non, non, non, mais... Et moi, j'en ai ras-le-bol des numéros verts dans tous les sens. Donc, déjà, on va s'organiser parce qu'il y a une chose qui marche bien dans la République, c'est les préfectures dans chaque département.
Donc pour tous ceux qui ont des angoisses, on va donner un renfort à nos préfectures pour les standards, mais on va prendre les noms des gens et on va mettre en place un petit dispositif d'alerte. Mais vous avez bien compris que ce n'est pas l'État qui va renégocier ces contrats. On demande aux fournisseurs de le faire. Mais tous ceux qui sont face à des angoisses, je veux qu'ils puissent les exprimer, les dire à quelqu'un, parce qu'on ne s'est pas battus tous ensemble pendant la période du Covid pour aider, pour sauver des entreprises et les voir tomber maintenant.
Donc je vous dis, on va être là, on prendra 40% de la hausse et donc vous aurez une hausse, c'est sûr, mais on va tout faire pour qu'elle soit raisonnable. On va vous accompagner pour pouvoir la passer et l'absorber. Mais à chaque fois qu'elle sera déraisonnable, on va pousser les fournisseurs à la renégocier en janvier et on va vous accompagner.
– Alors on voit bien Emmanuel Macron, ce vœu rassurant, il est empathique, altruiste. J'aimerais bien vous entendre d'ailleurs même réagir sur le ton de ce président. Et bien sûr, la question suivante, c'est de savoir si ces mesures, vous les jugez suffisantes.
– Le ton, il est grotesque. C'est un grand numéro de foutage de gueule, pour le dire assez trivialement, parce que clairement, M. Macron invente des choses parfaitement compliquées. Il faudrait appeler la préfecture pour régler une facture, alors qu'il suffit simplement de mettre en cause le fait que l'énergie est une marchandise sur laquelle des entreprises font des profits sur le dos des boulangers et d'ailleurs de tous les Français, pas seulement des boulangers. – Non, c'est très hypocrite, parce que d'abord, ils ont refusé de taxer les super profits, les super dividendes des entreprises de l'énergie qui contribuent à cette hausse.
Et ensuite, ils sont réduits à inventer toutes sortes de mécanismes. C'est un peu M. Bricolage va acheter son pain, si vous voulez. Comme on ne veut pas mettre en cause le fait que c'est un tarif qui est fixé par un marché et pas par de la réglementation, eh bien alors on va faire des rustines pour que vous ayez une hausse, mais on va vous en redonner 40% si vous cochez la bonne case, et puis sinon vous pourrez appeler le standard de la préfecture. Enfin, tout ça est complètement indigne. Nous, nous avons proposé dès le mois de novembre le fait qu'il y ait des tarifs réglementés qu'on puisse y revenir pour toutes les entreprises.
– C'était l'objet de votre amendement, c'est ça ?
– Oui, je signale au passage que dès le mois de janvier 2022, nous avons déposé il y a donc un an une proposition de loi pour bloquer les prix des produits de première nécessité, parmi lesquels l'énergie, qu'on nous a répondu que ce n'était pas possible, que ce n'était pas nécessaire, que grâce au bouclier tarifaire, les Français et les entreprises étaient protégés. On voit qu'un an après, il n'en est rien. Le gouvernement a fait perdre un an aux Français sur la protection contre la hausse de l'énergie. Ce qu'il faut, c'est mettre en cause le mécanisme du marché européen de l'énergie.
Ce n'est pas normal que quand les coûts de production augmentent même de 30 %, les prix augmentent de 300, 400, 500, 600 %. Qui prend la différence ? Pourquoi ? Ce sont des entreprises essentiellement privées qui se sucrent sur le dos des boulangers comme elles se sucrent sur le dos des bouchers et de tous ceux qui ne sont pas éligibles aux boucliers tarifaires, y compris parmi les ménages, dans les copropriétés ou les logements sociaux. Il faut sortir du marché européen, il faut bloquer les prix, il faut taxer les super profits et il faut revenir aux tarifs réglementés de vente de l'énergie pour tous, particuliers, entreprises, artisans et collectivités locales.
D'ailleurs, au sujet de la taxation des super profits à laquelle s'est opposé Emmanuel Macron et son gouvernement, on a l'impression qu'il est en train de faire un petit moonwalk. Je vous propose de regarder ce petit magnéto.
