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interviewRadio Classique — L'invité de la matinale (sur Podcast)· 19 mai 2026 13 min

Détroit d'Ormuz: « On n'ira pas se battre contre les Iraniens, la position de la France est claire », déclare l’amiral Richard Wilmot-Roussel

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:05
Présentateur

Amiral bonjour, mes respects du matin, c'est comme ça qu'on salue le Pacha ? On peut le saluer comme ça, on lui présente ses respects. Dans une crise comme celle-ci, pouvez-vous expliquer à nos auditeurs l'utilité de positionner ce navire, le Charles de Gaulle, en l'occurrence à proximité de la zone de crise ? Quelle est sa mission très opérationnelle ?

0:25
Invité

Il faut quand même rappeler que la France a le deuxième patrimoine maritime du monde, qui est situé dans toutes les mers, les océans, et donc nous avons une responsabilité mondiale de maintien de ce patrimoine en état et qui ne soit pas pillé. Donc on a besoin d'aller loin, en Pacifique, dans l'Océan Indien, dans l'Atlantique bien évidemment, et donc il nous faut des moyens pour ça. Et des moyens, le porte-avions est le mieux adapté parce que c'est une plateforme mobile qui est en fait un terrain d'aviation. C'est une base aérienne que vous déployez dans le monde entier. Et vous ajoutez à l'effet maritime l'effet aérien.

C'est ça le porte-avions, c'est pouvoir, quand vous vous déplacez, apporter ces deux effets, l'effet maritime et l'effet aérien.

1:14
Présentateur

Alors que va-t-il faire près du détroit d'Hormuz, le Charles de Gaulle ? Parce qu'on a parlé d'une mission, mais qui interviendrait après que l'ordre soit revenu. Donc on se demande à quoi ça pourrait servir. On se demande encore plus depuis ce matin à quoi ça pourrait servir. Parce que les Iraniens ont décidé de mettre en place une autorité de régulation du détroit avec un péage. Bref, est-ce que le Charles de Gaulle fait tapisserie dans le détroit d'Hormuz ?

1:35
Invité

Alors je ne pense pas du tout. Je pense que ce qu'on essaie de faire, bien évidemment, c'est de pouvoir se mettre d'accord avec les Iraniens pour pouvoir l'ouvrir. Parce qu'on n'ira pas se battre, bien évidemment, contre les Iraniens. Je crois que la position de la France est parfaitement claire. Donc on est là pour organiser la sortie des bateaux, le moment venu, quand les Iraniens auront donné le feu vert, parce que ce feu vert est absolument essentiel. Et ce qu'il faut bien comprendre, c'est que vous avez 1000 bateaux à l'intérieur, tout ça dans un désordre total.

Il va falloir faire d'abord un état des lieux, donc avoir une vision aérienne de l'ensemble du dispositif pour pouvoir faire sortir les bateaux dans l'ordre. Et si jamais, par hasard, il y avait des réactions iraniennes incontrôlées, parce que le pouvoir iranien ne semble pas être entre une seule main, mais bien divisée, et les passes d'arang ont l'air de reprendre un petit peu le pouvoir en main, et bien être capable d'éloigner les gêneurs. Donc voilà à quoi va servir le porte-avions, en étant bien sûr éloigné de ces zones-là, parce qu'on veut bien sûr le mettre à l'abri des blasses qu'il pourrait y avoir.

2:44
Présentateur

Ça veut dire que l'utilisation des armes en dernier recours, vraiment, s'il y avait du maintien de la paix, mais qu'en premier lieu, en vérité, il pourrait servir de plateforme de régulation de la navigation dans le Détroit.

2:56
Invité

Oui, il pourrait servir, en tout cas, d'organisateur. Il pourrait dire, voilà, on va faire des convois, voilà le nombre de bateaux qui devraient mettre dans chaque convoi. Une sorte de guichet flottant. Guichet flottant, on vous donne l'ordre d'appareiller parce que maintenant les eaux sont sûres, etc. Il ne faut pas oublier aussi une chose, c'est qu'il y a un point d'interrogation extrêmement important, c'est est-ce que ce Détroit a été miné ou pas miné ? Souvenez-vous, il y a plusieurs semaines, les Américains avaient diffusé l'idée qu'ils avaient vu des passes d'arrange jeter des mines dans l'eau.

