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Podcast / conversationFrance Inter (sur YouTube)· 16 décembre 2024 13 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsÉconomie & entreprisesEurope & internationalSolidarités & famille

François Bayrou à Matignon : les ennuis commencent ? - Le débat du 7/10

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:20OuverteRéponse directe

    De quoi cet épisode est-il le nom, Françoise Fressoz ?

  • 3:30OuverteRéponse directe

    François Bayrou est-il le premier ministre d'Emmanuel Macron ?

  • 5:27OuverteRéponse directe

    On aura un profil premier ministre collaborateur ?

  • 8:09OuverteRéponse directe

    Un gouvernement centriste d'apaisement, ça suscite quel commentaire ?

  • 10:00OuverteRéponse directe

    Quel est l'effet Bayrou sur l'opinion ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:58IntervenantFait
    « Dominique de Villepin entre dans son bureau et lui dit vous ne pouvez pas faire, vous devez me faire confiance, c'est moi qui dois aller à Matignon. »
  • 2:57IntervenantFait
    « François Bayrou dit il faut faire une autre politique. »
  • 3:50IntervenantChiffre
    « François Bayrou s'est déjà présenté trois fois à l'élection présidentielle. »
  • 8:50IntervenantChiffre
    « Marine Le Pen est entre 35 et 38% au premier tour s'il y avait une présidentielle demain. »

Temps de parole

  • Intervenant31 %
  • Présentateur28 %
  • Présentateur 221 %
  • Intervenant 221 %

0,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Débat ce matin sur la nomination de François Bayrou à Matignon après à en croire plusieurs médias. Un échange tendu avec Emmanuel Macron qui ne voulait pas de cette option mais a fini par s'y plier. Au nouveau Premier ministre de nommer désormais un gouvernement en essayant d'élargir sa base à l'Assemblée nationale. Des consultations ont lieu avec les chefs de parti aujourd'hui et demain à l'exclusion de la France insoumise qui a refusé l'invitation. François Bayrou n'ignore pas pour reprendre ses mots qu'il est face à un Himalaya de difficultés et que les ennuis commencent. Fasse un clin d'œil à François Mitterrand.

Alors ces ennuis on va les passer en revue ce matin avec Françoise Fressoz, bonjour. Bonjour. Éditorialiste politique au quotidien Le Monde, Thomas Legrand, bonjour. Bonjour Nicolas. Chroniqueur politique au quotidien Libération, producteur d'enquête de politique sur Inter et enfin Guillaume Roquette, bonjour. Bonjour à tous. Directeur de la rédaction du Figaro Magazine, soyez les bienvenus au micro d'Inter avant de se projeter sur l'avenir. Un mot de cette nomination sous tension de François Bayrou qui aurait donc menacé de rompre avec le président de la République si Matignon lui échappait.

François Bayrou a démenti ce récit en se disant Premier ministre de plein exercice et de complémentarité avec Emmanuel Macron. De quoi cet épisode est-il le nom, Françoise Fressoz ? Alors c'est un épisode où on voit le Premier ministre qui s'impose au chef de l'État. Et moi ce qui m'a intéressée dans l'épisode c'est que ce n'est pas la première fois que ça se produit. Le précédent c'était Dominique de Villepin face à Jacques Chirac après le référendum sur le traité constitutionnel européen. Un nom massif, un président de la République qui ne sait plus comment se rétablir.

Il avait une candidate qui s'appelait Michèle Alliomarie qui était une sorte d'animatrice de l'équipe comme aurait aimé Emmanuel Macron en choisissant Sébastien Lecornu. Dominique de Villepin entre dans son bureau et lui dit vous ne pouvez pas faire, vous devez me faire confiance, c'est moi qui dois aller à Matignon. Et Villepin emporte le morceau. Ce qui m'intéresse dans ce parallèle c'est que les deux hommes tentent le coup de force aussi parce que ce sont aussi des proches du président de la République. C'est-à-dire que Villepin était aux côtés de Chirac dans sa combat contre Édouard Balladur.