J'ai entendu l'inquiétude et l'angoisse, elle est légitime. J'en ai, comme vous, assez qu'on ait des gens qui, sur la base de la crise, fassent des profits excessifs. Donc, la crise, elle touche tout le monde. Il faut à la fin, de toute façon, qu'on absorbe cette hausse des prix parce qu'on ne produit pas cette énergie. Mais il n'est pas normal qu'il y ait des gens qui fassent des très gros profits dans un moment où on utilise quand même l'argent du contribuable pour aider les plus petits à résister. Donc, on va remettre un peu tout le monde d'équerre dans cette période avec cette mesure et cet effort qu'on va demander.
Et oui, contre toute attente, celui qui refusait de taxer les super profits fustige les entreprises qui font des profits excessifs. Mathias Tavel.
Il ne manque pas d'air. C'est le moins qu'on puisse dire. Moi, je me souviens de son ministre Bruno Le Maire qui disait « je ne sais pas ce qu'est un super profit ». Manifestement, en six mois, ils ont fini par comprendre. Nous, on leur dit depuis six mois et même plus longtemps que ça, que ça existe, qu'il faut les taxer. Et aujourd'hui, à part faire un discours et des scrogneugneux, il n'y a aucune mesure qui est prise. Ils ont refusé la taxation des super profits, la taxation des super dividendes. Ces gens-là sont les amis des grands groupes privés de l'énergie et certainement pas les amis des artisans, des petits commerçants, des commerces de proximité que nous défendons.
Et c'est aujourd'hui les mesures collectivistes, j'allais dire, qui sont les plus grands défenseurs et les plus grands amis, les plus grands alliés des petits artisans et des petits commerçants. Ce n'est pas le marché, le libéralisme, qui défendra le commerce de proximité. Il est temps que tous ceux qui, parfois, ont été abusés aussi par cette idée, eh bien, maintenant, se disent qu'il est temps de changer de logique et d'aller vers le service public.
J'aimerais revenir sur cet amendement, votre amendement qui a été rejeté et qui aurait pu permettre d'éviter le drame actuel des boulangeries et des TPE. Pour quelles raisons, selon vous, il a été rejeté ?
Alors, il a été rejeté parce que, soi-disant, c'était sur le texte sur le développement des énergies renouvelables que nous avons examiné à la fin de l'année dernière. Et nous, nous nous sommes dit, il y a un texte qui arrive sur les énergies au Parlement, nous allons proposer une réforme des tarifs de l'énergie. Ça nous paraissait assez logique qu'on puisse en parler. Eh bien, non, on nous a dit que c'était irrecevable parce que ça n'avait pas de rapport avec le texte. Donc, on ne peut pas parler du tarif de l'énergie dans un texte sur l'énergie. On a réussi, après, à filouter un peu en réduisant le champ d'application pour le limiter aux zones où on installerait des énergies renouvelables.
Et là, à l'Assemblée, c'est passé dans la discussion, mais les macronistes ont voté contre. Donc, en gros, d'une manière ou d'une autre, ils ont permis, ils ont organisé le racket des boulangers par leurs fournisseurs d'électricité. Les macronistes sont pleinement responsables et coupables de l'envolée des prix de l'électricité en France.
Est-ce que le risque économique et social de disparition d'un grand nombre de boulangeries et de petites entreprises est grand ? Est-ce qu'il faut vraiment s'alarmer ?
Si j'en crois ce qu'on me dit, moi, dans ma circonscription ici à Saint-Nazaire, quand j'en crois ce que je lis dans la presse locale, oui, il y a de grands dangers. J'étais allé le 30 novembre à la rencontre des bouchers qui se réunissaient près de l'Assemblée sur la même question. Ils sont très inquiets quand vous voyez des gens, ce que vous montriez dans votre reportage, dont la facture passe de 1 000, 2 000 euros par mois à 10 000, 12 000 euros par mois. Comment voulez-vous qu'une entreprise artisanale, comme une boulangerie, comme une boucherie, comme on les connaît tous, puisse faire face ?
Ça ne peut profiter qu'à la grande distribution et aux grands groupes qui essayent de se partager aussi ce marché-là. Derrière, c'est des filières agricoles de qualité, c'est des commerces de proximité qui font vivre nos villages, nos bourgs, nos petites villes. C'est de l'emploi local non délocalisable. C'est une alimentation plus saine que celle qu'on peut trouver dans d'autres commerces. Non, il y a vraiment un enjeu d'intérêt général à défendre ces commerces.
