Barrage républicain, choix du Premier ministre: l'interview en intégralité de Marine Tondelier
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Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Marine Tandelier. Bonjour. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions ce matin. Vous êtes l'une des artisanes et on l'a vu vraiment la plus active même dans les premières heures où ce nouveau front populaire a pris naissance. Vous en êtes l'un des piliers avec le groupe Écolo, avec votre parti, les Écolos dont vous êtes la secrétaire nationale. On a un petit peu du mal quand même à comprendre si ce n'est pas une association de façade. On va essayer de comprendre quand même ce qu'il y a derrière.
On va revenir sur ce fameux aussi barrage républicain auquel vous appelez et puis plus concrètement aussi sur vos propositions Écolos. Ce barrage républicain, vous y croyez encore vous ?
Je vois qu'il est battu en brèche. Je vois que certains politiques qui se disent républicains, humanistes, démocrates ont perdu leur boussole. Je trouve ça effrayant d'ailleurs parce que ce n'est pas à la hauteur de l'histoire et je pense que l'histoire s'en rappellera et vous l'avez compris, pas dans le bon sens. Je suis assez effarée de tout ça parce qu'on parle quand même de personnes qui remettent en cause ce barrage républicain au centre, à droite, qui sont au pouvoir parce que les électeurs de gauche et les électeurs écologistes n'ont jamais transigé, n'ont jamais hésité.
Ils l'ont fait de manière quasiment instinctive, pas avec le sourire, pas par plaisir, mais parce que nous avons des principes et que nous faisons la différence entre les candidats et les candidats d'extrême droite et les candidats et les candidats de droite.
Oui, mais c'est marrant parce que je vous parle de barrage républicain et vous me répondez chef de parti. Mais en fait, les Français ne vous écoutent plus.
Mais c'est exactement ce que j'allais vous dire, parce que moi, je vais vous le dire dans l'autre sens. J'ai un sondage entre les mains qu'on a commandé, qu'on a reçu hier soir, qui montre que les électeurs...
Vous avez commandé le groupe écolo, enfin les écolos ?
Les écologistes et le Front populaire, qui nous montrent que les électeurs, démocrates, républicains, humanistes, qui votent pour Emmanuel Macron, par exemple, ne sont pas en phase avec ce que Macron dit sur le désistement républicain. Eux, ce sont des démocrates, des humanistes, des républicains, qui trouvent que l'extrême droite, ce n'est pas comme le reste. Et donc je pense que si ces partis s'entêtent, si ces chefs de partis s'entêtent, je pense que leurs électeurs vont finir par faire barrage à eux-mêmes.
Alors on va repréciser les choses pour que tout le monde comprenne bien de quoi on parle. Le barrage républicain, jusqu'à présent, c'était de dire tout sauf le RN, avec même des appels au désistement, on va y revenir, puisque vous avez été très clairs là-dessus. Et puis certains qui, à l'époque, c'était Nicolas Sarkozy, c'était l'UMP, disaient le ni-ni, c'est-à-dire effectivement ne pas appeler finalement à voter pour l'un, ou pour l'autre. D'ailleurs, Jean-Luc Mélenchon lui-même, en 2017, avait dit qu'il ne demandait pas, qu'il ne donnerait pas de consigne de vote. Mais ces électeurs l'ont fait. Et donc moi, ce que je vous dis, c'est que je vais...
Ce moment à Marseille où il n'avait pas choisi... Non mais moi, je vais écrire en fait au chef de parti. J'ai dit les choses très clairement au sein du Front populaire. Et d'ailleurs, en tant que chef de parti écologiste, je pose les choses hier de manière claire, nette et précise, en disant qu'il n'y aura pas d'hésitation chez nous, pas de tergiversation. Si un deuxième tour avec trois candidats, si nous sommes en troisième position et que nous risquons de faire élire quelqu'un d'extrême droite, nous nous désisterons. J'ai le mérite de poser les choses très clairement et les écologistes le font. Je pense que ça aura un effet d'entraînement.