Et dans le cas présent, ce qui soude si vous voulez François Bayrou et Emmanuel Macron c'est la constitution du centre en 2017. Ils n'ont pas la même version mais ils sont quand même attachés à la création d'un espace central face à la gauche et à la droite. Mais pourquoi ça clashe ? Pourquoi ça clashe ? Parce qu'au fond Macron voulait garder les manettes jusqu'au bout. Il ne voulait qu'un animateur parce qu'il voulait je veux la politique de l'offre. Tandis que François Bayrou lui dit non vous avez perdu, vous avez perdu, vous avez besoin de quelqu'un qui vous protège. Quelqu'un qui mène une politique pas très différente mais qui vous protège. Et c'est comme ça qu'il emporte le morceau.

2:57
Intervenant

Thomas Legrand. Ça clashe exactement pour ça parce que François Bayrou dit il faut faire une autre politique. Alors qu'il a perdu deux élections législatives, Emmanuel Macron pense qu'il peut continuer. Ça pose un problème et c'est constitutif de la crise. Et puis quand vous devez nommer quelqu'un qui a essayé, vous êtes président de la République, et vous devez nommer quelqu'un qui a essayé d'être trois fois président de la République, et qui cite dans son premier discours non pas Mendes France ou Édouard Balladur ou Raymond Barre, un modéré, mais qui cite Henri IV et que vous êtes président de la République, vous savez que vous perdez les manettes.

3:30
Présentateur

Guillaume Roquette, j'ajoute qu'on peut dire que François Bayrou est le premier ministre, premier et premier ministre d'Emmanuel Macron qui est un vrai capital politique. Thomas l'a rappelé à l'instant, trois fois candidat à la présidentielle, à la tête de son propre parti. C'est ce poids politique aussi qui a coincé ou effrayé Emmanuel Macron ?

3:50
Intervenant

Oui, bien sûr, parce que Thomas Legrand l'a rappelé à l'instant, François Bayrou s'est déjà présenté trois fois à l'élection présidentielle, et je pense qu'il ne compte pas en rester là. C'est la grande différence avec Michel Barnier, qui était un homme qui a priori arrivait au sommet de sa carrière politique. Mais souvenez-vous, quand en janvier dernier, Emmanuel Macron nomme Gabriel Attal, on a l'impression que c'était il y a très longtemps, vu la rapidité avec laquelle valent les premiers ministres dans notre pays. Mais on avait interviewé François Bayrou, qui était déjà candidat, sur ses intentions pour 2027, et il avait dit « je ne suis pas indifférent ».

Ça veut dire bien sûr que je compte y aller. Et pour le président de la République, alors que lui-même ne peut plus se représenter, qu'il est extrêmement affaibli par des erreurs politiques majeures, comme la dissolution, avoir face à lui quelqu'un qui est plein d'énergie, et qui a bien l'intention d'exister par lui-même, ça va être compliqué. En fait, c'est souvent comme ça en politique. On s'oppose plus quand on est proche, parce qu'on n'est pas sur la compétition des idées, on est sur la compétition des personnes, des caractères, des tempéraments, des psychologies.

Et ça, c'est ce qu'il y a de plus difficile à démêler, parce que les détestations personnelles, il n'y a pas de détestation entre les deux. Mais en tout cas, les concurrences personnelles. Moi, je pense qu'en 2017, François Bayrou s'est rallié à Emmanuel Macron, ce qui a d'ailleurs été décisif dans le succès de celui-ci. Ça l'a sans doute fait élire, il avait gagné 5 points dans les sondages. Mais que Bayrou se dit, bon, il est plus jeune que moi, il est plus charismatique, mais finalement, quelque part, il me prend la place. Parce que ce sont mes idées, cette idée de la victoire du centrisme, de la du en même temps, tout ça, c'était Bayrou.

Et il se dit, maintenant, c'est mon tour, je vais vraiment le mettre en place.

5:27
Présentateur

Donc, on n'aura pas, Françoise Fressos, de profil premier ministre collaborateur ? Non, on va avoir un premier ministre pleinement aux manettes, mais alors dans une situation extrêmement compliquée. Et c'est un vrai pari pour François Bayrou, parce qu'en fait, il y a deux facettes du personnage. Il le dit d'ailleurs dans la tribune dimanche, il dit, je suis un bâtisseur et je suis un réparateur. Ce n'est pas du tout le même profil. Le bâtisseur, c'est quelqu'un qui a de l'audace, qui construit. Le réparateur, c'est quelqu'un qui est tout en précaution. Et là, François Bayrou... Il peut faire les deux ? Ben non, moi je pense que c'est impossible de faire les deux.

