Tribune anti-Bolloré : pourquoi l’affaire Canal + secoue le cinéma
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Depuis Cannes, Maxime Saada, patron de Canal+, premier financeur du cinéma français, a annoncé ce dimanche rompre avec les 600 signataires d'une tribune publiée dans Libération dénonçant l'emprise de Vincent Bolloré, une décision qui suscite de vives réactions dans le monde du cinéma et qui révèle le poids économique de Canal+, dans la production cinématographique française. Pour en parler, nous sommes en duplex depuis Cannes avec Marie Massmonteil. Bonjour. Bonjour. Vous êtes productrice et vice-présidente du collège long-métrage du syndicat des producteurs indépendants, le SPI. Il y a également Nicole Vulser. Bonjour. Bonjour.
Vous êtes journaliste au Monde, en charge de l'économie et de la culture. Et puis ici même, dans ce studio, Thomas Paris. Bonjour. Bonjour. Vous êtes professeur associé à HEC Paris, directeur scientifique du MAC. Le MAC, c'est Média, Art et Création. Vous êtes également chercheur au CNRS. Alors, tout cela a débuté le 11 mai 2026. On était donc à la veille de l'ouverture du 79e Festival de Cannes. 600 professionnels du cinéma ont signé une tribune publiée dans Libération intitulée Zappé Bolloré. Et cette tribune, comment la lire, Thomas Paris ?
Il y a plusieurs lectures possibles. La première lecture, c'est qu'on a sans doute basculé dans un monde à l'international et en France complètement décomplexé et où les piliers de la démocratie peuvent être un peu fragilisés. Et donc, la première lecture, c'est des citoyens, avant d'être des gens du cinéma, c'est des citoyens qui s'inquiètent de la place dominante d'un acteur, d'un individu dans des secteurs qui peuvent avoir une influence considérable sur la pensée, sur la culture. Ça, c'est la première lecture.
Et la deuxième lecture, c'est ce qui est en train de se jouer avec une entreprise industrielle qui suit un agenda purement industriel, qui est Canal+, dont la position a été un peu bousculée ces dernières années parce que le monde de l'audiovisuel et du cinéma a changé. Et donc, Canal+, est obligé d'évoluer. Et dans son évolution, cela a conduit à décider de prendre des participations dans UGC, de monter dans UGC, donc dans l'exploitation. Et avec cette question de la position encore plus dominante d'un acteur économique dans une filière.
qui n'aurait peut-être pas posé tant de problèmes il y a quelques années, avant qu'on bascule dans cette période où on a l'impression que les tabous tombent et que des acteurs industriels peuvent avoir des actions décomplexées. Voilà deux premiers niveaux de lecture de cette tribune.
Une tribune dont les mots sont extrêmement durs. J'en cite un extrait. La bataille culturelle dont on parle partout ne désigne pas un simple affrontement d'idées en laissant le cinéma français aux mains d'un patron d'extrême droite. Nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l'imaginaire collectif.
Oui, donc ça renvoie à ce que je disais dans ce premier point. C'est une espèce de hantise, d'une bascule possible qui était encore inimaginable s'il y a sans doute 10 ou 15 ans. Prise de contrôle idéologique d'un système. Maintenant, ce qu'il faut observer, c'est que c'est jusqu'à maintenant un procès d'intention. C'est-à-dire que dans le cinéma, Canal+, a toujours été à peu près irréprochable, y compris depuis que M. Bolloré est devenu actionnaire de référence. Donc c'est plus cette espèce de hantise citoyenne qui s'exprime que le résultat d'observations de faits avérés.
Justement, c'est important peut-être de revenir là-dessus. Nicole Vulser, vous êtes journaliste au Monde. Actionnaire de référence, qu'est-ce que ça veut dire pour Vincent Bolloré ? Pourquoi cette tribune intervient-elle à ce moment ? Alors on comprend bien que c'est la veille du festival de Cannes, mais au-delà de ça.
En fait, je pense qu'elle s'inscrit dans la foulée de la fronde anti-Bolloré qui a été menée chez Grasset. C'est directement, je pense, un corollaire de ce qui s'est passé dans l'édition. Il faut se souvenir que Vincent Bolloré a vraiment eu des positions politiques extrêmement fortes, d'abord dans les médias, puis dans l'édition. Ça a démarré avec la modification éditoriale radicale du JDD qui est devenu vraiment un organe d'extrême droite. De la même manière, ITV a été totalement transformée en une télévision d'extrême droite. Et donc, au sein d'Achette, Vincent Bolloré a pris le contrôle d'Achette en 2023 et a pris successivement comme Fayard, puis Grasset.
Fayard, il l'a totalement modifié précisément, là encore, pour y publier de nombreux auteurs d'extrême droite, ce qui n'avait jamais été fait, comme Jordan Bardella, comme De Villiers, etc. Et donc, au sein de Grasset, il a limogé de façon extrêmement brutale Olivier Nora, qui est le PDG de ces éditions. À la suite de ce limogéage, plus de 200 auteurs ont décidé de ne plus publier leur prochain ouvrage chez Grasset. Donc, il y a une fronde extrêmement importante qui a été menée. Ils sont suivis aujourd'hui par les auteurs étrangers.