Vous appellerez vos électeurs à voter pour Emmanuel Macron ? Pour les candidats républicains, contre l'extrême droite. Et vous pensez qu'ils vous suivront ? Oui, parce que d'ailleurs les sondages le montrent. Nos électeurs de gauche écologistes, encore une fois, ne sont pas le problème dans ce genre de situation. Mais donc je pense que la position très claire que j'ai posée en tant que chef de parti décollé au nom de tous les écologistes aura un effet d'entraînement au sein du nouveau Front populaire, mais chaque parti le fera à son rythme. Mais je pense aussi que ça doit avoir un effet d'entraînement chez celles et ceux qui ont perdu leur boussole. Je vais écrire aujourd'hui même…
Le camp macroniste qui a donc annoncé hier qu'ils allaient vers un nini,
c'est-à-dire ni RN ni LF. Ce qui est extrêmement préoccupant. Et donc j'écrirai aujourd'hui aux chefs des différents partis de la majorité présidentielle, qui n'a plus de majorité que le nom, j'écrirai à Horizon, à Renaissance, au Modem, à l'UDI. Je demanderai même à les voir parce que je veux qu'ils m'expliquent les yeux dans les yeux ce qu'ils n'ont pas compris. Je veux qu'ils m'expliquent les yeux dans les yeux pourquoi ils ne font pas la différence entre l'extrême droite et la gauche.
Je veux qu'ils m'expliquent les yeux dans les yeux ce qu'ils sont en train de faire parce que ce qu'il faut que les gens sachent, c'est que les sondages montrent que ce désistement républicain pourrait faire basculer des dizaines de circonscriptions à l'extrême droite ou pas selon que la consigne est tenue ou pas par tous les partis de ce pays. Et donc, vous voyez évidemment que les électeurs, c'est eux qui décident à la fin, mais les consignes que vont donner les partis vont compter parce que quand un président de la République, quand un Premier ministre tergivert sur ce genre de sujet, ça donne un flottement. Ils sont prescripteurs quand même.
Et je trouve que ce qu'ils font est vraiment extrêmement grave. Moi, j'en suis atterrée. Je pense qu'ils ont perdu leur boussole et que c'est délétère. Et donc, je leur écrirai, je demande à les rencontrer. D'ici vendredi ? D'ici vendredi ? D'ici vendredi. Et s'ils ne le font pas, j'appelle sincèrement leurs électeurs à faire barrage contre eux. Parce que je pense qu'à un moment, leurs électeurs sont plus démocrates, plus républicains et plus humanistes que eux.
Barrage, y compris contre eux, dès le premier tour dans ce cas-là ?
Je pense que leurs électeurs, ils ont des principes. Et que vous savez, on a un parti qui a parlé beaucoup d'arc républicain. Alors, c'était à leur guise, ils excluaient, ils mettaient dedans. Mais qu'est-ce que ça peut être d'autre, l'arc républicain, que l'arc des gens qui savent encore ce qu'est un fonds républicain, qui savent encore ce qu'est un désistement républicain ? Leurs électeurs qui votent pour l'arc républicain peuvent aussi considérer qu'à un moment, celles et ceux qui ne font pas la différence entre l'extrême droite et les autres ne sont plus dans l'arc républicain.
Marine Tondelier, est-ce que vous allez jusqu'à vous dire qu'au fond, vous seriez prête à ce qu'il n'y ait plus ou très peu de députés écolos
parce que vous vous seriez désisté au deuxième tour ? Mais ce n'est pas du tout ce qui va se produire. Nous sommes à plus de 10 points devant la Macronie dans les sondages. Quand on parle de majorité présidentielle, c'est en sursis. On sait très bien qu'il n'y a aucun scénario où le 8 juillet prochain, il y a encore un Premier ministre macroniste.
Donc c'est bien les macronistes, au sens large, comme vous disiez, horizon, renaissance, etc. Le grand présidentiel. Que vous appelez à dire clairement comme vous qu'ils se désisteront si l'URL peut être rélis.
En fait, en deuxième tour, il y aura beaucoup de triangulaires parce qu'il y a une participation qui va être importante. Donc ça va favoriser les triangulaires. Dans la plupart des cas, nous serons devant les candidats macronistes. Mais dans les cas où nous serons derrière, nous serons extrêmement clairs comme nous l'avons toujours été. Par contre, la question va se poser à eux beaucoup plus souvent qu'à nous. C'est pour ça que je leur pose très publiquement. Et comme je suis d'un naturel un peu déterminé dans la vie, je leur poserai aussi souvent que nécessaire jusqu'à vendredi soir.
Et y compris les yeux dans les yeux, puisque vous demandez à les rencontrer un par un. Marine Tondelier, je voudrais juste savoir ce que c'est ce sondage. Parce que moi, j'ai un sondage complètement inverse.
C'est un sondage de Cluster 17.