Et moi, j'espère que ces catégories qui sont menacées, qui n'ont pas pour habitude de se mobiliser, se mobilisent et qu'elles le fassent avec tous ceux qui ont intérêt à ce que cesse ce pillage du pays par les grands groupes privés et le recours au marché pour tout désorganiser dans le pays. Et donc, en quelque sorte, les boulangers, les bouchers se joignent à la mobilisation de tous ceux qui vont entrer dans l'action pour défendre leurs droits, leurs pouvoirs d'achat et le droit à vivre dans une société où le travail paye dignement et où on ne travaille pas pour enrichir des actionnaires.
Donc, pour vous, il y a vraiment une volonté du gouvernement de fragiliser nos artisans, nos TPE, pour faire prospérer des grandes entreprises et notamment la grande distribution.
Clairement, il y a une volonté du gouvernement de ne jamais mettre en cause le marché et l'organisation européenne. Donc, déjà, j'allais dire qu'ils le veuillent ou non, leur politique les rend coupables de l'action qui, à la fin, se retourne contre nos artisans. Mais on a vu quand même depuis un certain nombre d'années tous les amis libéraux de M. Macron allaient d'ailleurs lui-même, lorsqu'il était rapporteur, par exemple, de la commission à Tali, plaider pour le travail du dimanche qui fait une concurrence déloyale aux petits commerces par la grande distribution, plaider toutes sortes de choses qui vont contre l'intérêt de la défense du commerce de proximité, de l'artisanat, etc.
Donc, oui, il y a une logique où pour eux, tout est une marchandise et que si un boulanger, en fait, il ne s'était même pas posé la question des conséquences de leur politique pour ces gens-là, parce qu'en gros, ils vivent dans un autre monde. Je crois que c'est ça, la réalité. Ils vivent dans le monde des grands groupes privés, des actionnaires de l'énergie, et le reste leur passe au-dessus de la tête. Eh bien là, le réel les rattrape.
Et c'est assez symbolique que ce soit sur la question du pain, qu'ils soient en difficulté, parce que dans notre histoire, souvent, quand on en est aussi à mettre en cause le fait que les gens puissent acheter ou là même produire le pain, c'est que le régime est vraiment au bout et qu'il est temps d'en changer.
Je ne peux pas m'empêcher de repenser à ces images d'Emmanuel Macron qu'on avait vues en déplacement il y a un mois déjà, à Washington, où il était en train de promouvoir justement le savoir-faire de ses boulangers. Il avait brandi cette baguette de pain en félicitant les boulangers, la communauté française des boulangers aux États-Unis. Donc, on imaginait qu'il y avait quand même une forme de proximité entre notre président et ses petits artisans.
Il a sans doute voulu le faire croire. Moi, je rappelle que c'est l'ANUP qui présentait un boulanger pour les élections législatives. Il n'a malheureusement pas été élu, mais c'était une aussi de nos manières de montrer que ces artisans, ces professions de bouche, ces petits indépendants, ont plus à voir et à gagner dans l'action commune avec les salariés que dans la défense, soi-disant, des entreprises en général, comme si le MEDEF se préoccupait du boulanger du coin. Et M. Macron, pareil.
Il est temps que cesse cette illusion et que chacun comprenne que ceux qui vivent de leur travail, qu'ils soient salariés, ubérisés, indépendants, artisans, ont un intérêt commun dans cette affaire qui est le service public, le blocage des prix, le partage des richesses, et que ceux qui se sont gavés sur leur dos depuis des années, notamment les actionnaires, passent à la caisse. C'est, je crois, un moment de révélation peut-être politique pour eux. Et moi, je les invite à regarder de notre côté et à ne pas se laisser acheter ou à voir par les balivernes qu'on peut entendre de l'extrême droite, par exemple, où on vient nous vendre la baisse de la TVA comme si c'était une solution à la crise.
Ça fera simplement un appauvrissement de l'État et on viendra vous voir pour vous dire que, comme on a baissé la TVA, il n'y a plus d'argent pour l'école, il n'y a plus d'argent pour les services publics, il n'y a plus d'argent pour les politiques d'action et peut-être même qu'il n'y a plus d'argent pour payer les standardistes de la préfecture que vous devez appeler si vous avez un problème avec l'énergie.
