La romancière Agnès Martin-Lugand dans Le monde d'Elodie
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Chapitres
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Questions et réponses
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Bonjour Agnès Martin-Lugand. Bonjour Elodie. Vous êtes l'une des romancières françaises les plus lues, près de 6 millions de livres vendus, 13 romans en 13 ans, beau score.
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Pourquoi fallait-il retourner sur les lieux pour que la vérité puisse enfin sortir ?
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Est-ce que les familles se construisent autant avec ce qu'elles se disent qu'avec ce qu'elles choisissent de taire ?
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Est-ce qu'il cherche à comprendre ses parents ou les mettre face à leur responsabilité ?
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À quel moment un enfant est-il en droit de demander des comptes à ses parents ?
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Est-ce qu'un enfant connaît un jour vraiment ses parents ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Vous êtes l'une des romancières françaises les plus lues, près de 6 millions de livres vendus, 13 romans en 13 ans. »
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« Andreas, il cherche à bousculer ses parents parce que, voilà, ils ont une partie de leur vie sur cette île, c'est sa toute petite enfance à lui, qu'il ne connaît pas parce que ses parents n'en ont jamais ne lui en ont jamais parlé. »
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« Les silences participent toujours à la construction d'une famille, je crois. »
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Bonjour Agnès Martin-Lugand. Bonjour Elodie. Vous êtes l'une des romancières françaises les plus lues, près de 6 millions de livres vendus, 13 romans en 13 ans, beau score. Traduits et lus au-delà de nos frontières, vous êtes notamment l'autrice de Les gens heureux lisent et boivent du café ou encore de La Datcha. Et pourtant, avant les livres, il y avait la psychologie clinique, la protection de l'enfance, l'écoute des blessures et des silences. Votre nouveau roman, Retour à Folegandros, paraît aux éditions Michel Lafon. Folegandros, c'est une île grecque, ? Oui. Mais chez vous, certainement pas une carte postale. C'est là qu'Andreas, 25 ans, convoque ses parents, Suzanne et Vadim, après 3 années de silence. Il les oblige, parce qu'on ne peut pas dire autrement, à revenir là où tout a
commencé. Et surtout là où quelque chose s'est totalement brisé, une famille, des secrets, des non-dits et cette idée vertigineuse, hein, on peut partir très loin, mais on n'échappe jamais vraiment à ce qu'on a laissé derrière soi. Pourquoi fallait-il retourner sur les lieux pour que la vérité puisse enfin sortir, ? Ben, Andreas, il cherche à bousculer ses parents parce que, voilà, ils ont une partie de leur vie sur cette île, c'est sa toute petite enfance à lui, qu'il ne connaît pas parce que ses parents n'en ont jamais ne lui en ont jamais parlé. Et et il se dit que, finalement, il y a que en les ramenant là, en les forçant à venir là, enfin, euh, c'est-à-dire que il leur dit dans une lettre "Si vous ne venez pas, je ne reviendrai jamais vers
vous." Donc là, il y a un moment, ils n'ont que d'autres n'ont d'autre choix que de se confronter à ce passé qu'ils ont savamment enfoui l'un et l'autre. J'ai une question, est-ce que les familles se construisent autant avec ce qu'elles se disent qu'avec ce qu'elles choisissent de ? Ça y participe, les silences participent toujours à la construction d'une famille, je crois. Après, voilà, il y a des silences qui peuvent s'avérer plus toxiques et plus dangereux que d'autres. Euh, mais je crois que dans certaines familles, il faut parfois attendre un peu de temps avant de se dire les choses euh, n'est pas toujours prêt à apprendre ou à accepter ou à apprendre à vivre avec certaines certains éléments de la vie de nos