D'accord, Cluster 17, alors il ne fonctionne pas exactement comme les sondeurs.
Mais ils appréhendent souvent beaucoup mieux certaines choses que d'autres sondeurs.
Parce que le sondage Odoxa que j'ai sous les yeux sur la question du barrage républicain montre exactement l'inverse. C'est-à-dire que désormais, le barrage républicain d'abord fonctionne de moins en moins. Mais quand il fonctionne, il fonctionne contre vous. Désormais, lorsque on demande... Je vais quand même juste aller au bout de la description de ce sondage. Je l'ai sous les yeux. C'est donc le dernier sondage Odoxa qui montre que lorsqu'on interroge les Français, ils sont 47% à dire que s'ils font barrage, ce sera face au nouveau front populaire. C'est le parti qui vient en numéro 1 pour faire barrage. En numéro 2, c'est faire barrage contre Macron.
Et ça n'est qu'en numéro 3, l'idée de faire barrage contre l'ERN. C'est-à-dire que l'ERN, désormais... Ça veut dire que les propos délétaires du président marchent. Désormais, l'ERN n'est plus un repoussoir. C'est la conclusion de ce sondage.
Écoutez, on a le président de la République et le Premier ministre Aurore Berger et d'autres qui nous expliquent, y compris même Jean-Yves Le Drian, qui a quand même été ministre des Affaires étrangères. C'est-à-dire qu'ils considèrent que c'est mieux d'avoir un ministre des Affaires étrangères d'extrême droite que de gauche. Ils vont être contents en Ukraine quand ils vont entendre ça. Donc oui, je pense que ça a un impact sur les électeurs. Mais ce que nous, nous sondons, ce n'est pas les reports de voix de deuxième tour. Ce que nous avons sondé, c'est... Êtes-vous favorables à des désistements républicains en France ?
Et les électeurs centristes, macronistes, très largement, ils sont favorables.
Sur la question des appels au vote, des consignes de vote, est-ce que vous avez lu les propos d'Ariane Mouchkine ? Non. Ariane Mouchkine, c'est cette figure du monde de la culture, du monde du théâtre. Elle a longtemps été aux premières loges de toutes les manifestations, de toutes les contestations. Elle avait d'ailleurs dans toutes les manifestations des très grandes marionnettes qu'on voyait de loin dans tous les cortèges. Et dans Libération, cette semaine, elle dit « Qu'est-ce qu'on n'a pas fait ou qu'est-ce que nous aurions dû faire ? » Alors certes, la première responsabilité revient à Emmanuel Macron. dit-elle. Mais elle dit « Je nous pense en partie responsables.
Nous, gens de gauche, nous, gens de culture, on a lâché le peuple, on n'a pas voulu écouter les peurs, on n'a pas voulu écouter les angoisses. Quand les gens disaient ce qu'ils voyaient, on leur disait qu'ils se trompaient, qu'ils ne voyaient pas ce qu'ils voyaient. Ce n'était qu'un sentiment trompeur, leur disait-on. Puis, quand ils insistaient, on leur disait qu'ils étaient des imbéciles. Puis, quand ils insistaient de plus belle, on les a traités de salauds. Une partie de nos concitoyens en a juste marre de nous, marre de notre impuissance, de nos peurs, de notre narcissisme, de notre sectarisme et de notre déni. Quand elle dit « nous », elle dit « peuple de gauche ».
Je la comprends et je partage ce qu'elle dit, en sachant que moi, je suis née, j'ai grandi, j'habite et je milite à Élin-Beaumont dans le Pas-de-Calais, une terre qui a vu grandir le Front National, qui l'a vu s'implanter et qui est dirigée maintenant par l'extrême droite.
Et je sais bien que le fait que mon maire de l'époque, maire de quand j'étais au lycée, il ait fini en prison avec 18 chefs d'inculpation, le fait que les mines aient fermé, qu'on ait promis une relance industrielle qui n'est pas venue, qu'on ait promis des mesures sociales qui ne sont pas venues, qu'on meurt 5 ans plus jeune que partout ailleurs en France, c'est-à-dire que quand vous naissez sur ce territoire, le jour de votre naissance, vous avez déjà 5 ans d'espérance de vie de moins que si vous étiez née à Paris alors que vous n'avez encore rien fait. Tout ça, c'est injuste, tout ça, ça a des conséquences, tout ça, ça se paye politiquement et électoralement.