Si c'est le cas, avant de franchir des bateaux par le Détroit d'Ermose, il va falloir déminer.

3:36
Présentateur

Vous qui connaissez bien le Charles de Gaulle, Richard Villemont-Roussel, puisque vous l'avez commandé, une mine qui explose sur la surface métallique du Charles de Gaulle. Elle fait des dégâts ou pas ?

3:51
Invité

Alors, je ne vous répondrai pas directement, bien évidemment, parce que là, on est dans le domaine confidentiel. Ça peut faire une trouée ou ça n'en fait pas ? Eh bien, tout dépendra d'abord de la force de la mine, tout dépendra de son positionnement à la surface, sous la surface, etc. Donc, c'est assez compliqué de vous donner une réponse directe. Mais il est certain que le Charles de Gaulle, on ne l'emmène pas dans des zones où la présence de mines peut exister. Nous avons des moyens. D'ailleurs, la France fait partie des pays qui a toujours travaillé dans le domaine de la détection des mines et de leur destruction.

Et nous avons des chasseurs de mines qui sont opérants et qui permettraient effectivement d'abord de libérer le passage.

4:38
Présentateur

Amiral, face au drone, au missile iranien, puisqu'on parle des mines, c'est-à-dire de toutes petites armes, face à ce mastodonte des mers, face à ce qu'on appelle les attaques asymétriques, est-ce que le porte-avions reste un outil de domination ou est-ce qu'il devient une cible vulnérable ?

4:55
Invité

Alors, d'abord, le porte-avions, comme je vous le disais, peut être à des distances telles que pour les drones, ce soit quand même un petit peu difficile. Quand vous êtes en mer, vous êtes toujours en mouvement. Donc, pour pouvoir tirer une cible, il faut d'abord la détecter. Ensuite, il faut la suivre, de façon à ce que l'arme qui va se diriger sur elle sache où aller. Donc, c'est un peu plus compliqué que sur Terre. Ça, c'est une première chose. La deuxième chose, et ça, c'est un petit peu vrai, c'est que les drones, on les a quand même un petit peu oubliés.

Dans la réflexion qu'on pouvait avoir sur les armes nouvelles, il faut bien reconnaître qu'on n'a pas pensé qu'on allait avoir un jour ce type d'armes en face de nous. Alors, il faut s'adapter, bien évidemment, comme toujours. Donc, il faut les détecter, parce que ce sont quand même des petits objets. Et puis, on ne va pas se mettre à tirer des missiles qui sont extrêmement précieux et chers sur des petites cibles comme celle-là. Donc, il faut avoir une arme adaptée. Bon, tout ça, ça va très vite en ce moment. On voit bien que tout avance très vite. Et sur le Charles de Gaulle, bien évidemment, ceci figurera.

Mais il est entouré aussi de toute sa force navale qui est là pour l'aider et le protéger.

6:07
Présentateur

Bien sûr, mais on peut imaginer que sur le Charles de Gaulle, on embarque à la fois des avions de combat, des chasseurs, et aussi que le Charles de Gaulle transporte des drones et qu'une partie de sa spécialisation s'oriente vers la manipulation, la mobilisation de ce type d'armement.

6:21
Invité

Absolument. Mais vous savez, on n'est pas toujours obligé. On dit que le cerveau humain a besoin d'être sur les lieux de l'action. Oui, mais pas tout le temps. Vous pouvez très bien être à distance et faire un travail aussi intéressant que si vous êtes sur place.

6:34
Présentateur

Je reviens au Charles de Gaulle et à celui qui est en ce moment prépositionné aux environs du détroit d'Hormuz. Comment on occupe les 2000 hommes qui sont à bord quand on n'est pas dans une phase intense de combat ou d'opération militaire ?