parents ou de choses qui ont pu nous arriver dans la petite enfance. C'est aussi la force du traumatisme. Là en l'occurrence, ils en ont on en parlera pas trop mais le la défense de Suzanne et Vadim, c'était pour protéger leur fils et se protéger aussi hein. Il y a quelque chose d'assez violent effectivement dans le geste d'Andreas. Il disparaît pendant 3 ans et en enfin il impose à ses parents de venir. Est-ce qu'il cherche à comprendre ses parents ou les mettre face à leur ? Il cherche à il il veut il veut que ses parents assument assument euh cette histoire qu'il ne connaît pas mais
où lui a la conscience absolue qu'elle participe à sa propre histoire. Donc il y a un moment en fait il prend la place de l'adulte finalement où il met ses parents au pied du mur. Il y a un moment il va falloir y aller, il va falloir ouvrir la valise, ouvrir la boîte de Pandore et m'expliquer comment on vivait quel petit garçon j'étais parce que finalement Andreas lui en acculant ses parents, il court après sa propre histoire. Et lui il a conscience du haut de ses 25 ans que s'il n'apprend pas tout ça, s'il ne le sait pas, il pourra jamais finir de se construire. À quel moment c'est quelque chose qui nous traverse tout au long du livre, à quel moment un enfant est-il en droit de
demander des comptes à ses ? À quel ? [rires] Alors après c'est euh toutes les histoires toutes les histoires sont différentes. Ce qu'ils sont convoqués là les parents. Enfin il y a c'est une vraie convocation et et effectivement c'est une question presque de vie et de mort euh il a besoin de comprendre il a besoin d'avoir les éléments pour se construire pour pour se projeter et puis pour essayer justement de trouver ce qui lui manque. Oui et puis Andreas se met dans une situation puisque lui est à Folegandros où il cherche quelque part à réactiver des souvenirs qui qui n'a pas qu'il ne palpe pas mais il y a quand même des petites choses qui le qui le titille et finalement les deux seules personnes qui peuvent lui répondre ce sont ses
parents. Et Andreas il veut savoir qui il est et je crois malgré tout qu'après ces 3 ans de silence il en a peut-être pas conscience au début mais peut-être que ses parents lui manquent un petit peu quand même. On croit souvent que les parents connaissent leurs enfants par cœur Agnès votre roman pose la question inverse est-ce qu'un enfant connaît un jour vraiment ses ? Je suis convaincue que non. [rires] Parce que je crois que de toute et puis je pense que les enfants en tant qu'enfant il y a des choses qu'on ne veut pas forcément voir ou savoir de nos parents ça peut-être que ça reste de l'ordre de l'intime finalement de de ses parents alors après dans le cas de de de
d'Andreas et de Suzanne et de Vadim c'est un peu énorme mais euh mais je crois qu'il y a oui il y a quelque chose de te d'une forme de pudeur en fait dans toutes les familles euh autour de ça euh dire moi je vais vous donner un exemple très concret euh mes fils voilà j'en ai un qui qui a 18 ans qui pourrait très bien lire mes livres mais je crois qu'au fond de lui il y a une forme de oui de pudeur parce qu'il se dit qu'il va découvrir je j'interprète hein qu'il va peut-être découvrir une facette de sa mère qu'il a peut-être pas envie de connaître en fait à travers ce que je peux écrire donc je crois que il y a toujours une part de mystère entre les parents et les enfants. Il y a quelque chose de très physique
dans votre façon d'écrire Agnès notamment dans celui-ci c'est de nous faire entrer dans la tête d'Andreas. Ça c'est vraiment une force incroyable. On vit son appréhension, ses pensées, sa souffrance quand ses jambes tremblent par moment, on a presque l'impression que les nôtres tremblent aussi. Comment fait-on par l'écriture pour que l'émotion d'un personnage finisse par traverser le corps du ? Moi il faut que ça traverse mon corps. En fait c'est j'ai toujours besoin d'avoir cette fusion avec mes personnages et puis quasiment d'arriver à m'oublier à leur profit mais en fait j'ai besoin de ressentir c'est leur ce qu'ils ressentent à travers leur corps donc effectivement je vois très bien de quelle scène vous parlez et je crois qu'en fait quand j'écrivais