Moi, je le comprends tout à fait, je ne fais pas partie des gens qui disent « ils votent pour le RN, donc c'est un gros facho, donc je ne vous parle plus jamais de ma vie ». Ce n'est pas comme ça que je fais.
Donc je suis d'accord avec elle, je suis d'accord avec le mépris que peut ressentir aussi parfois une partie de la France quand on leur explique la vie vue depuis des situations sociales, géographiques, territoriales bien différentes des leurs, quand on leur explique qu'ils n'ont pas besoin de voiture alors que s'ils n'en ont pas, ils ne peuvent pas aller travailler, quand on leur explique qu'ils devraient faire leur course dans je ne sais pas quel magasin qui n'existe pas chez eux, tout ça, moi je le sais. Et je partage aussi le fait que parfois je suis lassée des politiques et de la politique.
Vous savez, moi je suis la seule femme chef de parti, je suis partie des fois des réunions quand Emmanuel Macron nous convoquait à Saint-Denis où ça parlait pendant des heures et des heures de rétablir le cumul des mandats et de plus d'agents pour les partis, on aurait dit une réunion, un syndicat de copropriétaires. Moi aussi des fois ça m'énerve. Et si je m'engage, c'est justement pour combattre tout ça. Donc qu'ils ne se désespèrent pas, il y a des gens qui les défendent sincèrement, il y a des gens qui font ce métier pour de bonnes raisons et on va continuer.
Et y compris en prenant un risque, puisque Marine Tondelier, vous avez choisi malgré tout d'être toujours candidate sur votre territoire, là où pourtant le RN est très haut. Marine Tondelier, il y a quand même cette question aussi, quand je disais que selon les derniers sondages, ce n'est plus tant le RN qui fait peur que l'alliance avec LFI, est-ce que vous ne vous dites pas qu'en vous associant à LFI, qui aujourd'hui est considérée aussi comme un repoussoir par certains, vous avez pris un risque ?
Vous savez, c'est une bataille culturelle. Et on voit bien que quand toute l'extrême droite, toute la droite et tout le centre répètent à longueur de journée que le problème de la République, c'est la France insoumise, ça infuse, ça a des conséquences.
Donc ce n'est pas la faute de Jean-Luc Mélenchon ?
Que cherchent les gens ? Non, moi je pense qu'on a aussi une part de responsabilité, mais que cherchent ces gens ? Ils souhaitent qu'on ne s'associe pas ensemble.
Emmanuel Macron, d'ailleurs, quand il provoque une dissolution surprise qu'il a décidé avec trois copains, sans concerter personne comme d'habitude, vous me direz, il dit le lendemain à Horadur-sur-Glane, donc c'est un lieu quand même, 643 personnes, femmes, hommes, enfants ont été massacrés par les nazis à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il se rend au 80e anniversaire et il dit « Ah, je leur ai jeté une grenade dégoupillée dans les jambes », ce qui en plus est une phrase terrible, parce qu'à Horadur-sur-Glane, les hommes, on leur avait tiré dans les jambes pour qu'ils soient blessés, mais qu'ils survivent et qu'on puisse les brûler vifs pour déculpter leur souffrance.
Je précise que l'Élysée nie que cette phrase ait été prononcée,
le journal Le Monde maintient ses propos
et affirme que ça a bien été prononcé. Et ça ressemble, Emmanuel Macron, ce cynisme, ce méfri, ces petites phrases à l'emporte-pièce, et c'est extrêmement grave, n'importe quel camp de dialogue législative de France aurait dit ça, on aurait demandé sa démission, tous les partis confondus. Donc c'est extrêmement grave. Quand il dit « Je leur ai jeté une grenade dégoupillée dans les jambes », c'est qu'il sous-estimait totalement notre détermination à faire ensemble et à gagner. Il pensait qu'à force d'avoir diabolisé la France insoumise, ce serait irréconciliable et qu'on n'oserait pas travailler avec eux. Et on l'a fait.
Et ce qui le dégoûte, quand on le fait, ce n'est pas tant ce qu'il a dans sa tête, ce qu'il pense et préjugé, c'est le fait que nous serons au deuxième tour quasiment partout devant ces candidats. Alors gagner, peut-être ? Pour gouverner. Gouverner, avec qui ? Mais c'est gagné pour gouverner.