Et je pense que c'est là la complexité de la situation pour lui. C'est vrai qu'il a incarné un projet qui était de rassembler, de construire un centre, rassemblant les sociodémocrates, les démocrates chrétiens, les libéraux de progrès, comme il les appelle. Et donc, je pense qu'il est très attaché à ce projet. Mais maintenant qu'il est aux manettes, ça va être très compliqué à la fois d'unir une partie de la gauche, la gauche réformiste qui s'est séparée de LFI, la droite qui veut rester là, la neutralité du RN. Donc, est-ce qu'il fait un projet où on élimine tout ce qui dépasse et donc on fait très peu de choses, ou est-ce qu'on continue quand même d'avancer ?

Et ça, ça va être le grand pari des mois qui viennent.

6:43
Intervenant

Thomas Legrand ? Il y a un paradoxe, en fait. C'est son moment quand même, François Bayrou. Parce que lui qui théorise l'entente démodérée depuis toujours, c'est le moment de le faire. Et finalement, Emmanuel Macron n'a jamais réussi. En tout cas, ça n'a jamais été efficace. Le problème, c'est qu'il théorise ça depuis 30 ans, mais d'une façon différente d'Emmanuel Macron. Emmanuel Macron voulait un grand parti du centre, style Vème République, un grand parti de masse. Alors que François Bayrou a toujours considéré, et c'est pour ça qu'il était pour la proportionnelle, qu'il fallait une coalition.

C'est-à-dire que les partis existants devaient continuer à exister, mais devaient être responsables et s'entendre. Alors, il est maintenant dans cette situation. Le problème, c'est que ces partis qui pourraient s'entendre n'ont pas été élus par la proportionnelle, mais ont été élus avec un sentiment majoritaire. Je le répète toujours, c'est peut-être un petit peu une lubie, mais s'ils avaient été élus en se disant « Qu'est-ce que je vais devoir céder ? » plutôt, c'est-à-dire, ça c'est quand on est élu à la proportionnelle, plutôt « Qu'est-ce que je vais devoir imposer ? » ça c'est quand on est élu avec l'esprit majoritaire, en pensant qu'on va tout gagner.

Eh bien, quand on veut réduire les déficits, les coalitions ne peuvent se faire qu'en dépensant de l'argent. Et non pas en « On peut penser ce qu'on veut, faut-il en dépenser plus ou moins ? » Ce n'est pas la question. Mais en tout cas, mécaniquement, la façon dont ont été élus les députés ne va les conduire à faire des compromis plus chers.

8:09
Présentateur

Un gouvernement centriste d'apaisement, Guillaume Roquette, ça suscite quel commentaire chez vous ?

8:18
Intervenant

Il me semble que c'est hors sujet. Pourquoi ? C'est-à-dire que François Bayrou a dit « Je veux réconcilier les Français ». Mais réconcilier, ça veut dire quoi ? Ça veut dire remettre d'accord des gens qui ne l'étaient pas. Mais les Français ne sont pas d'accord entre eux. Et il me semble qu'il y a un... Vous voulez réconcilier ? Il me semble... Non, mais justement, la politique, ça sert à quoi ? Ça sert à faire vivre les oppositions. Ça sert à faire que des gens qui ne sont pas d'accord puissent vivre ensemble sans entrer en guerre civile. Ça ne sert pas à effacer ces différences. Il y a l'éléphant dans le couloir, c'est toujours le même. C'est le Rassemblement National.

Peut-être avez-vous vu le sondage du Figaro Magazine de ce week-end. Marine Le Pen est entre 35 et 38% au premier tour s'il y avait une présidentielle demain. Et François Bayrou dit « Ah oui, mais ce qui est important, c'est un gouvernement centriste avec les gens qui sont modérés. » Mais elle était à 38% aux législatives et elle a perdu au deuxième tour. C'est-à-dire que ce n'est pas parce que vous avez 38% que vous n'avez pas à 70%. Alors on laisse finir Guillaume. Sauf que si vous additionnez les voix de Marine Le Pen avec celle de Laurent Wauquiez, de Nicolas Dupont-Aignan, d'Éric Zemmour, vous arrivez à une majorité. Et donc la question existentielle, c'est celle-là.