Donc, je pense que, dans le milieu du cinéma, ils ont considéré qu'il était temps de mettre un frein, un coup d'arrêt, pour éviter, en fait, c'est plus une position à l'avenir.
Mais alors, le problème, Nicole Vulser, pardon, je vous coupe comme vous êtes en duplex, le problème, c'est qu'en fait, les univers ne sont pas transposables. C'est-à-dire que la prise de position, ou plutôt la décision de Vincent Bolloré, puisque sur le plan capitalistique, Grasset lui appartenait déjà, la décision de licencier Olivier Nora, c'est une chose, ça se passe dans une maison d'édition, c'est un secteur très atomisé. Le cinéma, ça n'est pas du tout la même industrie.
Non, ça n'a rien à voir. D'un côté, il y a une maison d'édition qui a 16 millions de chiffres d'affaires, de l'autre côté, c'est un groupe de plusieurs milliards d'euros. Donc, effectivement, cette prise de conscience, cette tribune, elle a été signée par 600 personnes, dont Juliette Binoche, Swan Arlo, Arthur Harari. Et donc, là, depuis lundi dernier, on a appris qu'il y avait 600 autres personnes qui avaient signé. Donc, en fait, il y a une polarisation, il y a une radicalisation, en fait, de cette fronde anti-Bolloré.
Thomas Paris, l'une des décisions, ou en tout cas, l'une des raisons pour lesquelles cette tribune a été signée aujourd'hui, c'est parce qu'il y a donc la question du GEC qui se pose, la montée de Vincent Bolloré dans le capital du GEC. Et là, je pense que ça mérite quelques explications, parce que la nébuleuse Bolloré est si compliquée qu'on s'y perd un peu.
Oui, là encore, je vais partir sur une lecture purement industrielle. Canal+, a été un acteur dominant de l'écosystème de l'audiovisuel du cinéma français pendant des années, ce qu'il est encore. Mais le jeu concurrentiel a un peu bougé, parce que les frontières se sont ouvertes, et Canal+, s'est retrouvé en concurrence avec des acteurs qui sont des mastodontes, Netflix, Disney, Amazon notamment. Et donc, à partir de là, Canal+, a été obligé d'opérer un certain nombre de transformations. Il y a quelques années, 5 ans, 10 ans, je ne sais plus exactement, tout le monde s'inquiétait de la disparition possible de Canal+.
Et donc, Canal+, a fait, d'une part, en allant vers l'international, et d'autre part, en allant vers l'agrégation, et n'étant plus uniquement un éditeur. On est toujours dans cette logique-là. C'est-à-dire que le rachat du GC consiste à participer à cette dynamique de consolidation qui se traduit par le fait d'avoir des groupes plus importants pour pouvoir résister dans un environnement concurrentiel plus compliqué.
Aujourd'hui, Vincent Bolloré a 35% du GC ?
Aujourd'hui, il a, oui, 35%, oui, je crois que c'est ça, et avec la capacité à prendre l'ensemble des parts d'ici deux ans, trois ans.
C'est-à-dire qu'à l'horizon 2028, il pourrait donc devenir actionnaire unique et non plus actionnaire de référence, comme on dit ?
Il pourrait avoir le contrôle sur le GC, effectivement. Est-ce qu'il y avait d'autres candidats au rachat du GC ? Pas à ma connaissance. Je n'ai pas vu passer d'autres noms publiquement.
Marie Massmontel, vous êtes productrice et vice-présidente du collège long-métrage du syndicat des producteurs indépendants. On va revenir sur ce rachat. Mais comme vous êtes productrice, j'aimerais que vous m'expliquiez, parce que c'est assez compliqué et les néophytes n'y comprennent pas grand-chose. Lorsque vous souhaitez produire un film, vous avez évidemment besoin d'argent, de beaucoup d'argent. Comment ça se passe ? Comment interviennent les différents financements ?
En fait, en France, on a quand même la chance d'avoir un système extrêmement complexe qui repose sur un certain nombre d'acteurs, au premier plan desquels il y a effectivement Canal+, mais également l'ensemble des chaînes en clair, notamment France Télévisions, TF1, M6, et tout un système, parce que c'est effectivement le socle de financement, mais il y a beaucoup d'autres acteurs. On a quand même, lorsqu'on a Pacanal qui investit dans un film, on peut aussi trouver des solutions à travers des coproductions internationales.
Et également, depuis 2020, on a l'ensemble des organisations du cinéma qui ont réussi, comme on l'a fait à chaque fois avec tous les acteurs qui exposent des films, à intégrer les plateformes étrangères, notamment Netflix, Amazon et Disney, dans notre système très complexe d'investissement dans le cinéma. C'est-à-dire qu'il y a ce concept un peu compliqué de décret SMAD, des services de médias audiovisuels à la demande. Ça concerne l'ensemble des plateformes qui exposent les films et auxquelles on s'abonne pour pouvoir avoir accès à des films soit frais, soit de catalogue.
Et donc, nous, en France, on a, avant tous les autres pays européens, imposé des obligations d'investissement à ces plateformes étrangères.
Mais alors, attendez, parce que moi, j'aimerais repartir au départ. Marie Massmontaille, quand vous produisiez un film, est-ce que vous pourriez nous donner un exemple du tour de table que vous devez réaliser ? Quelle est la part prise éventuellement par Canal+, quelle est la part prise par le CNC ?