Moi j'aimerais bien comprendre qui dit vrai. C'est-à-dire que vous, vous dites Jean-Luc Mélenchon ne sera pas Premier ministre et Jean-Luc Mélenchon, il dit « J'ai l'intention de gouverner ce pays ». C'est un dialogue de soir.
Ah non, ce n'est pas vrai parce qu'il a, le soir même de ma déclaration, annoncé qu'il n'était pas candidat au poste de Premier ministre. Non, non, il dit « Ni je ne m'impose, ni je ne me retire ». Ça, c'était avant. Il l'a dit plusieurs fois. Et suite à nos déclarations, il a dit qu'il n'était pas candidat au poste de Premier ministre. Je vais vous dire pourquoi. On a dit « Je suis candidat à rien », mais ça ne veut pas dire qu'il est candidat à rien. Oui, mais les choses sont claires. Vous le croyez ? On est une coalition. Les insoumis, les communistes, les socialistes et les écologistes. Donc on décide ensemble. C'est la différence d'ailleurs avec la NUPES.
C'est que nous décidons au consensus. Olivier Faure ici même disait « Il y aura un vote ». Vous vous dites consensus ? Je vais vous expliquer. Nous déciderons au consensus parce que c'est ce qu'on a fait depuis le début. Tous les obstacles qu'on a enjambés et que personne ne pensait qu'on arriverait à enjamber, on les a enjambés au consensus, en discutant, en trouvant les solutions. Et donc sur le poste de Premier ministre en particulier, premièrement, ça ne sert à rien de s'énerver aujourd'hui. Celui qui peut sur ce plateau expliquer quelle sera la composition de l'Assemblée nationale soir du deuxième tour…
Il y a des réalités mathématiques. Non, il y a des réalités mathématiques. C'est-à-dire dans votre groupe,
il se trouve qu'il y a plus de candidats à la fin. Oui, mais la réalité mathématique, c'est qu'il faut avoir la majorité absolue et que si nous ne l'avons pas seul, il faudra trouver quand même une coalition à l'Assemblée nationale. Donc tout ça, on le saura au lendemain du deuxième tour. Mais par contre, sur la méthode, les quatre points que j'ai toujours fixés et qui paraissent, c'est pas mon avis, ça paraît assez intangible. La première chose, c'est qu'il faut quelqu'un qui soit à l'aise, aligné avec le programme du Nouveau Front Populaire, parce qu'il faudra le porter avec sincérité. Ça, c'est un premier point.
Alors à ce point-là, je vous arrête tout de suite. Paul Vannier, qui est député sortant, candidat aussi du Nouveau Front Populaire, donc dans votre coalition, qui est un proche de Jean-Luc Mélenchon, sur ce point-là, c'est-à-dire appliquer le programme, il dit, le candidat, le mieux placé, c'est Jean-Luc Mélenchon. Il dit, le concours, les citoyens savent que l'objectif du Premier ministre du Nouveau Front Populaire ne sera pas de faire consensus, mais d'appliquer un programme de rupture. Ils savent qu'il faudra bien accepter de se fâcher avec les puissants. Ils savent qui y est prêt et qui ne l'est pas. Et en l'occurrence, il parle de Jean-Luc Mélenchon.
Vous n'êtes pas le seul, heureusement. Mais vous savez pourquoi c'est important ? Parce que dans d'autres gouvernements, quand on nommait un Premier ministre, on disait, tiens, on mettait le Premier ministre, donc c'est un virage à droite. Tiens, on mettait le Premier ministre, c'est un virage à gauche. Nous, quel que soit le Premier ministre, le programme sera le même. On s'y engage. Donc ça, c'est hyper important de le dire. Premier critère, donc, être aligné avec ce programme et pouvoir le porter sans cernet. Encore une fois, ce critère n'exclut pas Jean-Luc Mélenchon. Deuxième critère, être susceptible d'apaiser le pays, qui en a grand besoin. Troisième critère, être quelqu'un...
Ça, pour le coup, pour vous, ça exclut Jean-Luc Mélenchon ? Oui, mais vous, vous voyez tout par rapport à Jean-Luc Mélenchon. Moi, je vois ça par rapport au reste de la France. Parce que vous l'avez vu, par exemple, hier soir. Oui, mais il y a un débat. La vie politique française... Il a souhaité toute la soirée. Il a dit ensuite que Manuel... C'est bien, il est en campagne. Mais heureusement que la vie politique française ne se résume pas à pour ou contre Jean-Luc Mélenchon. Il y a d'autres sujets, quand même, dans le monde. Donc, je vous ai cité deux critères. Sincérité, apaisement. Le troisième critère, c'est de faire consensus au sein du Front populaire.