j'avais la jambe qui tréssautait sous mon bureau, j'étais tendue physiquement je je sentais la la la colère en fait d'Andreas à l'intérieur de moi et ça m'est arrivé à plusieurs reprises avec lui puisqu'il est quand même quand même doté d'une certaine forme d'intensité Andreas. Il a beaucoup de vous hein. Inévitablement je comprends que votre fils ait du mal à ouvrir le livre. [souffle coupé] Oui certainement mais comme tous mes personnages ont un petit bout de moi enfin et en même temps je dirais que Suzanne Vadim Andreas Léonard ils m'ont ils m'ont pris un petit bout de moi et ils m'ont laissé un petit bout d'eux. Chacun en fait m'a aidé moi à
cheminer par rapport à peut-être certaines de mes questions existentielles ou de problématiques qui me sont tout à fait personnelles. Vous avez dit quelque chose de très intéressant à propos de vos propres enfants, les épargner ne signifie pas leur raconter quelque chose de faux. Oui. Où placez-vous la frontière entre protéger un enfant et et lui mentir ? Alors moi je peut-être à tort hein je fais une différence entre mentir créer une fable donc quelque chose qui n'a absolument pas de de de de dans la réalité et prendre son temps pour expliquer certaines choses, pour euh adapter aussi un discours en fonction de l'âge des enfants. On peut pas euh tenir le même discours à un enfant de 7 ans qu'à un
ado de 15 ans ou après un grand grand ado de 18 ou 19 ans. Donc je crois que voilà, c'est pas forcément du silence, mais pour moi ce n'est pas un mensonge. Enfin, je veux dire on on on Enfin je j'ai pas un un un mensonge énorme qui vient Enfin si, par exemple j'ai traité du mensonge entre une mère et un fils dans un de mes précédents romans, il y a plusieurs années, avec Une évidence, où Rennes ment sur qui est le père de son fils. Elle lui ment, elle lui raconte un truc que son père n'a pas voulu de lui, qu'il l'a abandonné, et cetera. Tout est faux. Elle l'invente pour se protéger elle, pour Mais elle finit même à croire par croire à cette histoire. Mais là on est vraiment dans euh
une fiction, c'est quelque chose de créé de toutes pièces. Et elle-même elle était dans un déni euh terrible euh Voilà, elle finit par y croire à son histoire. sûr. Euh dans le cas de Suzanne et Vadim, euh c'est pour protéger leur fils euh euh des souvenirs et eux-mêmes se protéger des souvenirs euh douloureux comme merveilleux. Il y a un moment il faut il part du principe qu'il faut tirer un trait euh sur ce qu'ils ont pu vivre pour essayer d'aller de l'avant. Ils ont pas la même réaction l'un et l'autre, mais mais la finalité est d'essayer de protéger Andreas de ce qui s'est passé et eux-mêmes de se protéger et d'essayer de reconstruire une vie. Vos personnages portent souvent des des blessures anciennes, parfois euh enfouies hein, depuis l'enfance. Est-ce
que l'adulte que nous devenons passe sa vie à négocier avec l'enfant qu'il a ? [rires] Alors déjà je pense qu'on peut passer notre vie à juste à discuter avec l'enfant qu'on a été ou parfois se forcer, se dire "Tiens, si je parlais avec mon mini-moi, qu'est-ce qu'il ou elle me ? [grognement] Euh mais je crois qu'on peut passer sa vie à apprendre à vivre justement avec nos bagages de l'enfance, de l'adolescence quand c'est des bagages un peu lourds. Euh on peut les mettre sous le tapis et puis il y a un moment il ça va toujours revenir en fait. Donc même si c'est douloureux, je crois que parfois il il faut se forcer à affronter
euh ces souvenirs ou ces traumatismes pour euh juste avancer en fait sans que ça devienne envahissant et que ça nous tétanise et que ça nous empêche de construire notre vie si on veut devenir parents, une vie amoureuse, une vie de famille, une vie amicale. Euh il faut je enfin il faut tout faire pour que rien ne devienne trop euh euh trop toxique. Ce livre il nous permet comme tous les autres d'ailleurs euh de prendre finalement euh des difficultés en face qu'on n'ose pas forcément avoir de Je je m'explique. Vous avez travaillé comme psychologue clinicienne auprès des des tout-petits notamment d'enfants placés en pouponnière. Vous avez parlé de la violence immense de ces enfants qui