Encore une fois, il n'y a pas un schéma unique. C'est vrai qu'on a parlé de l'importance du CNC. Évidemment, il y a un élément que tout le monde connaît, c'est l'avance sur E7, qui est destiné à aider les films, à intervenir sur les films les plus difficiles ou les plus fragiles. Mais il y a tout un système de mécanismes automatiques qui fait que quand on produit un film, on va générer ce qu'on appelle du compte de soutien qui permet de financer le développement d'autres films.
Alors après, quand vous travaillez sur un film qui est majoritairement français, c'est vrai que jusqu'à récemment, la première préoccupation, c'était évidemment d'abord d'avoir un distributeur qui peut mettre le film en salle. Et donc, c'est le premier regard du marché qui intervient sur un film. Et après, évidemment, en fonction du budget du film, on va voir les différents partenaires qui peuvent intervenir sur le film qui sont effectivement, comme je viens de le dire, les chaînes de télévision, Canal+, évidemment. C'est-à-dire que Canal+, c'est vrai, est un acteur incontournable de financement du cinéma français jusqu'à récemment, il avait très, très peu de concurrence.
Et après, effectivement, quand vous avez un budget relativement important, c'est également important d'avoir ce qu'on appelle les chaînes en clair, c'est-à-dire Arte, France Télévisions, TF1 ou M6. Alors, attendez, on va le prendre différemment
parce que je pense que c'est quand même important de fixer les bases. En 2024, Canal+, a investi environ 200 millions d'euros dans le cinéma. Alors, pour fixer les idées, Marie-Masse-Monteil, ça représente davantage que France Télévisions, TF1, M6 et Arte réunis. Donc, on peut considérer que, alors, ça, c'est évident, Canal+, est aujourd'hui le contributeur dominant. La moitié des investissements des diffuseurs traditionnels sont réalisés par Canal+. Est-ce que ça, c'est un chiffre qui corrobore les vôtres ?
Alors, ça, c'était le cas des précédents accords. Les 200 millions, il y avait quand même déjà 20 millions qui étaient consacrés à Ciné+, et, en fait, le chiffre pour uniquement Canal+, c'était 170 millions. 170 millions d'euros...
170 millions, ça, c'est le prévisionnel pour 2027.
Non, ça, c'était dans les accords avant 2025. Et, effectivement, ce qui s'est passé en 2025, c'est que Canal+, a vu arriver un concurrent qui était Disney parce que Disney n'avait plus d'accord avec Canal+, pour exposer ses films sur la plateforme MyCanal. et n'avait plus d'accord avec Canal+, pour que les films Disney arrivent à 6 mois après la sortie en salle. Et donc, Disney s'est retourné vers les organisations professionnelles du cinéma, dont le SPI, évidemment, pour négocier un nouvel accord, pour permettre aux films Disney d'arriver plutôt dans la chronologie.
Et donc, en fait, ce qui s'est passé, c'est qu'à la suite de cet accord avec Disney, Canal a voulu renégocier un nouvel accord avec nous et a réduit un petit peu ses investissements. Et aujourd'hui, donc, l'investissement global, effectivement, de Canal+, est passé de 200 millions à 160 millions, tout compris Ciné+, achat de films et pré-achat de films frais.
Nicole Vulser, on voit bien que Canal+, pèse de manière importante, sa part diminue. Alors bon, Canal+, explique que si sa part diminue, c'est parce qu'il y a une baisse des abonnés, une concurrence des plateformes, et puis cette tension, comme vient de l'expliquer Marie Massmonteil, autour de Disney+.
Oui, alors en fait, Canal+, a financé 96 films, enfin pré-acheté en fait, 96 films l'an dernier, alors qu'il en était à près de 137 l'année précédente. Donc effectivement, il y a eu une baisse absolument importante et très très nette, qui fragilise quand même un peu le cinéma français. Aujourd'hui, quand même, la question du financement du cinéma, elle est due à cette baisse des investissements de Canal, mais d'une manière générale, celle des télés, parce que TF1 et M6 aussi ont baissé.
Pour des raisons d'ailleurs semblables.
Oui, en fait, les investissements de TF1 et M6 sont calculés sur leur chiffre d'affaires. Donc comme ils baissent en fonction, puisque leurs recettes publicitaires baissent, la manne qui est accordée au cinéma baisse aussi.
Et donc du coup, c'est devenu compliqué pour beaucoup de cinéastes de monter leurs films en France. On entend beaucoup qui attendent depuis des mois qu'un projet se monte.
Il y a beaucoup en fait de banquiers du cinéma qui constatent qu'effectivement, aujourd'hui, c'est devenu beaucoup plus dur. Il y a d'abord... Maintenant, on commence à voir des films qui rentrent en tournage, alors que le financement n'est pas bouclé. Donc ils sont obligés de ratiboiser beaucoup leur budget, notamment essayer de comprimer au maximum les journées de tournage. Et j'entends dire de plus en plus que les producteurs ont du mal eux-mêmes à se rémunérer. Et idem, cette question du financement du cinéma, elle est plus large, puisque les distributeurs eux-mêmes ont beaucoup de mal aujourd'hui.
et les distributeurs, c'est quand même le maillon le plus faible et celui qui prend le plus de risques dans le domaine du cinéma. C'est eux qui investissent pour les sorties des films et donc qui investissent dans le film et doivent se récupérer avec les entrées. Donc l'année 2025, ayant été tellement mauvaise en termes de fréquentation, du coup, c'est recette. Et du coup, il y a eu un problème de trésorerie pour beaucoup d'acteurs du cinéma.