Et à ce titre-là, vous voyez bien que quand plusieurs de mes collègues disent « On ne veut surtout pas que ce soit Jean-Luc Mélenchon » et que d'un autre côté, Jean-Luc Mélenchon dit « Je ne m'imposerai pas », finalement, tout ça converge. La fin de cette histoire, elle est écrite d'avance. Et c'est pour ça qu'il en a tiré lui-même la conclusion. Moi, je ne suis pas sûre qu'elle soit écrite d'avance. Et le troisième critère, c'est d'être compétent et d'avoir l'expérience pour ce poste. Au sein du nouveau Front populaire, il y a beaucoup de personnes qui ont été membres de gouvernement, qui dirigent de grandes collectivités territoriales, beaucoup d'écolos d'ailleurs.
Vous avez dit le mot consensus.
Consensus. Je voudrais revenir simplement sur un échange que j'avais eu avec Manuel Bompard lorsqu'il a été nommé coordinateur. Ça veut dire chef, mais c'est coordinateur de la France insoumise. Ça avait été vraiment une polémique au sein même du groupe parce que certains s'étaient dit « Mais d'où ça sort ? » Il n'y a pas eu de vote, il n'y a rien eu. Et soudain, on a annoncé que c'était donc Manuel Bompard, le nouveau chef. Et je lui avais demandé ici même comment, par qui, sur quelle base, il m'avait répondu « Par consensus ». Ce fameux mot de consensus. Et il avait ajouté « Le vote n'est pas forcément l'alpha et l'oméga de la démocratie ».
Par consensus, c'était donc le choix de Jean-Luc Mélenchon qui était sorti du chapeau.
Oui, mais alors là, on n'est pas dans la France insoumise, on est au nouveau front populaire. Évidemment, si on vote, c'est un rapport de force. Ça va jouer à deux voix contre trois. Et nous, ce qu'on veut, c'est trouver la meilleure solution. Mais vous avez parlé avec Olivier Faure qui dit, lui,
que la seule solution, c'est le... Je trouve ça fou. En fait, je vais vous dire juste une chose, Marine Tendulier, ce que je trouve assez étonnant. Je vous reçois les uns après les autres, les chefs de parti. On a l'impression quand même que sur un point aussi important que l'incarnation, et on le voit bien dans cette semaine, on a Jordan Bardella, on a Gabriel Attal, et on a un coup Manuel Bompard, un coup Olivier Faure, un coup... On ne sait pas encore. Sur un point aussi important que la question du Premier ministre, vous êtes sur du pari. C'est-à-dire, vous vous dites... Il y en a un qui dit, non, non, mais on va le faire au vote, ne vous inquiétez pas.
Il y en a une qui dit, ça va être par le consensus, en fait...
Non, mais vous savez, ce qui se passe, c'est que chaque chef de parti... On peut faire un pari sur un truc aussi important. Non, mais chaque chef de parti va pousser, évidemment, la solution dont il estime que ça peut mener à quelqu'un de son camp. Mais vous imaginez, vous allez faire ça le soir du 7 ! Mais vous ne laissez pas répondre, Madame Apolline de Manerbe. Vous ne laissez pas répondre. Le nouveau Front populaire n'en déplaise à toutes celles et ceux à qui ça ne fait pas plaisir. C'est une équipe. C'est ça, la force du nouveau Front populaire, de Philippe Poutou à François Hollande. Tout le monde pensait que c'était impossible, on l'a fait.
C'est une équipe inédite, parce qu'à circonstances exceptionnelles, solutions exceptionnelles. Et donc, on ne va pas faire comme d'habitude. Et donc, moi, je vous le dis, peut-être parce que je suis la seule femme dans cette affaire, peut-être que parce que je suis la chef des écologistes et qu'on fonctionne comme ça chez nous. Je ne m'enfermerai pas dans des débats de polémiques. Je ne m'enfermerai pas dans des débats de personnes parce que ce n'est pas ça qui compte. On a peut-être Jordan Bardella, Premier ministre de la France. Mais je constate quand même que vous avez chacun votre méthode. On est des partis différents, c'est quand même la démocratie.