Effectivement, on a vu sur les réseaux sociaux un très fort activisme de l'extrême droite aux côtés des boulangers, notamment, de reconquête de partie d'Éric Zemmour. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
Ils sont, comme toujours, les vautours se nourrissent du malheur des autres. Nous, nous ne faisons pas de racolage contre les boulangers. Nous proposons des solutions que nous avons toujours proposées et qui sont pour nous l'intérêt général du pays et du peuple français. Et l'intérêt général du pays et du peuple français, ce n'est pas le poujadisme fiscal du Rassemblement national ou de M. Zemmour, c'est au contraire le service public, l'action publique, l'intervention de l'État pour réguler des secteurs aussi stratégiques que la question de l'énergie.
Donc, qu'ils essayent, qu'ils se débattent, mais nous, nous sommes au contraire sûrs que c'est de notre côté que ce sont les solutions les plus efficaces et l'action la plus désintéressée pour faire avancer cette idée et cette cause et surtout que c'est dans l'action commune avec les travailleurs et les salariés que les boulangers, les bouchers et autres pourront faire valoir leurs intérêts.
Donc, pour vous, une prise en charge de 40 % de la hausse de la facture d'électricité boulanger, ce n'est pas une mesure efficace ?
J'allais vous dire, c'est mieux que rien. Mais si c'est tout ce qu'ils ont à proposer, franchement, qu'ils laissent la place. Nous sommes capables de faire mieux. C'est mieux que rien, mais c'est 40 % de la hausse. Nous, nous disons qu'il est possible de bloquer la hausse, de la stopper, d'abord dans l'urgence par le blocage des prix et ensuite durablement en changeant le mécanisme de production, de distribution de l'énergie dans notre pays. C'est ça l'enjeu. La sortie du marché, le retour aux services publics et à des tarifs réglementés. Sinon, on peut faire des rustines. On le fait. Évidemment, pour celui qui va en bénéficier, c'est mieux que rien du tout.
Je ne vais pas vous dire le contraire. Mais ce n'est pas à la hauteur de la situation. Ça coûtera beaucoup d'argent public et à la fin, c'est encore une fois le trésor public qui paiera pour enrichir le trésor privé des actionnaires des groupes d'énergie. Nous, nous ne sommes pas d'accord avec cette logique-là. Nous croyons, nous, directement que c'est le trésor privé qui doit passer à la caisse.
En tout cas, je pense que vous avez vu les 29 minutes de vœux d'Emmanuel Macron. Il semblait dire qu'il ne pouvait pas bloquer les prix, mais seulement encourager les fournisseurs d'électricité à ne pas trop les augmenter.
Oui, mais c'est la politique globale du gouvernement. On tape du poing sur la table et après, on fait des grandes mesures où il n'y a aucune contrainte. Sur les super profits, c'était déjà le cas. On n'en a pas vu la couleur. Là, il remet le couvert. C'est la même chose. Sur les retraites, on vous dit qu'on va peut-être avoir un index sur l'emploi des seniors, mais qui ne sera évidemment pas contraignant. Par contre, quand il s'agit de mettre des contraintes pour que les gens travaillent plus longtemps, pour que les chômeurs soient moins payés, là, la main ne tremble pas. Donc, à un moment, ça suffit. Ces gens et ces dirigeants, le gouvernement de M.
Macron, font un choix, un choix idéologique, qui est de faire des cadeaux aux actionnaires et aux grands groupes, comme avec, par exemple, la suppression de la cotisation sur la valeur ajoutée qui a été imposée par le 49-3 cette année, qui va coûter 8 milliards de recettes en moins, et de faire payer ces cadeaux par les citoyens et les travailleurs. Et au passage, on apprend que cette suppression de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises qui va coûter 8 milliards de recettes en moins, quelles sont parmi les plus grandes entreprises qui vont en bénéficier ? Banco, les entreprises qui produisent de l'électricité.
Voilà, la boucle est bouclée, vous travaillerez plus longtemps, vous payerez plus cher à votre électricité parce que certains de leurs amis ont besoin de s'enrichir encore un peu plus. Stop, ça suffit.
Donc, très clairement pour vous, on peut aller plus loin, on peut bloquer les prix avec de la volonté. Sortir du marché européen de l'électricité, est-ce que concrètement, c'est possible ? C'est peut-être un horizon, mais est-ce que la France, en tant que membre de l'Union européenne, peut sortir du marché européen de l'électricité ?