On se retrouve dans quelques minutes. Nicole Vulser, vous êtes journaliste au Monde. Marie Massmontaille, vous êtes productrice. Thomas Paris, vous êtes professeur associé à HEC Paris. On va voir maintenant, cette fois-ci, le volet politique de la chose, la réaction de Canal+, et puis les craintes du milieu du cinéma. 8h sur France Culture.
6h30, 9h, les matins de France Culture. Guillaume Erner.
Et l'on reparle de cette situation particulière du cinéma français, suite à une tribune publiée dans le journal Libération. Une tribune qui s'émouvait de la place de Vincent Bolloré. Une tribune qui mettait en évidence également l'importance du groupe Canal+, dans le financement du cinéma français. On en parle en compagnie de Thomas Paris, professeur associé à HEC Paris. Marie Massmontaille, qui est productrice et vice-présidente du collège long-métrage du syndicat des producteurs indépendants. Et Nicole Vulser, journaliste au Monde, en charge de l'économie, de la culture. Nicole Vulser, donc, on l'a vu, Canal+, est un acteur très important.
Canal+, c'est également, désormais, 35% du GC, peut-être plus. C'est un secteur du cinéma qui est fragilisé. Et c'est un secteur qui a vu, en se projetant probablement, ce qui s'est passé chez Grasset, d'où des inquiétudes, avec ses 600 signataires, donc de cette tribune pour stopper Bolloré, 600 signataires qui sont devenus aujourd'hui 1200. Qui trouve-t-on parmi ces signataires ? Alors, vous n'allez pas nous faire la liste, mais juste pour essayer d'en déterminer le profil, Nicole Vulser.
Alors, on trouve, par exemple, Blanche Gardin, on trouve Dominique Molle, on trouve Sergi Lopez, Nicolas Clotts, Claudine M, par exemple, Anne Consigny, Louis Chevillotte, Dominique Cabrera, Louis Aymond. Donc, à la fois des gens très jeunes et aussi des gens extrêmement reconnus. Et donc, cette difficulté, c'est quand même une chose rarissime d'avoir une liste noire. Ce n'est quand même pas arrivé en France depuis la guerre. Je veux dire, c'est quand même un truc absolument dingue. Ça existe. Ça a été mis en place en Corée, par exemple, ce qu'on sait très mal. Et donc, aujourd'hui, le président du jury a été victime en Corée d'une censure et a été blacklisté.
Mais sinon, effectivement, on voit mal comment, en fait, Canal+, va ou non le mettre en place. La question, dans ce cas-là, est-ce que les acteurs n'auront plus qu'une chose à faire, c'est-à-dire faire du théâtre ou, s'ils sont dans le cinéma, aller travailler à Los Angeles ? Ça va être extrêmement compliqué pour eux.
Bon, il y a quand même encore d'autres financeurs que Vincent Bolloré. Mais avant de vous redonner la parole, on va écouter, parmi les actrices, Cépidé Farsi.
J'ai été très surprise, en fait, en lisant les déclarations de M. Saada. Cette déclaration fait montre d'une fermeture d'esprit, plutôt qu'une ouverture d'esprit. Moi, j'aurais aimé voir une invitation de la part de Canal à dire, faites une délégation, venez nous voir, parlons pour voir ce qui vous fait peur. Et au lieu de ça, dire d'emblée, nous n'allons plus travailler avec les gens qui sont signataires de cette tribune, je trouve que ça confirme les craintes qu'on avait. Alors que le groupe Canal Plus a été créé pour apporter un souffle au cinéma français. Certes, c'est un groupe privé, mais c'est quand même pour renforcer ce qu'on appelle l'exception culturelle française.
Enfin, je trouve qu'ils perdent d'ailleurs en plus beaucoup de richesse puisque ce sont des gens quand même extraordinaires qui ont signé cette tribune. Un peu comme ce qui s'est passé chez Grasset en renvoyant Olivier Nora. C'est pour faire peur, pour donner l'exemple pour que d'autres ne signent pas. Alors on va voir comment le collectif va réagir. Je pense qu'il y aura une réaction certainement. Thomas Paris. Oui, il faut prendre un peu de hauteur pour comprendre un peu ce qui lit les acteurs du cinéma français à Canal Plus. C'est des rapports qui ont toujours été des rapports de petits vis-à-vis d'un grand, d'un grand qui a toujours occupé beaucoup d'espace.
Et tout le monde arrivait à peu près à s'accorder parce qu'on a construit un échafaudage dans lequel Canal Plus est essentiel. Et puis, fait nouveau, cette espèce de position dominante de Canal Plus est attaquée par un certain nombre d'acteurs. Et tout ça arrive à un moment où des négociations vont reprendre entre Canal Plus et les professionnels du cinéma. Ces négociations portent sur deux choses. Un, le montant d'investissement de Canal Plus, dans combien de films et à quel niveau Canal Plus investira.