Mais ça veut dire qu'à la fin, vous n'avez pas arrêté une méthode. Je suis écologiste, je suis pour la biodiversité. Tout le monde a le droit d'exister. Avec son histoire, ses méthodes, c'est ce qui fait notre force. On ne va pas s'annuler les uns les autres. On ne va pas se fondre dans un même moule. On doit chacun rester si nous sommes. C'est hyper sympa.
C'est hyper sympa.
Franchement, ça fait rêver. Ça va changer. Mais est-ce que c'est efficace ? Est-ce que lundi matin, le 9 juin, On a tous envie d'être potes. Est-ce que le 9 juin, vous pensiez qu'on arrivera à faire ça ? Le lundi soir, d'annoncer cette union. Le mercredi soir, un programme commun. Le jeudi soir, un accord électoral. On a surpris tous les gens, chaque jour. Et on va continuer à vous surprendre, tous les jours. Juste les questions se posent.
Y compris sur le nucléaire, au-delà de la question de l'incarnation, il y a quand même un point qui a toujours été central. Je suis très surprenante, pour tout vous dire. Je m'y attendais. Non, mais parce que c'est une question très centrale pour vous, c'est le nucléaire. Et là aussi, un peu comme pour la question du Premier ministre, vous avez remis à après. C'est-à-dire que ça n'est pas présent. La décision ferme sur le nucléaire n'est pas dans ce fameux programme
qui pourtant est très détaillé. C'est un contrat de législature pour deux ans. Alors si vous savez ouvrir un EPR en deux ans, vous me prévenez. Si vous savez fermer une centrale nucléaire en deux ans, vous me prévenez aussi. Donc c'est la raison. C'est juste que ce n'est pas l'annonce. Par contre, nous allons mettre 10 milliards d'euros par an sur les énergies renouvelables. Vous savez qu'on a testé les propositions de notre programme et que c'est l'une des propositions qui a le plus d'approbation de nos électeurs, les énergies renouvelables, parce qu'on a en France un retard coupable sur le sujet. On s'était engagé dans les années 90 à faire 23% de renouvelables en 2022.
C'était l'objectif le plus faible d'Europe. On était nuls sur le sujet. Et en plus, on est les seuls à ne pas avoir respecté notre objectif. Nous sommes à 19. Nous, nous voulons être à beaucoup plus que ça. Enfin, en Allemagne, ils vont être à 80% en 2030. Nous, on sera peut-être à 30% si tout va bien. C'est la honte. Et donc, par ailleurs, tous celles et ceux qui vous disent que le nucléaire va résoudre la crise énergétique et la crise climatique, ce n'est pas vrai. Les EPR que M. Macron veut construire, ils n'ouvriront pas avant 2040, 2045.
Et donc, quand en plus, vous êtes avec le Rassemblement national qui mise tout sur le nucléaire, mais qui va en plus arrêter de construire du renouvelable, eux, c'est les candidats du blackout. Ils mettront la France dans le noir. Donc, je ne prends pas de leçons de politique énergétique de ce genre-là.
Merci, Marine. On a un dernier mot ? Parce que hier soir, c'était Manuel Bompard qui incarnait le nouveau Front populaire. J'ai regardé son public derrière lui, qui est le public des gens qui l'avaient amené avec lui. J'ai cru distinguer uniquement des élus LFI.
Alors, pour tout vous dire, comme on est en transparence ici, il nous avait proposé de donner des noms écologistes pour être dans le public aussi derrière lui. On a démarché un peu en urgence, parce qu'on fait tout en urgence depuis 15 jours. Il faut le savoir, vous vous en doutez. Et vous n'avez pas trouvé d'écolos ? Les gens sont sur leur circonscription en réunion publique et tout le monde a été déployé sur le terrain. Donc, ce n'est pas une fâchie. La proposition a été faite, mais il n'y avait pas non plus de socialistes. Et on discute de tout ça ensemble, très sûrement. Il n'y avait pas non plus de socialistes.
Je vais vous dire, d'ailleurs, toutes celles et ceux qui pensaient que Manuel Bompard serait un débattant clivant, qui ne serait pas souriant, qui ne serait pas avenant, ont été, je pense, agréablement surpris. Ils ont vu qu'ils faisaient preuve de préjugés. Donc, je suis extrêmement fière qu'ils nous aient représentés hier. Et ce sera pareil pour Olivier Faure, jeudi. Merci Marine Tondelier d'être venue défendre
votre nouveau Front populaire ce matin, vous qui êtes secrétaire nationale des Écolos. Il est 8h52.
Marine Tondelier