Déjà, il faut qu'elle le veuille. Nous, nous disons qu'il le faut. Le gouvernement dit qu'il ne le faut pas. Donc déjà, forcément, puisqu'il ne veut pas sortir, ne vous attendez pas à ce qu'il le fasse. Premier élément. Deuxième élément, oui, nous pouvons le faire. Et nous avons des méthodes pour le faire, y compris de façon à la fois efficace, mais progressive pour prendre le problème avec méthode. D'abord sur la production, ensuite sur la distribution d'électricité. Je vous renvoie à certains travaux. Par exemple, il y a une note de l'Institut Labo S6 sur cette question-là qui est très bien faite et qui vous permettra de voir comment on pourrait faire autrement.
L'argument qui nous est donné, qui nous est opposé, c'est de dire mais on ne produit pas assez d'électricité, donc il faut en importer et donc on a besoin du marché pour importer. D'abord, si on ne produit pas assez d'électricité, il faudrait peut-être se demander pourquoi et peut-être que si on n'était pas en retard sur les énergies renouvelables, on n'en serait pas là. Première question. Mais deuxième question, c'est faux. pour importer ou exporter de l'électricité, on n'a pas besoin du marché, on a besoin de lignes à haute tension. On a exporté de l'électricité et EDF a exporté de l'électricité avant qu'il y ait le marché européen de l'énergie.
Donc, on était capable de le faire quand il fallait qu'on en vende, on doit être capable de le faire quand il faut en importer. Par contre, ça suppose effectivement une discussion politique avec nos partenaires européens pour leur dire « Nous avons besoin là d'électricité parce que nous n'en produisons pas assez compte tenu des choix qu'on a fait. Il faut que vous acceptiez de nous en vendre à un prix raisonnable. Ça tombe bien, les Allemands ont besoin qu'on leur vende du gaz parce qu'ils n'en ont pas assez. Ça doit pouvoir permettre de trouver une solution haute que simplement laisser des mécanismes de marché, des cours de bourse fixer comme ça un prix quasiment au petit bonheur la chance.
Alors, des fois, ça monte très haut. Après, ça baisse un petit peu. On se dit « Ah, enfin, ça baisse et à la fin, tout le monde paye plus cher et les boulangers vont être obligés de mettre la clé sous la porte. » Non, ce n'est pas un système organisé. Donc, il faut sortir du marché. C'est possible. Mais clairement, ce n'est pas ce gouvernement qui le fera.
Le 23 janvier prochain, c'est une date importante. Un collectif pour la survie de la boulangerie et de l'artisanat appelle à manifester dans la capitale. Un autre collectif, la boulangerie à poils va participer. Ensemble, ils souhaitent changer le cours de l'histoire. Ce sont leurs mots. Est-ce que vous serez aux côtés des boulangers lors des manifestations à venir qui s'annoncent révolutionnaires ?
J'espère qu'elles le seront et j'espère qu'elles seront aussi révolutionnaires, les manifestations contre la réforme des retraites. Moi, j'étais présent, comme je vous l'ai dit, en soutien des bouchers. Il y avait des problèmes, eux, sur les factures pour le froid, pour que la viande soit bien conservée. Là, on est sur la cuisson. Mais évidemment, notre rôle, notre place de force de gauche, de force écologique, de force sociale est d'être aux côtés de ces professions, de défendre ceux qui n'ont que leur travail pour vivre, même s'ils sont indépendants ou artisans.
D'ailleurs, dans la boulangerie, vous avez aussi beaucoup de salariés qui ne sont pas que indépendants mais qui sont directement concernés parce que leur patron ne peut pas les augmenter, va devoir les licencier ou ne peut pas prendre un apprenti de plus ou une personne de plus comme il espérait le faire. Donc, bien sûr, il faut qu'on construise une sorte, si vous voulez, de front de classe, de ceux qui n'ont que leur travail pour vivre contre ceux qui vivent du travail des autres. Moi, c'est en tout cas l'orientation que je défends et c'est l'orientation qu'on défend avec la France insoumise et la nouvelle union populaire, écologique et sociale.
Merci beaucoup à vous, Mathias Tavel. On vous se croisera donc très certainement le 23 janvier prochain à Paris. Sous-titrage Société Radio-Canada