Et deux, quelle est la fenêtre, ce qu'on appelle la fenêtre d'exploitation de Canal Plus, c'est-à-dire la durée dans laquelle Canal Plus a une forme d'exclusivité sur la diffusion du cinéma français. Et ce sont ces deux éléments qui ont toujours été négociés entre l'ensemble des acteurs du cinéma français qui ont pu voir à un moment donné la place de Canal Plus comme extrêmement menaçante et Canal Plus. Et tout s'est toujours très, très bien passé jusqu'à maintenant. Sans doute, la prise de parole de Maxime Sahada, c'est de dire Canal Plus est toujours un acteur important avant ces négociations et c'est important de le rappeler.
On écoute une réalisatrice, Jeanne Herry, une réaction hier.
C'est vrai que moi, je comprends d'où est née cette tribune. Elle est née d'une peur, d'une anxiété. C'est sûr que quand derrière, on entend liste noire, menace, ça ne fait qu'entretenir cette anxiété. Voilà, c'est normal. Moi, je peux parler comme réalisatrice. Il se trouve que le groupe Canal est très, très, très important dans ma vie professionnelle. Depuis le début, j'ai été toujours soutenue par Canal Plus et distribuée par Studio Canal. C'est des gens qui m'ont suivie dans tous mes projets, qui ont suivi tous les virages, tous les sujets que je voulais aborder et qui m'ont permis toujours de faire les films que j'avais envie de faire à moi, à mes producteurs.
Donc, c'est ça la réalité aujourd'hui de ce qui se passe pour ceux qui travaillent avec Canal Plus et Studio Canal. En tout cas, moi, je peux témoigner de ça.
Une réaction, Marie Massmontaille, vous qui êtes productrice et vice-présidente du collège long-métrage du syndicat des producteurs indépendants.
Moi, j'ai l'impression que ce qui est en train de se passer, ça me rappelle la fameuse phrase de Maurice Piala lorsqu'il avait eu la palme d'or pour le film Sous le soleil de Satan. Il avait répondu à ceux qui le huaient. Il avait dit « Si vous ne m'aimez pas, je ne vous aime pas non plus. » Et j'ai l'impression que c'est un peu ça qui est en train de se passer. C'est-à-dire que la tribune, elle a été quand même assez frontale. Vous l'avez dit tout à l'heure, c'est Zapon Bolloré.
Et pourtant, les signataires de la tribune, Boris Lofskine s'est exprimé, Emmanuel Mars s'est exprimé en disant « Oui, on est inquiet de la place que prend Vincent Bolloré en tant que tel dans l'écosystème du cinéma français, mais on ne remet pas du tout en question les équipes de Canal qui font un travail sérieux, qui nous soutiennent sur nos films. Le film d'Arthur Harari en compétition a été soutenu par Canal, préacheté par Canal, le film d'Emmanuel Mars aussi. Et parallèlement, donc, la réponse sans doute excessive de Maxime Saada a été, je crois, d'avoir un fort sentiment d'injustice en disant « Mais moi, je ne comprends pas que vous vous attaquiez à Canal.
» Or, évidemment, Zappé Bolloré, automatiquement, dans l'inconscient collectif, ça veut dire « Zappé Canal ». Or, « Zappé Canal », ça veut dire que les 43 films qui sont présentés à Cannes ici, qui ont été soutenus par les équipes de Canal, je pense qu'il s'est beaucoup exprimé au nom des équipes de Canal, ils n'auraient sans doute pas pu se produire si Canal n'avait pas préacheté ses films.
Donc là, une fois qu'on a dit ça, je pense qu'il faut quand même essayer de faire baisser la tension parce que dans ce moment très antagoniste, alors qu'on essaye, nous, effectivement, vous l'avez dit, les organisations du cinéma de retrouver les conditions d'un meilleur financement du cinéma français, on cherche, au contraire de cette tribune, à augmenter l'investissement de Canal+, qui, depuis 42 ans, a toujours soutenu l'ensemble de la diversité du cinéma français et depuis 15 ans où Vincent Bolloré est l'actionnaire principal de Canal, n'a jamais, quasiment jamais, sauf le cas de François Ozon, n'est jamais intervenu de façon idéologique dans le choix des films. Quel est le cas
de François Ozon ?
Oui, le film de François Ozon Grâce à Dieu qui mettait en cause les prêtres pédophiles et donc on sait, là, objectivement, qu'il y a eu une intervention pour que ce film ne soit pas préacheté par Canal, mais il a été préacheté par OCS à l'époque, qui n'était pas à l'époque, qui était indépendant de Canal à l'époque.
Donc, si vous voulez, nous, les organisations du professionnel du cinéma, on a des convictions fortes, on défend l'ensemble de nos adhérents, l'ensemble de la filière et donc, d'une certaine façon, on ne peut qu'être contri par ce qui est en train de se passer, on est hyper désolé de ce qui est en train de se passer, c'est la réaction de Maxime Saada, effectivement, qui est une réaction du fort au faible, d'une certaine façon, elle aggrave les clivages au lieu de rassembler, or, on a besoin de rassemblements et encore une fois, moi, je le redis, Canal+, les signataires de la tribune, ils ont fait une sorte d'amalgame entre le rachat de part Canal+, du Gécé, qui était à vendre, et donc, qu'est-ce qu'on aurait dit si c'était, si il avait été Netflix ou Amazon qui avait racheté UGC ?