Je dis que Michel Barnier avait trouvé quelque chose. Ça n'a pas marché. Michel Barnier traitait, entre guillemets, le Rassemblement National à plusieurs reprises dans le projet de loi de finances de la Sécurité Sociale. On voit comment ça s'est terminé. Effectivement, ça s'est mal terminé. C'est pour ça que c'est une impasse. Mais le paradoxe, c'est que jamais le pays n'a été aussi à droite et Emmanuel Macron l'emmène vers la gauche en passant de Michel Barnier, LR historique, à François Bayrou, centriste, je dirais, de conviction et de constitution.

10:00
Présentateur

Françoise Fressoz ? Il me semble qu'un des éléments qui va jouer, c'est le rapport à l'opinion. Pour le moment, il n'y a pas d'effet Bayrou du tout. Le sondage est là. BFM montre qu'il y a 40% qui trouvent que c'est une mauvaise chose, 31% une bonne chose et 29% sans opinion. Donc, il n'y a pas d'effet Bayrou. Il y a quand même un gros problème, c'est la dette. Et je pense que ça va être une des problématiques pour François Bayrou, c'est d'essayer de sensibiliser les Français. Il a parlé de la dette comme un poids moral, pas du tout comme une question financière.

Donc, est-ce qu'il arrive à dire, au fond, il y a quand même un problème qui nous concerne tous et est-ce qu'il y a un chemin pour arriver à un peu la contrôler ? Je pense que ça a été ce qui a manqué à Michel Barnier. Michel Barnier, il avait le projet d'essayer de réconcilier les partis puis après de faire ce qu'il appelait un projet de progrès qu'il n'a jamais réussi à présenter aux Français puisqu'il a été censuré avant. Est-ce que François Bayrou va dire qu'il y a peut-être une voie difficile mais sur laquelle on peut un minimum d'entendre ?

Je pense que c'est la seule chose à laquelle il peut se raccrocher pour essayer d'éviter cette négociation entre partis et d'être complètement balotté à gauche et à droite. Mais un rude budget, disons, d'austérité, entre guillemets, en majorité relative, est-ce possible ?

11:15
Intervenant

Je redis ce que j'ai dit tout à l'heure, ça n'est pas possible à mon sens quand chacun a été élu en se disant je veux appliquer tout mon programme et tout ce que je cèderai sera une défaite. S'ils avaient été élus dans un autre état d'esprit, un esprit de compromis, comme ça se passe dans d'autres pays, ce n'est pas toujours gage de stabilité. On le voit en Allemagne par exemple, mais en tout cas, au moment de prendre des décisions, c'est plus facile de céder des choses plutôt que d'en demander. Donc ça va être très compliqué.

Je pense que pour avoir une majorité ou une grosse majorité relative, une majorité non censurable, François Bayrouf va devoir céder des choses qui seront coûteuses à droite et à gauche. Il y a eu en fin de semaine dernière des confidences du ministre du budget des missionnaires qui disaient « oui, l'année prochaine, on sera à plus de 6% de déficit budgétaire ». Alors derrière, Bercy en panique a dit « pas du tout, il a été mal compris ». Mais c'est vers ça qu'on s'oriente. Et le sujet, c'est en fait, qui va décider si le budget sera dur ou pas ? Ce seront nos créanciers.

Ou bien ils continuent à nous dire « bon ok, la France est un peu compliquée, mais c'est quand même un pays riche » et puis il y a Emmanuel Macron qui est pro-business, donc on leur laisse du temps. Ça, ils disaient ça quand on était stable. Maintenant, c'est plus stable. Je suis d'accord, mais sauf que si vous voulez passer de Michel Barnier à François Bayrou, je pense que quand vous êtes le responsable d'un fonds de pension texan, vous n'écoutez pas forcément France Inter tous les matins. Ce n'est pas facile de voir la différence. Donc ce n'est pas non plus les communistes au couteau entre les dents qui arrivent au pouvoir.

Ils ne savent pas que c'est le même, mais ils voient que ça change. Oui, peut-être, mais c'est ça la question. La vérité, c'est que personne n'a la réponse. Si on pouvait prévoir les crises financières, on serait tous riches. Et donc, en fait, c'est ça. Ou bien il y a un affolement sur les taux d'intérêt, sur le financement de la dette. Et là, il y aura vraiment un raidissement de la politique budgétaire avec de vraies économies. Sinon, malheureusement, ça continuera à partir à volo.

13:08
Présentateur

Eh bien, merci à tous les trois. Guillaume Roquet, Thomas Legrand, Françoise Fressose. Merci d'avoir été à ce micro ce matin. Sous-titrage Société Radio-Canada