6:49
Invité

Alors, à bord, la plupart des marins font le quart, comme on dit, c'est-à-dire qu'ils sont en activité opérationnelle en gros un tiers du temps. Sur les 24 heures, pendant 8 heures, jour et nuit, ils occupent une fonction de quart. Une fois qu'ils ont quitté le quart, ils s'occupent de leur spécialité. Donc, il faut s'assurer que l'ensemble du matériel fonctionne bien. Donc, on le visite en permanence, on le soutient. Vous savez, à la mer, on est dans un univers salin qui n'est pas très favorable à ce type d'équipement. Donc, il faut sans arrêt huiler, nettoyer, s'assurer.

Et dernièrement, on entraîne nos marins aussi, quand on est à la mer, en permanence, pour qu'ils soient capables de faire la guerre. Donc, vous voyez, ils sont bien occupés et je dirais qu'un marin moyen travaille au moins 12 heures par jour.

7:42
Présentateur

Alors, vous l'avez commandé. Vous avez le souvenir de votre premier ordre donné sur ce Charles de Gaulle qui était tout neuf ?

7:50
Invité

Oui. Alors, ça, je peux vous dire qu'on ne l'oublie pas. Quant à la passerelle, j'étais le premier à donner un ordre de barre et un ordre de machine. J'étais très ému. Je voulais le dire très volontiers. Je l'ai dit à mon équipage parce que je donnais l'ordre. Mais c'était les 2000 marins qui étaient à bord qui faisaient fonctionner le bateau.

8:10
Présentateur

Alors, justement, parmi ces 2000 marins, il y a quasiment tous les métiers parce que c'est une ville embarquée. Il n'y a pas que des militaires au sens strict du terme. Vous m'avez dit qu'il y a un bloc opératoire. Il y a des médecins. Il y a même un chirurgien. Si on a l'appendicite, on peut être opéré sur le Charles de Gaulle.

8:24
Invité

Absolument. Et même à distance. Absolument. Vous savez, Charles de Gaulle peut être déployé pendant beaucoup de temps. Là, on s'est félicité. On a félicité l'équipage du Ford qui avait passé 11 mois. Et moi aussi, je l'ai félicite. Le Ford, c'est le porte-avions américain. Américain. Mais ce qu'il faut savoir aussi, c'est que le Clémenceau, dans les années 87-88, a passé 15 mois au large du golfe arabo-persique. Et moi, j'en ai passé une partie à bord.

8:52
Présentateur

Donc, il y a un cabinet dentaire, il y a une salle d'opération, on peut faire des radios. Vous pouvez tout faire. On peut être hypochondriaque sur le Charles de Gaulle. Beaucoup de chefs d'entreprise nous écoutent. Le management de 2000 hommes dans un circuit fermé qui est le Charles de Gaulle. Vous dites qu'on peut partir presque un an sans voir la Terre. Qu'est-ce que ça change de manager des hommes quand on est comme ça dans un univers fermé ?

9:16
Invité

Alors, je vais vous dire, c'est extrêmement facile. Beaucoup plus que lorsque vous êtes à quai où vous êtes en relation avec la famille, les relations, etc. Quand vous êtes à bord, je pense qu'on a tous le même objectif de faire en sorte que ce bateau soit le meilleur possible, qu'il puisse donner le meilleur de lui-même. Et c'est assez extraordinaire parce que finalement, moi, je ne faisais rien. C'était mon équipage qui faisait tout. Et je leur disais d'ailleurs, vous savez tous mieux que moi ce que vous avez à faire. Moi, finalement, ma seule intervention, c'est quand vous avez deux sujets en opposition.

9:52
Présentateur

Vous avez eu des conflits

9:52
Invité

à arbitrer dans votre carrière ? Ça ne s'appelle pas des conflits. Mais à un moment donné, vous arrivez, il y a un avion qui a une difficulté, vous êtes obligé d'avoir un peu plus de vent sur le pont, donc vous demandez à votre chef machine d'accélérer et votre chef machine vous dit, écoutez, non, là, je suis embêté, j'ai un petit problème technique, je ne peux pas. Eh bien, en tant que commandant, c'est vous qui prenez la décision de savoir si on va faire accélérer le bateau pour que la pontage se passe bien ou si on prend le risque que la pontage se passe moins bien.