Et oui, c'est aussi une situation qui pourrait se reproduire avec Pathé, donc, juste pour fixer les idées, Thomas Paris, parce que je pense que c'est important de rappeler la taille économique des acteurs Canal, aujourd'hui, c'est 9 milliards de chiffres d'affaires, Pathé et UGC, ce sont des entreprises qui font respectivement, je crois, 800 millions et 500 millions de chiffres d'affaires. UGC n'est pas coté, donc c'est compliqué de connaître les chiffres exacts, mais pour Pathé, on a une entreprise qui fonctionne, mais qui est sur une économie, elle aussi, assez fragile. Pathé, c'est le principal studio intégré français.
Oui, alors, ce qu'il faut rappeler, c'est qu'on est dans un secteur, l'économie de la création, l'économie du cinéma, dans lequel la concentration est un phénomène naturel. Et ce qu'on observe un peu avec Antisici, c'est-à-dire que l'intégration entre un acteur de la télévision et un acteur de l'exploitation existe depuis des années aux Etats-Unis, où des mastodontes et des conglomérats énormes se sont créés, c'est un phénomène tout à fait naturel. Ce qu'on a fait en France pour essayer de préserver la diversité, c'est qu'on a limité cette concentration.
Ce qui fonctionnait plutôt pas mal pendant des années, qui devient un peu plus difficile à tenir à une époque où les frontières se sont largement ouvertes et la concurrence vient non plus d'intérieur mais d'extérieur. C'est pour ça que TF1, qui est un acteur majeur aujourd'hui, défend assez régulièrement le fait de libérer un petit peu les contraintes de concentration pour pouvoir jouer dans la cour des grands face aux nouveaux concurrents que sont YouTube et les autres.
Et donc, cette volonté de rachat de l'UGC par Canal+, s'inscrit dans une dynamique tout à fait normale qui peut-être met à mal un peu ce qu'on a construit en matière de défense de la diversité mais en tout cas, c'est un phénomène normal dans l'économie de la création.
On voit, Nicole Vulser, qu'on a donc cette question de fragilité des acteurs économiques et puis de l'autre, il est évidemment difficile de distinguer Vincent Bolloré du groupe Canal+, puisqu'il en est l'actionnaire de référence, et donc, il y a évidemment un amalgame qui est rapidement fait.
Oui, il est d'autant plus rapidement fait qu'en fait, Canal+, c'est assez schizophrène. Il faut quand même se souvenir que Maxime Saada est aussi le patron de CNews. Donc, c'est une chose essentielle et donc, ce qui alimente en fait cette peur et il y a à la fois cette peur sur la question d'une emprise idéologique et il y a également à cette angoisse la question de UGC. Or, on peut voir aussi quand même qu'aux Etats-Unis, quand on regarde la taille des fusions, quand on voit Paramount qui rachète Warner, ça n'a rien à voir en termes de taille, c'est des fusions qui sont strictement colossales et qui auront un impact direct sur tout le cinéma français.
Donc, à chaque fois qu'il y a des énormes fusions américaines, elles se soldent par deux fois moins de films qui sont produits. On prend le 1 et 1 n'égale jamais 2 dans les rachats de Majors hollywoodiennes. On a eu la même chose quand Disney a racheté Fox. Cinq ans après, finalement, ils avaient deux fois moins de films qui étaient produits. Ce qui a un impact sur tout le monde entier, vu qu'en fait, la fréquentation mondiale, elle est liée aussi à l'importance de ces blockbusters. Et depuis le Covid, il faut quand même se souvenir que le cinéma n'est toujours pas revenu à ses seuils d'avant Covid. Il manque encore près de 20% des entrées pour arriver au seuil de 2019.
Donc, ces angoisses sont alimentées par tout ce problème-là.
On voit, Marie Massmonteil qui a un certain nombre de nuages qui s'accumulent. Est-ce qu'il est possible aujourd'hui en France de monter un film sans Canal+, est-ce que ça fait partie des scénarios plausibles ?
En fait, c'est toute la question. Encore une fois, on a la chance d'avoir la possibilité d'avoir différents partenaires. Donc, le fait que Canal intervienne depuis l'accord de 2025 sur moins de films, nous, on espérait que ça soit un petit peu compensé par l'arrivée des plateformes américaines. Et donc, aujourd'hui, Disney, par exemple, dans le cadre de l'accord qu'on a conclu avec eux en 2025, doit investir environ 35 millions d'euros dans la production de films et avec une obligation au volume de 23 films. Alors, la problématique à laquelle on a été, qu'on a vu se déployer, c'est que finalement, Disney n'intervient pas sur l'ensemble du spectre de la production.
il intervient surtout sur les films à moins de 4 millions et ensuite, il n'intervient pas du tout sur les films du milieu, entre 4 et 7 millions. L'année dernière, ils n'ont préacheté aucun film du milieu.