arrivent avec des histoires déjà fracassées parce qu'il y a pas d'autres mots. Est-ce que c'est cette expérience vous a appris que les blessures les plus profondes euh sont parfois celles dont personne ne ? Et donc qui vous donne envie de raconter des choses justement pour aider aussi il y a il y a il y a une sensation que vous souhaitez de tendre la main aussi à travers vos ouvrages. Mais en fait je crois qu'on a terriblement peur de parler de de de ça de de des blessures de l'enfance euh des des très très gros accidents parce que ça nous fait peur. Enfin je veux dire il vaut mieux pas regarder quoi parce que sait-on jamais si c'était contagieux. En fait c'est c'est c'est terrible hein mais je crois que l'être humain est est on est constitué de cette peur-là et que
parfois on se dit bah si on regarde pas, si on écoute pas, si on l'écrit pas, si on ne le lit pas, [grognement] voilà, ça n'existe pas. Euh, mais moi je pense que justement l'intérêt, enfin voilà, moi je je j'aime raconter des personnages cabossés et des histoires euh pas toujours évidentes, enfin en tout cas de quelle manière ils peuvent traverser telle ou telle épreuve parce que justement il y a quelque chose qui euh moi je crois qu'il y a quelque chose qui peut être cathartique en fait et de faut pas être toujours dans l'anticipation du drame, c'est pas du tout ça, mais au moins de de se poser la question, de réfléchir et moi si ça m'arrivait en fait, je je ne réagirais peut-être pas comme le personnage, mais euh euh mais tiens comme oui, comment je réagirais, comment je parlerais à mon
fils, est-ce que je lui dirais, est-ce que je lui dirais ? Et puis après de se dire c'est toujours facile d'anticiper tant qu'on n'est pas dans la situation, on peut pas savoir. Mais en tout cas ça permet de de d'avancer dans la réflexion en fait, dans sa propre réflexion personnelle grâce à la fiction. Voilà, je crois au pouvoir de la fiction euh qui peut nous faire nous faire réagir, nous faire réfléchir, nous réparer euh euh nous permettre de voyager et et et de prendre du recul par rapport à à certaines épreuves ou certains drames. Alors justement quand on a passé sa première vie professionnelle à observer et accompagner les fragilités humaines euh et qu'on décide de les transformer en littérature [rires] euh est-ce qu'écrire vous permet parfois
de réparer euh symboliquement ce que la psychologue ne pouvait pas réparer dans la ? Alors, c'est le sentiment qu'on a dans cet ouvrage notamment, c'est Alors après voilà, j'ai je n'ai jamais véritablement abordé des thématiques euh similaires à ce que j'ai pu euh observer euh quand dans mon ma précédente vie professionnelle. Après en fait c'est je je suis passionnée par euh euh la réparation de l'être humain. C'est quelque chose voilà enfin parler blessures comment elles arrivent comment elles elles se cristallisent et comment elles peuvent diriger une vie le pourquoi du comment en fait et [grognement] quel est le est-ce qu'il y a un processus de réparation à la clé tout le
monde ne peut pas être réparé mais comment on peut essayer en fait de réparer ou pas toujours voilà les cicatrices elles restent elles ne s'effacent pas on les garde toujours mais elles peuvent être moins douloureuses en tout cas on peut finalement pas être fier de ses cicatrices mais parfois les cicatrices nous permettent de mieux nous connaître donc c'est j'en reviens j'ai l'impression de radoter mais à l'acceptation en fait de certaines choses mais ça peut prendre des années des décennies une vie c'est un livre de dialogue c'est un livre qui raconte une histoire plusieurs histoires dans une histoire et qui au final nous pousse à nous on
est tous projetés dans nos vies on a des corrélations avec beaucoup de choses à l'intérieur de vos ouvrages et de ce que vous racontez il y a jamais de jugement de valeur c'est important pour vous c'est aussi Agnès de pardonner à vos personnages entre guillemets avant même de les avoir jugés oui enfin moi je je c'est un truc je ne supporte pas en fait déjà regardons les faits avant de avant de de permettre de juger mais en fait quand bien même on n'est pas dans leur on n'est pas dans leur situation en fait donc on ne peut pas savoir justement comment on aurait réagi on peut se dire OK moi j'aurais fait différemment mais chacun son histoire en fait chacun fait ce qu'il peut avec ce qu'il a et moi je ne veux pas juger mes personnages
