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interviewLe Média (sur YouTube)· 23 février 2021 8 min

LOI SUR LE SÉPARATISME : DANGER SUR LES LIBERTÉS NUMÉRIQUES #SCIENCESPORCS #CLUBHOUSE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Salut à tous, et salut à toutes. Vous êtes sur la webTV Le Média, et vous regardez notre toute nouvelle chronique sur l’actualité vue par le petit bout de la lorgnette du web, des réseaux et de la tech. Aujourd’hui on va parler des nouvelles règles auxquelles devront être soumis les réseaux sociaux dans le cadre projet de loi dit “séparatisme”, du hashtag #SciencesPorcs, qui secoue les Instituts d’études politiques, mais également de notre voix qui intéresse de plus en plus les géants du web.

Le 11 février dernier, l’Assemblée Nationale a adopté les articles 18 à 20 du projet de loi dit “Respect des principes de la République”. En gros, c’est le petit nom “politiquement correct” du projet de loi “séparatisme”. Ces articles concernent les réseaux sociaux, leur assignant de nouvelles obligations.

Et créent de nouveaux délits liés à la “haine en ligne”. L’article 18 de ce projet de loi est dit “article Samuel Paty”, du nom du professeur d’histoire-géographie décapité par un terroriste à Conflans-Sainte-Honorine. Il crée un nouveau délit de “mise en danger de la vie d’autrui par la diffusion, dans un but malveillant, d’informations relatives à la vie privée”.

Un délit passible de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Mais il y a un problème. C’est quoi un but “malveillant” ?

Et quelles sont les limites de la “vie privée” ? L’interprétation très large qui peut être faite de ces notions fait planer l’ombre du très controversé article 24 de la proposition de loi “sécurité globale”. Cet article, on s’en souvient, entendait pénaliser la diffusion d’images permettant d’identifier des policiers.

Journalistes et citoyens s’étaient dressés contre une disposition revenant quasiment à interdire de filmer les violences policières. La majorité avait alors fait marche arrière. Mesdames et messieurs, dès cet après-midi nous nous remettons au travail pour proposer une nouvelle écriture complète de ce dispositif afin de permettre de lever tous les doutes remontés ces dernières semaines.

Nous sommes en plein dans cette “nouvelle écriture”. Et du coup, on peut redouter que l’article 18 de la loi Séparatisme soit en réalité une manière de faire revenir en douce les dispositions les plus contestées de la loi Sécurité globale. Bref, on va surveiller tout ça pour vous.

Toujours à propos de la future loi séparatisme, on y retrouve l’obligation pour les entreprises du web dont les réseaux sociaux d’avoir un ou une représentant.e clairement identifié.e en France.

Elles devront aussi effectuer un suivi des signalements faits aux services de modération. Mais plus précisément, l’article 19 bis vise à donner plus de pouvoir au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, le CSA : il devrait gagner en compétence en matière de régulation des services de modération. L’exécutif entend ainsi obliger les grandes plateformes comme Facebook, Twitter et consorts à faire évaluer leurs algorithmes par le CSA.

Vous savez leurs fameux algorithmes top secrets et hyper opaques qui les aident à nous maintenir sur leurs applis mais aussi à gagner de l’argent. Elles devront aussi communiquer le nombre de personnes chargées de modérer les contenus postés en France. Ce n’est pas la première fois que le gouvernement tente de légiférer sur la question de la modération des grandes plateformes du web.

En juin dernier, la proposition de loi contre la haine en ligne, dite Loi Avia, avait été retoquée par le Conseil Constitutionnel en raison des menaces qu’elle faisait peser sur la liberté d’expression. Les grosses plateformes, qui n’ont pas de siège social en France et sont désormais plus puissantes que des Etats, vont-elles se conformer à des règles contraignantes dans le cadre de ce projet de loi Séparatisme ? Rien n’est moins sûr.

Cette semaine, on parle également du hashtag SciencesPorcs, qui agite les réseaux sociaux. Attention, les témoignages que vous vous apprêtez à lire et à écouter sont difficiles, et peuvent heurter la sensibilité. Depuis le lundi 8 février, les témoignages affluent par dizaines : sous le hashtag SciencesPorcs, la militante féministe Anna Toumazoff partage des extraits glaçants.

Propos dégradants, humiliations, agressions sexuelles et viols : aucun Institut d’Etudes Politiques n’est épargné. Juliette, étudiante à Sciences Po Toulouse, a écrit une lettre ouverte, dans un premier temps sur Facebook. Elle a témoigné face caméra pour le média Loopsider, expliquant ce qu’elle avait vécu.

C’est terrible, mais ce n’est pas nouveau. Ce qui fait bouger les choses, c’est que ces derniers mois, les hashtag MeTooInceste et MeTooGay dénoncent les agressions sexuelles commises. De nombreux médias ont parlé de “libération de la parole”.

Mais en réalité, cela fait longtemps que les victimes parlent. Jusqu’ici, c’est plutôt l’écoute qui faisait défaut. Vous avez peut-être entendu parler de ClubHouse, la nouvelle application en vogue aux Etats-Unis : ici pas de texte ni d’image, mais uniquement le son de votre douce voix.

Le réseau social est encore assez confidentiel, malgré ses 2 millions d’utilisateurs, et pour cause : il faut se faire parrainer pour pouvoir y entrer. Une sorte de carré VIP tout en audio, où utilisateurs et utilisatrices peuvent se balader d’une salle de discussion à une autre, comme on le ferait à une soirée. Le 31 janvier dernier, Elon Musk, patron de Tesla a par exemple donné une longue conférence sur l’application.

L’application devrait s’ouvrir au grand public courant 2021, ses fondateurs misent d’abord sur l’attractivité des célébrités présentes dessus : le rappeur Drake, ou l’animatrice télévisée superstar Oprah y donneraient des conférences. Dans ces salons privés ou publics, limités à 5000 personnes, on peut rejoindre des discussions et converser avec de parfaits inconnus, sélectionnés et parrainés. D’autres part, comme l’indique un article du site l’ADN, Clubhouse enregistre temporairement les discussions, dans le but de les modérer.

L’application dit les supprimer une fois la discussion fermée, mais le fait même d’enregistrer ces conversations sans le consentement des utilisateurs et utilisatrices est contraire aux RGPD, le règlement général de protection des données. En tout cas, Clubhouse n’est pas le seul sur ce nouveau créneau des réseaux sociaux audio. Selon le New York Times, Facebook aurait déjà commencé à travailler sur un système de salon de discussion audio.

Explosions des audiences de podcast, technologies de reconnaissance ou de commande vocale, messages vocaux sur Whatsapp, Facebook, Instagram et mêmes Tweets vocaux sur Twitter : les grandes entreprises du web misent désormais sur nos voix pour définir le futur des réseaux sociaux. C’est la fin de cette première édition de notre toute nouvelle chronique tech. Dites-nous en commentaire ce que vous en avez pensé.

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