Et donc, en fait, ce qui s'est passé avec Canal, c'est que Canal reste, et c'est pour ça que c'est un peu paradoxal, cette tribule, Canal reste un des acteurs qui intervient sur l'ensemble de la ligne éditoriale, des plus petits aux plus gros films, alors que Disney essaye surtout d'attaquer Canal sur les gros films, ce qui entraîne une surenchère sur les films que tout le monde veut et qui donc laisse moins de place pour permettre aux films du milieu qui sont à peu près ceux qui sont les films français qui sont en compétition à Cannes aujourd'hui, d'avoir un réel financement. Après, comme je l'ai dit, il y a aussi la possibilité de faire des coproductions internationales.
On a toute une série, un producteur, c'est quelqu'un qui assemble comme un Tetris toutes les possibilités qu'il a pour financer les films. Moi, j'ai un film que Canal a refusé. Je vais réfléchir à monter une coproduction internationale avec le Québec, évidemment réduire le budget, trouver des solutions. On a quand même beaucoup d'outils pour continuer
à faire des films. Il y a encore des solutions. Oui, il y a toujours
des solutions. Il y a d'autres partenaires. Il faut quand même rappeler que Canal est un partenaire privé. Donc, si vous voulez, chaque année, dans les équipes de Canal, ils reçoivent environ 700 projets. Alors, c'est vrai que quand ils en faisaient 120, c'était plus facile, mais quand ils en font que 80, automatiquement, ça crée beaucoup d'amertume pour ceux qui n'arrivent pas à monter des projets, qui n'ont pas de solution alternative.
Et qui, donc, doivent faire avec. Thomas Paris, comment on peut envisager l'évolution des choses ? Donc, il y a eu les propos de Maxime Saada qui ont déclenché beaucoup de réactions. Il y a aussi une économie du cinéma qui se bouleverse avec l'arrivée des plateformes, avec l'arrivée de Disney+. Là aussi, la production subit les conséquences de cette évolution du cinéma.
Oui, ça, en toile de fond de cette affaire, il y a vraiment de mouvements d'à côté cette évolution drastique de l'économie du cinéma avec une moindre exposition des films à la télévision. Les gens regardent moins les films, donc les films à la télévision ont moins de valeur, y compris la télévision payante, avec une augmentation des modalités de consommation des films. Pourquoi les gens regardent-ils moins les films ? C'est un produit entre guillemets qui a perdu de sa valeur avec l'arrivée des modes de consommation alternatifs.
C'est-à-dire que le côté rendez-vous de la télévision ne semblait un peu moins adapté aux films et on va plutôt consommer des films en VOD ou sur son abonnement à Netflix. Et alors,
le transfert du cinéma vers les séries, est-ce que cela compense quelque peu l'économie du cinéma si on voulait sommer les deux ?
En termes de financiers, je ne sais pas où répondre, notamment parce que les modèles économiques ont radicalement changé. Une série, maintenant, on la consomme dans le cadre d'un abonnement alors qu'un film, historiquement, on le consommait dans le cadre d'un paiement à l'acte. Maintenant, là où une compensation, c'est dans ce qu'on appelle l'économie de l'attention, c'est-à-dire tout le temps qu'on passe devant des séries, tout le temps qu'on passe devant des jeux vidéo, on le passe beaucoup moins aujourd'hui devant des films de cinéma. Donc comment les choses peuvent se passer ? Moi, je ne crois pas beaucoup à la mise en œuvre de cette liste noire.
Je ne pense pas que Canal+, qui est un acteur quand même sérieux, s'amuse à décortiquer les castings. C'est plus le fait d'un patron qui tape du poing sur la table pour dire, bon, regardez, si vraiment j'avais des intentions, des mauvaises intentions, ce n'est pas le fait d'avoir UGC qui me permet de le faire. Aujourd'hui, je serais capable de dire je censure un certain nombre d'acteurs. Donc c'est plutôt un espèce de coup de poing. Je ne crois pas du tout qu'il y aura une mise en œuvre de ce genre de pratiques.
On écoute à ce sujet Gaëtan Bruel, président du CNC, hier au micro de France Inter.
Le droit d'exprimer son opinion est souverain, mais le droit de rappeler les faits l'est aussi. Et à date, je peux vous dire en tant que président du CNC qu'il est factuellement faux de dire que Canal aurait renoncé à soutenir toute la diversité du cinéma français. Je vais être très concret. Canal, c'est la moitié des films français produits chaque année. 100 sur 200. C'est souvent les films les plus risqués. C'est-à-dire les films sur lesquels d'autres acteurs, par exemple les plateformes, ne se positionneraient pas. Je l'ai dit, Dossier 137, l'histoire de Souleymane, c'est Canal. Partir un jour d'Amélie Bonin et tant de premiers films, c'est Canal.
Le dernier film de François Ozon, L'étranger, c'est encore Canal. Cette année à Cannes, en ce moment, on a 13 films sur 22 en compétition qui viennent de Canal. Donc moi, je respecte absolument la démarche des signataires de la tribune. Je ne me retrouve pas dans les faits qu'ils avancent parce que dans le contexte où nous sommes, on a évidemment le droit, je crois que c'est ce qu'ils font, d'exprimer des inquiétudes sur l'avenir. Mais il faut rester précis sur les faits. Je crois qu'il faut faire attention aux prophéties autoréalisatrices.