je ne les juge pas parce que ça peut paraître très bateau quoi mais c'est pas ou tout blanc ou tout noir on est tous constitués de gris donc on a tous nos qualités nos défauts et dans la vraie vie ben on le constate tous les jours, rien qu'en nous regardant dans le miroir. Et du coup, mes personnages, ben ils sont imparfaits. Euh, donc ils ont le droit de de de d'être défaillants, ils ont le droit de piquer des colères. Euh, ils ont le droit de prendre soin euh d'eux-mêmes ou des autres. Et moi, c'est ça en fait, c'est les aspérités de l'être humain qui m'intéressent à de Enfin, j'aime trouver les mots pour raconter qui ils sont. Quand vous avez commencé à écrire, Agnès, il y avait une notion de peur qui était euh omniprésente. Je vais partir de de du livre Les gens heureux lisent
et boivent du café. Vous l'avez confié d'ailleurs que c'est c'est ça partait d'une peur extrêmement intime, hein. Vous étiez euh votre fils avait 18 mois de souvenir. Vous regardiez votre mari euh jouer avec lui et soudain vous avez une pensée qui vous a saisi euh qu'est-ce que je deviens si je le ? Est-ce que les 13 romans ou plus exactement est-ce que 13 romans plus tard, puisque voilà, on y est, euh vous écrivez toujours à partir de vos ? Alors, je [souffle coupé] Alors, véritablement, les gens, c'est arrivé comme ça. Euh, maintenant, on va dire que ce sont les personnages qui m'amènent à affronter mes peurs. C'est-à-dire que là, avec Retour à Folegandros, c'est vraiment le le l'ancien couple que formaient Suzanne et
Vadim qui se sont imposés à moi, un père et une mère qui se sont aimés, qui ne s'aiment plus, mais qui doivent faire corps pour aller à la rencontre de leur fils. Qui cherche des réponses. Oui, mais je je savais pas en fait, je savais pas pourquoi au tout début là, je vous parle des prémices du roman. Je savais pas ce qui s'était passé entre eux, je l'ai découvert au fur et à mesure de l'écriture. Et puis, en fait, maintenant, mes peurs ou en tout cas, ce que je règle ou j'essaie de régler inconsciemment dans l'écriture, j'en prends conscience au fur et à mesure, en fait. Des fois, j'arrive à la fin du roman, je me dis "Ah tiens, c'était ça en fait." Euh, voilà, je finis toujours par trouver à quel endroit ça fait écho chez moi. Vous dites qu'en écrivant euh vous
pouviez être présente chez vous euh sans être vraiment là, [rires] tellement vos vos personnages vous absentent. Euh vos fils ont grandi avec une mère qui poussait et qui pouvait passer des heures enfermée avec euh des êtres qui n'existaient que dans sa tête. Ils vont ils vous ont déjà reproché quelques personnages. Bon là, vous nous avez dit que effectivement il y a l'un de vos fils avait pas lu. Est-ce que est-ce que par moment euh en tout cas dans votre entourage, certaines personnes vous ont reproché certains de vos ? Non. Non, j'ai jamais eu pas. Parce qu'ils savent que peut-être qu'ils n'osent pas mais ils savent que de toute façon il s'agit d'eux. [rires] Si ils s'attaquent à si ils s'attaquent à un de mes personnages, je vais sortir les crocs. Euh mais euh après euh euh je
me suis jamais basée en fait sur des personnes de mon entourage pour créer mes personnages. Euh ils sont entre guillemets inventés de toutes pièces. En fait, je crois c'est surtout que de temps en temps ils se disent "Tiens, en fait tu es là." Euh là, on sait que c'est toi avec tel personnage et puis là on sait que il y a un petit bout de toi et voilà. C'est surtout ça finalement que mon entourage, que mes amis, enfin moi je dis en rigolant ma garde rapprochée, c'est eux qui peuvent me reconnaître à certains endroits. Vous avez euh vous avez décidé de revenir revivre à Saint-Malo, la ville où vous avez euh grandi. Évidemment, il y a un clin d'œil aussi là-dessus avec Folle et Grosse parce que vous vouliez notamment offrir à votre fils quelque chose de l'enfance que vous aviez