10:16
Présentateur

Le pacha, c'est le seul maître à bord. Est-ce que vous avez puni des soldats pendant votre exercice de commandement ? Est-ce qu'il y avait une prison ? Est-ce qu'il y avait un trou à bord ?

10:25
Invité

Non, non, non, il n'y a pas de prison, il n'y a pas de trou, on peut enfermer quelqu'un qui deviendrait fou ou etc. Dans une pièce, il n'y a pas de problème mais ce n'est pas le cœur.

10:34
Présentateur

Mais il y a des bâtiments où il y a une prison.

10:36
Invité

Autrefois, il y avait une vraie prison mais là, il n'y a pas de prison à bord. Non, non, je veux dire qu'il y a une espèce de solidarité, vous savez, qui est extraordinaire sur nos bateaux et encore plus, je crois, sur sous-marins. Les gens savent que le petit geste qu'il va faire est essentiel pour que le bateau puisse fonctionner correctement. Et les femmes, elles sont à bord ? Oui, les femmes sont à bord.

10:57
Présentateur

Quelle est la part des femmes dans un bâtiment comme le Charles de Gaulle ? C'est de l'ordre de 10% à peu près. Parce que les marins, traditionnellement, ne voulaient pas embarquer de femmes, ça créait des problèmes, disait-il. Oui.

11:07
Invité

C'est une époque bien derrière nous ? Oui, complètement. Et je peux vous dire que les femmes, quand elles sont arrivées à bord, c'était très amusant parce qu'elles ont donné tout de suite un signal sympathique, c'est-à-dire que finalement à bord, c'est comme à la maison, il faut bien se tenir, il faut bien, etc. Et on a vu les hommes qui arrivaient quelquefois à pas raser le matin, etc. Les premières femmes arrivant à bord, il avait un uniforme impeccable, bien rasé, etc. Et donc, ça a apporté beaucoup, si vous voulez, au niveau de l'ambiance, au niveau de la façon dont les relations se passaient. Une femme commanderait un jour le Charles de Gaulle, si ce n'est pas déjà le cas ?

D'ailleurs, je n'ai pas vérifié. Bien sûr. Bien sûr. Elles ont toutes les capacités pour bien commander, sans problème.

11:48
Présentateur

Un dernier mot sur le nouveau bateau qui arrive, le ou la France libre, nouveau porte-avions annoncés par Emmanuel Macron il y a quelques mois. On a envie de comparer les options d'une voiture à l'autre. On peut le faire d'un porte-avions à l'autre. Qu'est-ce qu'il aura de plus le prochain ? De quoi a-t-on besoin de plus sur ce grand bateau ?

12:07
Invité

Alors écoutez, ce qu'il nous faut, bien évidemment, c'est être capable de pouvoir opérer à plus de distance, capable d'avoir des munitions encore plus lourdes et plus efficaces. Donc il faut des avions plus lourds. Dix avions plus lourds, bateaux plus lourds, bateaux plus lourds, bateaux plus longs, catapules plus longs, etc. Donc on va vers ce type de forcément de conflits si un jour il existait. Donc il faut se préparer à cela. Les Américains, eux, sont déjà à ce niveau de déplacement au niveau de leur porte-avions. La France, eh bien, fait un bon choix.

12:43
Présentateur

L'amiral Richard Villemot-Roussel au micro de Radio Classique. Merci Amiral. Revenez quand vous voulez sur Radio Classique, vous êtes passionnant. À suivre le rappel des titres, la revue de presse d'Hervé Gatégnaud et de nos esprits libres. Aujourd'hui, Jean-François Colosimo et Cécile Cornu des radios classiques.

12:57
Locuteur

8h25. Sous-titrage ST' 501