Alors, c'est intéressant le terme de prophétie autoréalisatrice. Nicole Vulser, ça veut dire que cette fascisation des esprits, elle n'est pas, selon Gaëtan Bruel, qui préside le CNC, à l'œuvre dans les choix cinématographiques de Canal+.
Non, effectivement, je veux dire, on peut critiquer ad vitam Canal+. En tout cas, sur la question y a-t-il eu censure, la réponse est non. Effectivement, ce que disait Marie Massmonteil, il y a eu le cas de Grâce à Dieu d'Ozon, mais les films d'Ozon ont été tous préfinancés par Canal avant celui-là et le dernier, l'étranger, l'a été après. Donc finalement, les personnes les plus inquiètes pourront dire oui, mais il y a une autocensure. Bon, personne n'a réussi à la prouver, en tout cas aujourd'hui et il y a quand même beaucoup de films qui peuvent être considérés comme woke, dans lesquels, effectivement, on peut parler d'homosexualité sans aucune difficulté.
Canal a toujours continué à les financer. Donc, là, c'est un mauvais procès, honnêtement. La question, est-ce que, par exemple, un jour, dans un prochain bureau des légendes qui serait éventuellement financé par Canal+, personne ne s'amuserait à prendre pour décor les ports d'Afrique, par exemple. Je pense qu'effectivement, ce ne serait pas la meilleure idée et je pense que... Donc,
c'est là où il pourrait y avoir effectivement de l'auto-censure. Marie Massmontey, un mot de conclusion ?
Écoutez, je pense que, comme l'a dit la ministre de la Culture et le disent l'ensemble des parlementaires, il faut qu'ils défendent le cinéma. Sylvie Robert, hier, était un déjeuner du CNC. Il faut être solidaire. Alors, là, évidemment, la solidarité a été un petit peu écornée. Moi, je dois dire que mon boulot, en dehors d'être productrice, c'est d'être présidente d'un syndicat de producteurs et de défendre l'ensemble de leur travail. Je n'ai pas signé la tribune, mais je peux comprendre l'angoisse qu'ils ont exprimée. Cette angoisse est légitime. Encore une fois, je pense que Maxime Sada a peut-être sans doute surréagi, mais en voulant défendre ses équipes.
Maintenant, il faut retrouver, et ça va être un peu compliqué, mais il faut retrouver un peu de sérénité parce que ce qui nous attend, au-delà du 4 canal et qui, encore une fois, est totalement irréprochable, du moins pour l'instant, c'est avant tout la défense de l'audiovisuel public qui, lui, est carrément attaqué, carrément attaqué, et du CNC, dont certains parlementaires du Rassemblement National veulent clairement la suppression. Donc, effectivement, je pense que la bataille, elle est surtout là, la défense de l'ensemble des services publics, et vous êtes très concernés par cette bataille.
un dernier mot, Thomas Paris.
Oui, peut-être, effectivement, on voit que trois des piliers du cinéma français sont attaqués ces temps-ci. L'autre phénomène marquant, et peut-être c'est le fait le plus notable, c'est une forme de décomplexification, je ne suis pas complètement sûr du terme, c'est-à-dire que des tabous sont brisés, le fait de virer un patron historique d'une maison d'édition ou de dire puisque vous avez signé cette tribune, je ne travaillerai plus avec vous, c'était des tabous dans les secteurs de la culture. Et aujourd'hui, ces tabous semblent vraiment brisés.
Thomas Paris, chercheur associé à HEC Paris, Marie Massmontey, productrice de cinéma, Nicole Vulser, journaliste au Monde, merci d'avoir été avec nous dans quelques instants, François Saldiel, Lucille Comeau et le 8h45 le journal de Marion Ferrer.
L'an 1, c'est un carrefour philosophique qui mérite une série.
Géraldine Mullman,
on croit parfois que le monde monothéiste juif et le monde grec polythéiste où la philosophie est née ne communiquent pas. C'est faux, mais les contacts produisent aussi des violences. En même temps, on est au bord de la naissance du christianisme qui va réélaborer et le lègue juif et le lègue grec. L'an 1, c'est un point de bascule dans l'histoire de la pensée.
Avec Philosophie, du lundi au jeudi à 10h sur France Culture, franceculture.fr et l'appli Radio France. Entrez dans les coulisses de la création avec France Culture, la Bibliothèque Nationale de France et le Centre National du Livre. rencontrez, puis échangé avec Marion Brunet, autrice de romans noirs, de littérature jeunesse et adulte à l'occasion d'une masterclass animée par Mathilde Wagman. Ce soir à 18h30 à la Bibliothèque François Mitterrand à Paris. Entrez gratuite sur inscription, plus d'infos, franceculture.fr
François Saletiel, Lucille Comot, mais vous êtes en retard Lucille, je ne vous vois pas.
Non, je suis là.
Mais vous êtes où ?
Je suis cachée, je suis cachée Guillaume, je suis au Festival de Calme. Ah, le Festival du cinéma.
On va vous entendre. Vous allez parler de cinéma dans quelques minutes. François, de quoi allez-vous parler ? Moi, je vais vous parler de technologie, tiens, de technologie du côté d'un autre festival qui se joue en Californie. 8h45 sur France Culture.