connue. Euh Folle et Grosse pour Andreas, Saint-Malo pour vous. Est-ce qu'à un moment de la vie on éprouve tous le besoin de revenir là où où l'on a commencé, là où on est né, là où on s'est ? Alors moi c'est c'est vrai que c'est ce que j'ai traversé. Je j'avais mais toujours mais mais juré les grands dieux que jamais je ne retournerai vivre à Saint-Malo. Très bien, j'allais voir mes parents, mes sœurs et cetera. Et puis je sais pas, j'ai approché de la quarantaine et je me suis dit maintenant il est temps de rentrer à la maison parce qu'il m'a fallu En fait, il a fallu il a fallu partir finalement un certain nombre d'années de l'endroit où j'avais grandi pour en en palper la la valeur et la saveur et me dire c'était quand même une enfance et une adolescence plutôt pas mal. Donc
si mes fils peuvent avoir la même et si je peux leur leur permettre de vivre ça bah allons-y et en même temps j'ai trouvé ça merveilleux d'être une touriste chez moi. Parce que voilà, il y avait tellement eu d'années et j'ai redécouvert chez moi mais voilà ce sentiment d'appartenance à à un lieu, une terre ça peut voilà ça participe aussi pour dire qui on est. Oui et garder les pieds sur terre. Vous qui écrivez depuis 13 ans sur les failles, les deuils, les départs, les renaissances, qu'est-ce que vous comprenez aujourd'hui de l'être humain que la jeune psychologue que vous étiez à 25 ans n'avait pas encore ? Que l'être humain est autrement plus complexe que les mécanismes de défense
qu'on nous apprend en première année de psycho et qu'il faut toujours garder l'esprit ouvert. Et inversement qu'est-ce que la jeune psychologue savait peut-être que de vous que la romancière à succès a oublié en ? Oh là ! Qu'est-ce qu'elle sait de moi et que moi j'ai livre qui m'a inspiré mes questions. [rires] Oh ! Je réfléchirai pour le prochain. Euh oh là vous avez 3h pour répondre. Qu'est-ce que j'ai oublié et qu'elle ?
Je crois que je me suis enfin Je crois que j'ai pas oublié grand-chose de mes peurs et de de mes peurs et de mes angoisses de l'étudiante en psycho que j'étais. Elles vivent encore en moi alors j'ai appris à vivre avec un minimum quand même sinon je sortirai pas beaucoup de chez moi mais euh Non peut-être qu'elle me dirait enfin je peut-être très prétentieux de dire ça mais tu l'as fait. Et bien fait. Votre premier manuscrit avait été refusé par des maisons d'édition avant que vous ne choisissiez de l'auto-éditer. Aujourd'hui, votre nouveau roman est annoncé avec un premier tirage de 150000 exemplaires. Est-ce qu'il vous arrive encore de penser à la femme à qui on avait dit ?
Oui. Oui oui, enfin ça mon le début le début de mon parcours, je je l'oublie pas et je ne veux surtout pas l'oublier. Euh parce que je veux le jour où où le jour où je serai blasée en fait de tout ça, il faudra me dire d'arrêter d'écrire. On peut pas être blasé de ça, on peut pas euh enfin c'est c'est c'est même pas un droit en fait. Euh on a surtout le devoir de de savourer et de travailler. Euh donc pour moi, rien n'est acquis. J'ai toujours le le le même vertige euh à l'idée de la sortie d'un roman, toujours je suis nouée et je me dis bah peut-être que le rendez-vous ne va pas se faire en fait entre mes personnages et mes lectrices et mes lecteurs. Donc oui, il y a toujours ce [grognement]
c'est c'est une impatience, une fébrilité, un vertige euh euh à chaque sortie en fait. Si vous pouviez lui parler aujourd'hui euh à cette Agnès Martin-Lugand qui ne savait pas encore que des millions de lecteurs euh allaient la lire, vous lui diriez ? N'aie pas peur. N'aie pas peur d'être qui tu es. Je ouais, c'est ce que je lui dirais. Merci beaucoup Merci à vous. Agnès Martin-Lugand d'être passée dans le Monde d'Élodie sur France Info. Je rappelle que votre 13e roman Retour à Forêt des Glandes Roses paru aux éditions Michel Lafon. Il est bouleversant et passionnant, cet ouvrage je le conseille à tout le monde, un roman euh sur ce que les familles taisent, sur ce que les enfants finissent par réclamer, sur ces lieux que l'on quitte parfois sans qu'ils ne
nous quittent réellement jamais. Merci beaucoup. Merci à vous.